Roger Claessen avait un talent immense comme centre-avant, une gueule d'ange, des pulsions de démon, une intelligence au-dessus de la moyenne et la volonté de tout vivre et de tout connaître. Sa vie à côté du terrain ne l'aida pas à briller longtemps. Et il mourut à 41 ans, en 1982, à un âge où les footballeurs commencent leur deuxième vie. Pour le 25e anniversaire de sa mort, on avait voulu évoquer sa mémoire, notamment en rencontrant son fils Marc Antoine, dit Marco. Quand la première phase du travail fut terminée avec Bruno Govers, Pierre Bilic, encore plus saisi d'interrogations, alla plus loin. On savait que Claessen était décédé seul, dans le dénuement, tristement. Mais d'autres témoins allaient parler ...

Roger Claessen avait un talent immense comme centre-avant, une gueule d'ange, des pulsions de démon, une intelligence au-dessus de la moyenne et la volonté de tout vivre et de tout connaître. Sa vie à côté du terrain ne l'aida pas à briller longtemps. Et il mourut à 41 ans, en 1982, à un âge où les footballeurs commencent leur deuxième vie. Pour le 25e anniversaire de sa mort, on avait voulu évoquer sa mémoire, notamment en rencontrant son fils Marc Antoine, dit Marco. Quand la première phase du travail fut terminée avec Bruno Govers, Pierre Bilic, encore plus saisi d'interrogations, alla plus loin. On savait que Claessen était décédé seul, dans le dénuement, tristement. Mais d'autres témoins allaient parler et la vérité éclater. Le légendaire n°9 des Rouches, dont le magnifique portrait orne pour toujours la façade principale de Sclessin, avait tout fait pour ne pas vivre longtemps. Il s'était suicidé. Claessen avait donné tant de joie mais il avait aussi fait souffrir. Son surnom de Roger-la-Honte le faisait rire, mais l'Enfer de Sclessin lui allait bien aussi. A force de visiter le Carré, sa vie a tourné en rond. On le savait éduqué et même intello. Dommage qu'il n'ait pas influencé positivement plus de gens que le cinéaste Jean-Pierre Dardenne (56 ans), supporter du Standard depuis toujours. Ce dernier se souvient toujours d'une interview télé de Claessen dans les années soixante : " Le journaliste lui demandait ce qu'il lisait et il a répondu Dostoïevski. Je n'en avais jamais entendu parler et le lendemain j'ai acheté un de ses romans. Mon frère Luc m'a imité... " Un jour, les frères Dardenne feront un film sur Claessen mais peut-être qu' Arno lui dédiera une chanson avant. Il faudrait leur dire. Il y a des coïncidences troublantes dans la fin tragique de Roger Claessen. Le fils du centre-avant, Marc Antoine, a dit que son père adorait l'antiquité. On savait que Claessen avait mené à terme des humanités classiques. Et il devait effectivement être attiré par Rome puisqu'il a prénommé son fils Marc Antoine, qui était le second de Jules César, le dictateur adjoint, qui vécut une passion folle et fatale avec Cléopâtre, la reine d'Egypte. La Rome antique était très tolérante à l'égard du suicide parce qu'elle méprisait la faiblesse, la maladie et l'incapacité de jouer un rôle dans la société après un certain âge. Le désir de l'antiquité classique de mener une vie bonne et utile était impossible en cas de déclin physique marqué. Et Marco signale aussi que son père ne supportait pas de vieillir... Dans les sociétés catholiques, le suicide est considéré comme un péché, mais c'était bien dans l'esprit de Roger d'assumer ce qu'il pensait et faisait. Il s'est toujours considéré comme quelqu'un de libre, de tellement libre qu'il s'est brûlé les ailes et s'est écrasé. Il est parti comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janice Joplin, John Belushi et tant d'autres, tués par des cocktails létaux d'alcool, de médicaments et de drogue. L'overdose est le suicide des artistes. On connaît désormais la vérité sur la fin de Claessen et, au-delà des considérations moralisatrices que certains pourraient avoir, gageons qu'il sera encore plus mythique qu'avant. Il avait tout pour lui et si sa vie tourna court, c'est qu'il portait sans doute en lui une blessure de la vie que personne ne connaît et qu'il a enterrée avec lui. Il a dû être fragilisé au point de se mettre constamment en danger. Mais assez de blabla, filez en page 14 lire l'histoire de ce joueur maudit mais génial. Comme le poète de la fin du Moyen Age François Villon : " Frères humains, qui après nous vivez. N'ayez les c£urs contre nous endurcis... ". Nos blogs sur www.sportmagazine.be A partir de cette semaine, les journalistes de Sport Foot Magazine réagissent au jour le jour sur tous les événements, sur les compétitions nationales et internationales et sur tout ce que vous devez savoir. Parce que le match n'est jamais fini...PAR JOHN BAETE