Quand il s'agit de parler du milieu de terrain, Diego Simeone en connaît un rayon. El Cholo doit expliquer pourquoi Koke, le jeune prodige de l'Atlético, a du mal à s'installer dans un costume de milieu centralqui semble taillé pour lui. Et il trouve les mots : " Jouer au milieu, c'est très difficile. Parce que le milieu est très grand. C'est comme confier ton fils à quelqu'un pour qu'il lui fasse traverser la rue. Tu ne peux pas le laisser à n'importe qui. "
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Quand il s'agit de parler du milieu de terrain, Diego Simeone en connaît un rayon. El Cholo doit expliquer pourquoi Koke, le jeune prodige de l'Atlético, a du mal à s'installer dans un costume de milieu centralqui semble taillé pour lui. Et il trouve les mots : " Jouer au milieu, c'est très difficile. Parce que le milieu est très grand. C'est comme confier ton fils à quelqu'un pour qu'il lui fasse traverser la rue. Tu ne peux pas le laisser à n'importe qui. " À Dortmund, Thomas Tuchel a pourtant décidé de confier sa progéniture à un gamin d'à peine vingt ans. Julian Weigl a un look à donner la réplique à Zac Efron dans High School Musical, mais semble se transformer en trentenaire qui joue à l'expérience dès qu'un ballon atterrit entre ses pieds. Weigl, c'est Harry Potter qui, tout juste débarqué à Poudlard, se voit offrir une place de titulaire dans l'équipe de quidditch de la maison Gryffondor. Un privilège réservé aux prodiges. " Ce n'est pas un hasard si le meilleur Gabi se voit à trente ans ", reprend Simeone, qui poursuit son énumération : " si Pirlo jouait encore à la Juve à 35 ou si XabiAlonso continue à être le meilleur. Busquets, lui, il a une calculatrice dans la tête. " En grand amateur de chiffres - il a rencontré un professeur de sciences mathématiques à Londres pendant son année sabbatique - Thomas Tuchel voulait également une calculette à installer devant la défense de son Dortmund. Heureusement pour lui, l'Allemagne a visiblement découvert le clonage humain. Et l'été dernier, le club de la Ruhr a lâché plus de deux millions d'euros pour habiller le clone de SergioBusquets en jaune et noir. " Nous croyons fermement en son potentiel ", affirme le directeur sportif Michael Zorc quand il présente, dans un relatif anonymat, le jeune Weigl à la presse. L'espoir allemand ressemble alors à un pari sur le long terme, lui qui sort d'une saison délicate dans le club mythique de Munich 1860 qui a évité de peu une relégation en troisième division. En Bavière, où il est arrivé peu de temps après son quatorzième anniversaire, Julian a tout connu. Même le brassard de capitaine, attribué à 18 ans à peine mais retiré quelques semaines plus tard quand il prend un taxi en compagnie de plusieurs équipiers un soir de semaine et évoque ouvertement son club en oubliant les mots " respect " et " politesse ". Pas de chance, le taximan était un fan de Munich 1860. Renvoyé en équipe réserve, relancé comme numéro 10 avant que son entraîneur se rende compte qu'il n'entre jamais dans le rectangle adverse, Weigl finit par s'installer devant la défense et fascine Torsten Fröhling, l'un des nombreux coaches passés sur le banc des Löwen en ces temps de crise : " Julian demande toujours la balle. Je n'avais jamais vu un tel courage chez un si jeune joueur. " Une assurance balle au pied pas franchement utile dans une D2 allemande qui se joue surtout au biceps, mais qui régalera immédiatement l'élite du football allemand, à commencer par un certain Pep Guardiola : " Je ne le connaissais pas, mais c'est un joueur qui m'excite. Il a en lui tout ce qu'il faut pour jouer à ce poste. Dortmund ne serait pas la même équipe sans lui. " La rumeur veut même que le coach catalan aurait vivement reproché aux scouts du Bayern de ne pas avoir repéré le potentiel de ce gamin qui se produisait presque sous leur nez. Car Weigl appartient à la catégorie de ceux que Pep appelle " los buenos ", ceux qui ne perdent jamais le ballon. Depuis le coup d'envoi de la Bundesliga, le numéro 33 des Schwarzgelben tourne à une moyenne de 92 % de passes réussies. En Europe, seuls Toni Kroos et Thiago Motta affichent de tels chiffres à cette position. Et une fois que Julian a la balle, la lui subtiliser ressemble à une mission perdue d'avance. Parce que Weigl perd en moyenne un ballon tous les deux matches. Pas facile de priver Harry Potter de sa baguette. Julian Weigl ne serait sans doute jamais devenu un incontournable sur la pelouse du Signal Iduna Park si Jürgen Klopp était toujours installé sur le banc de Dortmund. Mais le football époumonant et percutant de Kloppo a laissé place à la symphonie mathématique de Thomas Tuchel, bien plus proche des préceptes d'un Pep Guardiola qu'il avait d'ailleurs rencontré autour d'un repas à Munich l'hiver dernier : " J'ai beaucoup appris de Pep du temps où il était à Barcelone ", a d'ailleurs récemment avoué le coach du BVB. " C'est une référence pour moi. Il est le meilleur, même s'il ne veut pas l'admettre. " C'est sans doute pour cela que Dortmund est l'équipe d'Europe qui ressemble le plus à une équipe de Guardiola sans avoir le Catalan sur son banc de touche. Obsédé par l'axe du terrain, au point de délimiter une surface " en diamant " (sans les coins) pour ses entraînements à Mayence, Tuchel avait besoin d'un mediocentro à l'espagnole pour installer son jeu de position dans la Ruhr. Avec lui, Dortmund est devenu la quatrième meilleure équipe d'Europe en termes de possession dans les grands championnats, seulement devancée par le Bayern, le PSG et le Barça. 59,7 % de possession et 620 passes par match qui s'articulent souvent autour de Weigl. Le jeune Allemand profite de sa mobilité et de son intelligence de jeu pour faire sortir proprement le ballon depuis l'arrière, en compagnie de Mats Hummels et d'Ilkay Gündogan, rendus meilleurs par leur cohabitation avec Julian. " Il joue simple ", résume le milieu de terrain de la Mannschaft. " Il prend souvent les bonnes décisions, parce qu'il sait quand il faut faire les choses et quand il ne faut pas. " Michael Zorc abonde : " Julian a toujours un plan. " Un plan étudié minutieusement car la presse allemande raconte que le teenager n'hésite pas à faire des heures supplémentaires à domicile pour étudier ses prestations de très près, les décortiquer afin d'identifier ses erreurs et de ne pas les reproduire. Son style de jeu et de vie lui ont d'ailleurs valu le surnom d'ordinateur. Presque réducteur. Parce que franchement, vous avez déjà vu un ordinateur aider un enfant à traverser la route ? PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGEDepuis le début de la saison, Julian Weigl tourne à une moyenne de 92 % de passes réussies.