Bart Goor a évolué pendant quatre saisons à l'étranger : trois au Hertha Berlin et une à Feyenoord. Il a entamé sa carrière à Genk en 1997. Après un an seulement, il passait à Anderlecht, où il est revenu la saison dernière.
...

Bart Goor a évolué pendant quatre saisons à l'étranger : trois au Hertha Berlin et une à Feyenoord. Il a entamé sa carrière à Genk en 1997. Après un an seulement, il passait à Anderlecht, où il est revenu la saison dernière. Bart Goor Je n'en sais rien. Cela prend du temps, mais on en retire beaucoup de satisfactions. J'ai deux garçons et deux filles. Les gamins adorent le football. Je n'ai pourtant rien fait pour, cela doit être génétique. Ils jouent toujours ensemble et ne s'ennuient jamais. Je pense que les familles qui n'ont qu'un enfant doivent s'occuper davantage de leur progéniture que moi de mes quatre gosses. Parfois, ils jouent à l'extérieur pendant quatre ou cinq heures sans qu'on les entende. C'est un bon remède contre la pression. Quand nous sommes ensemble, je relativise le monde du football. C'était très enrichissant, j'y ai beaucoup appris. Le fait de jouer contre la relégation, par exemple. Quand on est pris dans la spirale négative et qu'on ne s'y attend pas, il est très difficile de s'en sortir. Je savais que les Allemands étaient très disciplinés et organisés. Cela s'est vérifié. Là-bas, le foot est un combat : on se donne à fond pendant 90 minutes, pas 89. C'est très différent de ce qu'on voit en Belgique ou aux Pays-Bas. Et Berlin est une vie multiculturelle et magnifique. J'aimerais y retourner car j'y ai conservé beaucoup d'amis. Je pense que nous sommes moins critiques que les Allemands. On a tendance à se montrer plus sévère envers les Belges, et pas seulement à Anderlecht. Nous sommes très critiques envers nos compatriotes alors que nous réservons les éloges aux étrangers. La Belgique n'est pas un pays chauvin. Dans son propre championnat, un joueur belge doit se montrer davantage qu'un étranger. Au fil des années, je me suis fait quelques copains étrangers, notamment des Croates. Ils sont plus cool, plus familiers entre eux. Les Belges se critiquent davantage. Moi aussi, je dois beaucoup à Genk. Aimé Anthuenis m'a donné ma chance en D1. Après, c'était à moi de jouer mais il était important qu'on me fasse confiance. A 16 ans, j'étais tout content de pouvoir regarder jouer l'équipe Première de Geel, en D2. Et je me disais que ce serait fantastique d'y jouer un jour. J'admirais beaucoup Jef Vandeweyer, une icône de Geel à l'époque. Il gardait très bien le ballon, était très intelligent, ne s'entraînait pas beaucoup mais se tirait toujours d'affaire. Il savait également s'y prendre avec les jeunes. A 18 ans, j'ai pu jouer avec lui en équipe Première et c'était fantastique. Quand on évolue cinq ans en D2, on se dit que ce serait bien de tenter sa chance en D1 et, avant même d'avoir le temps de m'en rendre compte, je faisais partie du plus beau club de Belgique. A Geel, Tibor Balogh, Marc Noë et Dimitri Mbuyu m'ont beaucoup appris : ils savaient comment ça fonctionnait en D1. Comme j'étais réceptif, ils m'appréciaient. Un jeune qui fait montre de respect est aussi respecté. Fernand Goyvaerts, qui était déjà mon agent en D2, a toujours cru en moi, tout comme mon père. A Geel, j'ai rencontré beaucoup de joueurs meilleurs que moi mais qui, pour certaines raisons, n'ont pas percé. J'ai un diplôme de régent en éducation physique. J'ai même enseigné pendant un an, comme intérimaire et cela s'est bien passé. Même avec les filles... J'aurais pu combiner l'enseignement avec le foot en D2 ou en D3. Je suis assez bon vivant aussi. Avant Genk, d'autres clubs de D1 se sont manifestés, comme Alost ou Ekeren. Mais j'avais donné la priorité à mes études. Je voulais absolument un diplôme. La grosse différence, c'est la vitesse d'exécution. Il ne faut pas en avoir peur et croire en ses possibilités. Tout joueur a besoin de quelqu'un qui croit en ses qualités individuelles mais qui voit aussi ce qu'il peut apporter à l'équipe. Le tout n'est pas d'être repéré par un recruteur. Une fois le transfert signé, il faut encore recevoir une chance de se montrer. Ici, l'atmosphère est particulière mais elle est très chouette. Il faut se montrer ouvert, vouloir s'intégrer. Beaucoup de gens ont une image négative d'Anderlecht mais c'est un club chaleureux. A condition de faire des concessions. Quand on a des difficultés, il est plus facile de rejeter la faute sur les autres que de faire son autocritique. Je trouve qu'Anderlecht est un grand club qui offre de belles perspectives. Demandez-le à des joueurs qui ont évolué ailleurs. Quand on s'assied dans le vestiaire aux côtés d'Enzo Scifo ou Pär Zetterberg, on est impressionné. A l'entraînement aussi : tous les ballons qu'ils vous donnent sont millimétrés. Alors, on a le choix : ou on les regarde la bouche ouverte, ou on essaye d'atteindre leur niveau. Celui qui opte pour la deuxième solution progresse. Au début, je me suis demandé ce que je venais faire là car ces gens-là ne rataient jamais un contrôle ou une passe. Lorsque je demandais un ballon, il arrivait exactement là où je le voulais. Cela me mettait en confiance. Il faut savoir se mettre en évidence, y compris à l'entraînement. Et faire preuve de respect. Dans les grands clubs, il y a toujours de fortes personnalités. Il n'y a pas qu'à Anderlecht que des clans se forment. C'est aussi le cas à Feyenoord et à Berlin. Dans la vie courante aussi, les gens qui parlent la même langue ont tendance à être ensemble. Mais on peut très bien former un bon duo sur le terrain même si on n'écume pas les discothèques ensemble. A Anderlecht, le groupe est très homogène. La seule différence avec les grands clubs des autres pays, c'est que nous ne sortons pas beaucoup ensemble. Parce qu'on nous embête souvent. Berlin est si grand que les gens ne vous reconnaissent pas. Là aussi, nous ne sortions jamais tous ensemble mais toujours à Berlin. Parce que tout le monde habitait en ville ou dans la banlieue. Après une sortie, nous prenions un taxi et il ne nous fallait que cinq minutes pour rentrer chez nous. Nous pouvions donc nous permettre de boire. Ici c'est difficile car l'un rentre en Flandre et l'autre dans le Limbourg. C'est un peu loin pour prendre un taxi. Et tout le monde a peur de boire. C'était différent avant. Moi, je suis revenu pour le plaisir de disputer à nouveau la Ligue des Champions et de remporter le titre. Evidemment, je savais qu'on attendrait beaucoup de moi car j'avais coûté cher. J'aime ce que je fais. Parfois, cela se passe moins bien, mais je me donne toujours à 100 %. Je vis plus sainement que par le passé. Quand on est jeune, on peut se permettre davantage mais maintenant, après une sortie, il me faut deux jours pour récupérer. Je connais très bien mon corps. Ma volonté et mon caractère me permettent aussi de très vite revenir dans le parcours après une blessure. Quand ça ne marche pas devant ou derrière, c'est dans l'entrejeu qu'il faut compenser. Quand certains joueurs ne font pas leur travail, nous devons beaucoup courir sans toucher le ballon. Lorsque tout le monde y met du sien, par contre, comme lors du 6-0 contre Genk, il est beaucoup plus aisé de jouer au milieu. Je crois que je finirai dans l'entrejeu. Je suis très offensif et il faudrait que je change complètement d'état d'esprit pour devenir défenseur, surtout face à des joueurs très rapides ou très doués techniquement. Non, j'ai toujours joué pour l'équipe. Parfois un peu trop, même. J'ai déjà beaucoup couru pour les autres. Oui mais maintenant, je sais pour qui je cours. Pour certains, je refuse de le faire. Il y a des gens qui ne prennent jamais votre place lorsque vous êtes hors position. L'expérience m'a appris à les détecter. Alors, certains n'ont qu'à se débrouiller. Avant, je les aurais aidés, même si cela desservait ma cause. Absolument pas car il effectue son travail défensif. Vous ne m'entendrez jamais me plaindre de lui ni de son état d'esprit. Vous ne devez pas chercher de noms dans cette équipe, je parle plutôt de gens que j'ai côtoyés à Feyenoord ou à Berlin... Oui, à ma façon. Il ne faut pas attendre de moi que je secoue tout le monde avant le match. Pour moi, on peut raconter des blagues, écouter son iPod ou s'asseoir dans un coin du vestiaire. Je veux simplement que tout le monde soit concentré. Je suis un capitaine calme et je ne monte au créneau que s'il le faut. A Anderlecht, ce n'est pas souvent le cas car il y a beaucoup d'autodiscipline. Et ce n'est pas parce que les résultats sont mauvais que le groupe est en crise. Parfois, on n'y peut rien parce que trop de joueurs sont en méforme. Mais ce n'est pas pour cela qu'il y a des frictions. Peut-être joue-t-on davantage en fonction du résultat. Le jeu est moins ouvert. Avant, on prenait le temps de construire de l'arrière. Maintenant, on balance toujours vers l'avant. Avant, il n'y avait qu'un meneur de jeu. Je me rappelle que l'adversaire collait toujours un homme aux basques de Zetterberg, pendant nonante minutes. Si le meneur de jeu était bien tenu, l'équipe était moins performante. Maintenant, tout le monde est plus impliqué. Cela joue plus vite, il y a davantage de duels et moins d'espaces. Tant que j'éprouve du plaisir et que je conserve le niveau, je continue. Et pourquoi pas à Anderlecht ? S'il me reste un an de contrat ici et qu'on ne me propose rien tandis que je peux signer pour plusieurs années au Qatar, pourquoi pas ? Pour le moment, je ne me vois pas faire cela mais cela peut changer. Je donne déjà pas mal de conseils aux jeunes, en actes comme en paroles. Oui. La presse ne s'intéresse plus seulement au football. Cela met plus de pression et les gens ont l'impression de ne plus pouvoir vivre normalement. La presse est omnipotente. La seule chose qu'on puisse faire, c'est boycotter les médias pendant un certain temps mais nous avons aussi besoin d'eux. Il faut donc faire attention à ce que l'on dit et demander à relire les interviews. Je suis très ouvert, je peux donner beaucoup de choses mais il ne faut pas exagérer. Je sais que je dois beaucoup à la presse. L'important, c'est qu'il y ait un respect mutuel. par geert foutre - photo: reporers/hamers