Révélé à un poste, inhabituel pour lui, de milieu défensif à la Coupe des Confédérations et joueur clé de la finale gagnée par la France, Robert Pires est aujourd'hui un joueur épanoui.
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Révélé à un poste, inhabituel pour lui, de milieu défensif à la Coupe des Confédérations et joueur clé de la finale gagnée par la France, Robert Pires est aujourd'hui un joueur épanoui.La Coupe des Confédérations a permis de retrouver un Pires totalement épanoui...Robert Pires: Durant ce tournoi, j'étais dans la continuité de ma saison à Arsenal. Très bien physiquement et techniquement. Je me suis fait plaisir. D'ailleurs, nous en prenons tous de plus en plus. A jouer et à gagner ensemble. On sait qu'un jour, cela s'arrêtera, alors on a envie de repousser ce moment le plus loin possible. On vous a découvert dans un nouveau rôle de milieu défensif.J'avais déjà évolué à ce poste durant l'EURO, face aux Pays-Bas. Le coach avait décidé d'aligner ceux qui n'avaient pas encore joué et je m'étais retrouvé à cette place. C'était une vraie découverte car je n'avais jamais évolué dans l'axe aussi bas. Apparemment, cela a plu à Roger Lemerre, il a gardé cela dans un coin de sa tête et il a récidivé. Mon jeu s'étoffe et cela apporte des solutions aussi bien au sélectionneur qu'à moi. On m'avait dit que ma polyvalence risquait de me desservir. J'ai toujours considéré que c'était un atout et je le pense d'autant plus aujourd'hui.Vous voilà devenu un concurrent de Manu Petit?La concurrence est toujours présente et loyale. Manu occupe ce poste, mais il n'était pas en Asie. Je m'y sens bien et, si je dois évoluer dans ce registre, je le ferai.Vous avez évolué aux côtés de Vieira. Quel a été son apport?C'est facile de jouer avec lui. Ça fait huit ans que je le connais. C'est quelqu'un de très intelligent, qui a beaucoup progressé et connaît très bien ce poste. Je pense qu'il sera un jour Ballon d'Or car sa progression est à la fois fulgurante et calculée, maîtrisée. A Arsenal, il est la vraie plaque tournante. Si le club devait le perdre, ce serait avouer un certain manque d'ambition. Sur le terrain, je lui demande de beaucoup me parler, de me remplacer. En jouant à ses côtés, on s'aperçoit du travail énorme qu'il fournit.Cette association pourrait-elle être reconduite en club?Je n'aurais rien contre. Cela pourrait me permettre de passer un palier en travaillant l'aspect défensif, où je ne suis pas le meilleur, de partir de beaucoup plus loin, de me procurer des occasions que je n'imaginais pas à ce poste.Vous insistez sur les bienfaits de votre départ en Angleterre. Cet exil a-t-il été déterminant?Il m'a permis de franchir un cap sur le plan physique, dans les duels. En France, je me retrouvais souvent à terre une fois le ballon perdu. Là, il y a toujours cette envie de le récupérer, une qualité qui me manquait certainement. En Angleterre, vous devez prendre une décision très rapidement quand le ballon vous arrive. Soit dribbler, soit le donner, mais vite. En sélection, je ne fais que suivre cet exemple. Le plus important, c'est de tenter. Tant pis si je manque une action.Vous avez trouvé cette confiance qui vous manquait. Y a-t-il eu un déclic?L'été dernier a été déterminant. Il y a d'abord eu la finale de l'EURO. Avoir la chance d'être en sélection, de disputer la finale, d'être un peu décisif, c'est important. Ça l'est d'autant plus que tout le monde se demandait si Pires allait un jour réussir. Moi aussi, je me posais la question. Je me disais que je n'avais rien à faire en sélection car il ne se passait rien, pas de provocation, pas de dribble, pas de déclic. Ensuite, j'ai eu la chance de partir en Angleterre, dans un grand club où l'entraîneur m'a fait confiance. J'ai essayé de garder la même mentalité en sélection. La confiance est revenue et avec elle la sérénité.Ce déclic a été long à venir. Avez-vous craint qu'il ne survienne jamais? Avez-vous gambergé?Oui, parce que les matches se suivaient et se ressemblaient. Aimé Jacquet m'a appelé systématiquement en espérant ce déclic. Le sélectionneur a changé, mais Roger Lemerre a continué de m'appeler. Je suis un privilégié. Mais il faut que quelque chose se passe à un moment. Ma saison à l'OM n'arrangeait rien. Aujourd'hui, je comprends très bien ce que doit éprouver Nico Anelka. Il est en difficulté avec son club comme je l'étais avec Marseille. Sa situation est comparable.La solution était de partir, de vivre dans un relatif anonymat?Il fallait que je sois tranquille. A Marseille, quand ça n'allait pas, tout était la faute d'un noyau de trois ou quatre joueurs, les plus en vue: Dugarry, Porato ou moi. On m'a fait porter des chapeaux qui étaient trop grands et surtout qui ne m'appartenaient pas forcément. C'était trop lourd à assumer, et c'est pour cela que j'ai rendu le brassard de capitaine. A Londres, je peux travailler tranquillement. Il n'y a plus personne dans mon entourage. Je suis seul avec ma femme, seul dans ma vie privée. Le ménage s'est fait naturellement, sans que j'aie forcé ma nature. Je n'osais pas me débarrasser des gêneurs alors qu'ils ne servaient à rien. J'ai longtemps cru vivre dans un univers où tout était beau. Je ne me posais pas de question sur les gens. Tous ceux qui m'entouraient étaient gentils, ils étaient là parce qu'ils m'aimaient. Puis je me suis aperçu que certains profitaient de moi, de mon caractère. J'ai pris des coups de pied au cul et je n'ai pas envie de tendre l'autre fesse. J'ai appris. Pour cela, le passage à Marseille m'a beaucoup apporté.Quel a été le rôle d'Arsène Wenger dans cette prise de conscience?Tous les Français qui sont passés à Arsenal sous sa direction ont explosé. Il m'a beaucoup parlé. Il m'a mis en garde sur mon environnement et a insisté sur le fait que je devais reprendre confiance. Arsène me connaît bien depuis Metz. Et, quand la qualité est là, ça revient.Comment s'y est-il pris concrètement pour que la confiance revienne?Il te fait énormément confiance. Au début, il te parle beaucoup, puis il te laisse tranquille. Car, une fois que tu es sur le terrain, c'est à toi de démontrer ta valeur. Mais il parle, il parle jusqu'à ce que le plaisir de jouer revienne. Il dit des mots simples, il te fait travailler. Puis ça revient progressivement. Tu retrouves des déclics, des phases, des situations de jeu, de dribble, de provocation que tu as connus plus tôt dans ta carrière. C'est par le jeu que les repères reviennent. Arsène prend six minutes pour nous annoncer sa composition d'équipe et le reste nous appartient. Quand tu entres dans le vestiaire et que certains dansent, tu as tout compris. C'est l'image de la décompression avant un match. Il y a un temps pour tout. Et une demi-heure avant le coup d'envoi, les comportements changent. J'essaie de retrouver cette décontraction en équipe de France. On ne peut pas mettre la sono car la mentalité est différente, mais j'essaie de parler, d'écouter de la musique. J'essaie simplement de m'évader jusqu'à l'échauffement, alors qu'auparavant, je me posais mille questions.On a le sentiment que l'équipe de France a trouvé la motivation au fur et à mesure que la Coupe des Confédérations avançait. Roger Lemerre a-t-il dû convaincre de l'importance de cette compétition?C'est vrai qu'il a fait passer le message. Il a insisté sur l'image à donner sur un continent qu'on ne connaît pas bien. Les trois premiers matches ont été difficiles car la saison a été longue. Puis la volonté de réussir, de montrer à tout le monde qu'on veut gagner toutes nos rencontres a pris le dessus. Ce tournoi, on y tenait, ne serait-ce que pour montrer que dans un an, nous serons là, encore plus forts. Car avec les joueurs qui manquaient cette fois-ci... L'image est importante. La motivation, on la trouve entre nous. C'est important d'avoir enchaîné Coupe du Monde, EURO et Coupe des Confédérations. Ça signifie que l'équipe de France est simplement la meilleure. La victoire apprend à se gérer, à être prêt dans les moments importants. Mais que ce soit le Brésil ou la Corée en face, l'envie de gagner est la même.Vous semblez néanmoins capables de hisser votre niveau de jeu à la demande...Notre force est d'avoir une base défensive solide et des attaquants qui peuvent marquer à tout moment. Ça nous permet de contrôler nos efforts, notre adversaire. Les moments difficiles existent, comme face au Mexique. Mais, une fois l'orage passé, on en remet un coup. Face au Japon, c'était difficile physiquement car nous avions laissé beaucoup de forces contre le Brésil. C'était un gros test de les jouer chez eux, devant leur public.Cette équipe écrase tout sur son passage, même quand elle est pénalisée par l'absence de nombreux titulaires. Comment passez-vous le message de la gagne aux nouveaux venus?Dans l'approche des matches que nous avons disputés en Corée et au Japon. Progressivement, l'envie de boucler ce triplé est devenu forte. Ce n'est peut-être pas une joie aussi forte que lors du Mondial et de l'EURO, mais soulever cette coupe a été un instant vraiment sympa.Patrick Sowden, ESM