Au bout d'une rencontre avec Jordi Condom, la conversation avec le coach d'Eupen aboutit sur la gestion du rythme sur le terrain. Un domaine dans lequel le Catalan dégaine spontanément un nom à l'heure de citer un modèle : " Damien Marcq. " Le numéro 25 des Carolos n'a jamais l'air dépassé. Sans doute parce que c'est lui qui choisit le rythme de croisière de la plupart des rencontres des Zèbres. Une qualité qui a aussi tapé dans l'oeil d'Hein Vanhaezebrouck, qui rêvait tout haut du milieu de terrain français à la fin de l'été dernier, quand il a fallu trouver un remplaçant au maestro Sven Kums, parti écrire la suite de son histoire en italien.
...

Au bout d'une rencontre avec Jordi Condom, la conversation avec le coach d'Eupen aboutit sur la gestion du rythme sur le terrain. Un domaine dans lequel le Catalan dégaine spontanément un nom à l'heure de citer un modèle : " Damien Marcq. " Le numéro 25 des Carolos n'a jamais l'air dépassé. Sans doute parce que c'est lui qui choisit le rythme de croisière de la plupart des rencontres des Zèbres. Une qualité qui a aussi tapé dans l'oeil d'Hein Vanhaezebrouck, qui rêvait tout haut du milieu de terrain français à la fin de l'été dernier, quand il a fallu trouver un remplaçant au maestro Sven Kums, parti écrire la suite de son histoire en italien. Parce que Johan Cruijff aimait signaler qu'un joueur " apprend toujours sur base de son propre corps ", le football de Damien Marcq est conditionné par une caractéristique inhérente : son manque de vitesse. " C'est mon principal défaut, depuis mon début de carrière ", reconnaît l'intéressé dans un entretien accordé à Sport/Foot Magazine en début de saison. " Quand on parle de vitesse pure, c'est lié à mon organisme, je ne peux rien y changer. Je suis plutôt un diesel qui a besoin de tourner. " Alors, pour éviter d'être dépassé, Marcq s'installe au coeur du jeu et y joue les agents de circulation. Son football fixe les limitations de vitesse, et son intelligence de jeu lui permet généralement de sanctionner ceux qui tentent de jouer les fous du volant. Quand elle ne suffit pas, le Nordiste n'hésite pas à dépasser les limites à son tour, quitte à s'attirer les foudres d'arbitres qui lui ont déjà montré du jaune à quarante reprises depuis ses débuts sous le maillot zébré. Une habitude qui peut parfois coûter cher, comme quand elle offre un penalty à Ostende en pleins play-offs. Mais la pérennité sur le trône du rythme implique parfois des sacrifices. Sur le terrain, Marcq aime reculer pour mieux sauter. Souvent, il se rapproche de ses défenseurs centraux pour échapper au pressing adverse, et s'offrir du temps. Quelques secondes indispensables pour lutter contre sa lenteur naturelle, et élargir le panorama offert à son pied droit, terriblement précis quand on lui laisse l'opportunité de l'activer. Tout est une question de timing. Parce qu'il aime toucher le ballon plus souvent que les autres, et que la sécurité qu'il offre balle au pied incite généralement ses équipiers à lui confier la sphère sans hésiter, Damien Marcq est devenu le baromètre du jeu carolo. Le football de Charleroi est construit autour du sien. Le Français incarne à merveille la célèbre phrase de Vujadin Boskov, l'ancien entraîneur serbe du Real Madrid et de la légendaire Sampdoria du début des années 90 : " Une équipe joue comme son milieu de terrain. " Pour comprendre le football zébré, il faut donc demander à Damien Marcq de faire les présentations. Le Boulonnais offre un embryon d'autobiographie footballistique dans Sudpresse : " J'aime le combat physique, le duel et le tacle ", raconte Marcq, qui concède ensuite qu'il " aime le ballon, malgré tout. J'aime bien prendre un peu de risques et casser les lignes. Ça peut enflammer le public et enclencher une action. " Se battre pour récupérer le ballon, puis le faire voyager le plus rapidement possible vers le but adverse. La phrase pourrait sans problème être mise dans la bouche de Felice Mazzù. Charleroi joue donc comme Marcq. Sans prendre de risques, parce que son maestro est un milieu défensif qui enchaîne les partitions sérieuses. " La priorité pour moi, quand j'entame un match, c'est de garder le zéro. On peut considérer que je suis un peu le cinquième défenseur. Jouer avec deux numéros 6 me permet parfois de sortir un peu plus, mais ce n'est pas la priorité. " Au milieu de terrain, devant un Javier Martos qui s'occupe d'ordonner la défense des Zèbres, Marcq est l'un des relais de Felice Mazzù de l'autre côté de la ligne blanche. L'homme du Nord interprète avec ses pieds les idées d'un entraîneur qui a, pour l'instant, un livre consacré à Diego Simeone sur sa table de chevet. Au sud de l'Europe, El Cholo a retrouvé la solidité de son Atlético en installant parfois José Maria Gimenez, un défenseur central, devant son quatre arrière. " Ce n'est pas facile de jouer au milieu. Le milieu est très grand ", aime rappeler le coach des Colchoneros, qui ajoute généralement que les spécialistes du poste au plus haut niveau sont des trentenaires, dont les pieds ont écrit l'histoire de centaines de matches de football. S'il n'a encore que 28 ans, Damien Marcq était déjà capitaine de Boulogne-sur-Mer voici une dizaine d'années, et ressemble à un de ces joueurs qui ont toujours eu de l'expérience dans les bagages. Interrogé par le Nieuwsblad, Felice Mazzù le raconte à sa manière : " Avec sa mentalité, c'est un exemple pour Charleroi. C'est un Kompany. Pas en termes de style de jeu, mais dans son attitude, son intelligence, son comportement. Il est atypique. Il lit beaucoup, est intéressé par la culture... " L'esquisse d'un homme qui réfléchit beaucoup en dehors du terrain, et qui devient logiquement un footballeur cérébral. Simeone a choisi Gabi pour diriger son équipe vers les sommets européens, Mazzù a opté pour Marcq quand il a dû présenter une figure de proue pour son projet vers les cimes du football belge. Le mot de la fin est encore pour Damien Marcq. L'auto-portrait ressemble à un tableau du Pays Noir : " Avant, certains me voyaient comme un joueur créatif, mais je suis fait pour courir pour les autres. " Mais évidemment, il y a une condition. Que ce soit lui qui choisisse la vitesse à laquelle les autres courent... PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTO BELGAIMAGE