"C'est ma deuxième maison, j'y suis attaché sentimentalement mais je ne redoute pas la construction du nouveau stade ", avance Jean Nicolay (70 ans, 278 matches pour le Standard, 4 titres et 2 coupes, 39x Diable Rouge) présent à Sclessin depuis 1950. " Ce chaudron est pour beaucoup dans l'histoire du Standard. Il faut s'en souvenir tout en vivant avec son temps. Liège s'est doté d'un aéroport qui n'a plus rien de commun avec l'aérodrome de Bierset d'autrefois. De même, la gare des Guillemins s'est spectaculairement modernisée afin d'accueillir le TGV. Personne n'oubliera jamais Sclessin mais la direction du Standard entend assurer l'avenir du club ".
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"C'est ma deuxième maison, j'y suis attaché sentimentalement mais je ne redoute pas la construction du nouveau stade ", avance Jean Nicolay (70 ans, 278 matches pour le Standard, 4 titres et 2 coupes, 39x Diable Rouge) présent à Sclessin depuis 1950. " Ce chaudron est pour beaucoup dans l'histoire du Standard. Il faut s'en souvenir tout en vivant avec son temps. Liège s'est doté d'un aéroport qui n'a plus rien de commun avec l'aérodrome de Bierset d'autrefois. De même, la gare des Guillemins s'est spectaculairement modernisée afin d'accueillir le TGV. Personne n'oubliera jamais Sclessin mais la direction du Standard entend assurer l'avenir du club ". Les Nicolay avaient déjà délégué deux de leurs fils au Standard quand Jean s'y affilia en 1950. Adolphe fut un excellent attaquant tandis que Toussaint précéda brillamment Jean devant les filets liégeois. " J'ai joué mon premier match de D1 à Waterschei ", se souvient-il. " Puis, un peu plus tard, j'ai débuté à Sclessin face à Anderlecht. Un événement exceptionnel pour moi. C'était en 1956 et, même si cela n'allait pas tarder, le mythe n'était pas encore né. Le Standard avait remporté la Coupe de Belgique sous la direction d'un entraîneur français, André Riou, en 1954. Le futur volcan était cependant en activité : il ne manquait qu'une déflagration. C'est la Coupe d'Europe qui a mis le feu aux poudres deux ans plus tard. Le Standard était à l'image de sa région. C'était une usine de plus parmi les aciéries et les hauts-fourneaux. Beaucoup de joueurs avaient un job dans l'une ou l'autre fabrique du bassin sidérurgique liégeois. Au c£ur des années '50, le mot confort n'était pas encore à la mode. Les joueurs ne collectionnaient pas les belles bagnoles. J'ai acheté ma première auto à 26 ans. Je venais à Sclessin en autobus et en tram. Je galopais tout le temps. Il n'y avait pas de buanderie digne de ce nom. Je rentrais chez moi avec un sac de sport chargé de dix kilos de boue. Il fallait nettoyer ses tenues d'entraînement à la maison. Aujourd'hui, les joueurs débarquent au stade avec leur peigne et leur brosse à dents. Le vestiaire des golden fifties n'était pas vaste non plus ". Jean Nicolay sourit comme s'il avait une bonne blague à nous raconter. Son regard est totalement plongé dans la légende du Standard. " Les pelouses d'entraînement étaient épouvantables. Je m'y suis souvent écorché les genoux mais le métier entrait. Notre terrain principal était très lourd en hiver. C'était dû à la proximité de la Meuse mais aussi aux fumées et autres crasses dégagées par les aciéries. On devait parfois allumer les projecteurs à 15 heures car on ne se voyait plus sur le terrain. Nous méritions une pension de mineurs. La douche était un moment important et il y avait quand même une hiérarchie. Jeune, je n'aurais jamais osé me laver avant les anciens. Et quand c'était mon tour de me glisser sous un des deux pommeaux de douche, il n'y avait plus beaucoup d'eau chaude. Il y avait un poêle au charbon au centre du vestiaire que les plus jeunes étaient chargés d'entretenir. Et ils ne pouvaient pas s'installer aux meilleures places. Sclessin était un stade d'ouvriers. Certains spectateurs venaient avec leur mallette et mangeaient leurs tartines après leur journée de travail. J'en connaissais beaucoup. Je retrouvais sans cesse les mêmes à des endroits habituels. Nous échangions un regard, un sourire : c'était sympa. Ils nous poussaient sans cesse vers le succès. Je sais que nos adversaires craignaient cette ambiance de feu. Moi, je ne me rendais pas compte de leur hantise car j'étais concentré sur mon boulot. L'identification entre le stade et le public était totale. En 1962, le Standard a balayé les Glasgow Rangers (4-1) à Sclessin. Il y avait un monde fou. Des supporters entouraient quasiment les filets. Léon Semmeling éprouvait de la peine à botter les coups de coin. Le public pouvait presque toucher Roger Claessen de la main. Impensable de nos jours. C'est lors des moments sublimes en Coupe d'Europe qu'est née la légende du Standard. Des gars du coin s'exprimaient avec leur c£ur et étaient capables de secouer les plus grandes équipes. J'ai quitté le Standard en 1969 pour le Daring de Bruxelles puis suis revenu pour m'occuper de l'entraînement des gardiens de but. Je bosse encore avec les jeunes. Et quand il y a match à Sclessin, j'accueille des invités du club. Le prestige du Standard est énorme. Le stade n'est plus comparable à celui des années '60. Mais l'avenir, c'est autre chose. Il faudra tourner la page en se disant que rien n'aurait été possible sans Sclessin. C'est le plus bel hommage qu'on puisse rendre à ce stade ". par pierre bilic