Travailler à des milliers de kilomètres de chez soi n'est pas toujours simple. " Regardez, c'est ma maison à Pékin ", dit Chris Van Puyvelde, premier directeur technique de l'histoire de la fédération chinoise de football, en nous montrant des images qu'il vient de recevoir par internet. Les dégâts sont énormes. De la fumée sort de la maison, qu'une fuite d'eau a blanchie. La vapeur se forme au contact de l'eau chaude et de l'air de Pékin. Il doit tout régler à distance.

Au lendemain du Nouvel An chinois, avec sa famille, il a pris un vol pour Dubaï, où il voulait prendre une petite semaine de repos. À ce moment-là, le coronavirus ne concernait encore que Wuhan, même si les gens de Pékin portaient déjà des masques. " À l'aéroport, tout le monde en avait, sauf les hôtesses ", dit-il.

Pendant ses vacances dans le désert, il a été contacté par le quartier-général de la fédération chinoise de football (CFA) qui lui a dit que tout le monde pouvait travailler de chez soi. Mais chez lui, c'était où ? À Pékin ou à Doorslaar, près de Lokeren ? On lui a dit qu'il pouvait rentrer en Belgique. Et c'est donc de là qu'il travaille chaque jour. Vive internet ! Ses valises sont prêtes, il attend qu'on lui dise qu'il peut retourner à Pékin avec toute sa famille.

Il s'y sent comme chez lui. Son fils fréquente une école internationale où il apprend l'anglais et le chinois, avec des jeunes de 66 nationalités différentes. Sa femme apprend le chinois aussi, elle donne des cours à l'école internationale, elle a appris la médecine chinoise et se rend souvent à la Grande Muraille, où elle fait office de guide pour les amis qui lui rendent visite. Leurs yeux brillent, ils se sont bien intégrés à leur nouveau monde.

C'est pourtant loin. Et quid de l'empreinte écologique qu'il laisse ? " Je crains qu'elle soit importante. J'ai fait les comptes : l'an dernier, j'ai parcouru 150.000 km en avion. Plus de 115.000 avec Air China, plus tous les autres vols vers la Suisse, la Belgique... Je pense que 150.000, c'est peu. "

Un continent en soi

La Chine n'est pas un pays. " C'est un continent en soi. Un jour, pour un match de qualification de l'équipe olympique, j'ai dû me rendre à Chongqing, une ville de trente millions d'habitants. Nous avons fait trois heures de voiture et nous étions toujours dans la ville. Le lendemain, je devais me rendre à Hainan, une île tropicale. Quand j'ai quitté Chongqing, il faisait 8 degrés. À Hainan, il y en avait 28.

Nous découvrons un nouveau monde. Je suis allé voir un match de Ligue des Champions d'Asie et j'ai rencontré d'autres compatriotes, comme Eric Abrams ou Vital Borkelmans, mais aussi des gens de Guam, des Îles Marianne ou du Bhoutan. Des pays que je ne connaissais absolument pas."

La Chine bouge énormément. Il doit souvent se rendre à Shanghai. Il a déjà constaté à plusieurs reprises que les avions étaient toujours pleins. Ce sont pourtant de gros appareils, identiques à ceux qu'on utilise pour les vols intercontinentaux. En vérifiant le nombre de vols quotidiens entre Pékin et Shanghai, il est tombé de sa chaise : il y en a plus de soixante. Pratiquement toujours pleins.

Ajoutez-y 60 trains à grande vitesse. Aller-retour. Chaque jour. Toujours pleins aussi. La gare fait 200 mètres de large sur 100 mètres de long, on y est entraîné par la foule... " C'est fantastique ", dit Van Puyvelde. " Je suis sans cesse étonné. L'idée qu'on se fait de la Chine chez nous est totalement erronée. Les gens sont gentils, toujours prêts à vous aider. "

La Chine ne copie plus, elle innove. Un jour, la famille Van Puyvelde a pris l'avion. En regardant un écran, son fils a été surpris de voir apparaître son nom et tout un tas d'informations : Bonjour, vous prenez tel vol, il part à telle heure de telle porte. Tout ça sur base de la reconnaissance faciale. Il n'y a plus de vie privée mais le pays est très sûr. À Pékin, on peut se promener en rue à cinq heures du matin sans aucune crainte. Et si vous perdez quelque chose dans une voiture de Didi, l'Uber chinois, il suffit de téléphoner pour qu'on vous ramène l'objet à la maison.

Chris Van Puyvelde :  " En Chine, un entraîneur doit aussi être un éducateur. ", GETTY
Chris Van Puyvelde : " En Chine, un entraîneur doit aussi être un éducateur. " © GETTY

La Belgique comme exemple

Lors de la dernière mission diplomatique belge, il a aidé les entreprises belges ( Bruno Venanzi, ex-Lampiris, aujourd'hui président du Standard, en faisait partie), à prendre contact avec le monde du sport chinois. " J'étais fier de montrer ce dont nous étions capables. Les Chinois aiment beaucoup les Belges parce qu'ils s'adaptent facilement. C'est d'ailleurs ce que je leur dis toujours : c'est à moi de m'adapter à 1,4 ou 1,5 milliard de personnes, pas l'inverse. J'essaye de leur donner des idées, de leur faire comprendre comment ça pourrait fonctionner. Puis c'est à eux de mettre le choses en place pour y arriver.

Chris Van Puyvelde : " Le foot en Chine est fort fragmenté. ", GETTY
Chris Van Puyvelde : " Le foot en Chine est fort fragmenté. " © GETTY

Si on s'intéresse à leur culture, à leur façon de penser, si on leur fait confiance, c'est fantastique. Si on donne des instructions, ils disent oui mais ils ne font rien. Je lis beaucoup Confucius. Avec lui, ce n'est jamais oui et jamais non, c'est toujours entre les deux. En Chine, on ne connaît pas la Flandre ni la Wallonie. Par contre, ils savent tous qui sont Hazard et Lukaku. La Belgique aussi. Beliche, comme ils disent. Et le football belge. Je leur montre toujours une présentation dans laquelle on voit que la Chine, c'est 351 fois la Belgique. Nous sommes tout petits mais ils nous prennent en exemple."

Chris Van Puyvelde, GETTY
Chris Van Puyvelde © GETTY

Sa tâche principale, c'est de travailler à long terme sur le développement du football. Sa famille a obtenu un visa de quatre ans, ce qui n'arrive jamais. Si on lui avait donné moins, il aurait considéré que son avenir était lié aux résultats. Lui, il veut planifier. Il est soutenu par la FIFA, qui a beaucoup de sponsors chinois et connaît les possibilités d'évolution du marché asiatique mais qui sait qu'il faut des gens expérimentés pour fédérer le projet.

" En Europe, 80 ou 90 % des clubs et des fédérations travaillent dans la même direction. Ici, il y a encore de grandes différences. On passe du noir au blanc. Il n'y a pas de constance dans la formation, les choix, le processus. En matière de football, l'Asie est le continent le moins exploité. "

Un foot très disparate

Il en a déjà parlé avec Guus Hiddink. Lorsque celui-ci travaillait en Corée du Sud, après l'entraînement, les joueurs se mettaient en rang et il arrivait qu'on leur donne des gifles. " C'était il n'y a pas si longtemps ", dit Van Puyvelde.

Pour réussir, il faut tout planifier. En 2006, le Qatar a engagé un formateur de jeunes et a naturalisé beaucoup de monde mais il a mis un processus en marche et a été champion d'Asie. L'Iran a une bonne équipe. Il a vu l'Ouzbékistan, un pays qui monte. Le Japon et la Corée du Sud dominent le football continental, l'Arabie saoudite fait des efforts mais il y a encore beaucoup de terrain à défricher.

Sur le plan culturel également. La politique de l'enfant unique a fortement influencé le sport chinois. Cet enfant est souvent élevé par les grands-parents, qui sont très protectionnistes. Il faut étudier, le football est dangereux.

" Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et nous devons être flexibles car chaque jour, il se passe quelque chose ", dit Van Puyvelde. " Quand je suis arrivé à la fédération chinoise, nous avions un vieux bâtiment. Je me demandais ce que je faisais là. Au début, j'avais un collaborateur. Maintenant, j'ai tout un département technique, rien que des jeunes. Et tout le monde parle anglais, sans quoi on ne pourrait pas travailler. "

Comment s'y prendre dans un pays aussi grand ? L'année prochaine, la Pro League chinoise sera indépendante. Elle organise les championnats professionnels sous la coupole d'une fédération qui compte 47 associations, chacune avec sa direction. Plus les académies privées, les écoles liées au Ministère du Sport, les écoles de sport de haut niveau. En Chine, le football est très disparate.

The red print

Au départ, il a tenté de communiquer et de collaborer avec tout le monde, afin que chacun avance en même temps. Après sept ou huit mois, il en a conclu que ça ne fonctionnait pas. Il a donc suivi un bon conseil : il faut travailler sur de petits projets. Petit, en Chine, ça vise tout de même... 100 millions de personnes.

" Ici, les chiffres n'ont rien à voir avec chez nous. Les idées sont différentes aussi. C'est là qu'on se rend compte qu'on est tout petit et qu'on travaille avec des gens qui ont hérité de 5000 ans de culture. "

Son objectif, c'est de faire en sorte qu'on lui fasse de plus en plus confiance, afin qu'il puisse évoluer dans la hiérarchie. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là qu'il pourra laisser son empreinte.

Son projet a un nom : The red print. C'est une référence à Mao car en Chine, on respecte les personnages légendaires. Un sponsor lui a offert des chaussures rouges et il les porte lors de chaque présentation, en guise de symbole. Ses présentations sont celles que nous connaissons ici mais elles sont adaptées aux besoins de la culture locale.

" La Chine a un grand problème : celui qui perd le ballon perd aussi la face et se fait enguirlander par l'entraîneur. C'est la première barrière culturelle qu'il a fallu faire tomber. La jeune génération d'entraîneurs ne crie plus sur les joueurs. Pour la première fois, l'équipe nationale U15 a des joueurs offensifs qui n'ont pas pas peur de dribbler ou de rater une action. Ils utilisent leur créativité.

Pour le reste, il y a beaucoup de jeunes qui regardent le ballon, qui rentrent dans le ballon, peu d'oppositions, de contrôles en un temps.... C'est un manque de formation." Il appelle ça le football 1-2-3 : contrôler, regarder, jouer. Dans les grands championnats, le joueur sait déjà où il va donner le ballon avant même de le recevoir.

Du talent partout

Il tente ainsi de lancer projet sur projet. Avec des joueurs pros ou anciens pros. Avec la FIFA. Il veut influencer la formation des entraîneurs, mettre en place un système de scouting. Il a l'avantage d'avoir déjà fait tous les jobs du football et d'être pédagogue puisqu'il est ancien enseignant. Pour lui, Guus Hiddink ou Marcello Lippi sont des performance trainers. Or, en Chine, un entraîneur doit aussi être un éducateur.

D'un point de vue économique, l'est de la Chine est la partie la plus développée du pays : Shanghai, Shenzhen, Pékin... Cela vaut également pour le football mais il y a aussi de bons footballeurs ailleurs dans le pays. Le talent est partout, ce sont les centres de formation qui font parfois défaut. C'est donc à cela qu'il faut travailler. Les voyages et les entraînements ne freinent-ils pas l'évolution d'un jeune ? Où et comment faut-il les rassembler ?

Une phrase revient sans cesse dans son discours : " Il faut s'adapter à leur culture. Leur donner des idées. Je ne crois pas aux confrontations directes au cours desquelles nous imposerions quoi que ce soit. Nous devons dire : en Europe, on fait comme ça mais il ne faut pas copier, ce serait une erreur. Prenez ce qui convient à votre culture. C'est ça, notre red print. Le management, c'est à eux de s'en charger. "

Du foot sur le toit

En juin-juillet 2021, la Chine organisera la Coupe du monde des clubs. En 2023, elle accueillera la Coupe d'Asie des Nations. Et à partir de 2030, elle espère se voir attribuer l'organisation de la Coupe du monde. De nouveaux stades sont construits, d'autres sont rénovés.

Chris Van Puyvelde a déjà entendu dire que celui qui revenait dans une ville dix ans après l'avoir quittée ne la reconnaissait plus. La Chine ne cesse de bouger : sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. " C'est en Chine, que, pour la première fois de ma vie, j'ai dû prendre l'ascenseur pour arriver à un terrain de football. Il était sur le toit, au troisième étage d'un immeuble de Shanghai. Un terrain synthétique mais aux dimensions normales. En bas, c'était la rue, les voitures qui passaient... C'était fantastique. "

Ce sont des exemples qu'il veut montrer à Liverpool ou au vainqueur de la Ligue des Champions qui viendra l'an prochain, pour prouver que le football chinois vit. " Peut-être pas encore comme nous le souhaiterions mais ça va venir. Le potentiel est énorme et ici, contrairement à ce qui se passe ailleurs, il n'y a pas de problème d'infrastructures. "

Travailler à des milliers de kilomètres de chez soi n'est pas toujours simple. " Regardez, c'est ma maison à Pékin ", dit Chris Van Puyvelde, premier directeur technique de l'histoire de la fédération chinoise de football, en nous montrant des images qu'il vient de recevoir par internet. Les dégâts sont énormes. De la fumée sort de la maison, qu'une fuite d'eau a blanchie. La vapeur se forme au contact de l'eau chaude et de l'air de Pékin. Il doit tout régler à distance. Au lendemain du Nouvel An chinois, avec sa famille, il a pris un vol pour Dubaï, où il voulait prendre une petite semaine de repos. À ce moment-là, le coronavirus ne concernait encore que Wuhan, même si les gens de Pékin portaient déjà des masques. " À l'aéroport, tout le monde en avait, sauf les hôtesses ", dit-il. Pendant ses vacances dans le désert, il a été contacté par le quartier-général de la fédération chinoise de football (CFA) qui lui a dit que tout le monde pouvait travailler de chez soi. Mais chez lui, c'était où ? À Pékin ou à Doorslaar, près de Lokeren ? On lui a dit qu'il pouvait rentrer en Belgique. Et c'est donc de là qu'il travaille chaque jour. Vive internet ! Ses valises sont prêtes, il attend qu'on lui dise qu'il peut retourner à Pékin avec toute sa famille. Il s'y sent comme chez lui. Son fils fréquente une école internationale où il apprend l'anglais et le chinois, avec des jeunes de 66 nationalités différentes. Sa femme apprend le chinois aussi, elle donne des cours à l'école internationale, elle a appris la médecine chinoise et se rend souvent à la Grande Muraille, où elle fait office de guide pour les amis qui lui rendent visite. Leurs yeux brillent, ils se sont bien intégrés à leur nouveau monde. C'est pourtant loin. Et quid de l'empreinte écologique qu'il laisse ? " Je crains qu'elle soit importante. J'ai fait les comptes : l'an dernier, j'ai parcouru 150.000 km en avion. Plus de 115.000 avec Air China, plus tous les autres vols vers la Suisse, la Belgique... Je pense que 150.000, c'est peu. " La Chine n'est pas un pays. " C'est un continent en soi. Un jour, pour un match de qualification de l'équipe olympique, j'ai dû me rendre à Chongqing, une ville de trente millions d'habitants. Nous avons fait trois heures de voiture et nous étions toujours dans la ville. Le lendemain, je devais me rendre à Hainan, une île tropicale. Quand j'ai quitté Chongqing, il faisait 8 degrés. À Hainan, il y en avait 28. Nous découvrons un nouveau monde. Je suis allé voir un match de Ligue des Champions d'Asie et j'ai rencontré d'autres compatriotes, comme Eric Abrams ou Vital Borkelmans, mais aussi des gens de Guam, des Îles Marianne ou du Bhoutan. Des pays que je ne connaissais absolument pas." La Chine bouge énormément. Il doit souvent se rendre à Shanghai. Il a déjà constaté à plusieurs reprises que les avions étaient toujours pleins. Ce sont pourtant de gros appareils, identiques à ceux qu'on utilise pour les vols intercontinentaux. En vérifiant le nombre de vols quotidiens entre Pékin et Shanghai, il est tombé de sa chaise : il y en a plus de soixante. Pratiquement toujours pleins. Ajoutez-y 60 trains à grande vitesse. Aller-retour. Chaque jour. Toujours pleins aussi. La gare fait 200 mètres de large sur 100 mètres de long, on y est entraîné par la foule... " C'est fantastique ", dit Van Puyvelde. " Je suis sans cesse étonné. L'idée qu'on se fait de la Chine chez nous est totalement erronée. Les gens sont gentils, toujours prêts à vous aider. " La Chine ne copie plus, elle innove. Un jour, la famille Van Puyvelde a pris l'avion. En regardant un écran, son fils a été surpris de voir apparaître son nom et tout un tas d'informations : Bonjour, vous prenez tel vol, il part à telle heure de telle porte. Tout ça sur base de la reconnaissance faciale. Il n'y a plus de vie privée mais le pays est très sûr. À Pékin, on peut se promener en rue à cinq heures du matin sans aucune crainte. Et si vous perdez quelque chose dans une voiture de Didi, l'Uber chinois, il suffit de téléphoner pour qu'on vous ramène l'objet à la maison. Lors de la dernière mission diplomatique belge, il a aidé les entreprises belges ( Bruno Venanzi, ex-Lampiris, aujourd'hui président du Standard, en faisait partie), à prendre contact avec le monde du sport chinois. " J'étais fier de montrer ce dont nous étions capables. Les Chinois aiment beaucoup les Belges parce qu'ils s'adaptent facilement. C'est d'ailleurs ce que je leur dis toujours : c'est à moi de m'adapter à 1,4 ou 1,5 milliard de personnes, pas l'inverse. J'essaye de leur donner des idées, de leur faire comprendre comment ça pourrait fonctionner. Puis c'est à eux de mettre le choses en place pour y arriver. Si on s'intéresse à leur culture, à leur façon de penser, si on leur fait confiance, c'est fantastique. Si on donne des instructions, ils disent oui mais ils ne font rien. Je lis beaucoup Confucius. Avec lui, ce n'est jamais oui et jamais non, c'est toujours entre les deux. En Chine, on ne connaît pas la Flandre ni la Wallonie. Par contre, ils savent tous qui sont Hazard et Lukaku. La Belgique aussi. Beliche, comme ils disent. Et le football belge. Je leur montre toujours une présentation dans laquelle on voit que la Chine, c'est 351 fois la Belgique. Nous sommes tout petits mais ils nous prennent en exemple." Sa tâche principale, c'est de travailler à long terme sur le développement du football. Sa famille a obtenu un visa de quatre ans, ce qui n'arrive jamais. Si on lui avait donné moins, il aurait considéré que son avenir était lié aux résultats. Lui, il veut planifier. Il est soutenu par la FIFA, qui a beaucoup de sponsors chinois et connaît les possibilités d'évolution du marché asiatique mais qui sait qu'il faut des gens expérimentés pour fédérer le projet. " En Europe, 80 ou 90 % des clubs et des fédérations travaillent dans la même direction. Ici, il y a encore de grandes différences. On passe du noir au blanc. Il n'y a pas de constance dans la formation, les choix, le processus. En matière de football, l'Asie est le continent le moins exploité. " Il en a déjà parlé avec Guus Hiddink. Lorsque celui-ci travaillait en Corée du Sud, après l'entraînement, les joueurs se mettaient en rang et il arrivait qu'on leur donne des gifles. " C'était il n'y a pas si longtemps ", dit Van Puyvelde. Pour réussir, il faut tout planifier. En 2006, le Qatar a engagé un formateur de jeunes et a naturalisé beaucoup de monde mais il a mis un processus en marche et a été champion d'Asie. L'Iran a une bonne équipe. Il a vu l'Ouzbékistan, un pays qui monte. Le Japon et la Corée du Sud dominent le football continental, l'Arabie saoudite fait des efforts mais il y a encore beaucoup de terrain à défricher. Sur le plan culturel également. La politique de l'enfant unique a fortement influencé le sport chinois. Cet enfant est souvent élevé par les grands-parents, qui sont très protectionnistes. Il faut étudier, le football est dangereux. " Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir et nous devons être flexibles car chaque jour, il se passe quelque chose ", dit Van Puyvelde. " Quand je suis arrivé à la fédération chinoise, nous avions un vieux bâtiment. Je me demandais ce que je faisais là. Au début, j'avais un collaborateur. Maintenant, j'ai tout un département technique, rien que des jeunes. Et tout le monde parle anglais, sans quoi on ne pourrait pas travailler. " Comment s'y prendre dans un pays aussi grand ? L'année prochaine, la Pro League chinoise sera indépendante. Elle organise les championnats professionnels sous la coupole d'une fédération qui compte 47 associations, chacune avec sa direction. Plus les académies privées, les écoles liées au Ministère du Sport, les écoles de sport de haut niveau. En Chine, le football est très disparate. Au départ, il a tenté de communiquer et de collaborer avec tout le monde, afin que chacun avance en même temps. Après sept ou huit mois, il en a conclu que ça ne fonctionnait pas. Il a donc suivi un bon conseil : il faut travailler sur de petits projets. Petit, en Chine, ça vise tout de même... 100 millions de personnes. " Ici, les chiffres n'ont rien à voir avec chez nous. Les idées sont différentes aussi. C'est là qu'on se rend compte qu'on est tout petit et qu'on travaille avec des gens qui ont hérité de 5000 ans de culture. " Son objectif, c'est de faire en sorte qu'on lui fasse de plus en plus confiance, afin qu'il puisse évoluer dans la hiérarchie. Ce n'est qu'à partir de ce moment-là qu'il pourra laisser son empreinte. Son projet a un nom : The red print. C'est une référence à Mao car en Chine, on respecte les personnages légendaires. Un sponsor lui a offert des chaussures rouges et il les porte lors de chaque présentation, en guise de symbole. Ses présentations sont celles que nous connaissons ici mais elles sont adaptées aux besoins de la culture locale. " La Chine a un grand problème : celui qui perd le ballon perd aussi la face et se fait enguirlander par l'entraîneur. C'est la première barrière culturelle qu'il a fallu faire tomber. La jeune génération d'entraîneurs ne crie plus sur les joueurs. Pour la première fois, l'équipe nationale U15 a des joueurs offensifs qui n'ont pas pas peur de dribbler ou de rater une action. Ils utilisent leur créativité. Pour le reste, il y a beaucoup de jeunes qui regardent le ballon, qui rentrent dans le ballon, peu d'oppositions, de contrôles en un temps.... C'est un manque de formation." Il appelle ça le football 1-2-3 : contrôler, regarder, jouer. Dans les grands championnats, le joueur sait déjà où il va donner le ballon avant même de le recevoir. Il tente ainsi de lancer projet sur projet. Avec des joueurs pros ou anciens pros. Avec la FIFA. Il veut influencer la formation des entraîneurs, mettre en place un système de scouting. Il a l'avantage d'avoir déjà fait tous les jobs du football et d'être pédagogue puisqu'il est ancien enseignant. Pour lui, Guus Hiddink ou Marcello Lippi sont des performance trainers. Or, en Chine, un entraîneur doit aussi être un éducateur. D'un point de vue économique, l'est de la Chine est la partie la plus développée du pays : Shanghai, Shenzhen, Pékin... Cela vaut également pour le football mais il y a aussi de bons footballeurs ailleurs dans le pays. Le talent est partout, ce sont les centres de formation qui font parfois défaut. C'est donc à cela qu'il faut travailler. Les voyages et les entraînements ne freinent-ils pas l'évolution d'un jeune ? Où et comment faut-il les rassembler ? Une phrase revient sans cesse dans son discours : " Il faut s'adapter à leur culture. Leur donner des idées. Je ne crois pas aux confrontations directes au cours desquelles nous imposerions quoi que ce soit. Nous devons dire : en Europe, on fait comme ça mais il ne faut pas copier, ce serait une erreur. Prenez ce qui convient à votre culture. C'est ça, notre red print. Le management, c'est à eux de s'en charger. "