Cvijan Milosevic: "Pour Westerlo, c'est le couronnement d'une année que personne n'oubliera en Campine. Nous ne devons rien à personne même si, je l'avoue, ce ne fut pas une grande finale. La pression reposait sur les épaules de mes équipiers. C'était le club de D1 alors que les gars de Lommel viennent de passer un an en D2. Pourtant, notre équipe n'a pas du tout l'habitude de négocier de tels rendez-vous. A la fin de la semaine passée, j'ai deviné que la tension montait dans le groupe. J'ai croisé mes équipiers à l'heure de la collation, dimanche, et les mines étaient soucieuses. Pour pas mal d'entre eux, c'était une nouvelle forme de pression. L'absence de Frank Dauwen, blessé, constituait un handicap et j'aurais également pu leur offrir mon expérience.
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Cvijan Milosevic: "Pour Westerlo, c'est le couronnement d'une année que personne n'oubliera en Campine. Nous ne devons rien à personne même si, je l'avoue, ce ne fut pas une grande finale. La pression reposait sur les épaules de mes équipiers. C'était le club de D1 alors que les gars de Lommel viennent de passer un an en D2. Pourtant, notre équipe n'a pas du tout l'habitude de négocier de tels rendez-vous. A la fin de la semaine passée, j'ai deviné que la tension montait dans le groupe. J'ai croisé mes équipiers à l'heure de la collation, dimanche, et les mines étaient soucieuses. Pour pas mal d'entre eux, c'était une nouvelle forme de pression. L'absence de Frank Dauwen, blessé, constituait un handicap et j'aurais également pu leur offrir mon expérience. Mon genou m'a lâché et je n'ai pas eu la chance de mettre un terme à ma carrière de joueur de D1 sur une troisième finale de Coupe de Belgique. Dommage. J'ai tout de suite vu que les jeunes étaient paralysés par la peur. Bart Deelkens était un peu pâlot avant le match : c'est un signe qui ne trompe pas. Lucas Zelenka n'a pas reproduit ses prestations habituelles car lui aussi a dû dompter le stress. Et, dans le fond, deux joueurs seulement n'ont pas été minés par leurs nerfs : Rudy Janssens et Marc Schaessens. Ce dernier avait pourtant été victime d'un pépin intestinal la veille de la finale. Jan Ceulemans m'a un peu surpris dans ses choix sur le plan tactique. Il a d'emblée misé sur un seul attaquant de pointe, Vedran Pelic. Ceulemans a tenté quelques fois cette expérience dans le cadre du championnat. Je m'attendais à voir deux attaquants afin d'exercer une grande pression sur la défense de Lommel. Le coach a préféré rassembler ses troupes au centre du terrain. Après coup, on peut dire qu'il a eu raison mais, moi, je m'attendais vraiment à voir Dalibor Mitrovic sur le terrain dès le coup d'envoi. Westerlo a pris la première mi-temps à son compte. Après le repos, nous avons baissé la garde dans l'entrejeu, nous ne parvenions plus à réagir sur le plan offensif. Notre succès est logique (1-0 par Jef Delen) mais Lommel nous a posé quelques problèmes. La tâche de mes équipiers aurait été encore un peu plus rude si Lommel avait pu aligner Ibrahim Tankary et Karim Zouaoui, qui étaient tous deux suspendus pour la finale. A Westerlo, on a le sens de la fête. Tous les joueurs se sont réjouis à l'idée de passer cinq jours ensemble, cette semaine, à Ibiza, sans les épouses. Nous faisons la java, certains ne désaoulent presque pas durant toute la semaine. On dort, on s'amuse, on multiplie les repas, etc. Ça fait du bien à un groupe qui se relâche après tant de mois de travail et de stress. Au Stade Roi Baudouin, on n'a même pas vu une bouteille de champagne: j'ai trouvé cela étrange car on ne gagne pas tous les jours une finale de Coupe de Belgique. Westerlo confirme sa progession: valeur sûre dès son apparition en D1, titre de meilleur buteur de l'élite la saison passée pour Toni Brogno, un succès en Coupe après le départ de Toni à Sedan et aussi celui de Benoît Thans qui jouait un grand rôle dans la ligne médiane. Ce n'est plus un hasard mais je crois que le plus dur commence. La Coupe génèrera de nouvelles ambitions. L'équipe devra être renforcée. Je ne dis pas que Westerlo doit gagner quelque chose chaque année mais il faudra tout de même confirmer. Francis Severeyns leur apportera beaucoup mais il est dommage que Dalibor Mitrovic ne puisse pas rester. Bruges demande vingt-cinq millions pour le vendre définitivement. C'est trop pour un club comme Westerlo. Il faut entourer les jeunes. Bart Willemsen a un bel avenir. Il travaille beaucoup mais a encore besoin d'un tuteur dans le jeu. Lucas Zelenka fait bien de rester un an de plus sous le maillot de Westerlo. Il n'est pas encore prêt pour remplacer Alin Stoica à Anderlecht. Difficile de les comparer d'ailleurs. Alin est un soliste, Lucas dépend plus du groupe. Il est moins présent qu'Alin Stoica. Kevin Vandenbergh promet aussi. La relève est assurée. Je percevrai mon dernier salaire à la fin juin et je quitterai Westerlo avec un pincement au coeur. Je n'y pense pas pour le moment mais je suppose que ce ne sera pas facile à vivre. Il y a les vacances maintenant. Je vais rentrer à Zvornik, une ville à cheval sur la frontière entre la Bosnie et la Serbie. Mes parents vivent là. Mon avenir se situe pourtant bel et bien en Belgique. Il faudra que je me redéfinisse en septembre. J'ai été contacté par Visé et le FC Liège. Honnêtement, je ne peux pas leur répondre positivement car j'ai tout donné au football et un de mes genoux le sent. Ça ne va plus, c'est fini. Mais je resterai dans la famille du football. J'aimerais m'occuper de jeunes joueurs et la presse m'a cité au Standard. Je n'ai eu aucun contact avec Sclessin et je sais pas d'où vient cette rumeur. Il reste pas mal de terrain à défricher avec les jeunes. Mes deux fils jouent au Standard. L'ainé, Benjamin (10 ans), a eu la chance de travailler avec Simon Tahamata. Deni n'a que six ans mais le foot est sa passion. J'avais tout de suite noté de très gros progrès techniques dans le chef de Benjamin quand il s'entraînait avec Simon Tahamata. Si je ne trouve pas dans cette voie-là, des amis me proposent de les rejoindre dans un bureau d'agents de joueurs. Je me donne le temps de réfléchir, mais quand on vécu vingt ans rien que pour le football, on ne se recase pas facilement dans un autre domaine. J'ai disputé 299 matches de D1 en Belgique. J'ai eu la chance de gagner deux Coupes de Belgique, presque trois si on compte celle de dimanche passé. Elle m'appartient aussi car j'ai participé à toute la campagne de qualification. Je suis arrivé en Belgique, à Liège, en 1989. Robert Waseige et Emile Lejeune étaient venus me voir plusieurs fois à Sloboda Tuzla. Je marchais du tonnerre et un autre club était également très intéressé : Monaco. Liège fut plus rapide et j'ai été le premier joueur yougoslave quittant le pays à 26 ans. A l'époque, j'étais très proche de l'équipe nationale. Je suis arrivé à Rocourt à une époque où Liège cherchait son second souffle et je crois qu'on attendait beaucoup trop de moi. Je ne pouvais pas relancer tout seul cette mécanique. J'étais probablement un peu trop gentil. A Tuzla, on me connaissait, je n'avais pas à hausser le ton de la voix pour diriger la manoeuvre, cela se faisait tout à fait naturellement. Ici, il faut s'imposer, parfois jouer des coudes. Pas très facile quand on débarque dans une équipe en cours de saison mais nous avons tout de même réalisé de bonnes choses en Coupe de l'UEFA et la saison se termina par une finale de Coupe de Belgique. Liège prit la mesure du Germinal Ekeren (2-1) mais j'ai eu la frousse de ma vie. J'ai raté la transformation d'un penalty. Cela ne m'arrivait jamais. Le ciel m'est tombé sur la tête et c'est finalement Nebojsa Malbasa, monté au jeu à la fin du match, qui me sauva en marquant le but du succès. J'ai mal dormi durant plusieurs jours. Je me sentais bien à Rocourt, c'était mon club, mes couleurs. Je m'étais totalement identifié à Liège. C'était un club bien organisé. Robert Waseige a tout réglé à la perfection. Je n'ai jamais eu le moindre problème administratif. Il ne me fallait penser qu'au foot. J'ai vu la différence dans d'autres clubs. Ainsi, alors que nous préparions un match de Coupe de l'UEFA à Belgrade avec le Germinal Ekeren, nous avons dû faire appel au médecin de l'Etoile Rouge pour soigner notre gardien de but, Jan Moons, qui souffrait de l'épaule. Ekeren m'avait même pas de toubib! Ce ne serait jamais arrivé à Liège avec Robert Waseige. Je n'ai plus jamais travaillé dans une ambiance aussi professionnelle. Daniel Boccar a pris la relève puis ce fut au tour d' Eric Gerets d'oeuver avec les Sang et Marine: un phénomène. Eric était un formidable meneur d'hommes. Il était prêt à rester à Liège, qui n'avait plus d'argent: il a opté pour le Lierse et on connaît la suite avec des titres au Lierse, à Bruges, au PSV. Eric Gerets a lancé des tas de jeunes et il aurait réalisé de bien belles choses si Liège n'avait pas dû mettre la clef sous le paillasson. J'ai aimé le combat que mena ensuite Daniel Boccar. On n'avait plus de stade mais nous avons lutté jusqu'au bout de nos forces. C'était inutile mais tellement beau. La fin de Liège m'a fait mal. Je n'ai jamais regretté d'avoir opté pour ce club. Sans mes ennuis au genou, ma carrière aurait été bien plus belle : ce problème m'a fait perdre au moins 20 % de mon potentiel, c'est énorme. Après la disparition de Liège, j'ai été loué un an à l'Antwerp. J'avais encore un an de contrat et la direction de Liège voulait me vendre à Deurne pour vingt millions. C'était trop, on m'a prêté et j'étais libre un an plus tard. J'aurais pu rester mais le président Eddy Wauters me fit lanterner, dans l'espoir, je crois, de me faire signer à ses conditions. Ekeren était intéressé et j'ai signé avant de partir en vacances. C'est avec Ekeren que j'ai disputé ma deuxième finale de Coupe de Belgique, en 1997 contre Anderlecht qui nous enfonça. A 2-0, on ne donnait plus cher de nos chances de ne pas être écrabouillés. Je suis monté au jeu en deuxième mi-temps. Je n'aurais jamais dû prendre part à ce match. Je souffrais d'un gros problème aux adducteurs. On me recommanda un kiné. Il m'a soigné à la dure et me massa longuement une heure et demie avant cette finale. Je n'avais jamais eu aussi mal de ma vie.J'ai sué des gouttes mais il me retapa. Le problème est que ma musculature s'est refroidie sur le banc des réservistes. J'étais froid quand je suis monté au jeu mais le miracle a eu lieu. Pour Anderlecht, qui aurait pu marquer cinq buts, l'affaire était dans le sac. Nous avons réduit la marque, puis égalisé. Ekeren arrachait le droit de jouer les prolongations. Nous avons puisé une force infernale dans ce réveil et Anderlecht a cédé durant les prolongations: 2-4. Ekeren avait une bonne équipe avec Didier Dheedene, Tomasz Radzinski, Edwin Van Ankeren, Philippe Vande Walle, etc. Quand cela tournait, cette équipe était capable de poser des problèmes à tout le monde. La Coupe fut un succès mémorable mais je l'ai payé cash: ma blessure aux adducteurs se réveilla et je suis resté trois mois sur le flanc. En Coupe de l'UEFA, j'ai eu le bonheur d'éliminer l'Etoile Rouge. Elle nous prit de haut et avant le match retour, mon père, qui est supporter de l'Etoile Rouge, m'appela au téléphone de Zvornik: -Fils, on dit que ton club est très amateur, j'espère que vous ne subirez pas une correction. L'Etoile Rouge nous avait snobé : elle fut éliminée. C'était aussi une mise au point pour moi car si je n'ai jamais été international A en Yougoslavie, c'est parce que je ne jouais pas dans un des deux grands clubs de la capitale. Or, j'avais milité dans toutes les équipes représentatives en catégories d'âge. J'aimais bien Ekeren mais au moment de la fusion avec le Beerschot, j'ai accepté l'offre de Westerlo. J'en avais assez de passer ma vie en voiture et dans les embouteillages entre Liège et Anvers. C'était l'enfer. A vrai dire, c'est intenable pour un joueur de football qui doit avoir de larges plages de repos. J'étais aussi sous le charme de Jan Ceulemans et de sa vision offensive du football. A Westerlo, le plaisir est une notion très importante. On s'amuse, on prend son temps, c'est le football à l'état pur dans le monde professionnel. Je me suis toujours bien amusé à Westerlo. C'est terminé, il faut tourner la page. Mais même si je ne joue plus, je resterai footballeur dans l'âme et dans mon coeur : c'est le plus beau métier du monde".Pierre Bilic