Le match Pologne-Russie a servi de révélateur. Pendant cinq jours, on a perçu un climat électrique. Ici, le sujet " russe " est sensible, voire tabou. Historiquement, la Russie a envahi la Pologne à trois reprises et l'occupation du pays par les troupes soviétiques après la Seconde Guerre mondiale est encore très fraîche dans les mémoires. Dès le tirage au sort, tout le pays attendait de pouvoir " prendre sa revanche " et se démarquer encore plus de ce voisin encombrant. Car, depuis vingt ans, la Pologne a clairement pris ses distances avec l'ancien occupan...

Le match Pologne-Russie a servi de révélateur. Pendant cinq jours, on a perçu un climat électrique. Ici, le sujet " russe " est sensible, voire tabou. Historiquement, la Russie a envahi la Pologne à trois reprises et l'occupation du pays par les troupes soviétiques après la Seconde Guerre mondiale est encore très fraîche dans les mémoires. Dès le tirage au sort, tout le pays attendait de pouvoir " prendre sa revanche " et se démarquer encore plus de ce voisin encombrant. Car, depuis vingt ans, la Pologne a clairement pris ses distances avec l'ancien occupant. A la fin du communisme, la scène politique polonaise a voulu tourner la page soviétique. Les partis politiques se sont multipliés (aucun pays européen n'en compte autant) car les Polonais sont réputés pour ne jamais se mettre d'accord (à l'inverse du Belge, champion du compromis !). Un célèbre proverbe polonais dit d'ailleurs : " Là où il y a deux Polonais, il y a trois partis politiques ". Traumatisés par les 45 ans de communisme, assimilés à une véritable occupation soviétique, les Polonais ne savent plus entendre le mot " communisme ", ni même son pendant " socialisme ". Pour eux, ce terme ne les ramène pas à une politique de gauche mais à un passé douloureux. Quasiment une insulte ! Il n'y a donc pas dans la société polonaise un clivage gauche-droite mais davantage un clivage progressiste-conservateur, avec les anciens apparatchiks communistes en arbitre. Depuis 2005, ces derniers, regroupés au sein du parti SLD (alliance de gauche démocratique) doivent se contenter d'un rôle d'arbitre, la scène politique devant se partager entre progressistes, au pouvoir, et conservateurs. Ces derniers (le parti de Jaroslaw Kaczinski " Droit et Justice ") ont été durement touchés par la mort de Lech Kaczinski, le jumeau de Jaroslaw, mort dans un accident d'avion en 2010 alors qu'il se rendait en Russie pour commémorer le massacre de Katyn, lors duquel 20.000 Polonais furent liquidés par les Russes en 1940. Cet accident a encore davantage exacerbé le sentiment antirusse, les Polonais jugeant les Russes coupables de négligence. Face à cette haine russe, on comprend mieux pourquoi le choix de l'équipe nationale de Russie d'investir l'hôtel Bristol, apposé au siège du palais présidentiel, en plein centre de Varsovie a été vécu comme une gifle nationale. A cela s'est ajoutée la mobilisation des supporters russes qui, pour soutenir leur pays, se sont empressés de se mobiliser sur les réseaux sociaux, affirmant " vouloir casser du Polonais ". Ce qui a suscité de nouvelles crispations entre les deux noyaux durs de supporters. Pas étonnant dans ce contexte que cela ait dégénéré. D'autant plus quand, de chaque côté, on compte les hooligans les plus durs d'Europe. Suite en page 59.PAR STÉPHANE VANDE VELDE ENVOYÉ SPÉCIAL EN POLOGNE