Il n'a jamais été bling-bling. Il lui arrive même de venir à l'entraînement du Bayern en Vespa. Pour lui, c'est bien plus facile et plus tranquille qu'en voiture. Manuel Neuer (28) est quelqu'un de sobre. Il y a quelques semaines, c'est avec une grande humilité qu'il a accueilli son élection au titre de Joueur de l'Année du championnat d'Allemagne. Et il n'était pas plus excité à l'idée de figurer parmi les nominés pour la remise du prix du Joueur Européen de l'Année. Il s'est finalement classé deuxième derrière Cristiano Ronaldo. Un choix étrange mais le gardien allemand a parfaitement contrôlé sa déception.
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Il n'a jamais été bling-bling. Il lui arrive même de venir à l'entraînement du Bayern en Vespa. Pour lui, c'est bien plus facile et plus tranquille qu'en voiture. Manuel Neuer (28) est quelqu'un de sobre. Il y a quelques semaines, c'est avec une grande humilité qu'il a accueilli son élection au titre de Joueur de l'Année du championnat d'Allemagne. Et il n'était pas plus excité à l'idée de figurer parmi les nominés pour la remise du prix du Joueur Européen de l'Année. Il s'est finalement classé deuxième derrière Cristiano Ronaldo. Un choix étrange mais le gardien allemand a parfaitement contrôlé sa déception. On ne s'attendait d'ailleurs pas à ce qu'il en soit autrement. Neuer a grandi dans le paysage désolant de la Ruhr, entouré de travailleurs courageux, de visages rudes, de nombreux chômeurs rendus apathiques par la vanité de leur situation, de marginaux... Il rêvait d'être footballeur professionnel, s'est entraîné comme un possédé et a vécu ses premiers moments de gloire en mai 2004 lorsqu'il fut ramasseur de balle lors de la finale de Ligue des Champions opposant, sur le terrain de Schalke 04, le FC Porto à Monaco. Toutes ces images ont sans doute défilé dans sa tête le 13 juillet dernier au Maracanã, lorsqu'il a remporté le titre mondial avec l'Allemagne et croulé sous les superlatifs. Des compliments qu'il ne put endurer bien longtemps parce qu'ils contrastaient trop avec son caractère réservé. Même lorsqu'ils émanent de spécialistes comme l'ancien international Günter Netzer, toujours très critique mais qui affirme que Neuer est "de loin le meilleur gardien du monde. " Ou comme Matthias Sammer, directeur sportif du Bayern, qui le juge "gardien le plus complet de tous temps. " Manuel Neuer est né et a grandi à Gelsenkirchen. Il n'a jamais renié ses racines. Ce n'est pas un hasard s'il a fondé la Manuel Neuer Kids Foundation, qui tente d'offrir des perspectives aux jeunes de la Ruhr en décrochage. A l'école, déjà, il partageait ses tartines avec les enfants qui n'en avaient pas. La modestie et le sens de la justice font partie d'une éducation qui ne lui a pas laissé la possibilité de marcher à côté de ses pompes. Il n'a jamais rien exigé d'extraordinaire de la vie. Sa compagne, Kathrin Gilch, a deux ans de plus que lui et travaille dans un salon de coiffure de Munich. On la voit rarement et elle refuse d'être une femme de joueur comme les autres : elle ne s'habille pas de façon excentrique et déteste le maquillage et les mini-jupes. La grande force de Neuer, c'est son calme. C'est dans cet état d'esprit qu'il y a quelques semaines, il a abordé la finale de la Coupe du monde. A l'entame du tournoi de nombreux points d'interrogation encadraient pourtant sa participation car il n'était pas au sommet de sa forme. Les journaux faisaient état d'une blessure délicate à l'épaule. Mais jamais il n'a paniqué, même lorsqu'il pouvait à peine s'entraîner. Et le jour où l'Allemagne a affronté le Portugal, il était prêt. Face à l'Algérie, il a surpris le monde entier en sortant loin de son but pour dégager un ballon du pied. Ces dernières années, cette facette de son jeu est devenue sa grande marque de fabrique. Et il était encore là lorsque l'Allemagne fut sacrée championne du monde, dernier rempart d'une équipe très solide. Il a reçu le Gant d'Or et une photo de lui en compagnie de Messi, élu Meilleur Joueur du tournoi, circule sur Facebook avec une légende claire : " Sur cette photo, on peut voir le meilleur gardien et le meilleur joueur du monde. A côté de lui, c'est Messi. " Une plaisanterie qui n'est pas dénuée de sens car Manuel Neuer est bien plus qu'un gardien. Son sens de l'anticipation et sa technique font de lui le onzième joueur de champ. Un libéro de secours toujours disponible qui distribue le jeu de l'arrière ou lance la contre-attaque. Son jeu est risqué mais Neuer n'a pas peur de l'erreur, il ne se laisse pas déstabiliser. Il sait qu'il personnifie le gardien moderne, celui qui utilise de moins en moins ses mains et ses bras pour dégager à temps, même si tout se joue souvent sur une fraction de seconde. Cela exige énormément de concentration mais ce n'est pas un problème pour lui. En équipes d'âge, déjà, Neuer - fils d'un policier qui a joué au football et au handball - quittait régulièrement son but pour intercepter le ballon devant un attaquant. Et en cinq ans de présence en équipe première de Schalke, il n'a rien changé. Cette personnalité et les nombreuses heures passées à l'entraînement lui ont valu de porter le brassard de capitaine. Le football a toujours été au centre de sa vie. Il quittait l'école pour se rendre à l'entraînement et ne craignait pas de se farcir dix à douze séances sur la semaine. Aujourd'hui encore, c'est sur un terrain qu'il se sent le mieux et il attend toujours avec impatience le prochain match, le prochain entraînement. En 2011, après avoir été élu pour la première fois Joueur de l'Année en Allemagne et un mois après sa première sélection en équipe nationale, il était transféré au Bayern Munich, ce qui l'obligeait à adapter quelque peu son style de jeu. Surtout à l'époque de Jupp Heynckes, un entraîneur qui accordait beaucoup d'importance à la défense et lui demandait de limiter les risques. Avec Pep Guardiola, il peut à nouveau s'exprimer davantage. L'Espagnol veut que le Bayern joue plus haut et le gardien prend donc davantage part au jeu. Neuer a le sens de la balle et ça l'aide. Il est aussi à l'aise du pied gauche que du pied droit. Il dit aussi recevoir chaque jour des conseils de Guardiola dont il affirme qu'il est " un des rares entraîneurs à comprendre ce qui se passe dans la tête d'un gardien. " Après la Coupe du monde, on lui demanda ce qui avait été le plus difficile pour lui. Il n'a pas dû réfléchir longtemps : à chaque fois qu'il joue derrière un axe central différent de celui du Bayern, il doit s'adapter. Contrairement à Benedikt Höwedes, qui fut son équipier à Schalke 04, Per Mertesacker et Mats Hummels ne sont pas habitués à évoluer avec un gardien qui joue aussi loin de son but. Neuer ne joue donc pas tout à fait de la même façon en équipe nationale qu'au Bayern : il poste ainsi un deuxième homme au poteau sur les coups de coin, ce qui n'est pas le cas avec l'équipe munichoise. Cela lui demande davantage de concentration encore. Manu entame sa quatrième saison au Bayern et il s'est fixé pour objectif d'encore faire mieux. Quand on lui demande quels sont ses points faibles, il ne répond pas. Tout au plus dit-il qu'il doit encore progresser sur le plan technique. Et il y travaille sous la direction de Toni Topalovic, l'entraîneur des gardiens. On le voit rarement en salle de fitness pour gagner du muscle : il préfère approfondir les nombreuses facettes du keeping et se concentrer davantage encore. Car au Bayern, un gardien a souvent très peu de travail et il doit répondre présent lors des rares occasions adverses. C'est pourquoi Neuer étudie les mouvements des attaquants adverses, leur façon de tirer les coups francs. Toutes les variantes sont programmées dans sa tête. Neuer réfléchit à ce qu'il fait. C'est lui qui a demandé au club à pouvoir travailler davantage son jeu de tête, histoire de pouvoir sortir de son rectangle et de dégager son camp sur un long ballon. Il veut sans cesse élargir son répertoire car, selon lui, un gardien qui veut faire office de libéro doit avoir des qualités identiques à celles d'un défenseur. C'est ainsi, pas à pas, qu'il se fraye un chemin vers les sommets. Après avoir remporté deux titres nationaux, trois coupes d'Allemagne, une Ligue des Champions et une Super Coupe d'Europe, il a été sacré champion du monde lors de sa 52e sélection en équipe nationale. Il estime pourtant qu'il lui manque encore quelque chose : inscrire lui-même un but... PAR JACQUES SYSLe foot a toujours été au centre de sa vie. Ado, il n'hésitait pas à se farcir 10 à 12 séances d'entraînement par semaine. Un gardien qui veut faire office de libéro doit avoir des qualités identiques à celles d'un défenseur.