Toutes les places pour Lille-Rennes du 29 mai ont déjà trouvé preneurs. Ce jour-là, le LOSC pourrait fêter son troisième titre de champion de France après ceux de 1946 et 1954. Une autre époque. 56 ans après, le titre pourrait revenir dans la capitale du Nord-Pas de Calais, deuxième agglomération de France.
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Toutes les places pour Lille-Rennes du 29 mai ont déjà trouvé preneurs. Ce jour-là, le LOSC pourrait fêter son troisième titre de champion de France après ceux de 1946 et 1954. Une autre époque. 56 ans après, le titre pourrait revenir dans la capitale du Nord-Pas de Calais, deuxième agglomération de France. Une surprise ? Un petit peu si on compare le budget du club frontalier (55 millions d'euros) avec celui des poids lourds de la Ligue 1. Lyon et ses 150 millions d'euros de budget, Marseille et ses 140 derrière ; Bordeaux et le PSG et leurs 80... Mais derrière la réalité des chiffres, la première place du LOSC couronne une vision à long terme et une politique de gestion exceptionnelles. Car, la première place de Lille tient de tout sauf du miracle. Cela fait maintenant dix ans que le club lillois s'est inscrit dans le haut du tableau de la Ligue 1, décrochant trois participations à la Ligue des Champions et trois à l'Europa League. Lille : ville charmante, typique flamande, au centre d'une vaste métropole de plus d'un million d'habitants. L'histoire veut qu'elle fut la plus assiégée du monde. Certaines maisons du Rang de Beauregard ont d'ailleurs gardé les boulets du siège de 1792 incrustés dans leurs façades ! Pourtant, Lille-la-belle n'a pas toujours rayonné. Dans les années 80 et 90, elle a subi la crise du textile et la fermeture de ses principales usines. Roubaix ne se réveillait plus qu'une fois l'an, lors de l'arrivée de la célèbre classique cycliste ; Tourcoing périclitait. Les années 90 allaient sonner le réveil. D'endormie, Lille allait se transformer en dynamique, trainant dans son sillage toute la métropole. Comme un symbole, son club de football allait subir la même révolution. Croupissant en D2, il retrouva des ambitions à la fin des nineties. " En 1998, le réveil du LOSC a coïncidé avec le titre de Lens ", explique Jean-Pierre Mortagne, journaliste à France Bleue Nord, "Lille a commencé à monter en puissance à partir du moment où la mairie a repris les choses en main et redressé les comptes. Le président de l'époque Bernard Lecomte et l'entraîneur Vahid Halilhodzic arrivé du Raja Casablanca ont fait un boulot formidable. Le premier qui ne connaissait rien au football a assaini les finances et ne s'est jamais mêlé au sportif. L'autre a extirpé le club des sables mouvants de la D2 et fait monter le LOSC en Ligue 1. " Lecomte, président de la Générale de Chauffe (devenu depuis lors Veolia), président depuis 1993, réussit son pari. Il renfloua les caisses et dota le club d'une structure saine en vue de la privatisation qui sera effective en 2000 lorsque deux investisseurs ( Luc Dayan et Francis Graille) rachetèrent les parts de la ville. Sur le terrain, à peine promu, le club obtint un ticket pour sa première Ligue des Champions sous la conduite de " Coach Vahid ". La machine était en marche. " Cependant, le duo Dayan-Graille avait une vision à court terme ", explique Vincent Duluc, journaliste à L'Equipe. " Il a fallu attendre l'arrivée de Michel Seydoux en 2002 pour qu'un vrai travail de fond soit effectué. Alors, quand vous me demandez si c'est une surprise aujourd'hui de voir Lille en tête, je vous réponds non car dans la construction de son projet, le LOSC a depuis longtemps une vision à long terme et on sait depuis le début que cette vision est la bonne. Par rapport à Marseille, Paris ou Bordeaux, Lille a un avantage. Son président est également actionnaire principal. Il peut donc prendre le temps pour construire quelque chose alors que dans les autres clubs, on est obligé de viser la rentabilité immédiate. " Le premier nom attaché à la réussite lilloise est lancé : Michel Seydoux. Enjôleur et romantique, voilà tel qu'il s'offre à la presse le jour de la reconduction de contrat de son entraîneur, Rudi Garcia. Seydoux n'est pas dans le cinéma pour rien. Quand certains évoquent le monde de l'entreprise pour parler d'un club de foot moderne, lui parle d'émotion et de spectacle. " Il faut prendre plaisir et donner de l'émotion aux gens ", martèle-t-il à l'assemblée. Producteur de cinéma avisé, chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres, fin gourmet puisqu'il possède un restaurant à Paris, Seydoux apporte un peu de finesse, de noblesse et d'esprit dans un monde du football largement aux mains de parvenus. Depuis février 2004, celui dont le frère Jérôme est actionnaire à l'Olympique lyonnais symbolise la vision lilloise après être devenu actionnaire majoritaire lors du départ de Graille et Dayan. " Il incarne la stabilité de ce club ", dit Duluc, " Je ne sais pas si beaucoup seraient restés aussi patients, surtout dans le dossier du nouveau stade. Lui n'a pas changé sa politique mêlée d'ambition et de réalisme. "Il s'est attelé à construire patiemment une politique de développement ", renchérit Antoine Placer, journaliste à La Voix du Nord. " Il n'a jamais dépensé plus que ce qu'il n'avait. Il a d'abord développé les structures en érigeant le Domaine de Luchin, nouveau centre d'entraînement de Lille. Puis, il a construit une équipe en misant sur la formation mais aussi en menant un très bon recrutement. " Sur le plan financier, pas d'emballement, pas d'effets d'annonce, pas de folies. " La viabilité s'est construite sur le seul modèle économique possible pour un club français : vendre ses meilleurs éléments ", analyse Duluc. " Lille a réussi cette gageure sans s'affaiblir. Car, vendre n'est pas nécessairement un problème s'il y a un renouvellement intelligent. Lyon a mené cette politique gagnante pendant des années. Cela permet de remplir les caisses mais également de renouveler un effectif qui aurait tendance à ronronner. "L'exemple lyonnais n'est pas fortuit. Depuis que les frères Seydoux sont dans l'actionnariat des deux clubs, des ponts s'établissent entre l'OL et le LOSC. " On compare souvent le Lille actuel avec le Lyon des années 90 ", corrobore Placer. " Le modèle de construction est le même et les deux villes, plutôt bourgeoises, se ressemblent. Les différences tiennent simplement à la personnalité du président. Seydoux est plus discret que Jean-Michel Aulas même s'il essaie de plus en plus de rentrer dans les instances de la Fédération pour peser sur les décisions. Cependant, il n'exerce pas du tout la même pression médiatique. Cela n'est pas dans sa nature. " Ce jour-là, Seydoux a donc fait une exception pour prolonger le pacte entre lui et son entraîneur. " Rudi Garcia a envie de voir le grand stade et je trouve cela sympathique car j'avais envie de le voir avec lui. " Tout l'avenir du LOSC dans une phrase : le grand stade et l'entraîneur miracle, Rudi Garcia. Car le succès du LOSC, c'est aussi celui de l'entraîneur. Rudi Garcia a révolutionné cette équipe tout en douceur. Pourtant, le défi n'était pas simple à relever. Lille semblait avoir atteint une certaine plénitude sous Claude Puel, son prédécesseur. " La politique de Puel était très contestée au départ ", se souvient Mortagne, " mais au fur et à mesure, il a amené des résultats et une nouvelle philosophie. Il s'est beaucoup investi dans le centre de formation. C'est lui qui avait dessiné les plans, aidé par Arsène Wenger. Il avait été conseillé par le champion d'Europe du 1500m, Mehdi Baala pour la pose d'une piste finlandaise avec des copeaux de bois pour éviter les blessures. C'est la seule en France. " Puel, c'était également un recrutement efficace avec très peu de déchets ( Adil Rami, Michel Bastos, Peter Odemwingie) et une formidable plus-value à la revente ( Jean II Makoun, Mathieu Bodmer, Eric Abidal, Abdelkader Keita...). Alors, succéder à un tel monstre avec comme seul CV un football offensif avec Le Mans, ce n'était pas gagné d'avance. Pourtant, ce que Puel n'a pas réussi à faire, Garcia y est parvenu : mettre sur pied une équipe dont le jeu séduit toute la France. " Sur les deux dernières saisons, Lille constitue l'équipe qui joue le mieux en France ", tranche Duluc, " Puel avait construit Lille sur des bases défensives et mentales. Garcia en a fait une équipe de pressing. Aujourd'hui, Lille est à l'aise quand elle a le ballon, alors qu'avec Puel elle l'était surtout quand elle l'abandonnait. A cette époque, en huitième de finale de Ligue des Champions, les attaquants se nommaient Nicolas Fauvergue, Keita ou Odemwingie. Maintenant, c'est autre chose avec Eden Hazard, Gervinho ou Moussa Sow. Cette équipe a su se rééquilibrer vers l'avant. Garcia a apporté un sens de l'attaque, un jeu fluide. On peut se demander si c'est le fruit d'une réflexion profonde de Garcia ou simplement le fait du hasard et des joueurs présents dans le groupe. Mais c'est en tout cas le jeu qu'il veut voir. " " Garcia a fait un pari en misant sur des petits gabarits, à l'inverse de ce qui se faisait beaucoup en France puisque la DTN avait notamment mis l'accent sur le physique ", ajoute Placer. " L'émergence de Gervinho et de Hazard a favorisé ce jeu basé sur la vitesse et l'explosivité et cette équipe est capable de monopoliser le ballon et de se créer 10 à 15 tirs par matches. Elle sait gérer ses temps forts mais ses temps faibles également. L'arrivée de Michaël Landreau a fini le puzzle. Ce gardien permet de relancer vite et son jeu au pied est très bon. Aux yeux du président, c'est très important de développer du beau jeu. Grâce à cela, un match comme Lille-Caen affichait complet car les gens viennent pour voir le plus beau jeu de France. " En bon homme de cinéma, Seydoux sait qu'on ne séduit pas avec des films de série Z. " Notre projet, c'est d'avoir un jeu attractif, une composition alléchante ", explique-t-il, " C'est beau d'avoir un grand stade mais c'est très important d'avoir un grand stade plein. Et je pense que pour le remplir, la qualité du jeu sera primordiale. "Ce que tout le monde attend arrivera donc en juillet 2012. Fini le stade pourri de Villeneuve d'Ascq qui ne sait accueillir que 21.000 spectateurs. " Cette équipe sera en totale adéquation avec son jeu et sa ville quand elle évoluera dans le nouveau stade ", commente Duluc, " Pour l'instant, l'image médiatique du LOSC est catastrophique puisque le stade ne ressemble à rien. "Vive le Grand Stade Lille Métropole d'une capacité de 50.000 places. En attendant, Lille accumule les pertes sèches en recevant dans une enceinte largement ouverte à tous les vents et qui ne comprend pas de loges. " Cette échéance du grand stade, on l'appréhende depuis un certain nombre d'années ", dit Seydoux, " Les actionnaires ont toujours tenu leurs rôles mais ils n'ont pas vocation à combler les déficits. Les investissements ont donc été préparés. Les actionnaires ont accepté le programme maximum et je leur proposerai un programme adapté en fonction des recettes. Mais c'est clair qu'on savait que ces deux années (2011 et 2012) seraient compliquées puisqu'on voulait rentrer dans le grand stade avec une équipe compétitive. Or, pour cela, il nous fallait avoir une bonne équipe évoluant dans un stade aux normes anciennes pendant deux saisons. En résumé, pour le moment, nous avons les recettes peu compétitives d'un ancien stade avec de lourdes dépenses dues aux salaires ( il rit). Les grands artistes ne jouent pas dans des cabarets souterrains. On a tous envie que cette équipe ait l'écrin qu'elle mérite. Il faudra donc être au rendez-vous avec la plus belle cravate possible. " Le projet a en effet séduit tous les joueurs qui ont décidé de tous prolonger leur bail (sauf Gervinho). Comme leur entraîneur. Ce qui n'était pas gagné d'avance. " Tout le monde se demandait si son ambition personnelle allait le pousser à aller voir ailleurs ou à bâtir et gagner des trophées avec Lille ", lâche Duluc. Décrit comme ambitieux, ne fuyant pas les conflits, Garcia avait même été licencié en 2009 après une très bonne première saison lilloise pour incompatibilité d'humeur avec le directeur général de l'époque, Xavier Thuillot, et certains joueurs cadres. Finalement, Garcia sera rappelé, Thuillot dégagé et les joueurs en question recasés dans d'autres clubs. Aujourd'hui, Garcia a la confiance de ses hommes. " Il responsabilise ses joueurs en leur laissant beaucoup de libertés ", reconnaît Placer. " Sa grande force consiste à les pousser à se lâcher. Alors, ils ont envie de lui rendre cette confiance. " Finalement, il a décidé de rester. Garcia : " Ce qui me lie au LOSC, c'est qu'on va avoir ce grand stade, qu'on joue les premiers rôles et que les principaux joueurs ont prolongé. Avant de partir à l'étranger, il faut gagner quelque chose en France. "Plus que jamais, le LOSC colle donc avec sa ville, qui s'est réinventée aux portes du 21e siècle, en devenant capitale européenne de la culture en 2004, en inaugurant le complexe Euralille, en faisant venir le TGV et en s'imposant comme escale sur la route de Londres. " Le LOSC s'inscrit pleinement dans la nouvelle image européenne de la ville ", explique Mortagne, " Il y a une réelle volonté de se placer sur la carte de l'Europe. Vous savez, nous ne sommes qu'à 100 kilomètres de Bruxelles ou de Londres, 200 de Paris. Dans le monde du foot, Lille a longtemps été raillé pour vouloir jouer dans la cour des grands. Encore récemment, le président Louis Nicollin affirmait que le club ne le faisait pas b... mais petit à petit, les autres clubs comprennent le sérieux du projet. " PAR STÉPHANE VANDE VELDE" Les grands artistes ne jouent pas dans des cabarets souterrains. " (Michel Seydoux)