" Fernando Da Cruz m'a proposé la place de T2 "

Par Steve Dugardein / 369 matches officiels joués avec Mouscron entre 1996 et 2008 / responsable de l'école des sports de la Ville de Mouscron
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Par Steve Dugardein / 369 matches officiels joués avec Mouscron entre 1996 et 2008 / responsable de l'école des sports de la Ville de Mouscron " Au moment du premier partenariat avec Lille, j'entraînais les U19 de l'Excel et je travaillais déjà pour la Ville. C'est comme ça que j'ai fait la connaissance de Fernando Da Cruz, qui était responsable du centre de formation. Et d' Arnaud Dos Santos, qui s'occupait des U21 et est aujourd'hui le T2 de l'équipe pro. Ils m'ont impressionné par leur amour du foot. La passion, chez eux, ce n'était pas un bête cliché. Ils m'ont beaucoup conseillé sur la façon de donner les entraînements et j'en ai retiré plein de choses que je continue à utiliser aujourd'hui. J'écarquillais les yeux. J'étais bluffé par l'art de Fernando Da Cruz pour mixer le travail physique et les exercices avec ballon. Il envoyait parfois ses joueurs dans le bois ou sur la piste, mais c'était très rare. Il préférait passer le maximum de temps avec ballon. Et il aime le beau jeu, ça s'explique aussi par son long passé de capitaine de l'équipe de France de futsal. Il préférera toujours un petit gars technique à une armoire à glace, qui se nourrit de longs ballons balancés depuis l'arrière. Quand Lille a décidé de remplacer Rachid Chihab par Fernando Da Cruz comme T1 de l'équipe première, il m'a proposé de devenir son adjoint. Ça me tentait énormément, mais la Ville ne m'a pas libéré et c'est un autre ancien du club, Giovanni Seynhaeve, qui l'a fait. Fernando Da Cruz n'a peut-être pas marqué les esprits du grand public quand il a fait sa première pige à l'Excel, mais les circonstances étaient difficiles. Aujourd'hui, c'est différent. Le LOSC a prêté des jeunes qui ont un gros potentiel, le coach a le grand avantage de déjà les connaître puisqu'il les entraînait à Lille. Et puis, il a pris de la bouteille pendant ces années, ce n'est plus tout à fait le même homme, plus tout à fait le même entraîneur, plus tout à fait le même coach. " Par Rachid Chihab / 46 matches comme coach de Mouscron, détenu par le LOSC de 2013 à 2015 / 25 ans de formation au LOSC / actuellement en stand-by " J'ai pu participer, en quelques mois, aux plus grands moments de la collaboration entre le LOSC et Mouscron. En 2014, on a gagné le tour final de D2, lors du dernier match, sur le terrain de Saint-Trond. Une soirée dingue. On est passés par tous les états d'âme. On a d'abord été menés et le score dans l'autre match ne nous était pas favorable. Puis on a renversé la situation. Le retour à Mouscron a été épique. Il y avait un monde de malade au stade, des gens sont montés sur le toit de notre bus, c'était même un peu dangereux... Puis on a enchaîné par un parcours complètement inattendu au début du championnat de D1. Le 15 août, pour la quatrième journée, on a laminé le Standard au Canonnier : 5-2. À ce moment-là, on jouait la tête du classement. En plus, on pratiquait un beau football. L'euphorie continuait. Il y avait toujours l'euphorie de la montée qui jouait, mais pas que ça. J'avais aussi un bon noyau. J'avais par exemple Abdoulay Diaby pour marquer des buts, Kevin Vandendriessche pour tout contrôler au milieu de terrain. En tout cas, c'était surréaliste de se retrouver tout en haut du classement alors que, si on tenait compte des budgets, on devait être tout dans le fond. J'ai été remplacé en janvier et je garde un souvenir beaucoup moins agréable de mes dernières semaines comme entraîneur. Dès qu'on a appris que le LOSC allait se retirer de Mouscron, tout s'est écroulé. On ne savait pas ce que le club allait devenir, les joueurs ne savaient pas de quoi leur avenir serait fait. C'était compliqué. Il y avait plein de bruits, parfois alarmistes, qui couraient. Et, clairement, ça a eu une incidence sur nos résultats. L'euphorie avait complètement disparu entre-temps. Avec le recul, il y a peut-être des choses que les responsables des deux clubs auraient dû faire autrement à l'époque. Par exemple, on faisait presque tous nos entraînements au complexe du LOSC, à Luchin. C'était d'abord une question de confort. En général, on ne bossait à Mouscron que la veille des matches. Ce n'était sans doute pas une bonne idée, parce qu'elle passait mal auprès des supporters. Ils n'étaient pas directement touchés parce qu'on n'attirait quand même que quelques personnes à nos entraînements quand on les faisait à Mouscron, mais pour eux, c'était d'abord une question de principe. Leur club était détenu par un propriétaire français et les joueurs travaillaient au quotidien en France, donc ils n'avaient plus l'impression de soutenir une équipe belge. C'était une question d'identité à leurs yeux. Il aurait fallu en tenir compte pour entretenir le lien entre l'équipe et le public. Vu que les résultats sont devenus moins bons en cours de saison, les gens ont commencé à s'en détourner et on n'a plus accueilli autant de monde qu'au début du championnat. Mais, globalement, l'expérience a été bénéfique pour tout le monde. À l'époque, le LOSC avait les mêmes ambitions qu'aujourd'hui : aider Mouscron et mettre des jeunes joueurs lillois en vitrine, poursuivre leur post-formation, les rapprocher éventuellement d'une place dans l'équipe A du LOSC. " Par Edward Van Daele / président de Mouscron au moment du premier partenariat avec le LOSC / président d'honneur / avocat à la retraite " Après la liquidation, j'ai repris la présidence que j'avais quittée en 2006, on a racheté le matricule de Péruwelz et on a redémarré en Promotion. Il nous fallait un partenaire solide pour remonter plus vite les échelons et on a eu l'idée d'aller trouver les gens de Lille. La même région, la même langue, la même culture, le même tissu économique et social : c'était le partenaire idéal. Je retiens surtout la grande confiance réciproque qu'il y avait entre les deux parties. Le LOSC avait un noyau pléthorique et a mis à Mouscron des joueurs qui nous ont apporté beaucoup. Ce club nous a beaucoup appris. Quand Lille est arrivé, Mouscron vivait encore un peu à la bonne franquette, on ne maîtrisait pas très bien notre budget, ça manquait d'organisation. Ils nous ont appris qu'un plus un, ça fait deux. On avait face à nous des gens responsables, ils nous ont contraints à revoir notre méthode de fonctionnement au quotidien. Dès le départ, ils avaient exigé d'avoir la mainmise sur le sportif et ça s'est bien passé. Ça aurait pu durer plus longtemps, mais on n'avait pas la maîtrise de notre destin. Quand Marc Coucke a décidé d'entrer dans le capital du LOSC tout en étant propriétaire d'Ostende, il se liait indirectement à Mouscron et c'est interdit par les règlements d'être impliqué dans deux clubs d'un même championnat, donc Lille s'est retiré et il a fallu passer à autre chose. " Par Anne-Charlotte Beatse / responsable presse de Mouscron en 2014-2015 / consultante en communication et réseaux sociaux sous le nom de Charlotte en Ville" La première collaboration entre le LOSC et Mouscron n'a pas été évidente du tout. Je parlerais d'un premier mariage qui a été fracassant à certains moments. Je suis arrivée juste après la remontée en D1 et j'ai vite remarqué que les gens de Lille étaient vus par les Mouscronnois comme des intrus, des envahisseurs à la limite. Au niveau de la direction, tout était décidé à Lille, c'était très clair. Moi, par exemple, j'avais été engagée officiellement par le LOSC. Les rares Mouscronnois qui étaient encore dans les comités n'avaient pas grand-chose à dire, ils prenaient rarement leurs responsabilités, sans doute aussi parce qu'ils n'avaient guère le choix. Il est arrivé à Edward Van Daele de faire des déclarations fortes, très engagées, alors qu'il n'en avait pas discuté à l'avance avec les actionnaires lillois. Donc, c'était compliqué. Mais les gens de Lille ont surtout apporté la grosse dose de professionnalisme qui manquait pour refaire de Mouscron un vrai club de première division. Et puis il y avait la perception chez les supporters et dans la population mouscronnoise en général. Tous ces gens-là aussi voyaient un envahisseur sur leurs terres. Ils critiquaient l'absence d'ancrage local. Mais bon, avec le recul, les mêmes personnes sont bien obligées de revoir leur perception de l'époque. Avec les propriétaires qui se sont succédé après la revente par le LOSC de ses parts en 2015, qu'a-t-on vu ? Des patrons exotiques qui ne se sont même jamais montrés au stade. C'était quand même bien plus local avec Lille. C'est un voisin, et le domaine de Luchin n'est qu'à une vingtaine de minutes. Les supporters qui critiquaient qu'on ait délocalisé les entraînements de Mouscron là-bas, ils avaient tort. Parce que le groupe avait les meilleures conditions de travail qu'on pouvait imaginer. Pour ce qui est de la composition du noyau, c'était très local aussi. Lille avait parqué à Mouscron plusieurs joueurs qui habitaient dans des bleds du Nord, donc tout près du Canonnier. On a eu des soirées mémorables. Je retiens en priorité les victoires contre le Standard et Anderlecht, deux matches avec beaucoup de buts, 5-2 et 4-2. Le stade était plein, on avait monté un grand chapiteau sur le parking, on a vécu deux fêtes incroyables. Les Mouscronnois étaient redevenus euphoriques grâce à leur équipe de foot. Donc, il a fallu le passage de plusieurs propriétaires venant du bout du monde pour qu'on comprenne à quel point c'était une bonne idée de s'associer au LOSC. J'ai l'impression que le deuxième mariage va être plus cool, plus serein. En tout cas, c'est l'impression qu'on a de l'extérieur. Lille n'a pas fait mystère de ses intentions, il veut que l'Excel soit un tremplin ou une vitrine pour les joueurs qu'il prête. Tout est clair, on sait à quoi s'attendre. Et, avoir désigné Fernando Da Cruz comme coach, c'est tout bon. Il connaît déjà le club et sa mentalité, il connaît les joueurs prêtés par Lille. J'ai des souvenirs forts de Rachid Chihab, il avait apporté beaucoup, il avait permis de prendre un très bon départ, mais c'est un homme assez froid, assez distant. Fernando Da Cruz est fort différent dans son comportement. C'est le genre de gars qui s'entend avec absolument tout le monde, hyper positif, très humain, disponible, passionné et passionnant.