Lorsque nous prévenons Patrice Zéré que des bouchons nous retardent de cinq minutes, Sambegou Bangoura ne peut s'empêcher d'intervenir: "Donc, vous serez en retard!" Les autres joueurs - Ibrahima Sory Conte, Mamadou Coulibali, Lezou Doba et Aboubacar Fofona- éclatent de rire. Ils étaient justement en train de se demander pourquoi Zéré, revêtu de la vareuse des Diables Rouges, offerte par Chris Janssens, faisait les cent pas. "Je ne suis pas un vrai Africain. J'ai passé la majeure partie de ma vie en France et en Belgique".
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Lorsque nous prévenons Patrice Zéré que des bouchons nous retardent de cinq minutes, Sambegou Bangoura ne peut s'empêcher d'intervenir: "Donc, vous serez en retard!" Les autres joueurs - Ibrahima Sory Conte, Mamadou Coulibali, Lezou Doba et Aboubacar Fofona- éclatent de rire. Ils étaient justement en train de se demander pourquoi Zéré, revêtu de la vareuse des Diables Rouges, offerte par Chris Janssens, faisait les cent pas. "Je ne suis pas un vrai Africain. J'ai passé la majeure partie de ma vie en France et en Belgique". Zéré, l'aîné du haut de ses 32 ans, suscite l'admiration des autres. C'est lui qui prend généralement la parole, c'est lui qui rappelle aux autres leurs responsabilités et qui intervient quand l'interview est interrompue par d'incessants appels sur leurs gsm. Pour une fois, nous n'allons pas parler de l'entrejeu islandais de Lokeren, de Davy De Beule ou de Bangoura, la machine à marquer des buts, mais de la dernière ligne waeslandienne. Stop aux bêtes cartesZéré : "C'est un hasard si nous alignons une défense africaine. Katana est méritant aussi. En fait, nous avons trois joueurs pour les deux places centrales. Il n'y a guère de différence entre nous, ce qui avive la concurrence. Nous pouvons facilement pallier une absence". Doba : "Après quatre journées, j'ai profité de la blessure de Katana. Nous sommes progressivement devenus un mur devant Dabanovic. Au début, c'était difficile car nous nous comprenions mal. Mais ces derniers mois, les quatre blacks ne prennent plus beaucoup de buts". Zéré:"Attention à ce que tu dis, ça survolte les adversaires. Si nous formons un mur, ils vont vouloir le démolir. Après tout, ils ont vite démoli celui de Berlin". Coulibali : "Il fallait améliorer la communication. Nous avons l'avantage de tous parler français, ce qui nous permet de nous corriger. Un simple mot suffit généralement. Quand je dois monter à gauche, je sais que je serai automatiquement couvert". Conte : "Les automatismes sont plus importants qu'on ne le pense. Katana ne parle qu'anglais et il est d'un naturel calme. Quand Zéré ou Doba jouent derrière moi et crient, je comprends plus vite ce que je dois faire". Zéré : "Il n'y a pas de véritable patron de la défense. Chacun parle, même si les autres m'écoutent sans doute plus. Je suis l'aîné. Je dois souvent rappeler Conte à l'ordre. Il prend trop de cartes, comme moi à son âge. Mais pas de panique: il est jeune et l'expérience vient avec les années". Coulibali : "Zéré est notre mentor et notre guide. Il sait comment réussir dans le football belge". Conte : "Il m'a appris quelques trucs pour me contrôler, être moins impulsif. C'est aussi ma première saison complète. Je dois éviter de prendre de bêtes cartes". Zéré : "Il commence à comprendre mes ordres: pas op, dans ton dos, ça vient, on sort ou dégage". MayonnaiseCoulibali : "Je ne sais pas d'où viennent ces racontars, disant que la tactique nous cause problème. En équipe nationale ivoirienne, j'ai toujours évolué dans un quatuor défensif en ligne. Nous étions entraînés par un Français". Doba : "Je dois beaucoup à Valère Billen. Il m'a beaucoup appris et a facilité mon intégration. Son message était clair: -Tu peux devenir un grand mais à toi de faire tespreuves". Zéré : "Beaucoup d'Européens entraînent des équipes africaines, y compris chez les jeunes. Nous pensons comme les Européens, sur le plan tactique, tout en conservant notre frivolité et notre technique africaines. Paul Put est fana de foot et veut maîtriser le foot de zone dans ses moindres détails. Sur un long ballon, Doba doit entrer en duel et je dois couvrir ou l'inverse. Nous devons aussi exploiter le hors-jeu, puisque nous jouons très haut dans le camp adverse". Conte: "C'est un système idéal, surtout pour notre équipe, qui presse l'adversaire et marque beaucoup. Evidemment, nous encaissons plus de buts que la saison passée, quand nous avions la meilleure défense". Zéré : "Nous avons encore besoin de nous roder. Nous jouons avec une nouvelle défense, cette saison. Mais la mayonnaise prend mieux". ShowDoba : "On en revient à la lecture du jeu. Il faut s'adapter aux exigences spécifiques du championnat belge. La force et les duels y sont primordiaux. Un défenseur central doit être prudent en coulissant car ça implique de gros risques. La stabilité prime. Ici, on nous dit de rester simples et d'être sûrs". Coulibali : "En Europe, tout se passe sur papier. Il y a des règlements, de la discipline. Nous avons découvert la théorie d'avant-match, l'échauffement. En Afrique, quelques sprints nous suffisaient. Ici, il faut une bonne demi-heure pour échauffer ses muscles. Chez nous, on n'évoque pas les points forts ou les faiblesses de l'adversaire. Tout est plus cool. On parle de sa propre équipe, des absents, de la manière de les remplacer". Zéré : "Il ne faut pas courir trop longtemps avec le ballon. C'est ma principale leçon au fil des années. Avant, j'étais tenté par un petit numéro de dribble. Maintenant, j'essaye de jouer sobrement. Un défenseur doit avant tout éviter de prendre un but. Il n'est pas là pour faire du show". Conte: "C'est vrai. éa me cause encore problème. Je suis un arrière latéral, j'ai un tempérament offensif et j'aime m'échapper, mais mon enthousiasme m'emmène parfois trop loin. Je dois apprendre à mieux choisir mes moments et à rester concentré". Zéré : "Le football est un sport collectif. A Lokeren, l'aspect créatif est l'apanage de De Beule et des Islandais, tandis que Bangoura, Baldvinsson ou Kimoto marquent. Les défenseurs doivent rester disciplinés et concentrés pendant 90 minutes. C'est tout. C'est ce qui nous a procuré cette complémentarité inédite. Le cocktail idéal". Steak-fritesZéré: "Nous sommes très solidaires. Nous sortons souvent ensemble, nous sommes comme des frères et nous aimons rigoler. Aucune jalousie ne nous sépare. Le plus bel exemple est Arnar Vidarsson, notre capitaine. Après un but, il s'est essayé à une danse africaine, une fois, et il a débloqué! Magnifique! Mais le spécialiste des rituels, c'est Doba. Avant et après chaque match, il prie comme un fou sur son tapis et il porte une ceinture spéciale. Il avait même un gros bracelet mais il l'a cassé". Doba : "C'est ma manière de me concentrer et de croire au bon déroulement du match. J'ai besoin de Dieu. Il doit être à mes côtés pour que je réalise des performances". Coulibali : "Conte et moi sommes musulmans. Zéré est le moins croyant. Doba était également musulman,avant: il s'appelait alors Mokhtar Doba. Il s'est entre-temps converti au christianisme". Conte : "La seule chose qui me pose encore problème, c'est ce froid terrible. Sinon, j'aime beaucoup la Belgique. Je partage un appartement avec Katana. Nous nous aidons, en dialoguant avec des gestes. Il est un peu mon homme à tout faire". Zéré : "L'arrivée de Madame Doba en Belgique est une bonne chose. Depuis, on ne doit plus nous donner de la nourriture. Avant, nous obtenions souvent les restes du dîner, les jours où nous nous entraînions deux fois". Doba : "Une manière idéale de faire connaissance avec la cuisine belge". Coulibali : "Nous avons sérieusement dû revoir nos habitudes alimentaires. Ici, on contrôle notre poids et notre taux de graisse. La nourriture africaine est grasse et lourde. Mais j'ai quand même déjà mangé un bon steak avec des frites". Manchester UnitedZéré : "Pour les autres, Lokeren ne constitue qu'une étape intermédiaire, un tremplin vers un vrai grand club. Moi, je suis trop vieux pour ça mais nous sommes déjà des vedettes dans notre pays natal. Quand nous y retournons, nous avons intérêt à prendre quelques T-shirts, pour les douaniers. Ce sont les plus fanatiques de foot et ils ne vous contrôlent pas avec trop de zèle si vous leur offrez un petit quelque chose". Doba : "On m'a présenté Lokeren comme une vitrine pour les bons footballeurs. Faites la liste de ceux qui sont partisd'ici : elle a de l'allure. Personnellement, j'ai encore beaucoup à apprendre. Songer à un transfert au Standard ou à Marseille, par exemple, serait prématuré. Ces rumeurs me font plaisir mais donnez-moi d'abord l'occasion de tâter de la Coupe d'Europe avec Lokeren". Coulibali : "Si nous poursuivons sur notre lancée, nous en serons automatiquement récompensés. Nous ne sommes pas encore au sommet de nos possibilités. Pour réussir un bon transfert, nous devons prester et nous battre pour revenir après un contrecoup. Tout Africain qui débarque en Europe rêve de l'Italie, de l'Espagne, de la France ou de l'Angleterre. Je veux également évoluer parmi l'élite mais je pense plutôt à la Ligue des Champions". Conte : "Jouer la Coupe d'Europe doit constituer un nouveau sommet de notre carrière. Ainsi, je pourrai peut-être jouer contre Manchester United"! Zéré : "Ne plane pas trop. Les pieds sur terre, tu sais ce que c'est"? Frédéric Vanheule"En Afrique, l'échauffement, c'est simplement quelques sprints" (Coulibali)