Flash-back sur mars dernier, entre les JO de Pékin et les Mondiaux de Berlin. Il pleut sur Manchester et il fait frais. Le Jamaïquain Usain Bolt, champion olympique et bientôt mondial, tenant du record du monde sur 100, 200 et 4x100, reçoit une prime de départ de 100.000 euros. Il va courir un 150 m en pleine rue, pour le show. Quand il prend place dans les starting-blocks, le soleil perce les nuages. Le Jamaïcain court en 14.35, un nouveau record du monde officieux, presque sur commande. Sous une pluie de confettis, les supporters envahissent la piste et dansent avec Bolt.
...

Flash-back sur mars dernier, entre les JO de Pékin et les Mondiaux de Berlin. Il pleut sur Manchester et il fait frais. Le Jamaïquain Usain Bolt, champion olympique et bientôt mondial, tenant du record du monde sur 100, 200 et 4x100, reçoit une prime de départ de 100.000 euros. Il va courir un 150 m en pleine rue, pour le show. Quand il prend place dans les starting-blocks, le soleil perce les nuages. Le Jamaïcain court en 14.35, un nouveau record du monde officieux, presque sur commande. Sous une pluie de confettis, les supporters envahissent la piste et dansent avec Bolt. Aucun athlète n'a plus remué le public comme Bolt depuis des années. Il aime le football et le fastfood, les fêtes et dans le passé, il a déjà fumé un p'tit joint... ou deux. Il fait figure de garçon normal. Même s'il demande 250.000 dollars de prime de départ, les organisateurs se pressent pour l'enrôler. Dès qu'on apprend sa venue dans les meetings de la Golden League de Paris, la vente des billets explose... comme le standard téléphonique des organisateurs du prochain Mémorial Van Damme lors des exploits Berlinois. Bolt éveille des émotions. Avant chaque départ, il déconne derrière la ligne avec ses co-compétiteurs et après chaque victoire, il prend la pose d'un tireur à l'arc, une image que les spécialistes du marketing exploitent à fond. Bolt allie parfaitement sport de haut niveau et divertissement. Cela fait quelque temps qu'il a déclaré pouvoir courir dans les eaux de ses records actuels. D'ailleurs, à Pékin, quand il a remporté l'or sur 100 mètres, Bolt s'est relevé à dix mètres de l'arrivée et sa chaussure gauche s'était délacée. Pourtant, il avait établi un nouveau record du monde en 9.69. Ses 9.58 de Berlin sont-ils dès lors étonnant, alors qu'il avait l'air plus concentré sur sa course ? Et son autre record de Pékin de l'an dernier sur 200 (avec 0,90m de vent contre) n'annonçait-il pas son 19.19 de Berlin (... avec 0,30m de vent contre également !) ? Le voir courir est un spectacle fantastique : puissant et relâché, il fait tourner sa longue foulée avec la fréquence d'un sprinter de poche. Pas étonnant que, malgré sa taille d'1,96m, il avale tout le monde dès les premiers mètres. C'est un colosse aux pieds ailés, un monstre du tartan. On échafaude de nombreuses théories pour expliquer la vitesse de Bolt. Des études démontrent que les personnes possédant de longs index sont douées en sprints. Or, ceux de Bolt sont incroyablement longs. Et les articulations de ses pieds recèleraient aussi une puissance exceptionnelle... On délire un peu. Plus simplement, son gabarit est inhabituel et cela fait penser aux performances que pourraient réaliser les super-athlètes de la NBA s'ils avaient été exposés à l'athlétisme (comme Bolt) au lieu de jouer au basket. A Berlin, Bolt a imité John Kennedy en portant un t-shirt " Ich bin ein Berlino ", les amateurs d'histoire et de JFK apprécieront. Quel chemin parcouru depuis sa naissance à Sherwoord Content, dans le district de Tralawny, au nord-ouest de la Jamaïque. Aujourd'hui, ses parents exploitent un magasin d'alimentation. Leur fils a été sacré champion d'Europe junior à 15 ans et deux ans plus tard, il descendait sous la barre des 20 secondes sur 200 mètres. La Jamaïque est historiquement une terre féconde en sprinters. L'île des Caraïbes a établi une véritable tradition depuis les héros olympiques Arthur Wint (vainqueur du 400 à Londres 1948 et du 4x400 à Helsinki 1952) et Donald Quarrie (vainqueur du 200 à Montréal 1976). La détection des talents y commence dès l'enfance et chaque année, 30.000 spectateurs, parmi lesquels des scouts, assistent aux championnats scolaires de Kingston. Aujourd'hui, il y a Bolt mais aussi les équipes de sprint chez les hommes et les femmes, qui squattent les mêmes distances. Forcément, dès qu'on parle de super-performances surgit le démon du dopage. Bolt a beau être hyper contrôlé et toujours négatif, on le soupçonne. A Berlin, même Jacques Rogge, le président du CIO, a dû prendre sa défense ! Ces scandales nuisent aux athlètes qui remportent l'hectomètre. C'était un moment magique pour le sport mais il a en même temps relancé les débats : fallait-il faire confiance en ce jeune Jamaïcain ou non ? Désormais, le public n'a plus confiance en ses héros. Il observe les performances avec la plus grande méfiance. C'est que les fans de sprint ont été dégoûtés par les scandales de dopage qui ont envoyé en prison les Marion Jones et Tim Montgomery, sans oublier Justin Gatlin et la descente aux enfers de l'Anglais Dwight Chambers. Un sprinter allemand, Tobias Unger, affirme se faire bai... par Bolt. Glen Mills, l'entraîneur de Lightening, est avachi dans un siège et se fâche quand on lui rapporte ces paroles : " Tobias qui ? Qui diable est ce Tobias Unger ? La plupart des Européens ne savent plus courir. Ils se déplacent en bus, en auto et ne savent plus comment on court. Usain Bolt vient d'une région de Jamaïque dépourvue de bus. Les enfants parcourent des kilomètres pour se rendre à l'école. C'est pour cela qu'ils sont doués pour la course. Ils ne sont pas aussi gâtés non plus. " Unger serait-il plus rapide s'il avait moins souvent emprunté le bus ? " Exactement ", selon Mills. Les gens ne croient plus aux contes de fées mais aux tests d'urine et de sang. Avant Berlin, un contrôle a révélé la présence d'un stimulant chez cinq sprinters jamaïcains. Deux des tricheurs font partie du même club que Bolt et sont entraînés par Mills. " C'est une mauvaise affaire pour le sport ", commente simplement Bolt. Mais lui n'a rien à se reprocher, même si on le considère d'un £il critique. Dans un showroom décoré de chaussures, Jochen Zeitz, président du conseil d'administration de Puma, est manifestement en colère. La firme allemande soutient l'équipe nationale jamaïcaine depuis des années et Zeitz s'est lié d'amitié avec Bolt. Les deux hommes dînent souvent ensemble. Le manager s'adresse à lui comme à un fils. Il parle d'éducation, de valeurs. Zeitz est confiant : " Bolt n'est pas de ceux qui se méconduisent. Je ne me fais aucun souci. " Il a intérêt : Puma veut muer Bolt en icône du sport, à l'image de Tiger Woods ou de Roger Federer. Mais c'est déjà fait, non ?