Qu'un jeune attaquant ouvre son compteur en Coupe d'Europe, c'est déjà une gageure. Qu'après moins de cinq matches comme titulaire, il ait déjà marqué en championnat, en Coupe et en Europa League, c'est quasiment inédit. Le peuple de Sclessin a donc déniché une nouvelle pépite. A 18 ans, Michy Batshuayi est promis à un bel avenir. C'est sans doute pour cette raison que le Standard a décidé de miser sur lui et de faire de la jeunesse son nouvel atout. Depuis la blessure de Mémé Tchité, le jeune Congolais (il n'a pas encore la nationalité belge même s'il en a fait la demande officielle, soutenu en cela par le club) s'est donc érigé en doublure de valeur. Quand Tchité sera rétabli (et s'il reste au Standard), ils ne seront plus deux titulaires indiscutables mais trois pour les deux places d'avants-centres. Et vous pouvez être sûr que le moindre passage à vide sera mis à profit par Batshuayi pour encore davantage améliorer ses statistiques.
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Qu'un jeune attaquant ouvre son compteur en Coupe d'Europe, c'est déjà une gageure. Qu'après moins de cinq matches comme titulaire, il ait déjà marqué en championnat, en Coupe et en Europa League, c'est quasiment inédit. Le peuple de Sclessin a donc déniché une nouvelle pépite. A 18 ans, Michy Batshuayi est promis à un bel avenir. C'est sans doute pour cette raison que le Standard a décidé de miser sur lui et de faire de la jeunesse son nouvel atout. Depuis la blessure de Mémé Tchité, le jeune Congolais (il n'a pas encore la nationalité belge même s'il en a fait la demande officielle, soutenu en cela par le club) s'est donc érigé en doublure de valeur. Quand Tchité sera rétabli (et s'il reste au Standard), ils ne seront plus deux titulaires indiscutables mais trois pour les deux places d'avants-centres. Et vous pouvez être sûr que le moindre passage à vide sera mis à profit par Batshuayi pour encore davantage améliorer ses statistiques. Michy est né dans un quartier bruxellois en 1993, de parents congolais partis de Kinshasa il y a 25 ans. Le foot, il y goûte dès son plus jeune âge, alors qu'il habite Evere. " C'est mon père qui jouait en Afrique qui m'a transmis le virus ", explique-t-il. Il joue pour le club du coin un an, avant de se faire remarquer par la Rosas de Schaerbeek, puis de filer au FC Brussels à 12 ans. " C'était carrément un autre monde. Ça allait plus vite ; tout était plus sérieux. Mais je me suis bien adapté puisque je n'y suis resté qu'un an, marquant 50 goals. " Le sens du but n'allait plus le quitter. La technique, peaufinée dans la rue, non plus. " Le foot de rue est sans doute ce qui m'a le plus façonné. Que ce soit à la cour de récré ou dans le parc, on jouait tout le temps au foot. J'ai des amis qui prenaient le ballon partout avec eux et qui jouaient même dans le métro. "C'est également à ce moment-là qu'il déménage d'Evere à Berchem Saint-Agathe et qu'il devient ami et voisin des trois cousins Andréa Mbuyi Mutombo (aujourd'hui au Cercle), Geoffrey Mujangi Bia (Standard) et Pelé Mboyo (Gand). " Michy, c'est le petit frère ", raconte Mutombo. " Je l'ai rencontré à Berchem ; on jouait tout le temps au foot. C'est quelqu'un qui a toujours eu un grand c£ur mais il sait ce qu'il veut. Ce n'est pas un suiveur. En résumé, c'est un ambitieux au grand c£ur ( il rit). " Avec des statistiques pareilles, il ne pouvait pas rester longtemps au FC Brussels. C'est le grand voisin anderlechtois qui frappe donc à sa porte. " Tous les jeunes Bruxellois veulent finir à Anderlecht ", affirme Batshuayi. " Là, j'ai encore découvert un autre monde, plus pro. C'était trop strict pour moi. J'étais un des plus forts du groupe mais ils n'ont pas pu me garder vu mon comportement. Ils ont eu raison de me virer car je n'étais pas un ange. Mais à l'époque, j'étais loin de me douter que mon comportement pouvait avoir de telles conséquences... "Et voilà comment le rêve mauve et blanc se termine par un renvoi pour raisons disciplinaires. " C'était encore un gamin. Il ne comprenait pas certaines choses. On aurait dû prendre plus de temps avec lui ", constate Mutombo. Pour Batshuayi, c'est un retour à la case départ : le FC Brussels. " Je ne pensais pas que cela pouvait constituer un pas en arrière. Moi, je voulais juste jouer contre Anderlecht et leur mettre une raclée. Dans ma tête, il y avait un esprit de vengeance. "Si le Brussels lui offrait une nouvelle chance, c'est un formateur du quartier, Seth Nkandu qui allait lui tendre la main. " Il m'a beaucoup appris. Notamment à grandir. Il m'a montré comment les gens réfléchissaient et m'a expliqué comment fonctionnait la vie. Je retiens surtout une de ses phrases fétiches : - Soit un lion sur un terrain mais un agneau en dehors. " En 2008, c'est le premier tournant de sa carrière. " Il y avait une journée de tests organisée à l'Académie ", explique le responsable des jeunes, José Jeunechamps. " Un entraîneur des jeunes de l'Aca, Serge Verheyden, m'avait demandé de venir voir ! Après quelques minutes, tous les coaches présents étaient unanimes quant aux qualités de Michy. " Batshuayi : " Certains étaient en test depuis deux semaines. Moi, je ne suis resté qu'un jour. " Suffisant pour obtenir une place au sein de l'Académie... " Au Standard, j'ai découvert une autre facette du métier ", continue le joueur. " A Bruxelles, l'accent est mis sur la technique. Ici, on met également l'accent sur la puissance, la vitesse, la course. L'autre partie du football. Je suis devenu plus complet au Standard même si j'ai encore beaucoup de choses à apprendre. J'ai toujours eu le gabarit qu'il fallait mais c'est au Standard que j'ai appris à l'utiliser. "Pourtant, tout ne fut pas rose lors de son apprentissage. " Il manquait de maturité ", explique Jeunechamps. " Il fallait souvent le recadrer et il avait du mal avec l'autorité. En trois ans, il a fait énormément de progrès à ce niveau-là mais on a dû passer par des petites punitions : il a aspiré et nettoyé la camionnette, a ramassé les feuilles avec notre jardinier. L'année passée, en U21, je l'ai ignoré pendant trois à quatre mois parce qu'il ne respectait pas les règles. S'il prenait ses punitions en ronchonnant, il s'est toujours appliqué pour les faire. Finalement, son indiscipline restait dans des proportions acceptables car il écoutait ce qu'on lui disait. On n'a, par exemple, jamais pensé à le renvoyer. "Quand il revient sur ses jeunes années, Batshuayi rigole. " Je n'ai jamais accepté qu'on me crie dessus. Mais quand c'était justifié, je n'ai jamais manqué d'effectuer ma punition. Quand j'étais plus petit, je mettais tout le monde dans le même sac. Petit à petit, j'ai appris à faire des différences et à reconnaître les personnes à écouter. Ceux qui ne me connaissent pas ont tendance à dire que je suis arrogant. Sans doute à cause de ma démarche. Par contre, ceux que je côtoie affirment que j'ai changé, que j'ai grandi. "" Il fait parfois un peu le King car il n'a pas froid aux yeux et est audacieux mais c'est toujours gentil. Il a également un côté dragueur et amuseur public. Et puis, il a son orgueil : il n'aime pas être attaqué devant tout le monde ", ajoute Jeunechamps. Sur le terrain, les buts s'empilent. " Il a marqué 23 buts avec les Réserves sur une demi-saison. Il a toujours eu le sens du but ", reconnaît Jeunechamps. Il y a deux ans, avant d'incorporer le noyau des Réserves, il avait inscrit 24 buts en U17, 8 buts en U19 et un en Réserves. Soit 33 buts dans trois catégories différentes mais en une seule saison ! De quoi naturellement le conduire dans le noyau A, sous Dominique D'Onofrio. " Quand j'ai été appelé en A, je n'ai pas été impressionné mais je me suis dit que je devais tout recommencer à zéro, tout prouver car j'avais affaire à un nouveau groupe. Je faisais face à des joueurs qui avaient gagné des titres. Moi rien. Mais ce qui constitue ma force, c'est que je n'ai peur de personne. Cependant, des joueurs comme Axel Witsel, Mehdi Carcela ou Eliaquim Mangala ont pris un chemin que je voudrais également emprunter. Surtout Mangala que j'admire énormément. J'étais déjà à l'internat avec lui. " Il lui fallut pourtant quelques mois avant de trouver le rythme et d'éclater une première fois lors de la préparation, qu'il finit avec le titre honorifique de meilleur buteur. " Je me suis rendu compte que tout allait plus vite. Il y a plus de monde autour du terrain, plus de pression mais cela ne me paralyse pas. Au contraire. Plus il y a de la pression, plus j'ai envie de me montrer. Je suis pressé de prouver mes qualités. "Après une première titularisation face à Mons (où il sera retiré à la mi-temps) en ouverture de championnat, il devra réapprendre ses gammes dans l'ombre des Tchité, Cyriac, Aloys Nong ou Mbaye Leye. Juste le temps pour lui de signer son premier contrat pro. " Cela a pris du temps car il a fallu négocier un contrat à la hauteur du talent du garçon mais aussi de ce qu'il avait montré en préparation ", explique son agent, Christian Negouai, lui-même ancien médian du Standard en 2005-2006 et qui a mis un terme à sa carrière en 2007. Et c'est finalement, à Copenhague, dans un match sans beaucoup d'enjeu mais avec le prestige de la confrontation européenne, qu'il réussit son second coup d'éclat. Depuis lors, à chaque rencontre, Batshuayi laisse sa carte de visite. Que ce soit lors du match aller des quarts de finale de la Coupe de Belgique, au Lierse ou face au Germinal Beerschot, en championnat. " C'est un buteur complet ", s'extasie le directeur technique, Jean-François de Sart " Il ne lui en faut pas 10 pour en marquer un. " " C'est le joueur le plus complet qui soit sorti de l'Académie ", renchérit Jeunechamps. " Il a de la technique, peut jouer pied droit, pied gauche, en profondeur car il possède de la vitesse. Il est capable d'enchaîner les sprints de 20 à 40 mètres. Il a même appris à s'adapter aux situations. En U17, sa technique lui suffisait pour faire la différence mais en Espoirs, il a dû apprendre à varier son jeu. Et il le devra encore davantage en A où son jeu sera analysé toutes les semaines. Cependant, sa principale qualité demeure son efficacité devant le but. C'est le genre de joueur qui, sur un coup d'éclat, peut faire sauter le verrou. " Ses amis pensent également qu'il est taillé pour l'élite. " Personne n'est surpris par ce qui lui arrive car il a travaillé pour cela pendant longtemps. Comme dit Roberto Mancini - " On provoque ce qu'on imagine ", affirme Mutombo. Quant à Pelé Mboyo, il ajoute : " C'est un des jeunes les plus talentueux du championnat. Il ne se met pas de pression inutile. Il ne se rend pas compte qu'il évolue en D1. Il vit sa vie et cela se répercute sur le terrain où il reste tranquille face aux situations. " Face à tous ces compliments, Batshuayi reste de marbre. " Tout a été très vite mais tout peut redescendre très vite également. Je dois garder les pieds sur terre. Je n'aime pas trop les compliments car ils donnent l'impression que tout est déjà réussi. Or, je dois encore bosser et je vise plus loin. Mes amis n'hésitent d'ailleurs pas à me dire que je dois toujours travailler. Des joueurs comme Mbuyi Mutombo, Mujangi Bia ou Mboyo sont passés par là. Ils connaissent les pièges à éviter. "Le chemin est encore long et d'autres joueurs aussi talentueux se sont perdus en route. " Aujourd'hui, tout le monde l'encense mais qu'arrivera-t-il quand il connaîtra un passage à vide ?", se demande Jeunechamps. " C'est à ce moment-là qu'il devra être très fort mentalement. C'est quelqu'un sûr de ses qualités. C'est un avantage car cela le fait avancer mais cela peut aussi devenir un inconvénient. Il a parfois tendance à ne pas se remettre en question. Or, j'aime bien la phrase de Laszlo Bölöni qui disait qu'on n'était pas un joueur de D1 avant de compter 100 matches au sein de l'élite. " Celui qui voit en MarioBalotelli (" J'aime cette façon dont il gère la pression. Quand on l'insulte, il fait face et il revient plus fort ") mais surtout en Benzema des modèles, sait en tous cas tirer des enseignements de ses avants-centres préférés. " Je sais que je dois améliorer mes appels, mon jeu de tête, mon volume de jeu. Je continue à peaufiner ma finition. Quand je suis à la maison, je regarde beaucoup les grands joueurs, la façon dont ils se déplacent sur le terrain, dont ils positionnent leur corps par rapport à leurs pieds ou leur finition et j'essaye de le reproduire à l'entraînement. Je n'ai pas le choix. Je sais que les défenseurs vont étudier mon jeu. Je l'ai déjà remarqué contre le Lierse... Je dois donc les surprendre. Surtout face aux plus costauds et expérimentés. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE -PHOTOS: IMAGEGLOBE" Ma force, c'est que je n'ai peur de personne. "