Tout bien réfléchi, si je ne suis supporter d'aucun de nos clubs de D1 (ni des Mauves ni des Rouges, ni des Bleus ni des Fuchsias...), ça doit d'abord être par manque de courage ! Car au fond de mon fond, j'aimerais pouvoir m'identifier à une équipe, en suivre au plus près la vie au jour le jour, fraterniser avec des potes qui ont fait le même choix : mais le problème, c'est qu'être un vrai supporter équivaut bien trop fréquemment à s'inventer des raisons de se morfondre profondément !
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Tout bien réfléchi, si je ne suis supporter d'aucun de nos clubs de D1 (ni des Mauves ni des Rouges, ni des Bleus ni des Fuchsias...), ça doit d'abord être par manque de courage ! Car au fond de mon fond, j'aimerais pouvoir m'identifier à une équipe, en suivre au plus près la vie au jour le jour, fraterniser avec des potes qui ont fait le même choix : mais le problème, c'est qu'être un vrai supporter équivaut bien trop fréquemment à s'inventer des raisons de se morfondre profondément ! Sur le long terme en tout cas, je ne crois pas pouvoir arriver à équilibrer mes grandes joies ponctuelles et mes petites douleurs continues, les secondes feraient plus mal que les premières : avoir peur de la relégation si elle menace, être angoissé à l'idée de louper le titre s'il est envisageable, râler sur les transferts quand ça ne tourne pas, contester les compos d'équipe, suspecter la mentalité des joueurs, déprimer si l'on est nul à l'échelon européen, réclamer la peau du coach ou des comitards, développer par rapport aux arbitres un complexe de persécution,... tout cela n'est bon ni pour le teint, ni pour le c£ur, ni pour la bile, ni pour le moral ! Etre supporter acharné et s'efforcer de voir la vie en rose, ça me semble difficilement compatible... Pour que je puisse devenir supporter, me faudrait un p'tit club peinard qui ne fait pas trop souffrir : qui gagne un peu plus souvent qu'il ne perd, qui refile tous les quatre ou cinq ans un grand bonheur dont on garde précieusement le souvenir, qui n'a jamais la trouille de dégringoler, qui n'envahit pas notre presse people via ses histoires de trucage, dopage ou esclavage, qui ne bazarde pas treize entraîneurs à la douzaine, dont le noyau n'est pas une gare de triage permanente, et qui ne pue pas le fric plus souvent qu'à son tour. - Autant chercher une pipette (pour gonfler les ballons) dans une botte de foin, un tel club n'existe pas, me suis-je dit d'abord, en jetant néanmoins un rapide coup d'£il sur le classement de notre D1 pour mieux m'en convaincre. Puis mon regard s'est figé sur un nom, et j'ai gueulé -Bon Dieu mais c'est bien sûr ! comme le commissaire Bourrel de la grande époque : si, pareil club existe ! Il est flamand mais je m'en fiche, nos Diables ne le sont guère moins, je me vois fort bien aficionado d'un club du Nord profond : ma main au feu que 80 % des footeux wallons ne savent pas s'il se situe du côté de Bruges ou du côté d'Hasselt ! Top de l'ignorance wallonne, le petit-fils de Marcel et Georgette (3e primaire, obsédé de foot et qui mélange tout) a même répondu lors d'une interrogation que Napoléon, coach de l'équipe de Lyon voici déjà longtemps, s'était fait démolir en Ligue des Champions à Westerlo... Westerlo ! Ce club est l'exception jolie confirmant une règle qui l'est moins ! Westerlo s'est amené pour la première fois en D1 en 1997, il ne l'a jamais quittée depuis. Il a gagné la Coupe en 2001, et ne s'est inquiété pour son maintien que l'année suivante : sinon, il a pris la bonne habitude de démarrer fort (3e cette saison après 7 journées) pour se la couler douce en roue libre dès les matches retour ! Il n'a jamais changé d'éminence grise (son manager Herman Wijnants), ni de sponsor maillot principal (si visible que tous les joueurs paraissent s'appeler Veralu !). 12e budget de D1 avec ses 4,5 millions d'euros, c'est le club d'une commune de 23.000 habitants seulement, mais qui peut compter sur 5.000 spectateurs de moyenne dans un Kuipje pouvant en contenir 8.000 ! De Jos Heyligen à Herman Helleputte en passant bien sûr longuement par Jan Ceulemans, Westerlo n'a usé que trois entraîneurs en dix ans. Aujourd'hui comme en 2005/06, son onze de base adhère au principe de l'enracinement nécessaire en alignant 8 Belges sur 11. Jaja Coelho l'an dernier ou Patrick Ogunsoto maintenant, dénicher le buteur étranger qui bute y paraît chose naturelle. Et, fait rarissime, c'est un onze de base : si Marc Wagemakers n'avait pas loupé un match, Helleputte aurait commencé sept fois avec la même équipe ! En ne faisant rien comme les autres, Westerlo respire la modestie et ne déçoit jamais, parvient à conjuguer le foot et la quiétude. Westerlo me va, c'est décidé, j'ai choisi, j'essaie : veuillez dès ce jour me considérer comme supporter fanatique. par Bernard Jeunejean