Des joueurs qui se foutent de leur club, il y en a beaucoup. Des joueurs qui se foutent du Real Madrid, il y en a beaucoup moins. Que ce soit clair : pour moi, le club doit toujours rester au-dessus de tout et de tous. Se croire plus grand que son club est insupportable. Surtout que le Real est " Més que un club "...
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Des joueurs qui se foutent de leur club, il y en a beaucoup. Des joueurs qui se foutent du Real Madrid, il y en a beaucoup moins. Que ce soit clair : pour moi, le club doit toujours rester au-dessus de tout et de tous. Se croire plus grand que son club est insupportable. Surtout que le Real est " Més que un club "... C'est une institution qui, cela dit, n'a de leçon à donner à personne quant au respect pour le football, ses valeurs et son indispensable incertitude du sport. Vous m'aurez tous compris. Nous ajouterons ensemble, et en coeur, que ce n'est pas le seul grand club qui a gagné des matches pas uniquement grâce au seul talent de ses joueurs. Donc que Gareth Bale préfère son pays et le golf ne nous choque pas plus que ça. Cela nous inspire même un certain respect. Surtout que ce garçon a toujours montré beaucoup du même respect pour Tottenham, le club qui l'a révélé au plus haut niveau. Moi je l'ai réellement découvert un soir de Ligue des Champions. En 2010. Du côté de San Siro. L'Inter reçoit les Spurs et mène 4-0 à la mi-temps en jouant à 11 contre 10 depuis la 8e minute. Et puis, en 2e mi-temps, tu es là en tribune en train de commenter et immédiatement tu prends conscience qu'un truc se passe. Qu'un gamin est en train de quitter la cour de récréation et entrer dans la cour des grands. Les coéquipiers et adversaires ne sont plus là que pour faire nombre. Bale devient le match. Bale donne une nouvelle dimension au football. Comme Lionel Messi peut le faire ou encore Eden Hazard, par exemple, contre la Hongrie à l'EURO 216 ou lors de la dernière finale de l'Europa League. C'est-à-dire décider seul du destin d'un match. Ou d'une mi-temps car ce soir-là de 2010, Bale ne plante " qu'un triplé " tout en martyrisant Javier Zanetti qui en redevient un apprenti défenseur. Luka Modric était déjà son coéquipier sous un autre maillot, certes, mais déjà le Croate au volant de sa 2CV regarde passer la Ferrari galloise. En face, le tout jeune Philippe Coutinho prend des notes. Wesley Sneijder prend 10 ans et son altesse Samuel Eto'o pense très fort : " Ce petit finira par être aussi bon que moi ". Bale est un joueur hors norme. Indéfinissable, imprévisible. Comme l'homme qu'il est. Homme, donc faillible. Tout le monde sait qu'il s'emmerde à Madrid. Qu'après six ans en Espagne il ne maîtrise toujours pas la langue. Et que même dans sa langue, il ne communique quasi jamais dans le vestiaire. Et puis, il s'est fait piéger. Des supporters gallois ont fait un drapeau avec écrit dessus : " Pays de Galles, Golf, Madrid ". D'une grande pertinence puisque c'est exactement ce qu'il pense. Et Gareth la gâchette qui pose hilare en tenant ce drapeau juste après la qualif pour l'EURO. Un moment d'une pureté, d'une humanité absolue. Une joie plus forte que tout. Qui ramène le foot à son essence originelle. C'est un jeu. " Je savais très bien ce qui était écrit sur ce drapeau. Mais c'est une blague de supporter. Rien d'autre. Ça m'a bien fait marrer. " N'empêche qu'il va dégager. Lui, dont on se disait déjà qu'il devrait jouer pour le " Pays de Golf ", va peut-être se retrouver dans un pays du Golf où les us vont rattraper sa coutume. " Le foot c'est gagner du pognon sans oublier que l'essentiel est ailleurs. " Bale l'assume merveilleusement bien. D'autant mieux que sur le terrain, quand il y est, il est balaise. 103 buts en 238 matchs pour le Real. Qui dit mieux ? Pas grand monde. Et puis, surtout, voler la vedette à CristianoRonaldo en finale de Ligue des Champions n'est pas donné à tout le monde. Il commence sur le banc, finit dans les livres d'histoire. Un doublé dont un retourné qui a presque réussi à faire oublier Loris Karius. Ronaldo en était fou de jalousie. Un Cristiano qui, lui aussi, s'est toujours considéré au-dessus du club. Même au Real. Le détachement et la légèreté de Gareth Bale par rapport à cette institution, que dis-je, cette Royauté qu'est le Real Madrid me touche profondément. Il ne fait de mal à personne. Peut-être un peu à lui-même. Ce type a un grain. Voire deux. De génie et de folie.