Eric Gerets (56 ans) a rendez-vous avec Sport/Foot Mag et une équipe télé de la RTBF pour une journée de découverte de son environnement marocain. Il invite dans sa somptueuse résidence sur les hauteurs de Rabat, pas très loin du palais royal. C'est le quartier de nombreux diplomates mais aussi celui des princesses : les s£urs de l'actuel souverain, Mohamed VI, habitent tout près.
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Eric Gerets (56 ans) a rendez-vous avec Sport/Foot Mag et une équipe télé de la RTBF pour une journée de découverte de son environnement marocain. Il invite dans sa somptueuse résidence sur les hauteurs de Rabat, pas très loin du palais royal. C'est le quartier de nombreux diplomates mais aussi celui des princesses : les s£urs de l'actuel souverain, Mohamed VI, habitent tout près. Gerets est toujours un fumeur de havanes : il avoue qu'il a le cigare au bec du matin au soir, ou presque. Pas de trace de George, son légendaire et immense clébard. Et cela le mine. George était interdit de séjour en Arabie Saoudite mais pourrait venir au Maroc. " Il est chez ma s£ur en Belgique et ça va être difficile de le récupérer parce qu'il est devenu le bébé de la famille. Quand des enfants arrivent chez elle, ils disent bonjour au chien avant d'embrasser les gens... Je vais lui faire les vaccins nécessaires pour qu'il me rejoigne. Je viens de passer une semaine en Belgique et j'étais souvent avec lui : c'était trop bon. "Eric Gerets : Ça me fait un peu penser à Marseille et à Galatasaray. Les gens sont chauds. C'est ce que je recherchais. Pouvoir travailler dans des circonstances pareilles, ça fait plaisir. J'aime la pression. Et aussi les risques. Dans des pays aussi bouillants, tu as intérêt à ce que ça marche dès le début. Et cette obligation me donne une motivation supplémentaire. Ici, le foot est une religion. Comme à Marseille. Comme en Turquie. Comme en Arabie Saoudite aussi. Bien sûr. Non. J'ai plutôt tendance à penser à ce qui arrivera si tout se passe bien. Il faut toujours avoir des pensées positives. Ce que j'ai connu lors de mes dernières aventures... c'était trop bon. Et si je parviens à faire tourner l'équipe marocaine, ce sera aussi super. Le président de la Fédération sait très bien tout cela. Il m'a donné le pouvoir de faire ce que je veux. On m'avait fait la même remarque en Arabie. Mais dès que je suis arrivé, le Prince m'a offert tous les pouvoirs. Au premier entraînement, il a dit aux joueurs : -Gerets est votre nouveau coach et votre nouveau président, ça ne sert plus à rien de me téléphoner dès que vous avez un problème. Et il a tenu parole. Ce qui, au départ, n'est pas logique dans ce pays où les dirigeants se mêlent tout le temps de tout. Je suis sûr qu'il a donné son accord. Peut-être qu'il est carrément intervenu pour que je sois nommé, ça, je n'en sais rien. On me l'a raconté, en tout cas. J'espère rester quatre ans. La Fédération peut résilier mon contrat plus tôt, si nous ne nous qualifions pas pour la CAN 2012. Mais je n'ai pas l'impression qu'on se quittera aussi vite. Je te répète que je suis un positif. Nous avons joué en Irlande du Nord, il y a quelques semaines : elle a prouvé qu'elle avait toujours une âme. Ce n'était qu'un match amical, tous les joueurs avaient des rendez-vous importants avec leur club à la même période, mais tout le monde a voulu se montrer, comme s'il y avait une grande envie collective de participer à un nouveau projet. Pourtant, il faisait froid, hein ! Il y a des choses à améliorer mais la base est là. La volonté aussi. Et il y a le talent. Je ne veux pas parler du passé. J'ai entendu beaucoup de choses, on m'a dit que les joueurs ne voulaient plus se dépenser pour l'équipe nationale. Je n'ai encore rien remarqué de tout cela. Je vois qu'il y a plein de talents mais je constate que le Maroc a le même problème que la Belgique : malgré toutes les qualités, on n'arrive pas à faire des résultats. Je ne veux pas savoir pourquoi. Je suis ma route. La communication va être importante, c'est sûr. J'entraîne une équipe dans laquelle on parle trois ou quatre langues et je dois expliquer à chaque joueur, de préférence dans sa langue, ce que j'attends. J'ai la chance de parler un peu néerlandais... (Il rigole). C'est un atout. Moi, je veux surtout gagner des matches. Que je parle berbère ou chinois n'est pas important. (Il rigole). Non, c'est trop compliqué. D'un côté, oui. De l'autre, non parce que j'ai une autre vie. Je fais beaucoup de voyages, je vois plein de championnats différents, j'assiste à des matches au Maroc, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et ailleurs. Et le fait de pouvoir être en Belgique plus souvent que quand je travaillais en Arabie, c'est très bien parce que je peux voir ma famille. Bien sûr. Il y a longtemps que j'ai donné ma parole. Rien n'était signé, mais pour moi, c'était en ordre. Entre ce moment-là et mon premier jour de travail, huit mois se sont écoulés et j'ai reçu pas mal de propositions. J'ai tout refusé, par correction vis-à-vis des gens de la Fédération marocaine. Ils ont beaucoup apprécié. Des bonnes équipes m'ont contacté... Tous les entraîneurs rêvent de ça. Mais Barcelone et le Real ne m'ont pas encore contacté : peut-être que je ne suis pas assez bon... Je suis en tout cas satisfait du parcours que j'ai fait jusqu'ici. A 17 ans, je me disais que si je pouvais jouer quelques matches en D1, ce serait bien. Puis, je suis resté 11 ans au Standard, j'y ai été capitaine. J'ai aussi porté le brassard en équipe nationale. Quand j'ai choisi de devenir entraîneur, je visais à nouveau la D1 belge. Après, j'ai quand même fait des trucs assez bons... J'ai par exemple entraîné deux clubs qui avaient gagné la Ligue des Champions : le PSV et Marseille. Heureusement, j'ai eu un très bon exemple : Guy Thys. Je voudrais travailler comme lui, avec la même philosophie. Mes méthodes habituelles. Parler. Beaucoup mais pas trop : deux ou trois minutes de temps en temps avec tout le monde. Et laisser beaucoup de libertés parce qu'un joueur qui revient ici pour jouer avec l'équipe nationale n'a pas envie de se taper six heures de vidéos. Il faut trouver l'équilibre entre les trucs dont les joueurs ont besoin et une sensation de bien-être. Dominique Cuperly, mon adjoint, vient de diriger trois matches en attendant mon arrivée : il leur a déjà bien expliqué les choses. Je ne dis pas qu'ils ont peur mais ils savent déjà ce qu'ils ne pourront pas se permettre avec moi. Pas du tout. J'ai même peur que les gens soient subitement devenus trop positifs, vu notre bon match en Irlande du Nord. C'était tellement mauvais avant ça que d'un coup, les Marocains ont tendance à dire que nous avons joué le foot du Barça. C'est exagéré, bien sûr. Mais bon, je préfère des gens trop positifs que trop négatifs. Je remarque aussi qu'on attend énormément de bonnes choses en se basant sur mon passé : presque tous les clubs que j'ai entraînés ont gagné leur championnat, ça marque les Marocains, ils pensent que je vais continuer sur ma lancée. Je veux savoir ce qu'ils ont dans la tête, je veux connaître leurs émotions vis-à-vis des pays pour lesquels ils peuvent devenir internationaux. S'ils se sentent plus belges, français ou allemands que marocains, je n'insisterai pas trop. S'ils doutent en se raccrochant au fait que leur père ou leur mère est d'ici, j'essayerai déjà de me montrer plus persuasif. Mais sans leur mettre trop de pression. C'était mon état d'esprit quand j'ai convoqué Nacer Chadli pour le match en Irlande. Et il a été le meilleur joueur de la soirée. Si les joueurs sont très bons, j'insiste un peu plus... Je sais que c'est un bon joueur mais je ne l'ai vu que deux fois. Contre Eupen : il n'a touché que quatre ballons. Puis tout récemment à Anderlecht : c'était mieux mais toujours pas bon. Je l'ai aussi observé quand je suis allé à l'Académie Robert Louis-Dreyfus, j'ai analysé son comportement sur le terrain et à la cantine : il fait encore beaucoup de couillonnades avec tout le monde. J'ai compris qu'il avait encore une grande marge de progression. Il ne doit pas se dénaturer et je ne dis pas que c'est encore un bébé, mais il doit devenir adulte. Chadli est plus mûr, c'est clair. Je lui ai parlé au Soulier d'Or. Je crois que la Fédération marocaine a commis des erreurs avec lui quand il a été invité ici. Il m'a tout raconté. C'est trop tard, il a choisi la Belgique. Dommage qu'on ait raté ce coup-là. L'aspect sportif joue mais il n'y a pas que ça. Si tu peux jouer dans une bonne équipe sans avoir des sentiments pour ce pays-là, ça n'ira pas. Je n'aurai aucun problème avec les joueurs qui choisiront la Belgique plutôt que le Maroc s'ils sont sûrs de leur choix à 100 %. Non, mais son entourage a joué un rôle énorme : sa famille, ses amis. Il a toujours vécu entouré d'une majorité de Marocains. Et le fait qu'un vent nouveau souffle sur l'équipe marocaine l'a encore plus fait réfléchir. Tout à fait. Preud'homme serait bête s'il tenait un autre discours à Chadli. Je ferais la même chose. Aucun entraîneur de club n'est content de voir partir un bon joueur à la CAN pendant trois semaines. Il a été titulaire mais il n'est plus dans le groupe aujourd'hui, à cause de tous les problèmes qu'il a lui-même provoqués à Bruges. Il doit d'abord redescendre les pieds sur terre et résoudre ses soucis là-bas. Je gagne bien ma vie, je suis content. Oui, mais ça s'est calmé entre-temps. En plus, les journaux ont balancé des chiffres astronomiques. C'est pour ça qu'il est important de faire très vite des résultats. Si nous gagnons des matches et si les Marocains voient qu'ils ont à nouveau une équipe de gars prêts à mouiller le maillot, plus personne ne se préoccupera de ce que je gagne. Pas le plus important. J'ai reçu une proposition du Qatar, et j'aime autant te dire que là, c'étaient encore d'autres chiffres. En plus, je ne pouvais pas faire ça à mon prince à Al Hilal : passer d'Arabie Saoudite au Qatar, ça ne se fait pas. Il y avait un gros pourcentage pour l'ambiance qui règne ici, la passion du foot. Et le cadre de vie : tu te lèves en plein mois de janvier, il fait 20 degrés. Je viens de passer une semaine en Belgique et je n'ai pour ainsi dire pas lâché mon parapluie. Pour les quelques années qu'on nous donne sur cette Terre, je trouve que c'est important de travailler sous le soleil ! Parce que tu es mieux dans ta tête que s'il pleut sans arrêt. J'en suis à un stade de ma carrière où la qualité de vie est un critère plus important que dans le passé. Là-bas, c'est clair que l'argument financier était beaucoup plus important qu'ici. Mais je me suis aussi laissé séduire par l'aventure. Avant de quitter le foot, je voulais savoir ce que ça pouvait donner dans un autre monde, dans une culture tout à fait différente, avec une autre religion. C'était carrément monstrueux. Je suis d'autant plus fier d'avoir pu tenir ma promesse, d'être resté comme prévu jusqu'à l'élimination en demi-finale de la Ligue des Champions. En fait, j'ai commencé à me sentir bien dans ma peau après cinq ou six semaines. Et au moment de partir, j'étais vraiment très bien dans ma peau. Tout. Je vivais dans un compound, un village où il n'y a pratiquement que des étrangers. A 16 h 30, tout le monde s'enfermait et je ne voyais plus personne jusqu'au lendemain matin. Ma famille me manquait énormément. Et j'avais, en plus, des problèmes privés. Tout a été mieux quand j'ai changé de compound : j'ai commencé à rencontrer des amis, je passais des soirées à gauche et à droite. J'y ai trouvé mon équilibre. Plus à fond que dans n'importe quel autre pays. Les Saoudiens respectent tout. Tout ! Pas gênant mais surprenant. Parfois, mes joueurs arrivaient en retard à l'échauffement d'avant-match parce qu'ils avaient dû faire la prière. Le match commençait de toute façon à l'heure, donc l'échauffement était raccourci. Moi, je n'avais pas trop de problèmes avec ça. Par contre, mon adjoint... Un Allemand... Mais je me suis vite habitué à cette façon de vivre la religion. S'il fallait décaler l'entraînement à 22 h 30 ou à 23 h pendant le ramadan, je le faisais. On peut essayer de me priver d'alcool. Mais celui qui me privera d'un bon cigare... Ce n'est même pas la peine d'essayer. Ce ne serait pas correct de penser déjà à ce qui viendra après mon contrat, puisque j'ai signé pour quatre ans. Peut-être que je continuerai. Peut-être, aussi, que je dirai stop et que je jetterai tous mes vêtements de sport dans la Meuse. Pour commencer une autre vie. Tout dépendra surtout de mon équilibre privé à ce moment-là : c'est une priorité pour moi. Tout à fait. C'est Harun Arslan, un manager turco-allemand. Le top du top. Si je me souviens bien, j'ai dit qu'il fallait se qualifier pour ces deux tournois-là. Et ensuite essayer de gagner la CAN. Si tu pars là-bas sans ambition, ça ne va pas. Parce que chaque pays a un jour la possibilité de gagner la Coupe d'Afrique. Tout est possible si je parviens à faire une bonne équipe avec tous les talents individuels que j'ai sous la main. La Belgique l'a quand même fait dans le temps, non ? On t'aurait pourtant traité de fou si tu avais dit avant le Mondial 86 que les Diables iraient en demi-finale. Avec du talent et une grande volonté de se battre l'un pour l'autre, chaque équipe au monde peut atteindre des résultats extraordinaires. Vu les rapports entre le Maroc et l'Algérie, ça risque d'être chaud. Il y a une rivalité comme entre la Belgique et les Pays-Bas. Je me suis bien battu et mon président était content... (Il rigole). Sur tout, même sur l'affaire Standard-Waterschei. Je me suis régalé. Non. On m'avait prévu que ça risquait de venir sur le tapis. Oui. Des matches pareils sont souvent décevants. J'ai déjà vu des mauvais matches aussi entre le PSV et l'Ajax. Si tu attends plein de choses de chocs pareils, tu risques fort de rester sur ta faim. Anderlecht ne devait pas nécessairement gagner et le Standard était dans une position délicate. En plus, il était privé de quelques joueurs importants, de gars qui apportent un plus, surtout Steven Defour. Enlève Defour au Standard et c'est comme si tu retirais Boussoufa à Anderlecht. Bien sûr. J'ai mal au c£ur quand je vois ça. PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS : REPORTERS / MICHEL GOUVERNEUR" Pour El Ghanassy, c'est trop tard, il a choisi la Belgique. "" Carcela fait encore plein de couillonnades. Je ne dis pas que c'est encore un bébé mais il doit devenir adulte. "" Barcelone et le Real ne m'ont pas encore contacté : peut-être que je ne suis pas assez bon ?"" Dans des pays aussi chauds, tu as intérêt à ce que ça marche dès le début. "