Les matches d'ouverture des grands tournois sont propices aux surprises. On se souvient du France-Sénégal (0-1) de la Coupe du Monde 2002 ou, ce qui nous concerne plus, de l'Argentine-Belgique (0-1 également) de la Coupe du Monde 1982. Le premier match de l'Euro 2004 n'a pas failli à la tradition : le tournoi a commencé de la pire des façons pour le pays organisateur.
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Les matches d'ouverture des grands tournois sont propices aux surprises. On se souvient du France-Sénégal (0-1) de la Coupe du Monde 2002 ou, ce qui nous concerne plus, de l'Argentine-Belgique (0-1 également) de la Coupe du Monde 1982. Le premier match de l'Euro 2004 n'a pas failli à la tradition : le tournoi a commencé de la pire des façons pour le pays organisateur. LuisFigo a commis la première faute du tournoi après 15 secondes de jeu : tout un symbole. Pire : à la 7e minute, GeorgiosKaragounis mettait à profit une perte de balle de PauloFerreira pour tirer de loin et surprendre Ricardo qui, sur cette phase, aura encore apporté de l'eau au moulin des défenseurs de VitorBaia. " Ce but a conditionné tout le reste du match ", commenta le coach LuizFelipeScolari. " Il a donné confiance aux Grecs, qui ont pu camper sur leurs positions. Mes joueurs ont payé au prix fort cette erreur initiale. Ils étaient déjà tendus au départ pour ce premier match à domicile et leur nervosité s'est encore accrue ". En deuxième mi-temps, re-belote : toujours à la 7e minute, un penalty transformé par AngelisBasinas permettait aux Grecs de doubler l'écart. Et lorsque Ronaldo trouva enfin le chemin du but dans les arrêts de jeu, il était trop tard pour le Portugais. Placés dans un fauteuil quasiment dès le départ, les Grecs ont laissé entrevoir ce qui était leur force : une excellente organisation défensive, qui ne laisse que très peu d'occasions de buts à l'adversaire. Les rares possibilités dont héritèrent les Portugais furent galvaudées. A l'analyse des statistiques, on constate que les Grecs se sont montrés diablement efficaces : hormis leurs deux réalisations, ils n'ont envoyé que quatre envois en direction de Ricardo, dont quatre partis des pieds d' AngelosCharisteas (deux cadrés et deux non cadrés). Les Portugais, de leur côté, ont tiré 15 fois au but, mais quatre envois seulement étaient cadrés. En outre, deux de ces quatre envois cadrés (ceux de NunoGomes et de Deco) furent expédiés dans les cinq dernières minutes du match. Les statistiques révèlent aussi que Luis Figo est le joueur sur lequel le plus de fautes ont été commises : cinq au total. Le flanc droit du Real Madrid fut en effet très entreprenant. Pauleta, en revanche, fut inexistant. A 25 minutes du terme, Luiz Felipe Scolari tenta un changement tactique. Comme il l'avait déjà fait une semaine plus tôt, lors du match amical gagné 4-1 contre la Lituanie à Setubal, il passa du 4-5-1 au 4-4-2 : Nuno Gomes fut introduit en qualité de deuxième attaquant en remplacement d'un demi défensif, Costinha. L'attaquant de Benfica apporta du danger supplémentaire et a, aux yeux de beaucoup d'observateurs, marqué des points en vue du match de ce soir face à la Russie, mais le sélectionneur n'a pas voulu se prononcer sur ses chances de titularisation : " C'est une option que j'ai prise parce que, mené 0-2, il fallait tenter quelque chose. Les Grecs reculaient de plus en plus et l'introduction d'un deuxième attaquant se révélait nécessaire. Cela ne signifie pas que cette option soit opportune dans d'autres cas ". Voilà en tout cas les Portugais placés au pied du mur. " Dans un tournoi court, de trois matches, on n'a droit qu'à une seule défaite ", reconnaît Scolari. " On l'a subie ce samedi. On sait ce qu'il nous reste à faire. Le match de ce mercredi, contre la Russie, sera déjà quasiment une question de vie ou de mort ". C'était le premier match officiel du technicien brésilien, vainqueur de la Coupe du Monde 2002, à la tête de l'équipe portugaise, puisque le pays organisateur de l'Euro 2004 n'avait disputé que des matches amicaux jusqu'ici. " Comment je me sens après cette défaite ? Triste, bien sûr, mais que voulez-vous ? C'est la vie, il faut se remettre au travail ". Cette défaite face à la Grèce, au stade du Dragon, n'a en tout cas pas contribué à faire monter la cote de popularité de Luiz Felipe Scolari, déjà très basse dans le nord du Portugal en raison de certains choix. Il ne s'en formalise pas. " Je ne suis pas ici pour faire plaisir à tel ou tel. J'effectue mes choix en âme et conscience, en accord avec ma philosophie, qui consiste à former le meilleur groupe possible ". On lui reproche aussi une tactique parfois trop prudente. N'aurait-on pas pu attendre davantage du Portugal pour ce match d'ouverture ? " Si, probablement, mais il faut aussi pouvoir reconnaître les mérites de l'adversaire : l'équipe grecque, ce samedi, était meilleure que la nôtre ". Lorsqu'on a coaché le Brésil, on n'est évidemment pas effrayé par la pression. " Les grandes différences entre le Brésil et le Portugal se notent surtout au niveau culturel ", estime Scolari. " Techniquement, les footballeurs sont pareils. Et si, pour le Brésil, le minimum acceptable était la victoire finale, il en va de même pour le Portugal : chaque pays veut gagner. La pression ? Elle existe partout. Dans cet Euro 2004, ce sont surtout les entraîneurs des autres équipes qui essaient de la mettre sur nos épaules, en déclarant que le Portugal est favori. Il ne faut pas prêter attention à ces déclarations ". L'un des plus déçus était sans doute le flanc gauche SimaoSabrosa. Remplacé à la mi-temps par le jeune Cristiano Ronaldo alors qu'on le disait quasiment assuré de sa place, il a très mal entamé cet Euro 2004 auquel il se faisait une joie de participer. En 2002, une blessure encourue lors d'un match amical contre la Finlande l'avait en effet privé de Coupe du Monde. " Cette absence à la Coupe du Monde fut l'une des grandes frustrations de ma carrière ", admet-il. " J'étais en très bonne forme avec Benfica, et cette blessure m'a privé d'un objectif majeur pour tout footballeur professionnel. Heureusement, grâce à l'aide de toutes les personnes qui se sont occupées de moi, j'ai bien récupéré. Depuis cette péripétie de 2002, je n'ai plus eu de blessure grave. Simplement un petit bobo qui m'a éloigné des terrains pendant une dizaine de jours, pas plus. Certes, au moment où la sélection a été officialisée, j'ai ressenti une pointe de stress : mon nom a été divulgué en dernier lieu. Mais je n'ai jamais douté que je disputerais cet Euro 2004 ". Pour des joueurs comme Luis Figo et RuiCosta, qui furent champions du monde Juniors avec le Portugal en 1991 (sous la houlette d'un certain CarlosQueiroz), cet Euro 2004 représente l'une des dernières occasions d'enrichir un palmarès encore vierge au niveau des sélections représentatives. " Il ne faut pas oublier que, lors des éliminatoires, la Grèce avait terminé devant l'Espagne ", rappelle Luis Figo. " Cette équipe grecque a donc également du potentiel. Contre nous, elle n'avait rien à perdre. Psychologiquement, c'était peut-être un avantage ". Du côté portugais, on avait déjà envisagé les possibilités d'éviter la France en quart de finale. Désormais, le seul souci est d'atteindre ces quarts.... La semaine dernière, l'ancien gardien russe de légende Rinat Dassaev, inclus dans le staff russe en qualité d'entraîneur des gardiens, avait suscité la polémique en déclarant : " Ce que je pense de Ricardo ? Je préfère Vitor Baia ! Pour moi, le gardien du FC Porto est le meilleur. Mais bon, je ne suis pas Luiz Felipe Scolari. S'il a sélectionné Ricardo, il doit avoir ses raisons. Mais je suis sceptique : disputer le championnat portugais est une chose, disputer un Championnat d'Europe ou une Coupe du Monde en est une autre ". Il paraît que le gardien du Sporting Lisbonne avait pris un coup au moral après ces déclarations. Du côté grec, c'était bien sûr la satisfaction. " Je ne veux pas donner l'impression d'exagérer, mais je pense que le football grec vient de vivre le plus grand moment de son histoire ", lança le sélectionneur Otto Rehhagel. " La qualification pour l'Euro 2004, en devançant l'Espagne dans notre groupe éliminatoire, avait déjà été belle, mais ceci surpasse tout ce que l'on avait vécu précédemment. Demain, c'est dimanche. J'espère qu'à Athènes et partout ailleurs en Grèce, les drapeaux bleu et blanc flotteront aux fenêtres. Personnellement, je jouissais déjà d'une belle popularité en Grèce. Les gens me reconnaissaient et me saluaient en rue, jusqu'aux policiers. Je pense même être l'un des rares conducteurs à être autorisé à circuler dans le couloir des bus ( ilrit). Que sera-ce maintenant ? Mais je ne veux pas tirer la couverture à moi. L'essentiel des mérites revient aux joueurs. Le déroulement du match a toutefois démontré que la tactique adoptée avait été la bonne ". Lorsqu'un journaliste grec lui demanda s'il pouvait préciser davantage les consignes qu'il avait données, l'entraîneur allemand n'a pas voulu entrer dans les détails. Il s'en sortit avec une pirouette : " Je les ai déjà oubliées, je songe déjà au match suivant ". Le capitaine TheodorosZagorakis se déclara très heureux : " Remporter ce match d'ouverture, c'est très valorisant pour le football grec. Je crois, en outre, que cette victoire est méritée. Mais rien n'est joué. Il reste deux matches difficiles, à commencer par celui de ce mercredi contre l'Espagne ". Petite anecdote : pour ce match inaugural, le quatrième arbitre était le Luxembourgeois AlainHamer, qui a déjà officié dans des matches de milieu de classement du championnat de Belgique. Si le sifflet numéro 1 PierluigiCollina s'était blessé, c'est donc lui qui aurait dû entrer en action. Daniel Devos, envoyé spécial au Portugal" Le match de ce mercredi CONTRE LA RUSSIE sera déjà une question de vie ou de mort " (Scolari)