Il avait préparé un petit discours en cas de victoire au Soulier d'Or, mais le papier est resté dans la poche de son beau costume. De toute manière, tout était dit. Remporter le plus ancien prix du football belge (50 ans) avec une telle avance (494 voix contre 116 à son pote Walter Baseggio) tenait du non-match. Le jeu tout en puissance et en inspiration d' Aruna Dindane a enterré la concurrence, on s'en doutait.
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Il avait préparé un petit discours en cas de victoire au Soulier d'Or, mais le papier est resté dans la poche de son beau costume. De toute manière, tout était dit. Remporter le plus ancien prix du football belge (50 ans) avec une telle avance (494 voix contre 116 à son pote Walter Baseggio) tenait du non-match. Le jeu tout en puissance et en inspiration d' Aruna Dindane a enterré la concurrence, on s'en doutait. Mais son succès dépasse le cadre d'une remise des prix traditionnelle retransmise en direct à la télé flamande et devenue aussi une grand-messe de Bekende Vlamingen. L'Ivoirien est le premier Africain à l'emporter presque 30 ans après la victoire du premier non-Belge, le Hollandais Johan Boskamp en 1975. En 1976, son compatriote Robby Rensenbrink l'emportait, puis le Suédois Pär Zetterberg en 1993 et 1997, l'Australien Paul Okon en 1995, le Croate Branko Strupar en 1998 et le Tchèque Jan Köller en 2000. A chaque fois, c'était une nouvelle page du football belge qui s'ouvrait. On sait ce que le football hollandais a apporté à notre championnat et ensuite les découvertes de talents dénichés de plus en plus loin par des scouts audacieux. Avec un écroulement progressif des moyens financiers de la D1 belge par rapport à ses concurrents européens et le coup de pouce de l'Union Belge qui n'a plus limité le nombre d'étrangers, on en est arrivé à engager de plus en plus de non-Belges proportionnellement bien moins chers que la main-d'£uvre locale. Jusqu'à arriver à des phénomènes excessifs comme Gand, qui a été le premier à aligner une équipe composée entièrement de joueurs étrangers, ou des noyaux quasi exclusivement étrangers comme Lokeren puis Beveren. Des clubs qui survivent pour l'instant sur le plan sportif mais qui n'attirent pas le grand public. Mais qu'importe, l'essentiel est que ces dérives n'atteignent pas l'ensemble de la D1. (Car est-il déplacé de parler de dérives quand des supporters de Beveren font flotter le Vlaamse Leeuw au vent pour encourager dix Ivoiriens et un Letton comme au premier tour ? Qui supporte quoi, là ?) Dindane a donc été reçu au palais royal. Qu'est-ce que ça a dû faire mal aux partis politiques liberticides ! Dans la foulée, l'Ivoirien, tout ébloui, a déclaré que le fait d'être honoré de la sorte prouvait qu'il n'y avait pas de problème de racisme en Belgique. Diable, le gaillard ne tireût-il pas des conclusions aussi vite qu'il tire au but en disant cela ? Disons plutôt que son élection aide ceux qui veulent lutter contre le racisme par le sport. Mais il y a encore pas mal de travail. Sur le terrain, il y a les bordées d'insultes provenant de hooligans au QI inexistant. En dehors du terrain, les contrats et autres conditions financières et matérielles qui seraient d'office moins élevées pour les étrangers de couleur de notre D1. On sait que, chez nous, certains agents et managers de clubs se sont conduits et se conduisent encore comme des négriers à l'égard du talent africain. Mais aussi que des initiatives comme Footballeurs Sans Frontières ont contribué à lui donner un coup de main parfois indispensable. La Belgique du pire et du meilleur, on connaît. Si le triomphe d'Aruna pouvait susciter des vocations et encourager des jeunes blacks à tenter à fond leur chance balle au pied, ce serait bien. Mais s'il pouvait aussi faire ouvrir les yeux sur toutes les pratiques pas toujours très nettes vis-à-vis de tous ses frères de couleur, ce serait encore mieux. L'exemple de Dindane devrait, en tout cas, encourager tout joueur africain à faire valoir ses droits. Tous ses droits. par John BaeteLe triomphe d'Aruna devrait encourager tout joueur africain à FAIRE VALOIR SES DROITS