La vie de Didier mériterait û déjà ! û un livre... qui toucherait à des thèmes aussi essentiels que la philosophie, la politique, la sociologie, l'ethnologie... Et bien entendu le sport, son antidote à une existence qui l'a très tôt mis à l'épreuve. Pour des raisons évidentes, nous nous en tiendrons ici essentiellement à sa jeune carrière américaine qui en constitue sans doute la partie la plus extraordinaire. Exceptionnelle même. Faire partie du cénacle des meilleurs basketteurs du monde û et dans une équipe du top, s'il vous plaît û est une prouesse en soi. Qui plus est quand on est étranger et qu'on ne s'est mis sérieusement au basket que depuis cinq petites années à peine.
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La vie de Didier mériterait û déjà ! û un livre... qui toucherait à des thèmes aussi essentiels que la philosophie, la politique, la sociologie, l'ethnologie... Et bien entendu le sport, son antidote à une existence qui l'a très tôt mis à l'épreuve. Pour des raisons évidentes, nous nous en tiendrons ici essentiellement à sa jeune carrière américaine qui en constitue sans doute la partie la plus extraordinaire. Exceptionnelle même. Faire partie du cénacle des meilleurs basketteurs du monde û et dans une équipe du top, s'il vous plaît û est une prouesse en soi. Qui plus est quand on est étranger et qu'on ne s'est mis sérieusement au basket que depuis cinq petites années à peine. Nous avons croisé Didier à Chicago, la veille de l'affrontement entre les Bulls et les Mavericks. Un match auquel il n'a pu participer en raison d'une légère blessure à la cuisse droite. Placé sur la liste des blessés, il devra patienter durant cinq rencontres avant d'être " réactivé ", soit à nouveau sélectionnable. Une situation qui l'embête mais sans toutefois le décontenancer. " Tout malheur a du bon ", dit-il. " J'observe. J'écoute beaucoup. J'apprends. Et surtout je travaille. Le soir, je reviens souvent à la salle pour m'entraîner en solitaire. C'est à ce prix que je réussirai. Car je sais que je réussirai. Je suis ambitieux. Je ne me fixe aucune limite, sinon celle que Dieu seul peut m'imposer. A très court terme, je veux tout simplement comprendre le business de la NBA. C'est bien le terme qui convient. La NBA ne se limite pas au terrain, c'est un tout, au niveau du spectacle, des relations, des affaires, de l'argent... Il y a beaucoup à connaître. J'aimerais arriver à une douzaine de minutes de temps de jeu par rencontre d'ici la fin de la saison. Mais je ne veux pas brusquer les choses. D'ici deux ans, je veux faire partie de la sélection AllStar, celle qui rassemble les meilleurs joueurs du championnat pour un match de gala à la mi-saison. Est-il possible de comparer le championnat belge et le championnat américain ? La réponse fuse : " Impossible ! Ce sont deux mondes différents. On ne peut même pas commencer à imaginer ce qu'est la NBA. Les images de la télévision par exemple sont trompeuses. Elles ne rendent ni le talent, ni la vitesse d'exécution, ni la puissance des joueurs. C'est un monde d'hommes. Des vrais. L'aspect physique est primordial. J'ai joué quelques minutes contre Miami et j'ai dû tenir ShaquilleO'Neal. Une bête ! Il est massif, mais cela ne l'empêche pas de bouger vite et bien. Et d'utiliser toutes les ficelles, comme la plupart des joueurs. Je m'estimais bien bâti, mais je fais de la musculation pour me fortifier davantage. J'en suis actuellement à 118 kg, soit 5 kg de plus que mon poids de forme la saison dernière en Belgique. Mais ce sont cinq kilos de muscles bien nécessaires. Heureusement, je peux tabler sur un bon jeu de jambes, développé grâce au judo. Parfois, je me surprends moi-même à me déplacer aussi vite. En Europe, on peut faire son trou. On a une deuxième chance. Ici pas. Tout se joue en une semaine. Soit on est prêt, soit on ne l'est pas et alors c'est bye-bye " Et puis il y a la tactique... " Parlons-en. On a tous reçu un syllabus aussi épais qu'un bottin de téléphone. Et il s'agit de le connaître. Il y a des centaines de plays " : des combinaisons, des mouvements, des rotations, des transitions... Pour un rookie comme moi, qui débarque, en plus des difficultés et des subtilités de la langue, c'est subjuguant. Le coach DonNelson pousse jusqu'à dispenser des tests écrits dans l'avion privé du club lors de nos nombreux déplacements. Sur ce plan-là aussi, c'est complètement différent de ce que j'ai connu jusqu'ici. Tout est répété avec minutie. Et lors du shootaround, le matin même du match, on a droit à une séance de théorie spécifique à l'adversaire du jour. Le plus dur, c'est de rentrer au jeu et de s'adapter immédiatement. Tu débarques vraiment dans un autre monde. Tout s'enchevêtre et se déroule comme en accéléré. Tout vient du banc et du boss. Les joueurs û et surtout le distributeur û doivent sans cesse lui prêter un £il et une oreille tout en restant très concentré sur le jeu. Pas facile du tout ". A propos de l'entraîneur, précisément. Comment juge-t-il son nouveau poulain ? Nous le lui avons demandé à l'issue de l'entraînement à huis clos. " Je l'aime beaucoup ", affirme Don Nelson. " Il est doué et il travaille dur. C'est un joueur intelligent qui apprend vite. Sa force est dans les blocks et dans la course. Il doit améliorer son jeu offensif, mais il y travaille. C'est un joueur intéressant. Il n'est pas encore prêt mais il le sera bientôt. " Echanges de bons procédés. Didier lui rend la pareille. " Je l'estime beaucoup. C'est une personnalité de grande expérience û NDLR : 40annéesentantquejoueur, entraîneuretmanager û élutroisfoiscoachdel'année). Je m'entends bien avec lui. Maintenant que la barrière de la langue s'estompe peu à peu, il commence même à faire un peu d'humour. Je reviens d'avoir fait un peu de shopping. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois à divers endroits du magasin. A la troisième fois, il s'est arrêté, m'a demandé de bien le regarder car il ne voulait pas que je le croise une fois de plus ! " Alors que nous étions en train de discuter le coup peu après la séance de théorie, Don Nelson a glissé un quarter (une pièce de 25 cents) dans la main de Didier en lui demandant de l'appeler dès qu'il aurait atteint l'âge adulte (21 ans ici)... L'accueil de notre compatriote û il est devenu belge le 6 septembre 2004 û à Dallas fut à l'image du sud : chaud et amical. " Le propriétaire MarkCuban, un jeune quarantenaire millionnaire ayant fait fortune dans l'informatique, avait annoncé la venue d'un nouveau DennisRodman û soit d'un excellent rebondeur û et j'ai été sidéré par l'accueil à l'aéroport. C'est comme si le Messie débarquait. Il y avait beaucoup de journalistes. En Europe, on les compte sur les doigts d'une main et on copine avec eux. Ici, c'est impossible. On constate vraiment l'immense popularité du sport en général et du basket en particulier. J'ai été immédiatement adopté par le public et par le club qui diffuse même un petit jingleGo, D.J. quand je monte au jeu ! Sympa. Mon coéquipier DirkNowitzki, le meilleur joueur de l'équipe et l'un des meilleurs de tout le championnat, m'a confié que quand il a débarqué à la fin des années 90, les supporters le huaient. J'ai demandé à TonyParker (le Français de San Antonio) comment il fait pour gérer la pression. Il m'a répondu par le meilleur conseil qui soit : rester humble. Pas de danger avec moi de péter les plombs et de faire des bêtises. Je pense avoir la sagesse et la maturité nécessaires pour faire face à tout ce qui m'arrive. Je suis entouré de gens expérimentés et intelligents. A commencer par WillySteveniers à qui je dois tout. J'ai d'ailleurs choisi mon numéro de maillot (28) en son honneur et en celui de ma famille. Soit le nombre de mes frères et s£urs (21) ajouté au numéro de maillot qu'il portait (7). J'ai confié mon destin sportif à mon agent BounaNdiayi, un Français d'origine sénégalaise. Lui n'a pas hésité à m'appeler, à me soutenir et à venir me voir quand je me suis blessé au genou en pleine phase de préparation avec les Spirous de Charleroi. Je ne suis pas un flambeur ni un sorteur. Au contraire même, j'aime les plaisirs simples et je suis plutôt casanier. Je vis dans un appartement privé et dès que j'ai une journée libre, je me complais dans ma solitude. J'adore écouter de la musique, pianoter sur mon ordinateur, regarder des films romantiques ou historiques. Des dessins animés pour me distraire. Je réfléchis beaucoup, mais pas trop tout de même, sinon je revois et ressasse les souvenirs d'Afrique qui ne sont pas très bons ". Didier restera d'une prudente discrétion pudique à ce sujet. Car il y a vécu l'enfer ! " Vue de loin, sous les projecteurs et au travers du petit écran, la NBA donne une fausse impression. On croit que tout y est cool, relax... Mais je peux vous assurer que la discipline n'y est pas un vain mot. Elle y est même poussée à l'extrême. Ainsi, c'est étonnant qu'il n'y ait personne pour assister à notre entretien. D'habitude, il y a toujours un témoin. Dès que nous aurons terminé l'interview, je devrai le faire savoir à l'attachée de presse. Nous devons toujours signaler où nous sommes, ce que nous faisons. Il faut rendre des comptes. Les obligations sont nombreuses et souvent lassantes. Mais à côté de cela, quelle organisation parfaite ! Rien n'est laissé au hasard. Nous sommes véritablement choyés. Dès mon arrivée, par exemple, le président a désigné une personne chargée de m'assister dans toutes mes démarches ". Y a-t-il d'autres Didier Mbenga en notre petit royaume ? D'autres joueurs susceptibles de forcer les portes de la National Basketball Association. " Pourquoi pas ? Peut-être AlexHervelle, parti au Réal Madrid. Il est doué. Aussi SachaMassot. Mon petit frère, comme je l'appelle, puisque j'ai été le premier à l'accueillir quand il a débarqué à Charleroi. Techniquement, il est plus fort que bon nombre de joueurs ici. Mais chacun d'eux doit dès maintenant travailler trois fois plus qu'il ne le fait. Donner tout, même quand il n'y a plus rien. C'est d'ailleurs ma devise. On peut tout perdre, sauf le courage ". Et quid de l'équipe nationale belge ? " Je serais heureux d'y jouer. Ce serait d'ailleurs un plaisir que de rendre la pareille au pays qui m'a si bien accueilli et m'a donné ma chance. Mais il faudra s'arranger avec Dallas. Voir s'il n'y a pas de conflit d'horaire ". Et après ? " Je parle souvent avec le Congolais DikembeMutombo, des Houston Rockets, qui signe une carrière exceptionnelle dans le championnat américain. Comme lui, j'ai créé une fondation éponyme pour aider les enfants défavorisés. Parallèlement, j'essaie de mettre sur pied un stage sportif l'été prochain en Belgique où j'inviterais des coéquipiers ". Le retour de l'enfant prodig(u)e en quelque sorte... Bernard Geenen, à Chicago" Ma devise ? On peut tout perdre, sauf le courage ! "