Depuis le début du mois de juillet, le président de l'Excelsior Mouscron s'appelle toujours Dufermont, mais plus Philippe : son cousin Jean- Pierre lui a succédé, non sans susciter certaines questions et inquiétudes. Car, davantage qu'un président, Philippe était surtout le principal bailleur de fonds de l'Excel. " En ce qui me concerne, je ne suis pas quelqu'un d'extrêmement riche ", reconnaît Jean-Pierre. " Je risque donc plein de choses en acceptant la présidence. Je ne l'aurais d'ailleurs pas acceptée sans certaines garanties de la part de Philippe, car je n'ai pas envie de mettre en péril ma situation familiale et mes biens personnels. Dans mon esprit, c'était clair : on gèrerait le club à deux ou pas du tout. Philippe m'a rassuré : - Jenelâcheraipasl'Excel, c'estunpeumonbébémaisjenepeuxpasallerjusqu'àmetuerpourmonbébé. Ilfautqu'ontrouveunesolutionpourquejepuisseconsacrerdavantagedetemps àmessociétés, celles- làmêmequiprocurentl'argentdevantassurerlapérennitéduclub... C'est parti comme cela ".
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Depuis le début du mois de juillet, le président de l'Excelsior Mouscron s'appelle toujours Dufermont, mais plus Philippe : son cousin Jean- Pierre lui a succédé, non sans susciter certaines questions et inquiétudes. Car, davantage qu'un président, Philippe était surtout le principal bailleur de fonds de l'Excel. " En ce qui me concerne, je ne suis pas quelqu'un d'extrêmement riche ", reconnaît Jean-Pierre. " Je risque donc plein de choses en acceptant la présidence. Je ne l'aurais d'ailleurs pas acceptée sans certaines garanties de la part de Philippe, car je n'ai pas envie de mettre en péril ma situation familiale et mes biens personnels. Dans mon esprit, c'était clair : on gèrerait le club à deux ou pas du tout. Philippe m'a rassuré : - Jenelâcheraipasl'Excel, c'estunpeumonbébémaisjenepeuxpasallerjusqu'àmetuerpourmonbébé. Ilfautqu'ontrouveunesolutionpourquejepuisseconsacrerdavantagedetemps àmessociétés, celles- làmêmequiprocurentl'argentdevantassurerlapérennitéduclub... C'est parti comme cela ". Si l'on en croit Jean-Pierre, les voyages incessants sont bien à l'origine de décision de Philippe d'abandonner la présidence. " Il ne pouvait pas mener un tel train de vie éternellement : rentrer de Chine, être en Espagne le jeudi, prendre l'avion le vendredi pour venir à Mouscron parce qu'il y avait un match important le samedi, repartir en Espagne le dimanche ou le lundi. Il vient d'avoir 56 ans, il ne peut pas jouer avec sa santé... "Sauf que la situation était connue au départ et que, jusqu'ici, la gestion de ses sociétés à distance ne lui avait jamais posé de problèmes. " La gestion de ses sociétés, peut-être : à partir du moment où elles tournent, un coup de fil à une secrétaire ou à un gérant pouvait suffire. Mais Philippe a peut-être sous-estimé la gestion quotidienne d'un club de football, et tous les aspects humains qu'elle comporte. Vu que ses passages en Belgique étaient rares, il était assailli de toutes parts chaque fois qu'il rentrait au pays. Ce qui aurait dû être un plaisir était devenu une corvée. C'est tout de même beaucoup plus simple d'avoir un président sur place... "D'autres aspects auraient-ils pu le décourager ? La difficulté, voire l'impossibilité, de réaliser des bénéfices ? Une impression de solitude liée à la fuite d'autres sponsors ? La crise de la construction en Espagne, qui affecte également Frinver, le promoteur immobilier qui officie comme sponsor maillot de l'Excel ? Les résultats décevants de l'équipe Première ? L'échec de la politique espagnole à laquelle il croyait tant ? " Cet échec l'a effectivement déçu ", reconnaît Jean-Pierre. Il faut se souvenir que Jean-Pierre est à l'origine de la venue de Philippe à l'Excel. C'est lui qui avait glissé le nom de son cousin à FrancisD'Haese, président de l'époque, lorsque le club était dans l'impasse il y a un an et demi et qu'on avait envisagé la piste kazakh pour trouver les millions nécessaires à la poursuite des activités. " Déjà avant cela, Philippe était intervenu pour sauver l'Excel ", rappelle Jean-Pierre. " Lors de ce fameux vendredi de décembre 2004, lorsque Jean- PierreDetremmerie s'apprêtait à annoncer la mise en liquidation du club, je lui avais téléphoné. Il y avait une dizaine d'années que Philippe n'avait plus mis les pieds à Mouscron. Suite au décès de son papa, il a dû rentrer pour gérer différents dossiers. On a renoué le contact, on est redevenu plus frères que cousins. Mais, pour tout dire, je ne croyais pas qu'il accrocherait à ce point-là. Il m'a répondu : - Comment cela, l'Excel va mettre la clef sous le paillasson ? Il faudrait combien d'argent pour continuer ? Il a donc, une première fois, avancé une certaine somme, mais au fil du temps, il s'est rendu compte qu'on lui en demandait toujours plus. Il s'en est inquiété auprès de moi : - Jean- Pierre, j'aimeraisbiensavoircequ'ilsfontdemonargent ! Je lui ai répondu : - Lameilleuremanièredelesavoir, c'estdedevenirtoi- mêmeprésident ! " Jean-Pierre ne se doutait pas, à ce moment-là, qu'en juillet 2008, le président de l'Excelsior, ce serait lui. " Je comprends que les gens se posent des questions suite à ce pas en retrait effectué par Philippe ", dit-il. " La première chose que j'ai faite, lors de mon entrée en fonction, fut de rassembler le personnel pour l'assurer que mon cousin subviendra toujours aux besoins de l'Excel. Vendredi passé, je me suis rendu à Reims pour assister au match amical que l'équipe y disputait. J'étais parti en voiture, mais j'ai rejoint le car des supporters. On a mangé un bout ensemble et ces gens étaient tout heureux d'avoir le président en face d'eux, en chair et en os. Philippe, malgré toute sa bonne volonté, ne pouvait pas se permettre ce genre de choses. A la limite, il valait mieux que la passation de pouvoirs s'effectue maintenant plutôt qu'en milieu de saison : tout est en place, Philippe a nettoyé ce qui avait besoin d'être nettoyé en une année et demie de présidence, et désormais je pourrai jouer un rôle de président-rassembleur ". Précisément, si Jean-Pierre devait imprimer sa griffe personnelle, par rapport à Philippe, quelle serait-elle ? " Je voudrais être plus proche des supporters, des employés, des bénévoles. Je voudrais que les joueurs en soient plus proches également, qu'ils aillent vers eux, pour des séances d'autographes ou des soirées festives, que l'on retrouve cette convivialité qui constituait autrefois la marque de fabrique de l'Excel. Bref, recréer une certaine osmose ". Pourrait-on voir aussi une plus grande attention portée au Futurosport, vu que Jean-Pierre était le président du comité des jeunes ? Car, de ce point de vue-là, Philippe et son cousin ne semblaient guère sur la même longueur d'ondes : l'Espagnol ne s'intéressait guère à la formation de jeunes talents, préférant se concentrer sur l'achat de joueurs confirmés. " Si, il s'intéressait bel et bien au Futuro ", corrige Jean-Pierre, " mais dans son esprit - et je ne peux lui donner tort - la locomotive c'est l'équipe Première. C'est la D1 qui doit tirer les autres wagons. Cela dit, je suis heureux qu' EnzoScifo veuille bien incorporer quatre ou cinq jeunes dans son effectif ". En parlant du Futurosport : son rachat par l'IEG, présidée par Jean-Pierre Detremmerie, ne risque-t-il pas de perturber les plans ? Quid de l'hôtel que Philippe comptait y construire, avec l'aide de Frinver ? " Le projet n'est pas abandonné, mais j'admets qu'il est en stand-by ", répond Jean-Pierre. " Il est logique que le Futurosport soit repris par l'IEG, puisque son rôle est avant tout social. Comme Detremmerie souhaite y organiser des championnats d'athlétisme et d'autres, il faudra bien un hôtel pour loger les délégations. Les plans sont faits, mais il ne nous appartient plus d'en assurer le financement ". Frinver restera malgré tout le sponsor maillot. " L'an passé, on avait signé un contrat de quatre ans, mais avec la possibilité de revoir chaque année le montant minimum à verser. Cette saison, la participation de cette société sera peut-être moindre ". Inquiétant, car derrière, c'est plutôt le vide. Jean-Pierre le reconnaît : " Si Philippe avait été plébiscité par 98 % des supporters lors de sa prise de pouvoirs, ce fut plutôt l'inverse au niveau des sponsors et de l'aide financière extérieure. Ils nous ont lâchés les uns après les autres, l'air de dire : - Puisquel'Excel adésormaisunmécène, onn'aplusbesoindenous ! Philippe ne comprend pas, il a effectivement l'impression qu'on l'abandonne. A ce niveau-là également, j'aurai un rôle à jouer. Je vais essayer de faire revenir ces sponsors, ou du moins certains d'entre eux. Je suis aussi sur la piste de deux autres soutiens potentiels, mais je ne veux pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué... et je ne voudrais surtout pas que l'ours s'échappe ". Et l'équipe Première ? " L'essentiel de la reconstruction avait déjà été effectué lors du mercato hivernal, on n'a dû procéder qu'à quelques retouches. Le budget, qui était de 8,5 millions, va être réduit. On a déjà procédé à une diminution de 1,2 million de la masse salariale, c'est énorme ". D'un côté, c'est rassurant d'entendre que l'Excel veuille enfin vivre de façon raisonnable, mais de l'autre, on s'éloigne des prédictions de Philippe qui, au plus fort de son enthousiasme lors de son entrée en fonction, avait promis une hausse de budget chaque année. Selon le nouveau président, le départ de son cousin Philippe - ou plutôt son pas en retrait - pourrait effectivement n'être que provisoire, comme l'annonçait le communiqué officiel du club. Mais il n'est pas exclu non plus qu'il parte définitivement si, d'aventure, cela ne tournait pas comme il l'espérait. " Oui, c'est sûr. Les supporters doivent le comprendre : Philippe a mis plus de 30 ans pour mettre toutes ses sociétés en route, il ne peut pas tout abandonner pour faire vivre un club, même s'il l'adore ". Que se passerait-alors ? Nul ne le sait à l'heure actuelle... par daniel devos