Le gaucher est un homme à part. La légende du rectangle vert voudrait qu'il ait " quelque chose en plus ". Pour en avoir le coeur net, la meilleure solution était évidemment de partir à la rencontre de celui que Peter Maes a un jour qualifié de " plus beau pied gauche de notre championnat ". Pendant que Clément Tainmont ou Ivan Obradovic régalent surtout depuis la ligne de touche, Julian Michel s'est niché au coeur du jeu de Mouscron pour défier les lois de la géométrie à coups de passes dans l'espace.
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Le gaucher est un homme à part. La légende du rectangle vert voudrait qu'il ait " quelque chose en plus ". Pour en avoir le coeur net, la meilleure solution était évidemment de partir à la rencontre de celui que Peter Maes a un jour qualifié de " plus beau pied gauche de notre championnat ". Pendant que Clément Tainmont ou Ivan Obradovic régalent surtout depuis la ligne de touche, Julian Michel s'est niché au coeur du jeu de Mouscron pour défier les lois de la géométrie à coups de passes dans l'espace. Si sa faculté à mettre la fusée Diaby sur orbite la saison dernière ne lui a pas permis de décrocher un stage à la NASA, elle lui aura au moins offert une année supplémentaire avec le numéro 10 dans le dos au Canonnier. Un gage de stabilité pour celui qui avait intégré la prestigieuse école lyonnaise aux côtés des Ferri, Ghezzal ou Lacazette avant de bourlinguer entre Louhans-Cuiseaux, Cannes et Lille. Privé des sprints de Diaby, Julian s'est rabattu sur les phases arrêtées pour distribuer les caviars. Un don pour téléguider le ballon qui intrigue, forcément. Mais qui s'explique, aussi. Entretien signé du pied gauche. JULIAN MICHEL : Je pense que c'est inné. Parce que même si on travaille cette technique de passe, cette précision ou la sensibilité du pied, il faut avoir un bon bagage au départ. Mais il y a un peu de travail aussi évidemment. Il en faut toujours. Et j'ai eu la chance d'être formé à Lyon, un club qui préconise la technique chez les jeunes. MICHEL : Beaucoup de jonglages, par exemple. C'est un exercice qui fait vraiment travailler ton pied. Ça te donne la sensibilité du ballon. Parfois, les parents des jeunes joueurs du club viennent me voir en me demandant ce que peut faire leur fils pour progresser. Ma réponse est toujours la même : 'Il faut qu'il jongle'. C'est important de sentir le ballon, de le toucher, de se l'approprier. Quand j'étais jeune, je ne prenais jamais mon ballon à la main. Même pour monter ou descendre les escaliers, c'était toujours au pied. J'ai toujours voulu que le ballon roule. Quand je joue avec des jeunes et qu'ils prennent le ballon en main pour arrêter le jeu, je ne comprends pas. On n'est pas au basket, ça se joue au pied ! MICHEL : Oui, on les travaille presque tous les jours. Les corners, les coups francs excentrés... Les travailler nous met en confiance pour le week-end. MICHEL : Tout dépend des déplacements des joueurs en fait. MICHEL : Non. En fait, je ne cherche pas un joueur. Je cherche un espace. Mon objectif, quand je tire, c'est de mettre la balle le plus près possible du but sans que le gardien puisse l'avoir. C'est l'idéal, parce que le joueur qui la reprend de la tête aura moins de distance à faire avec sa reprise. MICHEL : Quand je donne une belle passe dé', je me sens vraiment moi-même. Si je me retrouve face au but et que j'ai un équipier à côté de moi, je préfère lui donner pour qu'il soit seul sachant que moi, j'ai encore le gardien comme obstacle. Je ne vais pas penser à mes stats. Pour moi, c'est logique en fait, c'est le football : on cherche dans l'espace le joueur qui est le mieux placé. MICHEL : Comme n'importe quel joueur, je pense. Un milieu de terrain qui connaît son métier, il joue pour l'autre. Il veut faire progresser son équipe vers l'avant. Et quand tu as un attaquant qui fait des appels dans la profondeur, c'est du pain béni. En fait, le milieu de terrain veut faire plaisir. MICHEL : C'est mon boulot ça. Je ne suis pas capable de dribbler quatre ou cinq joueurs et d'accélérer. Mais l'an dernier, quand je mettais les ballons à Diaby pour répondre à ses appels, j'étais content de lui mettre. Quand il marque contre Waasland-Beveren et qu'il vient près de moi me dire : 'Tu me régales', je suis heureux. MICHEL : Si on reprend l'exemple de l'an dernier, Diaby était tellement rapide que je savais que je pouvais lui mettre le ballon plus loin. Alors que Badri, je devais doser une passe assez longue pour qu'il se retrouve face au but, mais pas trop non plus pour qu'il ne soit pas rattrapé. Et Langil, c'était plutôt dans les pieds. MICHEL : Évidemment. Si je donne le ballon à Langil, qu'il dribble deux défenseurs puis qu'il marque, ce n'est pas une passe décisive. C'est pour ça que le classement des assists, c'est un peu relatif. MICHEL : Mon seul objectif, c'est de devenir régulier. Je ne me dis pas : 'Il faut que je marque dix buts et que je donne douze passes, comme ça je pourrai partir'. Les joueurs qui font ça jouent pour eux, ils calculent pour un transfert. En fait, je veux surtout être mêlé à la construction du jeu. Quand on repart de derrière, j'aime être là pour donner des solutions à mes partenaires, pour ne pas qu'ils soient en difficulté. Certains joueurs ont peur de demander le ballon parce qu'ils pensent que s'ils le perdent, ce sera mauvais pour eux. Moi, je préfère prendre le risque. Et pourtant, je déteste perdre des ballons. D'ailleurs, aux entraînements, j'essaie de compter le nombre de ballons que je perds, et d'en perdre de moins en moins. MICHEL : C'est vrai que quand je me retrouve parfois sur un côté en match, je suis un peu frustré. Je laisse le monopole à quelqu'un d'autre, alors que je pourrais être dans l'axe pour créer. Généralement, on met les gauchers à gauche parce qu'ils n'ont pas de pied droit. Moi, je pense savoir donner des ballons du droit et m'orienter côté droit. Et avoir un gaucher au milieu, c'est moins prévisible, parce qu'il va trouver des angles de passes qu'un droitier ne saura pas voir. MICHEL : En tout cas, je ne peux pas monter sur le terrain pour l'entraînement en me disant que je vais trouver des angles de passes. Il y a beaucoup de feeling. Mais encore une fois, tout dépendra du déplacement de l'autre. Parfois, il se peut que j'alerte un ailier en lui mettant la balle avant qu'il démarre, mais c'est très rare. Il faut qu'il soit rapide et puissant. Généralement, j'attends le déplacement de l'autre et là, je lui mets le ballon dans l'espace. Parce que j'estime que l'idéal, c'est qu'il ne doive plus faire un seul dribble et qu'il soit directement en un-contre-un face au gardien. MICHEL : Oui, c'est sûr que je le ressens. Parce que quand je fais ce genre de passe, je ne force pas. Si je donne une diagonale de 30 ou 40 mètres, il se peut évidemment que je la rate. Mais la plupart du temps, c'est un geste que je fais naturellement, alors que d'autres ont plus de mal ou bien hésitent. Mais le fait de se mettre un frein parce qu'ils s'en sentent incapables est justement le plus gros problème. Parce qu'en se bridant, ils ne travaillent pas leur geste. MICHEL : C'est vrai qu'il faut régler son pied. Je prends l'exemple des coups francs directs, parce que je suis assez performant dans ce domaine pour l'instant : je les travaille à l'entraînement. Après chaque séance, je reste cinq, dix minutes à le faire. Rester une heure à bosser, mais un seul jour par semaine, ça ne sert à rien. Il faut juste en faire une habitude, pour que le geste devienne naturel. Mais cette réussite sur coup de pied arrêté, elle est vraiment fragile. Et encore une fois, elle dépend beaucoup des autres. Les déplacements de Mézague, Dussenne ou Peyre avant sa blessure, ils sont importants. D'ailleurs, je leur ai aussi demandé de les travailler. C'est important que le joueur arrive au bon moment. Sur un ballon excentré par exemple, quand ils savent que le ballon va être sortant, ils doivent se mettre dans l'angle du ballon qui sort. Sinon, mon ballon peut être parfaitement botté, il ne donnera rien... MICHEL : Ce que je trouve marquant dans ce championnat, c'est qu'on aime bien les joueurs de grande taille. Je peux comprendre, parce que ça marche sur coup de pied arrêté. Par contre, les joueurs plus petits sont plus rapides, peuvent créer plus de mouvements et donc plus d'actions. Je pense qu'il faut trouver un équilibre. Mais même chez nous, le coach insiste toujours sur le fait qu'il nous faut de la taille. MICHEL : Franchement non. Si je regarde les équipes contre lesquelles on a joué depuis le début de saison, beaucoup veulent repartir de derrière. Bon, à part Courtrai, qui cherche souvent Papazoglou avec des longs ballons. Mais quand tu as un attaquant de deux mètres, il faut rentabiliser son salaire, donc tu l'utilises. MICHEL : Vazquez. Pour moi, c'est le joueur le plus technique de Bruges. Et pourtant, il ne dribble pas ! Vazquez, c'est beaucoup de passes, beaucoup de mouvement, et c'est ce qui lui permet d'être à ce niveau. Je préfère avoir en face de moi un dribbleur qu'un joueur comme lui. Parce qu'avec Vazquez, tu sais qu'il va lâcher le ballon dès que tu tentes de le presser, et puis repartir. Et ça, c'est mon style de football. Un football de passing. MICHEL : En Belgique, il n'y a que cinq joueurs qui jouent au ballon : l'attaquant, les deux ailiers et les deux 8. Le 6 et les défenseurs, ils ne créent pas grand-chose. C'est rare qu'un défenseur aille trouver son ailier par exemple. Alors que je trouve que tous les défenseurs devraient être capables de faire ça. En Pro League, on ne voit pas assez de passes tranchantes. Le niveau technique des défenseurs influencera toujours le niveau de l'équipe. Même celui du gardien : si tu sais que ton gardien peut jouer au pied, tu lui mets le ballon et tu écartes. Par contre, s'il n'est pas précis, on lui donne le ballon puis on sort et il balance. Comme ça, tu ne vas pas créer. MICHEL : Bien sûr ! Quand on regarde un match espagnol, les joueurs puent le football. Tous, du gardien à l'attaquant. Moi, je suis un joueur qui aime que le ballon reste sur le terrain : je dégage très rarement, je reste debout aussi. Parce qu'à Lyon, on m'a appris qu'un homme à terre est un homme mort. Donc les tacles, ce n'est pas trop mon panel. La Liga, du coup, c'est complètement mon style. Ce serait une aubaine de trouver un club là-bas. MICHEL : L'été dernier, j'ai eu des contacts avec un club en deuxième division. Un club stable, intéressant, mais Mouscron était beaucoup plus insistant et comme je venais de me marier dans le Nord, c'était bien que je reste encore un peu. Pour mon développement aussi, d'ailleurs. Et je pense avoir fait le bon choix. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO PHOTONEWS" Quand j'étais jeune, je ne prenais jamais mon ballon à la main. Même pour monter ou descendre les escaliers. " - JULIAN MICHEL " En Belgique, il n'y a que cinq joueurs qui jouent au ballon : l'attaquant, les deux ailiers et les deux 8. " - JULIAN MICHEL