Il y a des joueurs plus talentueux, plus techniques, plus racés. Il y a des éléments qui cultivent la culture de la gagne. Il y a des machines de guerre. André-Pierre Gignac, 23 ans, offre encore un autre visage. Celui d'un joueur entier, sensible, qui n'hésite pas à évoquer sa grande famille des gens du voyage, lui qui est né d'une mère franco-algérienne et d'un père gitan. Sur un terrain, son maillot n'arrive pas à cacher sa puissance physique et son ventre quelque peu bedonnant. Normal pour quelqu'un qui n'a pas hésité, un jour, à arrêter le bus du Téfécé devant un McDo...
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Il y a des joueurs plus talentueux, plus techniques, plus racés. Il y a des éléments qui cultivent la culture de la gagne. Il y a des machines de guerre. André-Pierre Gignac, 23 ans, offre encore un autre visage. Celui d'un joueur entier, sensible, qui n'hésite pas à évoquer sa grande famille des gens du voyage, lui qui est né d'une mère franco-algérienne et d'un père gitan. Sur un terrain, son maillot n'arrive pas à cacher sa puissance physique et son ventre quelque peu bedonnant. Normal pour quelqu'un qui n'a pas hésité, un jour, à arrêter le bus du Téfécé devant un McDo... Voilà celui que tous les médias français s'arrachent (même Libération a fait son portrait), le meilleur buteur de Ligue 1, que les cotes des bookmakers désignent comme prochain élu de Raymond Domenech. D'ailleurs, quand le sélectionneur de l'équipe de France avoua après le Mondial 2006 suivre quelques jeunes dont l'attaquant lorientais, le vestiaire breton le surnomma Raymond... La carrière de Gignac a plutôt ressemblé à un graphique d'hôpital. Et là, le rétablissement semble en très bonne voie. Dire qu'il pète la forme est même un euphémisme. Toulouse lui doit plus de la moitié de sa production offensive. Lui, la pointe d'un système (le 4-5-1) censé lessiver le pauvre attaquant solitaire. " Son style, c'est de peser sur les défenses ", explique celui qui fut son entraîneur à Lorient, Christian Gourcuff. " Il a une présence athlétique très forte et il met la pression en permanence. " Il faut dire que quand on est un beau bébé de 1,87m et de 84 kg... Après des débuts dans sa région de Martigues, où il avait intégré le centre de formation, il file en Bretagne, loin du soleil et de sa famille. A 19 ans, pour découvrir la Ligue 2 de laquelle Lorient ne s'est pas encore extirpé. Un but pour son premier match le fait décoller. " Je me suis cru sur une autre planète ", reconnaît-il aujourd'hui. Et pour le faire redescendre sur terre, Gourcuff l'envoie en prêt à Pau. De retour en Bretagne, il découvre la Ligue 1 et imprime directement sa griffe. Premier match, premier triplé. Au bout de la saison 2006-2007 : neuf buts et six assists. De quoi attiser certaines convoitises. Lille est prêt à casser sa tirelire, à en faire le transfert le plus cher du club mais malgré une parole donnée, il choisit en dernière minute la Ville rose. Cet acte de trahison (sans doute pécuniaire puisque Toulouse lui offrait le double du contrat lillois) a renforcé son image de joueur inconstant. " J'avais donné ma parole, oui ", souffle-t-il, " Pourtant, je ne suis pas un mercenaire : ça, je le jure. J'avais eu l'entraîneur de Toulouse au téléphone alors que celui de Lille ne m'a jamais appelé. J'ai vraiment regretté mon acte... " Les regrets auraient pu être éternels. D'autant que le Téfécé allait vivre une saison catastrophique. " Je voulais passer à un 4-4-2 avec Gignac aux côtés de Johan Elmander ", raconte Elie Baup, l'entraîneur de Toulouse la saison dernière. " Mais ce système n'a pas fonctionné car ils n'étaient pas complémentaires et que l'équilibre de l'équipe en souffrait trop. On a donc joué avec une pointe. " Gignac dut se contenter d'un rôle dans l'ombre de la star suédoise, l'idole du Stadium. Il a même été obligé de se perdre sur l'aile droite. Les regrets lillois finiront par le hanter. On le voit trop souvent au casino de Toulouse. On le sent inattentif aux entraînements sauf lorsqu'il s'agit de se battre avec Fodé Mansaré. " Dédé est un joueur qu'il ne faut pas lâcher ", explique son père. " On ne doit pas utiliser avec lui un langage blessant car il marche à l'affectif. " Le changement d'entraîneur servit donc de déclic. Alain Casanova remplace Baup pour la présente campagne et trouve les mots justes. Il relance ce buteur éteint. " J'ai fait mon mea culpa. Je n'avais pas eu un comportement correct. J'ai d'ailleurs dit au président que 70 % des torts étaient de mon côté. J'ai voulu montrer au coach que j'avais changé ", lâche Gignac en début d'exercice. Et tel un phénix, le gitan renaît de ses cendres. 15 buts, un style accrocheur, une sensibilité à fleur de peau. Le Stadium a une nouvelle idole. Elmander est oublié. Gignac et son pied droit (tous ses buts ont été inscrits de celui-là) sont passés par là. Quant au joueur, il a retrouvé la sérénité. " J'ai besoin de stabilité, d'une qualité de vie ", affirme-t-il lors de sa prolongation de contrat jusqu'en 2012. par stéphane vande velde - photo: reporters