Quatre mois de cauchemar, jour pour jour ! Depuis le 11 mai dernier, Benfica vit dans un mauvais rêve. Ce jour-là, les Lisboètes se rendent au FC Porto, leur plus grand rival des dernières années. S'ils l'emportent, ils seront champions. Et même un nul ferait leurs affaires puisqu'il leur suffirait alors de s'imposer à domicile lors de la dernière journée pour fêter un titre qui leur échappe depuis 2010.
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Quatre mois de cauchemar, jour pour jour ! Depuis le 11 mai dernier, Benfica vit dans un mauvais rêve. Ce jour-là, les Lisboètes se rendent au FC Porto, leur plus grand rival des dernières années. S'ils l'emportent, ils seront champions. Et même un nul ferait leurs affaires puisqu'il leur suffirait alors de s'imposer à domicile lors de la dernière journée pour fêter un titre qui leur échappe depuis 2010. Lorsque Lima ouvre le score après 19 minutes de jeu, tout le monde en est convaincu : Benfica sera champion. L'égalisation des Dragons, cinq minutes plus tard (but de MaxiPereira contre son camp) ne change pas grand-chose à ce sentiment : Porto semble impuissant. Jusqu'à ce que, dans les arrêts de jeu, Kelvin, un petit Brésilien sorti du banc, ne s'empare du ballon pour faire 2-1. Devant les caméras de télévision, JorgeJesus, l'entraîneur de Benfica, met un genou à terre. Il mettra le deuxième quatre jours plus tard à Amsterdam, dans les mêmes circonstances : Benfica livre un bon match face à Chelsea mais à la 92e, Ivanovic saute plus haut que deux de ses joueurs pour offrir l'Europa League aux Blues. Reste la finale de la Coupe du Portugal, dix jours plus tard, au stade du Jamor. Là aussi, Benfica mène 1-0 (but de Gaitan) à un peu plus de dix minutes de la fin. Mais en 120 secondes, Soudani et Ricardo renversent complètement la situation. A l'inverse du Bayern, Benfica a complètement loupé ses trois derniers rendez-vous et les dégâts collatéraux sont importants. Cardozo, furieux d'avoir été remplacé à 20 minutes de la fin, bouscule son entraîneur sur le terrain. Quelques semaines de vacances n'effacent pas les séquelles. Benfica livre une campagne de préparation peu convaincante, avec des défaites face au FC São Paulo et à Naples. L'affaire Cardozo ne s'est pas calmée, au contraire. Le buteur paraguayen veut partir à Fenerbahçe et entame un bras-de-fer avec sa direction, qui refuse de le laisser signer chez les Turcs parce qu'elle n'est pas certaine de recevoir son argent. Benfica entame le championnat par une défaite à Marítimo. Rien de dramatique à cela, certes : c'est la huitième fois d'affilée qu'il ne remporte pas son match d'ouverture. Mais après trois journées et un nul au Sporting, dont l'équipe de base a pourtant coûté vingt fois moins cher que la sienne, il compte déjà cinq points de retard sur le FC Porto. Alors que le club semblait sur le point de retrouver sa gloire d'antan, les deux semaines cauchemardesques du mois de mai ont mis à mal tout un travail effectué depuis une demi-douzaine d'années. Mais ce n'est sans doute pas le fruit d'un malheureux hasard. " Le président de Benfica, LuisFilipeVieira, n'a pas d'emprise sur ses troupes ", dit Paulo Gaião, éditorialiste de l'hebdomadaire Expresso. Le principal reproche fait à Vieira est d'avoir maintenu, contre l'avis de plusieurs personnes du conseil d'administration, Jorge Jesus à la tête de l'équipe non seulement maintenant mais déjà à l'issue de la saison 2011-2012, lorsqu'il avait perdu le titre au profit d'une équipe de Porto pourtant bien faible. Car les observateurs estiment généralement que Jesus manque de classe et de lucidité dans les moments les plus importants. Son succès est surtout basé sur une exigence maximale au niveau physique, ce qui nuit à la créativité de plusieurs éléments et implique une rotation très importante du noyau. Pas plus tard que la semaine dernière, un gros incident éclata lors du derby au Sporting lorsque EnzoPerez perdit connaissance pendant 45 secondes après avoir reçu un ballon dans la figure. L'entraîneur exigea qu'il remonte au jeu avant d'être tout de même contraint de le remplacer. " Jesus est un ignorant ", lança alors à la télévision le Professeur EduardoBarroso, ex-président du Sporting. " Il prend ses joueurs pour des esclaves et joue avec leur vie. Il ne respecte pas le staff médical et n'a pas les capacités pour entraîner un club comme Benfica. Il a fallu que le médecin du Sporting intervienne auprès de son confrère pour qu'il accepte de retirer Perez du jeu. " Des déclarations qui devraient lui valoir une citation en justice, tant de la part du staff médical de Benfica que de Jorge Jesus lui-même. " Nous avons fait notre évaluation et la décision de poursuivre pour deux ans avec Jorge Jesus a été prise de façon consensuelle ", se défend Vieira. " Les gens réagissent de façon impulsive et moi aussi, par le passé, j'ai commis une erreur : celle de limoger un entraîneur (Fernando Santos, ndlr) après une seule journée de championnat. Nous ne pouvons pas oublier que quand Jorge Jesus est arrivé, il y a quatre ans, nous occupions la vingt-cinquième position au ranking européen. A présent, nous sommes proches du top 5. Nous avons donc évolué et l'entraîneur a évolué avec nous. Il aurait été terrible d'entamer un nouveau cycle. " Mais qu'il le veuille ou non, ce nouveau cycle, Benfica va bien devoir l'entamer. Et c'est le deuxième gros reproche que l'on adresse à Vieira : il n'a pas su anticiper. Depuis plusieurs années, Benfica vend ses stars pour maintenir son budget en équilibre. Il ne lui reste donc aujourd'hui que des joueurs vieillissants dont la valeur marchande est proche du zéro ou des éléments qui ne se sont pas imposés et n'attirent donc pas les regards de clubs étrangers. Cette année, Benfica n'a vendu que pour 13,5 millions, le montant le plus bas encaissé au mercato d'été depuis quatre ans. C'est déjà un miracle que l'ex-gardien Roberto lui ait rapporté six millions et qu'il ait encore vendu le Paraguayen LorenzoMelgarejo pour cinq millions à Kuban Krasnodar. Nolito, pour sa part, est parti à Vigo pour 2,5 millions. Tout le monde ne partage cependant pas cette vision pessimiste des choses. CarlosJanela, ancien directeur sportif du Sporting, vole ainsi au secours de Vieira " Pour la première fois depuis longtemps, Benfica a refusé de vendre ses meilleurs éléments, comme Matic ou Cardozo. C'est un signal fort de gestion équilibrée. Aujourd'hui, rares sont les clubs qui ont le pouvoir de dire non. " Mais pour que la thèse développée par Janela tienne la route, ce Benfica-ci est condamné à réussir. Car sa balance de transferts est largement déficitaire puisque le club a investi plus de 36 millions cet été. Et ce qui est inquiétant, c'est que la plupart des joueurs qu'il a transférés... ne jouent pas. Trois d'entre eux, acquis pour un total de 14,5 millions, ont même déjà été prêtés (le défenseur argentin LisandroLopez à Getafe, le médian portugais Pizzi à l'Espanyol Barcelone et l'Argentin Fariña à Baniyus, un club de Dubaï). La saison dernière, l'axe central de la défense était fragile mais les trois joueurs transférés pour ce poste au cours de l'été n'ont pas réussi à prendre la place de la paire Luisão-Garay. A gauche, Benfica cherche un successeur à Coentrão depuis son départ pour le Real, en 2010. Jorge Jesus pensait refaire le même coup en faisant redescendre Melgarejo à ce poste mais ce fut un fiasco. Le club pensait avoir trouvé la solution en engageant le Brésilien BrunoCortez mais celui-ci n'a pas eu le temps de s'adapter qu'après trois matches, il a été rayé de la liste de la Ligue des Champions au profit de son compatriote GuilhermeSiqueira (27), loué pour un million à Grenade (avec option d'achat pour 7 millions) et qui présente l'avantage d'être déjà intégré au football européen. Autre reproche fait à Vieira : le nombre incalculable d'étrangers que compte le noyau. Au point que Jorge Jesus n'a pas pu rendre une liste complète de 25 joueurs dont huit Portugais à l'UEFA. On dénombre ainsi à présent pas moins de sept ( !) joueurs serbes, tous amenés par le même agent. " On parle plus serbe que portugais dans le vestiaire ", a lancé la semaine dernière NemanjaMatic. Et si personne ne doute de la valeur de ce dernier ni du fait que le jeune LazarMarkovic (19 ans, pas encore titularisé mais déjà auteur de deux buts) va finir par s'imposer, des transferts comme ceux de Sulejmani (Ajax), du frère de Matic ou de l'ex-défenseur central de Courtrai StefanMitrovic laissent sceptiques. Cela donne à penser que, pour faire resigner Matic jusqu'en 2018, Benfica a dû payer bien plus qu'un bon salaire au joueur... PAR PATRICE SINTZEN - PHOTOS: IMAGEGLOBE