"Le club a payé une somme d'argent importante pour moi, peut-être trop ", déclarait Sergej Milinkovic-Savic lors de son arrivée à la Lazio en 2015. " J'ai refusé une offre de 70 millions d'euros pour lui ", révélait son président ClaudioLotito l'été dernier. De quoi faire passer le sentiment de culpabilité au Serbe. C'est aussi pour cette raison que - selon LaGazzetta dello Sport - le club italien n'a pas hésité à débourser 9 millions afin d'annuler la clause stipulant que 50 % du montant de la revente devait être reversé au KRC Genk.
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"Le club a payé une somme d'argent importante pour moi, peut-être trop ", déclarait Sergej Milinkovic-Savic lors de son arrivée à la Lazio en 2015. " J'ai refusé une offre de 70 millions d'euros pour lui ", révélait son président ClaudioLotito l'été dernier. De quoi faire passer le sentiment de culpabilité au Serbe. C'est aussi pour cette raison que - selon LaGazzetta dello Sport - le club italien n'a pas hésité à débourser 9 millions afin d'annuler la clause stipulant que 50 % du montant de la revente devait être reversé au KRC Genk. Si on ajoute le chèque signé à l'achat (les sources varient, mais ce serait entre 6 et 9 millions), l'entière transaction s'élève au maximum à 18 millions d'euros, laissant une marge suffisante en vue d'effectuer une conséquente plus-value. Néanmoins, tout n'a pas été facile pour le natif de Lleida, car c'est seulement au terme de sa seconde saison que l'estimation du prix d'un éventuel transfert a grimpé en flèche. La première a été celle de l'adaptation, nécessaire pour la plupart des jeunes étrangers débarquant en Serie A. La découverte d'un nouvel environnement et d'une pression qu'il n'avait encore jamais vraiment connue, surtout après des résultats collectifs décevants. D'emblée, la Lazio s'incline en Supercoupe d'Italie face à la Juventus, se fait éliminer en barrages de la Champions League face au Bayer Leverkusen (victoire 1-0 à l'aller, défaite 3-0 au retour) et encaisse deux gros revers lors des deux premiers déplacements en championnat (4-0 à Chievo et 5-0 à Naples). SMS n'y est pas pour grand-chose avec ses quelques entrées en jeu, mais l'impact avec son nouveau club est traumatisant. " Il est arrivé la mauvaise année, ce début catastrophique a fait naître de nombreux problèmes et a créé des fissures au sein du vestiaire ", relate Stefano Cieri suiveur historique de la formation romaine pour La Gazzetta dello Sport. Autre aspect : s'il débarque avec une réputation de futur crack et un titre de champion du monde U20 en poche, il est une énigme tactique et un joueur difficile à insérer dans le 4-2-3-1 du coach Stefano Pioli. Trop offensif pour figurer parmi les deux milieux défensifs, trop peu expérimenté pour déloger rapidement Mauri ou Felipe Anderson du poste de meneur de jeu axial. Pourtant, sa première titularisation est fêtée par un but contre le Dnipro Dnipropetrovsk en Europa League, mais s'ensuivent quatre mois de disette avec des prestations parfois intéressantes, souvent anonymes. Il inscrira un autre but contre Galatasaray, et un seul en championnat : en janvier 2016, face à la Fiorentina, une équipe qu'il avait refusée de rejoindre à la dernière minute, prétextant - en larmes - des motifs d'ordre privé jamais révélés. Cette réalisation, il la fête en montrant du doigt le blason frappé de l'aigle, histoire de bien faire comprendre qu'il est convaincu de son choix de carrière. Le déclic n'arrivera pas pour autant, la saison d'apprentissage est délicate. Stefano Pioli est remercié après un lourd revers 4-1 lors du derby retour, Simone Inzaghi prend les commandes lors des sept derniers matches de championnat et ne l'utilise que 77 minutes en trois apparitions. C'est un camouflet. Le petit frère de Superpippo fait ses débuts sur un banc de touche et évite de prendre des risques en misant sur un élément encore indéchiffrable, mais ce n'est qu'une question de temps. Confirmé dans ses fonctions après que l'arrivée du " Loco " Marcelo Bielsa eut capoté in extremis, " Inzaghino " prend le temps d'analyser son effectif de fond en comble lors du stage estival à Auronzo di Cadore. Pragmatique, il s'adapte aux caractéristiques de ses meilleurs joueurs. Diplomate, il crée un contexte de travail sain. La mayonnaise prend de suite, notamment grâce aux prestations du Serbe. Capitaine de la Lazio vainqueur du premier scudetto conquis par le club en 1974, Pino Wilson a observé attentivement son évolution : " On était un peu sceptique au début, car on ne réussissait pas à l'identifier, mais c'est ça sa force, c'est lui qui choisit sa position de match en match. Ça en fait un joueur difficile à marquer, qui peut occuper à peu près tous les postes au milieu de terrain. Un joueur atypique avec un physique de basketteur et une excellente technique. " Un profil qui n'est pas sans rappeler celui du Français Paul Pogba. Le Pogba Blanc devient d'ailleurs l'un de ses surnoms, avec celui de Sergent. Titulaire généralement à gauche dans un milieu à trois, il voit ses stats augmenter en flèche avec 7 assists et 4 buts dont 3 de la tête, lui qui domine n'importe quel adversaire dans les airs. Avec l'Atalanta, la Lazio est la surprise de la saison, concluant le championnat à la 5e place et s'inclinant en finale de la Coupe d'Italie face à la Juventus. À la fin de la saison, le portail Ultimo Uomo, une référence de l'analyse tactique, le désigne symboliquement " Joueur s'étant le plus amélioré ". En voici les raisons : " Des mouvements dans les espaces et un jeu dos au but, il a travaillé sur les fondamentaux et est devenu un casse-tête pour les milieux adverses. Il combine maintenant jeu long et jeu court avec un naturel enviable, sans oublier sa facilité de passe avec les deux pieds et son sens du tempo. " Une description froide qui ne prend pas en compte le facteur émotionnel. En effet, avec deux buts lors de chacune des demis de Coupe contre la Roma, Milinkovic-Savic s'est aussi définitivement frayé un chemin dans le coeur de ses bouillants supporters. Hors-terrain, il a également trouvé un certain équilibre en choisissant d'habiter près du centre d'entraînement, à Formello. Une zone de collines, paisible, rappelant la Toscane, loin du boucan et des tentations de la Ville éternelle. Enfin, son frère Vanja, de deux ans son cadet, s'est rapproché de lui puisqu'il est le gardien remplaçant du Torino depuis cet été. Mais on n'en saura guère plus sur sa nouvelle vie, la direction de la Lazio ayant pour habitude de cadenasser sa communication au point que le numéro 21 laziale n'a pas encore donné la moindre interview à la presse écrite italienne en deux ans et demi. Les autres parlent donc pour lui, et c'est souvent un flux d'éloges. Aux micros de Mediaset Premium, Simone Inzaghi l'incitait à l'intersaison à continuer sur cette voie et admettait même l'importance de cet élément au sein de son onze : " Il doit maintenir cette humilité et continuer sans cesse de progresser, il peut faire encore plus. Son physique est impressionnant, là où les autres mettent la tête, lui met la poitrine. C'est vrai que je ne lui ai pas donné sa chance quand je suis arrivé, mais il a su l'exploiter à la première occasion possible, et depuis, je ne peux plus me passer de lui. " Au point de retoucher sa tactique avec un passage en 3-5-1-1 exaltant les capacités de l'ancien Genkois. Sur le papier, il est relayeur gauche, sur le terrain, il monte d'un cran aux côtés de Luis Alberto pour former un redoutable duo de trequartisti entre les lignes derrière Ciro Immobile, un des buteurs les plus prolifiques d'Europe. " Sa marge de progression est importante, il a aussi effectué des progrès au niveau de son caractère et a vraiment conscience de ses moyens. En revanche, il est encore un peu jeune pour devenir un des leaders de l'équipe, ça c'est un rôle qu'endosse Lucas Leiva, un gars qui a passé dix ans à Liverpool. Il a récemment prolongé son contrat jusqu'en 2022, mais il finira forcément dans un top club européen. Il y a des joueurs moins forts que lui qui sont estimés à 40/45 millions d'euros, il en vaut beaucoup plus ", analyse Wilson. Une valeur de 70 millions qui n'effraie ni la Juventus ni José Mourinho qui le ferait volontiers venir à Manchester United. Elle pourrait augmenter de nouveau lors de la grande kermesse mondiale en juin prochain. Mais il s'en est fallu de peu. En effet, Milinkovic-Savic ne savourait pas pleinement son ascension, la faute à Slavo Muslin, sélectionneur de la Serbie qui ne le convoqua une seule fois, en juin 2016. Un ostracisme insensé le contraignant à imaginer une naturalisation pour évoluer avec le Monténégro. C'en est trop pour la fédération qui licencie Muslin malgré la qualification obtenue pour la prochaine Coupe du Monde. S'ensuit un échange par presse interposée entre l'ex-entraineur du Standard de Liège et Mateja Kezman, célèbre ancien attaquant du PSV et agent du Sergent. Le premier n'y va pas de main morte : " Kezman a toujours manipulé la presse contre moi, il discutait avec d'autres anciens joueurs afin de réclamer une convocation de son client. Il n'a qu'un seul objectif : en tirer le plus d'argent possible en vue d'un prochain transfert. " Le second réplique : " Il dit qu'il a été viré à cause de cette situation avec Sergej, mais les personnes bien informées savent qu'il s'agit d'une rupture à l'amiable et que le reste de son staff est resté. " Dont l'adjoint Mladen Krstajic qui met fin à la discorde et le fait débuter le 10 novembre dernier. 90 minutes de jeu lors d'un amical en Chine. Un match anodin, mais qui pourrait être le tournant définitif de sa prometteuse carrière.