Le mot est fort mais ce que vit Erivelton tient du miracle. " Être où je suis est déjà fabuleux en soi ", lâche le jeune attaquant de 19 piges. Et là où il sera l'an prochain, c'est Dessel (D2) où il a paraphé un bail de deux ans. " J'ai marqué contre eux avec le Racing Malines. Le club étant en faillite, je me suis engagé avec ce club à qui j'avais tapé dans l'oeil. Ce coup-ci, on m'a garanti que tout se passerait bien au niveau extra-sportif. Espérons que ce sera un tremplin. "
...

Le mot est fort mais ce que vit Erivelton tient du miracle. " Être où je suis est déjà fabuleux en soi ", lâche le jeune attaquant de 19 piges. Et là où il sera l'an prochain, c'est Dessel (D2) où il a paraphé un bail de deux ans. " J'ai marqué contre eux avec le Racing Malines. Le club étant en faillite, je me suis engagé avec ce club à qui j'avais tapé dans l'oeil. Ce coup-ci, on m'a garanti que tout se passerait bien au niveau extra-sportif. Espérons que ce sera un tremplin. " Son rêve est un peu plus terre-à-terre que celui des gamins de son âge. Loin de lui l'idée de jouer au Real Madrid ou à Manchester United, il espère juste faire un jour son trou en D1. " Je me souviens de certains gamins qui me disaient qu'ils comprenaient pourquoi je cirais le banc à Saint-Trond (Ndlr : il y a joué une poignée de matches alors qu'il avait juste 18 ans). Mais ceux qui connaissent mon histoire savent que je viens de tellement loin que mon caractère et ma volonté ne cesseront de me porter. Tout ce que je vais vivre à l'avenir, ce n'est que du bonus. " Avec un père (Edson) et un oncle (Edmilson), qui ont connu la D1 avant de redescendre dans les divisions inférieures, le gamin a mangé foot à la sauce do Brasil dès son plus jeune âge. " Je suivais mon père partout. Il jouait en P1 lorsque j'ai débuté. Je n'étais pas censé être sur le terrain à 4 ans mais mon père était le coach de l'équipe. Puis, j'étais déjà aussi grand que les autres gamins. " Surclassé alors qu'il n'est pas censé jouer, il enchaîne des années de doubles matches avec le paternel. Arrivé à Dessel, il évolue enfin avec des gamins de son âge. Il a alors 11 ans. " Techniquement, leur formation avait été meilleure que la mienne. Nous étions donc sur un pied d'égalité. Question puissance, je surnageais et ça a attiré le regard des clubs de D1. " Le premier test est réussi haut la main du côté de Sclessin mais Eri file voir si l'herbe n'est pas mieux taillée à Neerpede avant de poser un choix. " Ce test a changé ma vie. Après le premier entraînement, je ne tenais plus. J'étais carbonisé alors qu'il restait deux séances. J'ai fait au mieux au point de me faire une déchirure. Ce n'était pas normal. Cela ne doit pas arriver à un gamin de 12 ans en bonne santé. Anderlecht s'est même posé des questions sur mon âge. Mon père n'a rien compris. Le trajet retour fut un calvaire. Il m'a tué alors que ma mère en rajoutait une couche. Je voulais juste dormir dans la voiture et mon père me disait " à ton âge, je me levais pour vendre des fruits auBrésil ". A posteriori j'en ris mais je peux te dire que je ne faisais pas le malin. " Résultat, Erivelton file au lit à 20 heures pour se réveiller 18 heures plus tard. Edson débarque alors dans sa chambre, le secoue, lui refait la morale en évoquant sa terre d'origine. " À peine levé, je suis à nouveau tombé de sommeil. Mes ganglions étaient gonflés depuis la veille et mon père n'en avait cure (rires). Ma mère s'est finalement dit qu'elle ne me reconnaissait pas et qu'un tour aux urgences était nécessaire. Les médecins ont commencé à me regarder bizarrement et à enchaîner les prises de sang. J'essayais de rester positif mais quand ils ont appelé mes parents pour leur annoncer le bilan, j'ai changé de visage. J'avais une leucémie. Une maladie dont je ne savais qu'une chose : une camarade de classe venait d'en décéder. J'ai eu peur et je n'ai pu m'empêcher de longuement pleurer. Des amis étaient de passage et étaient avec nous aux urgences. L'un d'eux a demandé si je pourrais rejouer au football. Le médecin a dit que j'en ferais un " hobby et non un métier. " Je n'en avais rien à faire, je voulais me battre pour mon rêve. J'ai récemment reçu les rapports psychologiques de l'époque et il y était noté que j'avais déjà un mental de sportif de haut niveau. " Les chances de s'en sortir sont grandes et rassurent le bambin qui se voit forcé de suivre une chimiothérapie. Un traitement qu'il mettra sous le signe de Dieu. " Dès la première séance, des trucs bizarres se sont passés. J'étais censé éliminer tout ce qui pouvait l'être en plusieurs fois. Après la première phase du traitement, tout était parti au point d'engendrer une surcharge aux reins qui m'en a fait baver. Les médecins n'avaient jamais vu ça. " Cette accélération soudaine n'empêche pas Erivelton de squatter les couloirs de l'hôpital durant quelques mois. Sa bonne humeur constante (qui le soigne " plus rapidement ", selon ses dires) déteint sur les médecins qui essaient de l'aider au mieux. " J'avais le droit à deux voire trois séances de vélo hebdomadaires. Au bout de 10 minutes, je n'en pouvais plus. La chimio n'est pas pénible sur le moment mais après les nausées, venait une forte fatigue. Il faut supporter les doses de cortisone qui sont souvent lourdes pour l'organisme. J'ai finalement pu rentrer chez moi dans la suite logique du traitement mais je devais porter un masque en présence d'autres personnes ou à l'extérieur. Ma première sortie en dehors de la maison était au foot. Mon père jouait. Je ne me sentais pas bien et, faisant un pas sur l'herbe, j'ai glissé. Impossible de me relever, je n'avais pas assez de force. Mon père ne m'a pas vu mais m'a entendu hurler. Ce fut une prise de conscience pour lui après un traitement qui semblait trop bien se passer. Il en a eu des problèmes cardiaques tant il était stressé. Il ne dormait plus ou presque. " Les séances les plus rudes étaient à venir. Vingt-quatre heures de traitement de suite. " Il fallait ensuite 4 jours pour que j'élimine tous les produits toxiques de mon corps. " Après la troisième de ces quatre sessions infernales, il retourne faire un test sanguin de routine à l'hôpital. " L'infirmière nous appelle moi et mon père mais je peine à me lever et retombe de suite. Mon père, qui m'a rattrapé, pensait que je blaguais mais je ne sentais plus ni mon bras ni ma jambe gauche. Je tremblais de peur alors que la salle d'attente était choquée. Les médecins se sont rendu compte que j'avais eu un accident cardio-vasculaire. Je voyais mon rêve s'envoler une nouvelle fois. L'IRM a dévoilé une veine bouchée au niveau du crâne. " Faites vite sinon il fera une hémorragie cérébrale ", disaient les médecins. Après une injection de cortisone, j'ai retrouvé mes sensations avant de faire une rechute. La veine en question était enflammée. J'ai mis deux jours avant de retrouver toutes mes sensations. Je me souviens encore des blagues que je faisais à mon père alors que je ne sentais plus mon bras. Ma mère et lui avaient été sous le choc et moi, malgré la douleur, j'avais décidé de rester heureux de me battre. AxelWitsel était venu à l'hôpital et était passé me voir car on lui a dit que j'aimais le football. Il m'a dit que si je battais ma maladie, je réussirais dans le football. " Au total, ce sont près de 700 jours de traitement qu'a dû suivre le jeune gamin, qui finit par se rétablir totalement de sa maladie. Un problème, de poids, entravait toujours sa quête du succès footballistique. " Je pesais 90 kilos. Je n'étais pas censé en faire plus de 70. J'arrivais dans un nouveau quartier où j'espérais me faire ma place à l'agora. Imaginez un petit gros qui n'a plus de cheveux. Ça allait difficilement passer. J'ai eu la chance de me lier d'amitié avec la personne qui est encore mon meilleur pote à l'heure actuelle. Il a poussé pour que je joue avec eux car les gros doivent, normalement, aller au but. C'est là que j'ai appris à jouer avec mon corps. Je n'allais pas vite mais je jouais avec mes fesses pour pivoter. " (rires) S'il n'a jamais eu de souci au niveau scolaire (" je suivais depuis l'hôpital et j'ai réussi "), la rentrée fut plus complexe que prévu. Moqueries, insultes, scènes humiliantes, il a tout vécu. " J'ai quand même perdu quelques kilos mais j'étais le sale gros de l'école. Je ne leur en voulais pas pour ce surnom. Ces gamins ne savaient rien. J'avais mal mais j'encaissais. Un prof m'a une fois engueulé car j'avais mon bonnet dans le couloir. Il a voulu me l'arracher mais mon cousin s'est interposé et l'a fait lui-même pour prouver que le prof n'aurait pas dû. Le gars est devenu blanc. Les enseignants n'étaient pas tendres avec moi mais ils ne savaient pas. " Pour reprendre en club, il a fallu jouer des coudes et des contacts. " Pistonné " pourraient le nommer certains mais, vu la situation, d'aucuns comprendront qu'Edson ait glissé un mot à Seraing pour son fils. " Le coach, FabricePuccini, m'a fait intégrer le groupe. J'ai eu deux entraînements et directement un match. J'ai joué trois fois dix minutes, j'avais besoin de pauses. Au dernier moment, je réussis un superbe assist. Il a été voir mon père et lui a vanté mes qualités mais lui a surtout parlé de mon surpoids. On lui a tout expliqué et il a dit qu'il me voulait et qu'au club, je serais comme son fils. Je me suis mis à bosser en mettant des équipements pour suer mais la cortisone me faisait prendre du poids et engendrait des crampes. J'ai mis 6 mois pour parvenir à jouer 90 minutes. Le coach m'avait forcé à rester sur le terrain. J'ai marqué à la dernière seconde. J'étais KO, mes jambes ne cessaient de trembler. J'en ai pleuré. " Ce match, il le joue encore avec un portacath (sorte de cathéter plus permanent) qui permettait des prises de sang aisées, mais des contrôles de la poitrine plus complexes. Cela n'empêche pas ce fameux premier match complet de rentrer dans l'histoire personnelle du jeune Belgo-Brésilien. " Le coach des Diables U17 m'a vu marquer. Il venait de virer son attaquant qui avait rigolé durant l'hymne national. Quand il nous a téléphoné, mon père ne l'a pas pris au sérieux. La lettre officielle nous fit prendre conscience. Mon père a bondi comme MichaelJordan. Moi, je crois avoir senti mon coeur s'arrêter. J'étais comblé et stressé. " Seul joueur n'évoluant pas dans un club pro, il joue sans complexe lors de son premier test. " Le match de ma vie, même si j'étais cuit au bout de 35 minutes ", se souvient-il. Le coach le garde et le convoque pour les tests physiques de début de saison. " Le timing était parfait car j'arrêtais les médicaments. J'ai pu me préparer et j'étais dans les meilleurs. Enfin, bien loin de DivockOrigi et de BoliBolingoli. " Erivelton n'est toutefois pas convié au stage. Premier remplaçant de la liste, il profite d'un absent pour se faire une place dans le groupe. Un assist suffit pour convaincre le coach de le garder. " Je suis parti en Turquie pour affronter la France, la Suisse et la Réublique Tchèque dans un tournoi international. Je devais être la doublure de Bolingoli mais il avait oublié son passeport et est resté bloqué en Belgique. Dans l'avion, le coach vient me voir et me dit " tu es mon seul attaquant, tu débutes. " J'étais mort de trouille. À la théorie, ils me disaient tous de jouer comme à Seraing. OK, mais les adversaires de Seraing sont nuls ! J'ai finalement marqué contre la France avant l'heure de jeu. Je ne l'oublierai jamais. J'avais les larmes aux yeux quand j'ai vu le ballon au fond. " Seraing devient vite trop petit pour l'attaquant. Les U17 belges l'ont lancé dans le monde du football. Le Standard et Genk lui font la cour et c'est avec les Limbourgeois que le courant passe. Il plante 16 buts en 16 matches et passe le reste de son temps avec l'équipe nationale. " Le match d'essai ne fut pas simple. Je suis arrivé avec une minute de retard et le coach m'a dit " marque trois buts pour que je te pardonne ". Ce fut chose faite. Avec les U17, DimitriDeCondé faisait jouer l'équipe pour moi. J'ai fait une superbe saison et alors que je devais monter en U19 après un mois de vacances au Brésil, j'apprends que je jouerai en U21 et que j'étais donc à la bourre sur mon planning. Le coach des U21 m'a renvoyé dans ma classe d'âge suivre un programme sans ballon. Ça s'est éternisé. Certains U19 jouaient alors que j'étais plus fit qu'eux. L'entraîneur de cette équipe avait une dent contre moi et faisait jouer un de ses protégés. J'étais parfois aligné en espoirs mais quand je devais aller en U19, je ne jouais pas. " Il gagnait alors 250 euros mais n'avait pas de contrat pro. GuidoBrepoels, alors coach de Saint-Trond, lui fait du pied durant le break hivernal mais Genk lui promet un plan de carrière. " Je leur ai demandé un contrat sans leur parler de Saint-Trond afin de voir s'ils comptaient vraiment sur moi. Je n'ai rien vu venir. La saison finie, je me suis désaffilié et j'ai pris la direction du Stayen. Les dirigeants de Genk étaient en colère et m'ont dit qu'ils m'auraient fait signer. Des promesses. YannickFerrera est arrivé rapidement tout comme de nouveaux joueurs. J'ai peu joué avec les A mais j'ai énormément appris. Le Racing Malines devait être une nouvelle étape mais nous ne recevions plus un euro et les résultats ne suivaient pas. Ce sera pour la saison prochaine. Dans un sens, j'ai de toute façon déjà réussi quelque chose de fort même si je continue à rêver. " ?PAR ROMAIN VAN DER PLUYM - PHOTOS : BELGAIMAGE/ LAMBERT" J'avais les larmes aux yeux quand j'ai vu mon ballon au fond face à la France. "