C'est la guerre. Mars 2018. Lille vient de caler, à nouveau, cette fois contre Montpellier. La Ligue 2 se profile. Et là, les supporters perdent complètement leur self control. Le Stade Pierre Mauroy devient un ring, un espace de contestation. Les stewards doivent protéger les joueurs qui foncent vers le vestiaire, des coups se perdent, des joueurs sont touchés. Et ça hurle dans les tribunes. " Vous salissez notre maillot. " " Si on descend, on vous descend. " Depuis le départ, cette saison est un calvaire pour le LOSC. Il a commencé avec Marcelo Bielsa, viré en cours de route. Son successeur, Christophe Galtier, a du mal à inverser le cours des choses. Les Nordistes finiront quand même par sauver leur peau.
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C'est la guerre. Mars 2018. Lille vient de caler, à nouveau, cette fois contre Montpellier. La Ligue 2 se profile. Et là, les supporters perdent complètement leur self control. Le Stade Pierre Mauroy devient un ring, un espace de contestation. Les stewards doivent protéger les joueurs qui foncent vers le vestiaire, des coups se perdent, des joueurs sont touchés. Et ça hurle dans les tribunes. " Vous salissez notre maillot. " " Si on descend, on vous descend. " Depuis le départ, cette saison est un calvaire pour le LOSC. Il a commencé avec Marcelo Bielsa, viré en cours de route. Son successeur, Christophe Galtier, a du mal à inverser le cours des choses. Les Nordistes finiront quand même par sauver leur peau. C'est la fête. Mai 2019. Lille vient de gagner, à nouveau, cette fois contre Angers. La Ligue des Champions est assurée, sept longues années après la dernière participation. Les supporters pètent un peu les plombs et hurlent " Le LOSC en Ligue des Champions. " Galtier est agenouillé sur la pelouse et reste un bon moment dans cette position inhabituelle. Il avoue ensuite qu'un an plus tôt, il crânait dans ses analyses de matches : " Je passais mon temps à mentir aux médias en disant que ça allait le faire. Quand je rentrais chez moi après les matches, je m'effondrais par terre en pleurs et je disais à mon épouse que je n'allais pas y arriver. " Entre ces deux moments forts, au moment de lancer la saison 2018-2019, Libération a publié un papier sur les choses à voir en Ligue 1. Si Libé l'écrit, ça doit être correct. On lit ceci dans le paragraphe consacré à Lille. Le vrai patron du club, le conseiller du président, Luis Campos, vient d'expédier trois nouveaux adjoints dans les gencives de Christophe Galtier sans qu'il ait son mot à dire. Mauvais vent.Il y a 90 millions d'euros à récupérer sur le marché des transferts avec des joueurs qui ont fini le dernier exercice à la 17e place (sur 20) pour complaire au gendarme financier de la Ligue. Il va falloir de la magie. Ou du réseau. Ou les deux.Notre pronostic : entre 16e et 20e.Libé avait tout faux. Le LOSC a fait une saison de feu. Ça partait pourtant mal avec une situation financière compliquée. Il a fallu vendre quelques cadres, faire venir des joueurs pour la plupart gratuits et réduire la masse salariale, conditions sine qua non pour répondre aux critères de la DNCG, sorte de commission des licences à la sauce FFF. Il a même été question d'une rétrogradation administrative en Ligue 2. Alors, le club a " transféré malin ", pour reprendre l'expression de Gerard Lopez, l'homme d'affaires hispano-luxembourgeois qui a racheté le club à Michel Seydoux dans les premiers jours de 2017. Jonathan Bamba est arrivé de Saint-Etienne... on va y revenir. Jonathan Ikoné a débarqué du PSG... on va aussi y revenir. Un défenseur turc, Zelo Celik, a quitté Istanbulspor pour le Nord. Loïc Rémy, bourré d'expérience, a déserté Las Palmas pour les Ch'tis. Et puis il y a eu le transfert de José Fonte, champion d'Europe en 2016 avec le Portugal et encore titulaire à la Coupe du monde en Russie. Tous des coups dans le mille, rien que des réussites. Rémy a été récompensé en fin de saison pour avoir marqué le plus beau but en Ligue 1, mais c'est anecdotique. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est l'émergence d'un trio offensif infernal. Le Barça a eu sa MSN, le Real a eu sa BBC, Lille avait sa BIP BIP dans le dernier championnat. B pour Jonathan Bamba (13 buts, 3 assists), brièvement passé par Saint-Trond. I pour Jonathan Ikoné (3 buts, 10 assists), nommé pour le titre d'espoir de la saison. Et surtout P pour Nicolas Pépé (22 buts, 11 assists) qui a marché sur l'eau pendant toute la campagne et qui vient d'être transféré à Arsenal pour 80 millions d'euros. Ces trois-là s'entendaient comme larrons en foire et ils sont tous les trois intervenus dans les 38 matches de championnat. Le surnom BIP BIP tombait sous le sens, en référence au personnage ultra rapide de dessin animé. Dans chaque compartiment de l'équipe, des joueurs ont fait la saison de leur vie. L'émulation a commencé dans le but, où Mike Maignan a multiplié les prouesses, ce qui lui a valu le trophée de gardien de l'année. L'espoir portugais Rafael Leão, 20 ans à peine , arrivé gratos du Sporting du Portugal, a planté une petite dizaine de buts. " Il y a eu une douzaine de changements dans le vestiaire, ça a tout changé ", a lancé le président en fin de saison. Galtier, lui, aimait parler de sa " bande de potes " dans ses analyses de matches. Si on fait une analyse purement financière, la deuxième place des Lillois n'a rien de logique. Parce que les joueurs arrivés pendant l'été 2018 ne coûtaient (à moitié) rien, parce que les salaires donnés à ces gars-là restaient raisonnables, parce que le budget du LOSC n'était que le cinquième de la Ligue 1. Il tournait autour des 90 millions d'euros, c'est peu à l'échelle française. Le PSG était évidemment hors-catégorie (500 millions), puis il y avait Lyon (285), Monaco (215) et Marseille (150). Au final, Lille a pris 75 points, seulement un de moins que l'année de son titre avec Eden Hazard, en 2011. Le succès des Dogues s'est construit dans un bureau dépouillé de Luchin, leur centre d'entraînement. Seule décoration sur l'ensemble des murs : une affiche de L'aventure c'est l'aventure, le film culte de Claude Lelouch. C'est la tanière de Christophe Galtier. Son parcours de joueur n'est pas resté dans les mémoires. Vice-champion de France avec Marseille. Deux finales de Coupe de France avec le même club. Quelques présences en équipe nationale Espoir, avec le titre européen en 1988. En compagnie de Laurent Blanc, Jocelyn Angloma, Alain Roche et Eric Cantona. C'est tout. Devenu entraîneur, il s'est longuement contenté d'un training d'adjoint, dans un premier temps. Jusqu'au jour où Saint-Etienne l'a promu de T2 à T1, en 2009. Celui qui a mené les Verts à la victoire en Coupe de la Ligue après 32 ans sans aucun trophée, c'est lui. Celui qui a ramené les Verts en Coupe d'Europe, c'est lui. Il a replacé l'ASSE sur la carte du foot français. Et il a fait un bail XXL dans ce club habitué à lessiver ses coaches : 2009-2017. En 2013, il a été élu co-meilleur entraîneur de Ligue 1 en compagnie de Carlo Ancelotti, alors au PSG. Ce titre, il l'a donc à nouveau gagné en mai dernier. Seul, cette fois. Thomas Tuchel était aussi en lice mais les votants ont craqué pour le parcours du cinquième budget du pays. À la même période, Galtier a bien mis les choses à leur place en déclarant : " On n'a pas gagné de trophée, on n'est pas champions de France, mais finir deuxièmes, quand il y a Paris et les autres, c'est une très grande performance. " La presse française l'a surnommé Galette. Au départ, ses inspirateurs se trouvent dans le foot français. Il avoue copier certaines méthodes d'entraîneurs de second rang comme Alain Perrin, Gérard Gili (il a été adjoint de ces deux-là), Frédéric Antonetti, Guy Lacombe, Francis Gillot. Rien de bien transcendant. Galtier fait déjà plus rêver quand il signale, lors d'un entretien à France Football, qu'il est allé à Liverpool pour observer les méthodes de Kenny Dalglish et qu'il aimerait rencontrer José Mourinho pour refaire le monde du foot. Il en pince aussi pour la méthodologie de Jürgen Klopp : " Si j'étais joueur, j'aimerais être entraîné par Jürgen Klopp. Ce type renvoie une image de coach très proche de ses joueurs, très exigeant, très dur mais qui vous donne envie de vous surpasser. " Dès le départ, la mission de Galette à Lille était compromise. Il devait gérer l'après-Bielsa. El Loco avait laissé un champ de ruines, contaminé le club par ses caprices et des choix très discutables. Christophe Galtier a repris, en décembre 2017, une équipe considérée comme trop jeune. Impossible de renforcer le groupe au mercato de janvier, déjà à cause de cette foutue DNCG ! Il a donc fait avec le matériel mis à sa disposition, et finalement, le sauvetage acquis dans les derniers instants de la saison était déjà un petit miracle. C'est la saison dernière qu'il a enfin pu imprimer vraiment sa griffe et imposer ses idées. On a directement senti une osmose entre les trois décideurs du LOSC : le président, le directeur sportif Luis Campos et Galtier. Lille a fini la saison avec la meilleure défense, mieux que Paris. En marquant beaucoup moins de buts que les champions, mais Neymar et Kylian Mbappé y sont pour quelque chose. Il y a eu quelques soirées de gala au Stade Pierre Mauroy. Comme cette démonstration (5-1) contre le Paris Saint-Germain en avril. Ou le 5-0 face à Angers, en mai, qui actait mathématiquement la qualification pour la Ligue des Champions - un soir où l'ex-Brugeois Ludovic Butelle a vu des étoiles. Lille s'est installé à la deuxième place dès le mois de décembre et ne l'a plus jamais lâchée. Là-bas, on a l'impression que le club est reparti de l'avant, pour un bon moment. On refuse de croire à la thèse d'un bel accident de parcours avec ce titre de dauphin. Pendant des années, le nouveau stade a semblé être un fardeau pour les joueurs, comme s'ils étaient par moments paralysés par la grandeur du bâtiment. Tout ça, l'équipe dirigeante pense que c'est maintenant de l'histoire ancienne. " La saison dernière, on a été dans la réactivité, maintenant on est dans une phase d'anticipation. Le mercato a été préparé pendant six mois, il y a déjà un moment qu'on sait à quoi ressemblera le noyau ", a déclaré le président au coeur de l'été. " Luis Campos a ramené des profils, Christophe Galtier tranche ", dit-il encore, comme pour souligner une nouvelle fois la solidité du trio. Et puis, vu les recettes garanties en Ligue des Champions, la Direction Nationale du Contrôle de Gestion, qui a bien trop longtemps rôdé au-dessus du stade, a enfin lâché les baskets du LOSC.