Le 18 août 1994, à six ans, Simon Mignolet s'affilie au VV Brustem Centrum, un club au matricule 8250, non loin du domicile familial, situé Brandhoutstraat. C'est là, dans ce charmant village hesbignon, que Big Si s'est exercé, dès qu'il a su marcher, avec son frère Wouter, sur la pelouse située devant la maison. Il jouait aussi avec son oncle Fritz, l'homme qui a suivi le Diable Rouge partout, durant ses jeunes années, à Brustem, au KSK Tongres, au Sporting Alost et à Saint-Trond. Comme le père, Stefaan, et la mère, Bernadette, il a veillé à ce que le gamin ne plane jamais.
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Le 18 août 1994, à six ans, Simon Mignolet s'affilie au VV Brustem Centrum, un club au matricule 8250, non loin du domicile familial, situé Brandhoutstraat. C'est là, dans ce charmant village hesbignon, que Big Si s'est exercé, dès qu'il a su marcher, avec son frère Wouter, sur la pelouse située devant la maison. Il jouait aussi avec son oncle Fritz, l'homme qui a suivi le Diable Rouge partout, durant ses jeunes années, à Brustem, au KSK Tongres, au Sporting Alost et à Saint-Trond. Comme le père, Stefaan, et la mère, Bernadette, il a veillé à ce que le gamin ne plane jamais. Brustem revit. Les arbres fruitiers profitent manifestement des premiers rayons printaniers du soleil. Ce village campagnard ne compte que quelques milliers d'âmes. Il est situé dans le sud du Limbourg et est devenu une entité de Saint-Trond. L'avion placé à l'envers au rond-point de la fameuse Chaussée de l'Amour rappelle l'existence d'une base militaire de formation des pilotes. Depuis l'été dernier, le VV Brustem Centrum n'est plus autonome : il a fusionné avec le KVK Zepperen. La nouvelle entité allie le bleu et noir, toujours présent sur les panneaux en béton qui entourent le stade, et le mauve. Ici, la combinaison ne fait pas froncer les sourcils... Mignolet a accompli ses premiers pas footballistiques dans les installations d'Hemelrijk, où nous attend Edward Lacroix, l'ancien entraîneur de Simon, qui a joué avec Stefaan, et Alex Duchamps, qui a un an de plus mais a débuté en même temps que le Diable Rouge, durant la saison 1996-1997. Depuis lors, le médian défensif a raccroché ses studs et Lacroix a abandonné son poste de coordinateur des jeunes, après des années. " Quand on fait construire, on a besoin de son temps pour d'autres choses ", disent-ils en choeur. Dans la cantine du club de première provinciale, qui dispute ses matches à Zepperen, il y a toujours la photo de l'équipe des diablotins de Mignolet, que le secrétaire des jeunes montre fièrement. " Il est le meilleur ambassadeur de notre club. " " En traversant ici, vous arrivez rapidement dans la rue des Mignolet. Wouter y a également fait construire. La famille a vraiment choisi le terrain de football le plus proche ", se souvient Duchamps. " A l'époque, nous allions littéralement chercher nos footballeurs aux alentours des clochers. Il n'y avait que le football : il y a vingt ans, la PlayStation n'existait pas encore. " Lacroix sourit : " Tout le monde était le bienvenu. C'était un lieu de rassemblement familial. Dix à douze enfants venaient spontanément au club. Le père de Simon avait joué pour notre club. En fait, le football était l'occupation idéale du mercredi après-midi et du samedi. Les gosses s'amusaient, ils ne se cantonnaient pas au football. J'ai été cadre chez les scouts et j'ai toujours aimé m'occuper des jeunes. Brustem était un club de quatrième provinciale aux moyens limités. Il nous a fallu des années pour bâtir quelque chose de convenable. Finalement, avec l'aide de la commune, nous avons formé un beau club. Je suis content d'avoir modestement contribué au développement de Simon, même si je regrette que nous n'ayons pu lui offrir davantage. " Mignolet a débuté dans le champ mais son bagage technique n'était pas vraiment impressionnant. D'après Lacroix, il s'appuyait surtout sur sa robustesse et ses qualités physiques. " Simon venait manifestement pour s'amuser avec ses copains, sans plus. Parfois, il trépignait d'impatience. En fait, on m'a confié un garçon particulièrement enthousiaste. Ce qui m'a frappé, c'est l'aisance avec laquelle il franchissait certaines distances. Il était un vrai box-to-box, qui surclassait tout le monde en force et en abattage. Il n'arrêtait pas. Surtout, il était empreint de rage de vaincre, bien plus que n'importe quel autre joueur. " Duchamps, qui évoluait alors en défense, opine. " Simon a toujours été un bon analyste. Il n'était pas dénué de technique et appelait constamment le ballon. Il était notre locomotive, celui qui tirait toute l'équipe à son niveau. " Nos deux interlocuteurs se tournent spontanément vers le terrain, comme s'ils revivaient les rushes de Simon. " Ce terrain est un billard, comparé au champ de boue sur lequel les joueurs devaient évoluer ", affirme Lacroix. " Mais ça ne dérangeait pas Simon. Il se battait sans relâche, infatigable, puisant dans ses énormes réserves. " Duchamps approuve. " En dehors du terrain, il était tranquille mais en match, quand ça n'allait pas comme il le voulait, il s'énervait. Ça doit être inné. Son père a dû lui refiler le virus du sport. " Il y a trois ans, par hasard, Duchamps a revu Mignolet dans un café de Zepperen. " Il est resté le même garçon sociable et spontané qu'en diablotins. Il est toujours calme, réfléchi et cool. Un homme normal, comme les autres. Je trouve ça formidable. Il reste un des nôtres. (Fièrement) Simon reste notre gardien de but. " Pendant trois saisons, jusqu'en préminimes, le centre d'Hemelrijk a été l'endroit où Simon Mignolet s'amusait, en compagnie de sa famille et de ses copains, dans une ambiance décontractée, sans l'obligation d'obtenir des résultats. " Nous nous entraînions le mercredi et jouions le samedi ", résume Lacroix. " Mais j'ai rapidement constaté que Simon manquait de technique, d'accélération et d'agilité pour aller loin. Il compensait ces défauts par sa régularité et son endurance. Simon ne décevait jamais. Il continuait à courir sans ménager ses efforts. C'est simple : Simon allait là où se trouvait le ballon. Je devais surtout le modérer. Un vrai Kampfschwein. Il mouillait son maillot. " Mignolet s'est forgé le respect général et est devenu le leader de son équipe, par son engagement sans bornes. " Il fallait le suivre si on voulait gagner ", explique Duchamps. " C'est pour ça que nous suivions ses consignes. Alost et Zepperen avaient de meilleures équipes, à l'époque, mais notre force de caractère compensait notre retard. Nous n'avions pas une génération exceptionnelle. Nous étions contents d'avoir assez de joueurs pour former une équipe. La qualité n'était pas une donnée prioritaire. " Il n'est donc pas surpris que Mignolet ait quitté le champ pour la cage. " Son frère jouait aussi au football ", rappelle Duchamps. " Quand son père et son oncle jouaient avec eux, à la maison, il fallait bien quelqu'un dans le but. Le plus petit était souvent la victime de service. Simon savait déjà défendre un but à l'époque mais jamais nous n'aurions cru qu'il deviendrait un gardien de rang mondial. Il a atteint l'élite absolue ! " En diablotins, Lacroix avait deux gardiens titulaires et il n'a jamais désigné Mignolet pour ce poste. " On ne peut pas prédire pareil retournement de situation. Je suppose que Stefaan, lui-même un ancien gardien, a été le premier à déceler son potentiel : sa mobilité, son jeu de pied, son drive et le fait qu'il plonge toujours sans hésiter. Ces qualités lui viennent à point en Premier League. Ce championnat, basé sur la force dans les duels, lui sied à merveille. " La famille Mignolet a toujours tout soigneusement planifié, relève Lacroix. " Elle possède une énorme connaissance du football. En outre, elle a posé le bon choix en engageant Guy Vandersmissen et Nico Vaesen comme conseillers. Ils connaissent bien le milieu et ils sont suivi la même voie avant Simon, grosso modo. Ce sont des gens modestes, comme Stefaan, Bernadette, Fritz, Simon et Wouter. Les Hesbignons sont ainsi faits : ils sont réalistes, accessibles, dénués d'allures de vedette et de caprices. On m'a dit que Simon éprouvait beaucoup de reconnaissance à l'égard de ceux qui l'ont fait. Il a besoin d'être avec les gens, parmi les siens. " Duchamps rappelle la foule de supporters qui se rend encore régulièrement en Angleterre, signe de la popularité du gardien dans sa région. " J'aimerais y retourner car je suis très fier de lui. Il est notre icône et notre meilleure publicité. Des amis m'ont dit que Simon se donne toujours la peine de venir saluer tous ces gens dans leur bus sur le parking d'Anfield Road. Il n'a pas le gros cou. Simon apprécie les efforts que ces gens accomplissent pour le voir jouer. Comme toute sa famille, qui est très unie. Vous savez, je connais même deux personnes qui sont devenues supporters de Sunderland grâce à Simon et qui le sont restées par la suite. " En équipe nationale, Marc Wilmots considère Simon Mignolet comme la doublure de Thibaut Courtois. " C'est un fameux handicap et je ne comprends pas pourquoi il ne reçoit pas de véritable chance dans les matches amicaux ", affirme Lacroix. " Choisir un gardien est très difficile et jamais définitif. Son père a vécu la même chose au niveau provincial mais il est resté serein alors qu'il était boycotté par un gardien dont le père siégeait au comité. Il a de l'expérience et est à même de conseiller son fils. Simon est intelligent, bien élevé et suffisamment poli pour se maîtriser quand il s'adresse à la presse. Il est aussi très sévère envers lui-même. " Duchamps est mal à l'aise aussi. " Simon a vraiment de la malchance. Dans ses interviews, en termes couverts, il fait quand même comprendre qu'il a besoin d'être reconnu. Il dit franchement qu'il veut devenir le premier gardien des Diables Rouges. C'est une situation de luxe pour Wilmots, qui peut compter sur deux gardiens titulaires dans des grands clubs : Simon chez les Reds de Liverpool et Thibaut chez les Blues de Chelsea. Courtois a une petite longueur d'avance, sans doute grâce à un palmarès plus fourni et à de plus grands mérites au plus haut niveau mais Simon est plus sobre. Parfois trop gentil. Il est un peu le gendre parfait, le gentleman de service, mais il va continuer à essayer de détrôner Thibaut. Simon n'abandonne jamais, c'est un survivant. Ce qui compte, c'est d'attendre patiemment sa chance. " PAR FRÉDÉRIC VANHEULE - PHOTOS BELGAIMAGE - ERIC LALMAND" Il plongeait où se trouvait le ballon, c'est aussi simple que ça. " - Edward Lacroix, ancien entraîneur de Simon " Simon n'abandonne jamais. " - Alex Duchamps, ami d'enfance