Jeudi 30 septembre. La veille, LionelMessi a effectué sa rentrée à Kazan, dix jours seulement après avoir été victime d'un tackle très appuyé de TomasUjfalusi, le défenseur tchèque de l'Atlético Madrid. Le signe, pour beaucoup, que l'Argentin est bien un être d'exception, car tout homme normalement constitué aurait mis bien plus de temps à se remettre d'une telle agression, vu l'état de sa cheville.
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Jeudi 30 septembre. La veille, LionelMessi a effectué sa rentrée à Kazan, dix jours seulement après avoir été victime d'un tackle très appuyé de TomasUjfalusi, le défenseur tchèque de l'Atlético Madrid. Le signe, pour beaucoup, que l'Argentin est bien un être d'exception, car tout homme normalement constitué aurait mis bien plus de temps à se remettre d'une telle agression, vu l'état de sa cheville. Ce soir, Messi doit officiellement recevoir son GoldenShoe, le trophée attribué au meilleur buteur des championnats européens de la saison écoulée. Avec 34 buts pour le compte du FC Barcelone, il l'a remporté haut la main et succède à un autre Sud-Américain de la Liga : l'Uruguayen DiegoForlan, auteur de 32 buts pour l'Atlético Madrid en 2008-2009. Messi a promis une interview. " Je peux déjà prévoir son contenu ", plaisante un confrère espagnol. " Leo vous dira qu'il est très heureux de recevoir le trophée, remerciera ses coéquipiers sans lesquels il n'aurait pas pu inscrire autant de buts et ajoutera qu'il essaiera de faire aussi bien la prochaine fois... "La cérémonie est organisée sur le site de l'ancienne brasserie Damm, à quelques centaines de mètres de la Sagrada Familia, au c£ur de Barcelone. Plusieurs centaines de fans sont massés devant les grilles du bâtiment, dans l'espoir d'entrevoir, ne serait-ce qu'une seconde, leur idole au volant de sa voiture. On se demande si Messi apprécie réellement ce genre de rendez-vous. On le dit assez timide. En outre, après un voyage de six heures en avion pour revenir du Tatarstan, il aurait sans doute préféré rentrer se reposer. Dans la cour de la brasserie, le tapis rouge a été déroulé. La presse espagnole et étrangère est présente en masse. Star mondiale oblige. Les caméras suivent les premiers invités. D'anciens joueurs et d'anciens dirigeants, SteveArchibald, CarlesRexach, HristoStoichkov, JulioAlbertoMoreno, EstanislaoBasora et Migueli. Subitement, une clameur retentit derrière les grilles. C'est " seulement " CarlesPuyol. Le capitaine vient assister à la cérémonie en tenue décontractée : jeans et t-shirt. Messi est finalement là. Elégamment vêtu, en costume-cravate. On ne lui donne pas directement la parole, il reçoit d'abord les hommages des autres invités. " Je suis content que tu sois arrivé ", lance Stoichkov, très à l'aise. " Mais, puisque tu es là, je préfère te le dire tout de suite : -Tu vas rester, on ne te lâchera pas ! " SandroRosell, le nouveau président blaugrana élu en juillet, saisit la balle au bond. " On aimerait effectivement te garder tout le temps. Hristo a raison : on ne va pas te laisser repartir. Tu es un joueur en or, mais tu es aussi une personne en or, et cela, c'est plus important que tous les trophées. " Messi répond du tac au tac : " Barcelone est ma maison et j'espère y rester longtemps. Et même, pourquoi pas, terminer ma carrière avec le maillot blaugrana sur les épaules. " A-t-on assisté à un événement ? A la promesse, verbale, d'un contrat à vie avec le FC Barcelone ? Rosell semble disposé à le lui offrir, si tel est le désir de son Argentin. Puyol est ravi, lui aussi. " Si cela pouvait se réaliser, ce serait la meilleure chose qui puisse arriver au FC Barcelone. Messi est le meilleur. D'autres pensent qu'ils le sont, lui l'est réellement sans le clamer sur tous les toits. Je mesure chaque jour la chance que j'ai d'évoluer à ses côtés. C'est clair : il vaut mieux avoir Leo avec soi que contre soi. " Le contrat actuel de Messi court jusqu'en 2014. Il aura alors 26 ans. L'âge où la plupart des footballeurs atteignent leur maturité. Lui, il est déjà sur le toit du monde. On a retrouvé son frère Rodrigo dans l'assemblée : le seul membre de la famille présent à la cérémonie. " Déjà, tout jeune, il avait une classe à part ", explique-t-il pendant que défilent, sur l'écran, des images d'archives du petit Leo en train de dribbler toute l'équipe adverse sur un terrain de Rosario, dans le style caractéristique qu'on lui connaît aujourd'hui. A part Puyol, et XaviHernandez qui s'est fait très discret, aucun joueur actuel du Barça n'est présent. L'entraîneur PepGuardiola brille également par son absence, mais il avait expliqué, dans une petite interview enregistrée, ce que Messi représentait : " Leo est à la fois explosif et puissant. Il est capable d'inscrire des buts à tout moment et se débrouille très bien dans le jeu de tête, malgré sa petite taille. Il lit aussi très bien le jeu. Bref, il domine tous les aspects du football. " Rosell est aux anges et s'adresse à tous les supporters du FC Barcelone : " Messi incarne 30 années de travail à La Masia. Il est devenu, en décembre de l'an passé, le premier joueur formé à l'ombre du Camp Nou à recevoir le Ballon d'Or. Aujourd'hui, il reçoit le GoldenShoe récompensant le meilleur buteur des championnats européens. C'est fabuleux. Et en plus, il n'a jamais oublié d'où il venait. Je me souviens du jour où, avec son père Jorge, le petit Leo a débarqué à l'aéroport d'El Prat : le 17 septembre 2000. Il y a tout juste dix ans. " Vers 20 heures, Messi reçoit finalement son trophée : un soulier à sa pointure que l'on a recouvert d'une couche de peinture dorée. Pour clore la cérémonie, une charmante dame monte sur scène et invite Leo à effectuer quelques pas de tango en sa compagnie. Celui-ci effectue un... pas de côté. Danser, ce n'est pas pour lui, et certainement pas en public. Timide... LionelMessi : Tous les trophées sont spéciaux et je suis d'autant plus heureux d'avoir remporté celui-ci que c'est le seul qui me manquait. Je le dois aussi à mes coéquipiers. C'est un trophée individuel, mais le mérite en revient au collectif. Je le dédie à mes partenaires. Qui sait ? Je l'espère. Mais ce sera difficile. C'est effectivement un total assez impressionnant. Ce serait malheureux si, à mon âge, je n'étais plus motivé. J'ai déjà gagné beaucoup, mais j'en veux encore davantage. Je veux remporter tout ce qu'il est possible de remporter, que ce soit au niveau individuel ou collectif, avec le FC Barcelone ou avec l'équipe nationale d'Argentine. Ces trophées, c'est ce qui me motive. La différence, c'est que je vis toute l'année à Barcelone. Je m'entraîne quotidiennement avec mes coéquipiers et on se connaît sur le bout des doigts. Je suis là depuis longtemps. Lorsque je rejoins la sélection représentative, je suis entouré par d'autres coéquipiers et on n'a généralement pas beaucoup de temps pour mettre les choses au point, pour affûter les automatismes. Je sais qu'il avait envie de rester. Et qu'aujourd'hui, il a toujours envie de revenir. Mais ce n'est pas nous, les joueurs, qui devons décider. La décision appartient à l'AFA (l'association du football argentin). Personnellement, je n'ai jamais eu de problèmes avec Maradona et je n'en ai pas non plus avec le sélectionneur actuel, Baptista. Je l'ai déjà dit : le Barça, c'est ma maison. Je suis ici chez moi. J'ai débarqué lorsque j'étais petit, j'y ai gravi tous les échelons, et aujourd'hui, je suis arrivé au sommet. Barcelone restera toujours ma maison, quoi qu'il arrive. Xavi et Andrés le mériteraient tous les deux. Pourvu qu'il reste la propriété d'un joueur blaugrana. Si l'un de mes deux partenaires remportait le trophée, je serais aussi heureux que si c'était moi. Une très grande influence. On n'oublie jamais le coach qui vous a lancé. J'ai eu la chance de croiser sa route, il m'a fait confiance et a guidé mes premiers pas dans la Liga. Je me souviendrai toujours de ce qu'il a fait pour moi. J'ai regretté son départ, et le vestiaire était triste car on n'avait rien gagné cette année là. Guardiola a réinsufflé la confiance et on a tout gagné en 2009. Frank est un grand entraîneur, un grand connaisseur de football, il l'a démontré à Barcelone. Je suis certain qu'il renversera la tendance. Franchement, je l'ignore. C'est l'entraîneur qui décide et je m'y plie. Il regarde aussi ce qui convient le mieux à l'équipe. Je bouge beaucoup sur le terrain, et toutes les positions me plaisent. Oui, il cherche la position qui me convient le mieux en fonction des partenaires qui m'entourent. J'ai besoin de toucher beaucoup le ballon, d'être impliqué dans les actions, d'éliminer des rivaux pour me retrouver en position de tir. Le Portugais est un grand entraîneur, c'est clair. Remporter le championnat sera encore plus compliqué que la saison dernière, où cela n'avait déjà pas été simple. Mais le championnat d'Espagne est ainsi fait : la concurrence sera toujours la même. Il y a beaucoup de bons joueurs. On ne peut pas oublier les autres équipes, mais le Real Madrid est souvent le rival n°1. On a déjà perdu à domicile contre Hércules et on ne pourra pas se permettre trop d'autres faux pas. Il faudra se montrer régulier. La saison dernière, déjà, il avait fallu battre des records pour être champion. Les bons moments ont largement supplanté les mauvais. Il y a eu des passages plus difficiles, mais je ne me suis jamais découragé. Je n'ai jamais songé à partir, j'ai toujours été heureux et bien entouré en Catalogne. L'interview est terminée. Il est 21 heures. Mais la voie n'est pas libre. A l'extérieur, les fans attendent depuis plus de trois heures. Messi les récompense en s'approchant d'eux, en se soumettant à quelques photos et autographes. Puis, il disparaît dans la nuit. PAR DANIEL DEVOS"Pourquoi ne pas terminer ma carrière sous le maillot blaugrana ?" "Je joue toujours où l'entraîneur le décide."