Ce soir, en match retour des quarts de finale de la Coupe de Belgique, Anderlecht, nanti d'un seul et maigre petit but d'avance, essayera, à St-Trond, d'obtenir son passe-droit pour le dernier carré d'une épreuve qui ne lui a que fort peu souri dans un passé récent. L'ultime succès des Mauves au Stade Roi Baudouin remonte déjà à l'année 1994 (victoire 2-0) contre le Club Brugeois. Depuis cette date, hormis une apothéose perdue face au Germinal Ekeren en 97 (2-4), le Sporting aura dû se contenter essentiellement de la portion congrue, avec des éliminations peu glorieuses d'entrée de jeu, notamment, devant le FC Denderleeuw en 99 et le SV Ingelmunster un an plus tard.
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Ce soir, en match retour des quarts de finale de la Coupe de Belgique, Anderlecht, nanti d'un seul et maigre petit but d'avance, essayera, à St-Trond, d'obtenir son passe-droit pour le dernier carré d'une épreuve qui ne lui a que fort peu souri dans un passé récent. L'ultime succès des Mauves au Stade Roi Baudouin remonte déjà à l'année 1994 (victoire 2-0) contre le Club Brugeois. Depuis cette date, hormis une apothéose perdue face au Germinal Ekeren en 97 (2-4), le Sporting aura dû se contenter essentiellement de la portion congrue, avec des éliminations peu glorieuses d'entrée de jeu, notamment, devant le FC Denderleeuw en 99 et le SV Ingelmunster un an plus tard. Les Bruxellois avaient évidemment une bonne excuse, à l'époque, de ne pas faire long feu dans cette compétition, puisqu'ils couraient deux autres lièvres, en championnat et sur la scène européenne. A présent qu'ils peuvent faire leur deuil d'un 27e titre, un neuvième succès sur le plateau du Heysel contribuerait à sauver leur saison. De là l'importance de ce rendez-vous chez les Canaris, qui avaient d'ailleurs évincé le club de la capitale (2-1) au stade des huitièmes de finale en 1997-98 ainsi qu'en quarts deux ans plus tôt (0-1). C'est assez dire si la partie est loin d'être gagnée dans le chef des joueurs d' Hugo Broos. Pour un Sportingman, cette rencontre cruciale au Staaienveld revêtira une signification plus particulière encore: Goran Lovré. C'est dans l'antre des Hesbignons que le jeune médian yougoslave (21 ans le 23 mars prochain) a effectué ses grands débuts en équipe fanion du RSCA, le 9 novembre dernier. Aligné au sein de l'entrejeu aux côtés d' Yves Vanderhaeghe et de Walter Baseggio, le nouveau venu s'était bien tiré d'affaire, en première mi-temps, avant de sombrer corps et âme avec ses partenaires, après la pause. "Cette partie aura à la fois constitué le meilleur et le pire souvenir de ma jeune carrière", dit Goran Lovré. "D'un côté, elle signifiait un formidable aboutissement pour moi, après quatre années en Espoirs d'abord puis en Réserves. De l'autre, elle tourna bien vite au cauchemar puisqu'en deuxième période, Anderlecht perdit le bénéfice d'un but qu'il s'était forgé au cours des 45 minutes initiales et que moi-même je terminai la confrontation blessé, suite à un rude contact avec Gunter Verjans. La logique aurait voulu que je demande mon remplacement dans la foulée. Mais je tenais à profiter jusqu'au bout de cette première titularisation et c'est pourquoi j'ai persévéré, malgré la souffrance. Il faut me comprendre: pour moi, cette présence en équipe A, c'était ni plus ni moins un rêve devenu soudain réalité". Né en Croatie, à Zagreb, Goran Lovré semblait prédestiné à s'affilier un jour au sein du Dinamo, comme ses compagnons d'âge. La guerre allait toutefois en décider autrement puisqu'en 1991, son père, colonel à l'armée et d'origine serbe, décida d'emmener toute sa petite famille dans la capitale yougoslave, Belgrade. C'est là, dans les rangs du Partizan local, l'un des deux monstres sacrés du ballon rond, au côté de l'Etoile Rouge, que le cadet des Lovré se solidarisa au football dès l'âge de neuf ans, sous l'oeil bienveillant de son paternel, qui avait joué lui aussi, dans le même club, en classes d'âge."A la maison, tout le monde avait la fibre du Partizan", se souvient-il. " Dans de telles conditions, il était sans doute écrit que j'y aboutirais un jour, même si le domicile familial était plus proche du troisième grand club de la ville, Obilic. Davantage encore que l'Etoile Rouge, le Partizan était réputé pour son école de jeunes. C'est elle, entre autres, qui a produit ces dernières années des talents comme l'attaquant du PSV Mateja Kezman ou encore le buteur Vladimir Ivic. J'ai eu droit à un formidable écolage là-bas pendant une demi-douzaine d'années. Et puis, un jour, Anderlecht s'est manifesté après une épreuve destinée aux moins de 15 ans". Repéré à Montaigu"Chaque année, pour le compte du Sporting, j'assiste au Tournoi de Montaigu, en France", observe Antoine Germeys, bras droit de Peter Ressel dans la cellule scouting des Mauves. "Après chaque compétition d'envergure, je rentre invariablement une liste des dix joueurs qui m'ont le plus épaté. Je ne suis pas près d'oublier celle de 1998, car dans mon top-ten figuraient ni plus ni moins sept joueurs de la formation représentative Scolaire yougoslave. C'était franchement une toute bonne cuvée. Deux d'entre eux ont finalement abouti au Parc Astrid: Goran Lovré ainsi que son coéquipier en classes d'âge du Partizan, Milan Mrdakovic". "Nous avions une formidable équipe dont plusieurs joueurs quittèrent d'ailleurs le pays, après coup", observe Goran Lovré. "Comme Dejan Stankovic, par exemple, qui est passé dans les rangs du PSV, lui aussi. Moi-même, indépendamment d'Anderlecht, j'ai eu des contacts avec Vitesse Arnhem et les Girondins de Bordeaux. Si j'ai privilégié le RSCA, au même titre que Milan Mrdakovic, c'est parce que ce club était disposé à prendre en charge mes parents également, à Bruxelles. Or, compte tenu des tensions dans ma patrie, c'était l'occasion d'un cadre de vie meilleur pour toute la famille. Ce qui n'était pas négligeable, évidemment". Arrivé au Parc Astrid durant l'automne 98, Goran Lovré retrouva sur place un autre Yougoslave que le Sporting avait acquis entre-temps: Ivica Jarakovic. Attaquant, au même titre que Milan Mrdakovic, celui-ci faisait flèche de tout bois chez les jeunes, bientôt imité par ce dernier d'ailleurs. En réalité, des trois Yougos, Goran Lovré resta le plus longtemps en rade. Non pas en raison de qualités inférieures (des trois, il est le seul à avoir percé puisqu'Ivica Jarakovic évolue à Courtrai aujourd'hui, tandis que Milan Mrdakovic est actif à l'OFK Belgrade actuellement) mais tout simplement à cause d'une poisse insigne. "Il était chez nous depuis quelques mois à peine qu'il se blessa lors du tournoi de qualification pour le Championnat d'Europe des moins de 18 ans en Finlande, au printemps 1999", souligne Werner Deraeve, le Directeur Technique de l'école des jeunes du Sporting. "A l'occasion du match Yougoslavie-Suède, assurément l'un des meilleurs que j'aie vus ces dernières années, Goran Lovré s'était déchiré le quadriceps sur un tir des 30 mètres, qui avait fait mouche d'ailleurs, permettant aux siens de revenir à 2-2. Du coup, la saison était terminée pour lui. En 2000, la guigne s'en mêla une nouvelle fois sous la forme d'une fracture de la cheville, toujours avec la jeune classe yougoslave, qui lui coûta elle aussi pas mal de mois". "J'ai perdu près de deux ans suite à tous ces pépins physiques", précise Goran Lovré. "A un moment donné, j'ai même douté de mon avenir à Anderlecht. D'autant plus que dans l'entrejeu, une autre promesse s'était pleinement affirmée entre-temps - Alin Stoica - tandis que Yasin Karaca frappait lui aussi aux portes de l'équipe Première. J'ai bien cru, à une certaine époque, qu'à l'image d'Ivica Jarakovic et de Milan Mrdakovic, loués respectivement au RWDM et à l'Eendracht Alost, je serais cédé moi aussi sur base locative. Si je n'ai pas été prêté, c'est grâce au soutien de Franky Vercauteren, semble-t-il, qui a toujours ardemment défendu mes intérêts". "Je dis et je maintiens qu'un jeune a davantage à gagner en restant au Sporting, où il a l'occasion de se mesurer aux meilleurs, plutôt qu'en optant pour un club de deuxième zone", affirme l'entraîneur adjoint du RSCA. "Ivica Jarakovic avait 22 ans quand il est passé dans le camp du RWDM. A cet âge, il était normal qu'il cherche une solution de rechange, d'autant plus que la concurrence était sévère aux avant-postes. Goran Lovré, lui, était non seulement trois ans plus jeune mais il présentait un profil à nul autre pareil. En vérité, il me faisait penser au jeune Lorenzo Staelens par son incroyable faculté de passer à la six-quatre-deux de la défense à l'attaque. J'étais donc d'avis qu'il fallait le garder, pour ne pas courir le risque que ses aptitudes s'étiolent ailleurs". Capitaine en RéserveLa campagne 2001-2002 s'apparenta en définitive à un tournant dans la carrière de Goran Lovré. Epargné par la malchance, il fit non seulement figure d'incontournable chez les doublures des Mauves mais se rapprocha aussi à grands pas de l'équipe A. Appelé une première fois sur le banc à la faveur du match Antwerp-RSCA, le 12 janvier 2002, il eut droit à ses six premières minutes de jeu contre La Louvière, une semaine plus tard, en remplacement d' Ivica Mornar. A trois autres reprises, il fut prié de s'asseoir sur le petit banc. Cette saison, sa progression continua: désigné capitaine de la Réserve, il fit régulièrement partie des 15 en Première. Depuis sa première titularisation à St-Trond, il fut encore été utilisé contre Westerlo, à Malines et face aux mêmes Trudonnaires en Coupe. "J'éprouve des sentiments mitigés à l'analyse de ce premier bilan", avoue-t-il. "D'une part, je suis bien sûr très heureux d'avoir pu saisir ma chance. Mais les résultats, il faut bien le dire, auraient pu être meilleurs: deux défaites en quatre matches, c'est beaucoup. Franky Vercauteren m'a d'ailleurs dit, à la rigolade, que j'avais intérêt à emmener l'équipe à la victoire en Coupe, lors du match aller contre St-Trond, sans quoi tout le monde finirait par croire que ma présence dans le onze de base apporte la poisse au Sporting. Heureusement, je suis parvenu à inverser la tendance face aux Canaris. C'est la preuve qu'Anderlecht est capable de gagner avec moi dans ses rangs également".Assis entre deux chaises en début d'exercice, Goran Lovré fait figure aujourd'hui de petit dernier de l'impressionnante communauté slave du RSCA, composée des Nenad Jestrovic, Ivica Mornar, Zvonko Milojevic, Aleksandar Ilic et Besnik Hasi. Si leur présence a contribué à faciliter son intégration, il ne cherche pas, non plus, à tout prix le contact avec eux. C'est d'ailleurs avec les autres membres du noyau qu'il s'est familiarisé avec les langues française et anglaise. Sans compter qu'il comprend aussi le néerlandais parfaitement. "Je suis probablement le plus atypique des Yougos du Sporting", remarque-t-il. "Et peut-être est-ce la raison pour laquelle je fais mon trou actuellement. D'autres, que j'ai côtoyés ici, étaient à coup sûr plus doués que moi. Mais bien peu affichaient les mêmes mentalité et détermination. Je ne m'avoue jamais vaincu, ni dans la vie, ni sur le terrain. Par-là même, je me différencie de mes compatriotes, qui ont souvent tendance à prendre la vie du bon côté, sans se battre. Si Milan Mrdakovic avait eu le même caractère que moi, je suis certain qu'il aurait touché au but ici, lui aussi. Comme tant d'autres, c'était un velléitaire. J'ose espérer que son retour à Belgrade lui fera du bien et qu'il reviendra avec une nouvelle disposition d'esprit. Pour le moment, il a marqué dix buts en sept matches avec l'OFK. C'est déjà bon signe". Inscrire un goal en Première et aussi dans la durée, c'est l'objectif de Goran Lovré à présent. Chez les doublures, son compteur affiche 25 buts en l'espace des deux dernières saisons, mais au plus haut niveau, il n'a toujours pas su tromper la vigilance du gardien adverse. Contre Westerlo, il fut à deux doigts de déflorer la marque, sur un vigoureux coup de tête d'abord, puis sur un tir fulgurant. Face à St-Trond, il se rapprocha encore un peu plus du goal, l'un de ses envois percutant la barre transversale."En matière de sens du but, je suis plus proche de Walter Baseggio que d'Yves Vanderhaeghe", précise Goran Lovré. "Au plan de l'abattage, je ressemble plus au Flandrien, même s'il n'a pas son pareil pour arracher le ballon dans les pieds d'un opposant. En fait, je me situe un peu entre les deux. Et il va sans dire que j'aspire à jouer ce rôle de courroie de transmission le plus longtemps possible". Bruno Govers"Je suis le plus atypique des Yougos du Sporting"