Le BC Tournai-Estaimpuis est pourtant l'incontestable révélation de la saison. Promu en D1 dans des circonstances rocambolesques, il s'est glissé dans le sillage des ténors à la surprise générale. Même du coach: "Au départ, tout était à faire. En juin, on m'a téléphoné en me demandant si j'étais libre et j'ai rétorqué: -Pour quoi faire? Je viens de lire que vous avez engagé Louis Casteels! L'information était fausse, et après un bref entretien, tout fut rapidement réglé. Le président Jean-Pierre Froelich, qui traîne pourtant la réputation d'être imbuvable pour les coaches, m'a donné carte blanche pour constituer l'équipe".
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Le BC Tournai-Estaimpuis est pourtant l'incontestable révélation de la saison. Promu en D1 dans des circonstances rocambolesques, il s'est glissé dans le sillage des ténors à la surprise générale. Même du coach: "Au départ, tout était à faire. En juin, on m'a téléphoné en me demandant si j'étais libre et j'ai rétorqué: -Pour quoi faire? Je viens de lire que vous avez engagé Louis Casteels! L'information était fausse, et après un bref entretien, tout fut rapidement réglé. Le président Jean-Pierre Froelich, qui traîne pourtant la réputation d'être imbuvable pour les coaches, m'a donné carte blanche pour constituer l'équipe". Hormis Melvin McCants, le seul à être demeuré au bercail, il n'y avait encore personne de convoqué pour le premier entraînement. Et les moyens financiers manquaient. Rotsaert: "Nous avions, avec Hasselt, le plus petit budget de l'élite. Tout le monde, ou presque, était trop cher pour nous. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que notre unique objectif de début de saison était de laisser Hasselt derrière nous au classement afin d'éviter le siège basculant... qui, finalement, ne basculera pas".Le premier joueur engagé fut Wim Van de Keere. "Ostende l'avait jeté à la poubelle et ses prétentions n'étaient pas exorbitantes. Je connaissais ses capacités", dit Rotsaert qui fit ensuite ses emplettes étrangères. "La mode du distributeur américain est fort ancrée en Allemagne où j'ai entraîné Paderborn et se répand également en Belgique. Il me fallait un meneur de jeu créatif et capable d'imprimer son rythme à la partie. L'engagement d' Alton Mason fut un coup dans le mille. Pour les ex-Yougoslaves, il fallait faire un tri dans les propositions des managers. J'avais vu jouer Ivan Gemaljevic avec Banja Luka contre Anvers en Coupe Saporta: bon shooteur, bon passeur... Krunoslav Rados avait déjà évolué au Portugal: un pivot efficace. Frano Colak est du même style. Bruce Chubick n'est pas l'Américain le plus spectaculaire que l'on ait vu à l'oeuvre, mais il connaît le championnat de Belgique comme sa poche et c'est un travailleur. Le Letton Uldis Visnevics était libre suite à la faillite de Gand. Il ne marque pas beaucoup mais il sait défendre. Sven Veldeman -un autre Belge!- était libre suite à la faillite d'Alost. Comme back-up de Mason, son temps de jeu est limité, mais il est jeune et continue à progresser. Pour mes étrangers, j'ai choisi des joueurs mûrs: 25, 26, 27 ans. J'ai aussi soigneusement épluché leur mentalité. Avoir des qualités sportives, ce n'est pas tout". Rotsaert s'attacha surtout à former une équipe équilibrée et mentalement blindée: "La force de Tournai constitue aussi sa faiblesse. On s'appuye sur le collectif mais on n'a pas d'individualités capables de forcer la décision sur un coup de génie".Une formation de bric et de brocAu départ de la saison, on trouva donc sur le parquet une formation cosmopolite constituée d'illustres inconnus. Lors des matches amicaux d'avant-championnat, le sympathique animateur de la salle avait toutes les peines du monde à énoncer le nom des joueurs lors de la présentation des équipes. C'était les gros reproches que l'on pouvait adresser au BC Tournai-Estaimpuis: aucun joueur de la région et aucune star. Les premiers matches se sont donc disputés dans une relative indifférence. "Cela s'est fortement amélioré", se réjouit Rotsaert. "Certains clubs ont un public de spectateurs. A Tournai, nous avons de vrais supporters. Que la mise en train fut laborieuse n'est que logique. Une quinzaine de kilomètres sépare Estaimpuis de Tournai, où l'équipe a émigré. Il n'y avait aucune culture basket dans la cité des cinq clochers. Tous ces spectateurs ont dû apprendre à connaître le chemin de la salle et à apprécier les subtilités de ce sport. Aujourd'hui, certains viennent de Flandre ou du nord de la France. Ils se sont familiarisés avec tous ces joueurs venus d'horizons divers et ont fait un pas dans leur direction également. Entre joueurs aussi, des liens se sont rapidement noués. Ce n'est pas la moindre satisfaction.Si l'on trouve aussi peu de joueurs belges dans notre effectif, ce n'est pas une question de choix mais de moyens. Nous avons contacté Daniel Goethals, il était impayable. Eric Cleymans était aussi à la recherche d'un club, mais ses prétentions étaient également trop élevées. Piet De Bel, lui, était à notre portée, mais le joueur avait davantage confiance dans la réputation de Wevelgem. Il faut savoir, aussi, qu'un joueur étranger ne coûte que 18% d'un joueur belge au niveau de la sécurité sociale. Si l'on veut plus de joueurs belges dans les clubs de D1, il faudrait peut-être aussi regarder en direction du gouvernement". Bree n'avait pas agi autrement lorsqu'il avait été promu en D1 et on sait ce qu'il est advenu du club limbourgeois. "L'étape suivante sera de former des jeunes originaires de la région", reconnaît Rotsaert. "Pour la gestion sportive, on peut faire confiance à Guy Vervaecke, le manager venu de Wevelgem qui fut aussi un transfert de qualité". Dans cette saison de rêve, le seul flop fut l'élimination au premier tour de la Coupe de Belgique des oeuvres de Beringen, un club de D3: "Mais c'était peut-être la meilleure chose qui pouvait nous arriver. Ce jour-là, les joueurs ont compris que s'ils oubliaient les vertus de la collectivité, ils s'exposaient à bien des mésaventures".Depuis, Tournai a déjà fait trébucher au moins une fois tous les grands du championnat... auxquels il s'est mêlé. Les rencontres sont devenues des parties de plaisir. Lorsqu'on lui demande quels seront ses prochains adversaires, Rotsaert feinte: "Ostende, Charleroi, Mons? Je ne sais pas. De toute façon, ce sera une équipe du top. L'une de ces équipes qu'il y a 12 mois, on ne rencontrait qu'en match amical!"Un calendrier vivantRotsaert se réjouit également d'être entré dans un cycle de deux matches par semaine: "Entre le 10 novembre et le 4 janvier, nous n'avons disputé que trois matches de championnat. Il y a eu la trêve de l'équipe nationale, un week-end bye... La plupart des autres équipes avaient les coupes européennes ou la Coupe de Belgique pour meubler le milieu de la semaine, nous pas. Il a donc fallu s'entraîner davantage. Vous imaginez si cela plaisait aux joueurs".Si les positions restent inchangées, on pourrait avoir en quarts de finale des playoffs deux ou trois derbies hennuyers entre Tournai et Mons. "Le trésorier s'en frottera sans doute les mains, mais ce n'est pas ma préoccupation principale", interrompt Werner Rotsaert. "On a beau affirmer que tout ce qui vient est du bonus, on va essayer d'aller le plus loin possible. Si l'on accueille Pepinster plutôt que Mons et que l'on passe en demi-finales, je signe tout de suite... même avec une recette moins élevée et des frais de déplacement plus importants!"Rotsaert a déjà décidé de rempiler pour une saison supplémentaire: "Je ne signe jamais pour plus d'une saison. C'est un principe que j'ai adopté depuis mes débuts comme entraîneur. Cela me laisse libre de mes choix si l'évolution de la situation me déplaît. Non, je ne crains pas de me retrouver au chômage! Au besoin, il y a des clubs en Allemagne également..."Daniel Devos, ,"En juin dernier, on était nulle part"