Hoffenheim, petite bourgade de 3.000 habitants au sud-ouest de l'Allemagne. Son épicerie, sa station-service et... son équipe de football. Celle-ci est devenue une véritable attraction à laquelle toute l'Europe s'intéresse. L'attaché de presse Markus Sieger (le bien-nommé puisque Sieger signifie " vainqueur " en allemand) ne sait plus où donner de la tête : il reçoit des demandes de France, d'Espagne, de Suède... et forcément aussi de Belgique. Et pour cause : le club, qui était encore en D3 il y a deux ans, vient d'être sacré champion d'automne en Bundesliga. A égalité de points avec le Bayern Munich, mais avec une meilleure différence de buts. Il possède la deuxième attaque des championnats européens, derrière le FC Barcelone. Son avant-centre, le Bosniaque Vedad Ibisevic, a déjà inscrit 18 buts. Personne ne le connaissait l'an passé, puisque son parcours fut particulièrement atypique.
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Hoffenheim, petite bourgade de 3.000 habitants au sud-ouest de l'Allemagne. Son épicerie, sa station-service et... son équipe de football. Celle-ci est devenue une véritable attraction à laquelle toute l'Europe s'intéresse. L'attaché de presse Markus Sieger (le bien-nommé puisque Sieger signifie " vainqueur " en allemand) ne sait plus où donner de la tête : il reçoit des demandes de France, d'Espagne, de Suède... et forcément aussi de Belgique. Et pour cause : le club, qui était encore en D3 il y a deux ans, vient d'être sacré champion d'automne en Bundesliga. A égalité de points avec le Bayern Munich, mais avec une meilleure différence de buts. Il possède la deuxième attaque des championnats européens, derrière le FC Barcelone. Son avant-centre, le Bosniaque Vedad Ibisevic, a déjà inscrit 18 buts. Personne ne le connaissait l'an passé, puisque son parcours fut particulièrement atypique. Le TSG 1899, qui réalise une percée fulgurante grâce aux investissements du richissime industriel Dietmar Hopp, est encore un club en pleine construction, mais il se construit vite. La saison dernière, il évoluait dans un petit stade de 6.000 places, au sommet d'une colline qui surplombe le village. Les clubs visiteurs conseillaient à leurs supporters de partir à temps, car une seule route y mène et les bouchons étaient fréquents depuis la sortie d'autoroute. Cette saison, l'équipe a disputé ses matches à domicile dans le stade de Mannheim, à une cinquantaine de kilomètres, mais dès 2009, elle disposera d'une toute nouvelle enceinte de 30.000 places à Sinsheim, la commune principale de l'entité d'Hoffenheim. Le club n'aura sans doute aucun mal à la remplir, car il s'est très rapidement découvert un public. Alors que, la saison dernière, les Bleus ne comptaient encore qu'une poignée de supporters, ils sont dé-sormais 25.000 à se déplacer tous les 15 jours jusqu'à Mannheim... et plusieurs milliers aussi à accompagner à l'extérieur. Le succès, mais aussi par le beau jeu pratiqué par les troupes de Ralf Rangnick explique pour beaucoup ce coup de popularité. Le club disposera aussi, très bientôt, d'un tout nouveau complexe d'entraînement ultramoderne. Pour l'instant, les joueurs doivent encore se contenter de deux terrains situés le long de la route principale reliant Hoffenheim à Sinsheim. La maison qui leur sert de vestiaire est apparemment équipée de certaines commodités (apparemment, car on n'y a pas accès) mais pour rejoindre leur terrain d'entraînement, ils doivent emprunter une passerelle qui enjambe un petit ruisseau. La salle de presse n'est encore qu'une petite cabane en préfabriqué où tout le monde se réfugie car, dehors, il pleut, il vente, il fait froid. A l'issue de la séance d'entraînement, dont la dernière partie s'est déroulée à huis clos, Sieger fait venir les joueurs demandés par les journalistes. Vedad Ibisevic est le plus sollicité. Polyglotte, il répond aimablement en allemand, en anglais ou en... français aux différentes questions qui lui sont posées. Demba Ba, l'ancien Mouscronnois, se fait attendre. Il est toujours aux soins. Une cheville endolorie, mais sans gravité, l'a d'ailleurs incité à faire l'impasse sur l'entraînement. Lorsqu'il apparaît enfin, il doit d'abord se présenter face aux caméras de la télévision où, première surprise, il répond en allemand ! " Warum ? Das weiss ich nicht... " Après un peu plus d'un an en Allemagne, le Franco-Sénégalais manie déjà la langue de Goethe. Un confrère français l'interpelle également : Ba est né dans la banlieue parisienne et a effectué ses premiers pas de footballeur dans l'Hexagone. Finalement, il est à nous. Pour retracer son étonnant parcours. Illustre inconnu lorsqu'il débarqua à Mouscron durant l'été 2006, il donna rapidement un aperçu de ses capacités. Mais il n'eut pas réellement l'occasion de se faire connaître du grand public : il fut victime d'une fracture tibia-péroné à cinq minutes de la fin du troisième match de championnat contre Roulers, alors que l'Excelsior menait 2-1 et avait remporté ses deux premières rencontres. Six mois d'indisponibilité et de souffrances. Il est réapparu en fin de saison, pour sauver les Hurlus qui s'étaient retrouvés mal embarqués durant son absence. Ses huit buts en dix matches avaient toutefois attiré l'attention des recruteurs étrangers. Philippe Dufermont le vendit pour 3 millions, en août 2007, à Hoffenheim : ce petit club de village qui venait de monter de D3 en D2 allemande... DembaBa : Pas vraiment. Ce fut un choix très difficile. Au début, je peux l'avouer aujourd'hui, je ne voulais pas venir. C'est simple : lorsque Philippe Dufermont m'a demandé si cela m'intéressait, j'avais d'abord répondu : non ! L'insistance du président et de l'entraîneur d'Hoffenheim ont fini par me convaincre. Rangnick m'avait envoyé quelques cassettes des premiers matches et ce que j'ai vu ne m'avait pas réellement convaincu. Il m'a expliqué que c'était encore le début de saison et que les prestations de l'équipe s'amélioreraient par la suite. OK, je ne demandais qu'à le croire, mais j'étais sceptique malgré tout. Je suis venu à Hoffenheim, voir à quoi cela ressemblait, et j'avoue qu'au premier coup d'£il, j'ai été un peu surpris. Dans le village, il n'y a pas grand-chose. Mais j'ai sillonné la région, et j'ai découvert aux alentours quelques petites villes assez sympas. Aujourd'hui, j'habite à Heidelberg, une ville universitaire où je me sens bien. Sur le plan sportif, Rangnick m'a persuadé que le challenge pouvait être très intéressant. Au niveau de l'équipe, mais aussi des infrastructures, qui seront de niveau mondial lorsqu'elles seront terminées. Et comme je suis surtout venu pour jouer au football... Je n'étais pas le seul à être arrivé dans les dernières heures du mercato. Je savais que deux ou trois renforts allaient encore débarquer (NDLR : il y eut aussi le jeune milieu de terrain brésilien Carlos Eduardo, son compatriote Luis Gustavo et l'attaquant nigérian Chinedu Obasi) et cela a aussi conditionné mon choix définitif. Cela fait partie de l'intégration, effectivement. Dès mon arrivée, j'ai suivi des cours. Le club ne m'y a pas obligé, mais j'ai estimé que je devais mettre tous les atouts dans mon jeu. Je m'exerce aussi en pratiquant la langue avec mes coéquipiers. Je ne m'exprime pas encore parfaitement, mais je me débrouille. Oui, pour voir mon fils Ilian, âgé de 14 mois. Il est né à Lille, alors que je me trouvais en Allemagne, et aujourd'hui il vit à Dunkerque avec ma compagne. L'an passé, elle vivait avec moi à Heidelberg, mais loin des amis et de la famille, elle ne se sentait pas à l'aise. Elle est rentrée en France et a repris des études d'anglais. Ce n'est pas toujours facile pour moi, mais ce sont des sacrifices auxquels je dois m'astreindre. Beaucoup de bons souvenirs. Ce dernier match amical à Courtrai, juste avant l'entame du championnat, où j'avais inscrit trois buts en cinq minutes après avoir loupé un penalty. Mes débuts réussis en championnat. Et un mauvais souvenir : ma blessure. Là aussi, je me souviens de tout. Le craquement au moment où ma jambe s'est disloquée, l'opération, les longs mois de rééducation. J'ai vécu une période difficile durant six mois, mais le fait qu'on m'autorisait à rentrer à Paris tous les 15 jours pour voir ma famille m'a aidé à garder le moral. Je me suis parfois senti inutile dans le groupe, je ne pouvais qu'encourager mes coéquipiers de la voix. En revanche, chaque fois que j'ai pu jouer, c'était super. J'ai côtoyé de bons gars, de bons joueurs de football également, et de bons entraîneurs. Surtout Ariel Jacobs, que j'ai tout particulièrement apprécié. Sous certains aspects, il me fait penser à Ralf Rangnick : c'était plus qu'un entraîneur, il discutait avec vous, était à l'écoute de vos problèmes. Et pour un attaquant, c'était le pied car il... ne demandait pas de défendre ! ( Ilrit) J'ai gardé des contacts avec Mickaël Niçoise, qui est parti en Suisse, et avec Bertin Tomou. Parmi ceux qui sont restés à Mouscron, il y a Alexandre Teklak que j'ai eu récemment au téléphone. Daan Van Gijseghem, aussi. Tout comme le kiné Christophe Soyez et le délégué de l'équipe Patrick Stelandre. Je n'ai pas encore totalement retrouvé mes sensations, cette facilité dans le dribble que j'avais en Belgique mais que j'ai un peu perdue, mais cela commence à revenir. J'ai été bien soigné en Belgique, et je dois remercier le médecin qui m'a opéré, tout comme les trois kinés qui m'ont traité. C'est mon regret également. J'aurais aimé faire davantage pour ce club que j'avais appris à apprécier. Honnêtement, je n'aurais vu aucun inconvénient à jouer une saison supplémentaire chez les Hurlus. J'avais la confiance de tout le monde : du groupe, du staff, des supporters. Les gens appréciaient mon jeu attractif : j'aimais prendre le ballon, dribbler et provoquer mon adversaire. Cela m'est venu à l'école, dans la cour de récréation ou en jouant avec des amis. Entre nous, on faisait des concours de petits ponts ! Pas vraiment. Je me dis surtout que mon travail a fini par payer... et que je dois continuer à travailler jusqu'à ce que mon corps ne veuille plus. Le travail ne m'a jamais rebuté : je sais que c'est la seule façon de réussir. D'un point de vue matériel, je n'ai jamais manqué de rien. C'est surtout au niveau footballistique que ce fut parfois le chemin de croix. Les clubs pros ne me tendaient pas la perche, mais malgré cela, je ne me voyais pas aller travailler à l'usine. J'ai donc bossé tant et plus, afin de pouvoir gagner ma vie en jouant au football. Le déclic, c'est mon manager Alex Gontrand qui l'a provoqué. J'ai fait sa connaissance à 16 ou 17 ans, lorsque j'évoluais à Montrouge en région parisienne. Il a toujours cru en moi et m'a fait prendre conscience de mes possibilités. Les relations qu'on a nouées dépassent largement celles qui unissent un manager à un joueur. Il est devenu un ami proche, on se téléphone plusieurs fois par jour. Oui, espérons que cela continue. A Hoffenheim, tout passe par le jeu : on possède un bon groupe, cosmopolite, qui aime jouer au football. Par le travail, aussi : on répète sans cesse les phases de jeu à l'entraînement afin de pouvoir les reproduire en match. Et on est très bien préparé physiquement : chaque joueur dispose d'un programme individuel. On doit y aller à fond lorsque c'est nécessaire, mais il arrive également qu'on puisse lever le pied lorsqu'on accuse un petit coup de mou. Vous l'avez constaté vous-même : j'ai été dispensé d'entraînement aujourd'hui, à cause d'un petit problème récurrent à la cheville mais qui est en passe d'être résolu. Ce n'est pas nécessaire d'avoir tout le monde sur la pelouse, l'essentiel est d'être à 100 % point le jour du match. Beaucoup de joueurs ont une qualité technique au-dessus de la moyenne. Sur le terrain, personne ne se cache, tout le monde demande le ballon. Et comme on a connu peu de blessés jusqu'à présent, cela a facilité la mise en place d'automatismes. En gros, oui. Vedad est un véritable attaquant, il a l'instinct du buteur. Toutes ses prises de balle sont effectuées avec un seul objectif : viser rapidement le but adverse. Comme il est le joueur le plus avancé sur l'échiquier, c'est normal que ce soit lui qui trouve le plus fréquemment le chemin des filets. C'est un travail collectif, effectivement. Personne n'est jaloux de sa réussite, car marquer des buts, c'est aussi travailler pour l'équipe : tout le monde en bénéficie. Je suis heureux pour Vedad, d'autant qu'il est devenu un bon copain. Son aide me fut précieuse à mon arrivée. Il m'a d'emblée mis à l'aise en me parlant en français. Il m'a aussi aidé à comprendre certains documents administratifs. Aujourd'hui, on partage la même chambre lors des mises au vert. Et dans la vie de tous les jours, on est souvent ensemble également. C'est possible, personne ne peut le dire. Vedad a saisi la chance qui s'est présentée à lui ; tout le mérite lui en revient. Il a connu des hauts et des bas au cours de sa carrière. Un peu comme moi, et comme d'autres joueurs d'Hoffenheim, il a démontré qu'on pouvait réussir grâce à la persévérance, au travail de tous les jours. Lorsque Chinedu est revenu de Pékin, on a adopté un dispositif en 4-3-3 qui nous convient à merveille : si on inscrit autant de buts, c'est aussi parce qu'on aligne énormément de joueurs offensifs. C'est un super entraîneur. Fin tacticien, humainement irréprochable. Il m'a appris énormément depuis mon arrivée. Avant un match, ses premières consignes sont toujours d'ordre défensif. Il nous demande de travailler à la récupération, car si on abandonne les défenseurs à leur sort, on ne s'en sortira pas. Après, offensivement, il nous demande de prendre du plaisir, de jouer comme on est capable de le faire. La notion de plaisir est importante, et je pense que cela se ressent sur la pelouse. Pour moi, à la base, le football est une passion. Et je fais tout pour que cela le reste. Il se fait très discret. Je n'ai pas beaucoup de contacts avec lui. Il descend dans le vestiaire pour nous féliciter après chaque victoire, mais cela ne va pas plus loin. Il a joué à Hoffenheim lorsque c'était encore un petit club amateur, d'où son amour pour le TSG 1899. Il a décidé d'investir et on voit ce que cela donne. Oui, tout à fait. Chaque fois que j'ai un petit moment de blues, parce que je n'ai pas marqué, que j'ai loupé mon match ou pour toute autre bonne raison, je me retrace mon parcours et je me dis que, tout ce qui m'arrive aujourd'hui, c'est du bonus. Il y a eu d'autres exemples avant moi. Celui de Didier Drogba, par exemple. Lui non plus n'est pas passé par des grosses cylindrées lorsqu'il était jeune, et aujourd'hui, on ne peut qu'être admiratif devant la carrière qu'il a réalisée... et qui est loin d'être terminée. Je ne vois pas encore aussi loin. J'essaierai de monter le plus loin possible, on verra où je m'arrêterai. Je peux encore m'améliorer énormément. Hoffenheim remportera un jour le titre, j'en suis persuadé. Mais pas cette saison. C'est prématuré : on vient d'arriver de D2, on découvre à peine la Bundesliga. On a disputé un premier tour extraordinaire, mais on commence à être attendu au tournant. Comment aborderons-nous la reprise ? Je rentre au Sénégal. Un peu de chaleur, cela ne me fera pas de tort ( ilrit). Cela fait un bout de temps qu'il n'y a plus eu de match. Depuis l'élimination, dans le tournoi qualificatif pour la Coupe du Monde 2010, en fait. On attend qu'une nouvelle direction se mette en place, mais apparemment, rien ne presse. Il est vrai que les échéances sont encore lointaines. Il n'y aura même pas de Coupe d'Afrique en 2010. Un gâchis, car on compte quelques joueurs d'exception. par daniel devos - photos: reporters/ gouverneur