Même si le but avoué est de reconstruire une équipe capable de remporter l'or olympique à Pékin en 2008, les Américains croyaient bien devenir champions du monde cet été au Japon. Hélas, tout comme aux derniers JO (troisièmes) et aux deux derniers Mondiaux (sixièmes en 2002 et troisièmes en 1998), ils ont dû une fois de plus déchanter. Battus en demi-finales par une séduisante équipe grecque, ils n'ont ramené que du bronze dans leurs sacs cet été. Un métal terne, sombre et pesant...
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Même si le but avoué est de reconstruire une équipe capable de remporter l'or olympique à Pékin en 2008, les Américains croyaient bien devenir champions du monde cet été au Japon. Hélas, tout comme aux derniers JO (troisièmes) et aux deux derniers Mondiaux (sixièmes en 2002 et troisièmes en 1998), ils ont dû une fois de plus déchanter. Battus en demi-finales par une séduisante équipe grecque, ils n'ont ramené que du bronze dans leurs sacs cet été. Un métal terne, sombre et pesant... " La presse nationale et internationale use et abuse d'expressions noires ", assène Terry Lyons, le vice-président des communications internationales de la NBA. " Surprise, embarras, échec, catastrophe... Elle a fait de cette troisième place la nouvelle de l'année alors que, selon nous, elle n'a été que la nouvelle du jour. Il faut cesser de croire que les Etats-Unis sont invincibles. Si on se penche sur les scores des 20 dernières années, à l'exception des JO de Barcelone en 92 où a sévi Le Dream Team composée par Michael Jordan, Larry Bird, Magic Johnson, Karl Malone et consorts, qui ont gagné tous leurs matches par un gouffre moyen de... 43,8 points !, les écarts n'ont jamais été mirobolants, même contre des petites équipes. Exemple : une victoire 95 à 94 contre Porto Rico. L'équipe de rêve a exercé une telle domination qu'elle a faussé la perception. Tout le monde s'attend à ce que les Américains se baladent. En 2002, nous n'avons pas bien joué du tout. Deux ans plus tard, nous avons souffert d'une volée d'absences et d'une mauvaise ambiance. Cette fois, il n'y a pas beaucoup d'excuses à faire valoir. Nous avons bien joué contre les Grecs qui, eux aussi, ont joué un bon match. Leurs tirs ont fait mouche et ils ont mérité leur victoire. C'est tout ". D'autres Américains sont moins complaisants envers leur équipe nationale. Ils trouvent beaucoup à redire sur sa préparation et ses performances. Charley Rosen est de ceux-là. Analyste pour Fox Sports, cet auteur de 13 ouvrages sur le basket, jette un regard plutôt noir sur la campagne nipponne et cite une litanie de problèmes et de faiblesses : une défense fébrile, voire dépassée (impatience, incapacité de contenir les pénétrations en dribble, manque de rigueur et de concentration...), une reconversion offensive trop empruntée, une faiblesse dans les lancers francs et dans les tirs à distance... Il avance aussi la fascination envers les statistiques et le dédain pour le jeu de position, avec ou sans ballon. " Notre obsession des chiffres est en train de ternir la beauté du basket. Nous le traduisons en termes de points marqués, de passes décisives, de rebonds... soit des stats strictement individuelles qui focalisent l'attention sur l'individu plutôt que sur l'équipe. Résultat : nos représentants font d'excellents manieurs de ballon et crèvent l'écran dans les un contre un mais ne possèdent pas le sens du jeu en équipe. Et qui plus est dans une équipe nationale qui ne travaille ensemble que lors de quelques grandes occasions. Ce qu'il faudrait, c'est une rééducation totale des joueurs, des médias et du public. Au lieu de glorifier la performance individuelle et de nous concentrer sur les moments durant lesquels un joueur sur dix possède le ballon, nous devons voir tout le terrain et les joueurs dans leur ensemble. La différence entre le bronze et l'or, c'est la manière dont on joue sans ballon. C'est là où se situe l'action importante ". Un très grand nombre des critiques dénoncent l'absence des fondamentaux des joueurs américains. Une carence qui peut tenir à la tendance prévalente du show en NBA (dribbles, longues percées, dunks...). Terry Lyons s'inscrit en faux contre cette majorité : " Ceux qui prétendent cela n'y connaissent rien. Dwyane Wade (24 ans, Miami) maîtrise les principes de base, Chris Paul (21, New Orleans) possède une conduite de balle exceptionnelle, Kirk Hinrich (25, Chicago) voit le jeu comme un aigle et le distribue à la perfection ". Une vue que ne partage pas du tout l'ancien pro Danny Nikitas. Aujourd'hui établi à Glenview, dans la grande banlieue de Chicago, après ses études universitaires dans le Vermont, il a évolué deux saisons et demie à Apollon, un club de D1 grecque situé à Patras. " La victoire des Hellènes ne me surprend pas. N'oublions tout de même pas qu'ils sont champions d'Europe en titre ! C'est un pays où le jeu d'équipe compte plus que les exploits individuels. La preuve est qu'il n'y avait pas un seul représentant grec la saison dernière en NBA qui accueille pourtant de plus en plus d'étrangers. Ceci étant dit, je crois dur comme fer que si les Américains sont très talentueux et doués d'un point de vue physique, ils connaissent mal le basket ou du moins ses bases essentielles. C'est aussi l'avis de gens comme, par exemple, Mark Aguirre, un ancien pro (Dallas, Détroit, Los Angeles Clippers), un des marqueurs le plus prolifiques des années 80, actuellement entraîneur adjoint au New York Knicks, qui me confiait récemment enseigner aux pros les mouvements essentiels qu'il avait lui-même appris au lycée. Ceci étant dit, dans l'absolu, une troisième place n'est pas alarmante. Je trouve cela même excitant au niveau de la compétition ". La seule excuse que Terry accepte d'avancer pour tenter d'expliquer la troisième place est la difficulté d'adaptation : " Les règles internationales sont légèrement différentes de celles auxquelles sont rompus les joueurs de la NBA : ouverture du jeu vers l'extérieur alors que nous avons tendance ici à passer par le centre, ligne des trois points établie à des distances différentes... Pour employer un langage imagé, le joueur professionnel américain doit reprogrammer son esprit tel qu'il était calibré dans le cadre du championnat universitaire ". Michael Ventre, un journaliste free-lance établi à Los Angeles relève deux lacunes principales dans le chef du Team USA : un manque de talent et un manque de cohésion. Par talent, il entend surtout l'absence de lecture de jeu et d'adaptabilité du jeu à un contexte international. " Aux Etats-Unis, It's all Greek to me ! - Tout ça, c'est du grec pour moi ! - signifie qu'on n'y comprend rien. Je suggère que cela devienne le slogan de l'équipe nationale ! ". Quant à l'absence d'unité, c'est une claque en plein visage pour l'organisation de USA Basketball (la fédé nationale) et Jerry Colangelo en particulier, responsable de la stratégie établie sur les trois prochaines années. En gros, rassembler une équipe de joueurs motivés acceptant de se mettre inconditionnellement à la disposition de l'équipe nationale sous la direction du coach Mike Krzyzewski, un des entraîneurs les plus victorieux au niveau universitaire. Un stratège qui a pu composer sa sélection à sa guise avec un bon équilibre de vedettes - dont la fameuse Génération 2003 : LeBron James (Cleveland), Anthony Carmelo (Denver) et Wade, et de joueurs moins connus mais tout aussi importants tels Chris Bosh (Toronto) et Shane Battier (Houston). C'est beaucoup. Coach K a cependant pu disposer de ses joueurs tout au long des trois semaines précédant le tournoi mondial. Suffisant pour leur inculquer un team spirit et les grandes lignes de conduite. " Je suis fier de la manière dont nous avons représenté notre pays ", a-t-il déclaré à l'issue de tournoi. " Nos joueurs se sont bien comportés, sur le terrain et en dehors ". Un aveu typiquement prudent d'un homme à qui il reste deux ans de contrat et qui ne veut froisser personne. Et de conclure, philosophe (ou résigné) : " Personne ne va gagner tout, tout le temps ". Etait-il le bon choix ? Les avis sont partagés. Il existe une reconnaissance unanime et même un respect marqué de ses qualités tactiques, mais d'autre part, on regrette son manque de planches au niveau international, et ce, même s'il fut l'adjoint de Chuck Daly en 92. Beaucoup pensent qu'il n'a pas l'expérience suffisante pour composer avec les gigantesques ego des titulaires de la NBA. Et quand on sait que de gros bras comme Kobe Bryant (Los Angeles), Paul Pierce (Boston) et Chauncey Billups (Detroit) n'ont pas pu être du voyage, cette crainte n'est pas sans fondement. " Tous les joueurs qui font partie de l'équipe nationale ont accepté librement leur nomination. Ils savaient à quoi s'attendre : un engagement de trois ans, des camps d'entraînement, de longs séjours à l'étranger, des déplacements... et tout cela sans aucune compensation financière, je tiens à le préciser. Certains ont parlé d'un manque de motivation, d'une certaine nonchalance. C'est inconcevable eu égard à l'engagement et aux sacrifices exigés au départ. Il n'y a pas eu de défection. Toutes les absences des sélectionnés étaient prévues et motivées : Michael Redd (Milwaukee) et Billups pour raisons familiales et Bryant pour blessure ", rétorque Krzyzewski. Le basket américain n'est-il pas finalement victime de son propre succès ? Terry Lyons module : " Oui et non. Oui, si on se penche uniquement sur les résultats. L'internationalisation de la NBA (couverture médiatique, accueil de plus de 80 joueurs étrangers...) a eu et continue à avoir un grand effet sur les autres nations, principalement les européennes. Le basket y est devenu un sport in et donc populaire. Tous les enfants qui ont admiré les prouesses des stars à Barcelone sont arrivés à maturité et les formateurs qui en ont pris de la graine partagent leur savoir. Le niveau de jeu, tant au niveau des clubs que des équipes nationales, a progressé à pas de géants. Non, quand on remarque que l'équipe nationale américaine est plus populaire à l'étranger qu'aux States. Mais si vous me demandez quelle est la solution pour équilibrer la tendance, je ne la connais pas. Je ne vois en tout cas pas la nécessité d'un changement drastique ". BERNARD GEENEN