Lundi 23 juin

18 heures. Place des Nations-Unies à Liège, pas loin du magnifique Pont de Fragnée qui enjambe la Meuse, et du Pont de Fetinne, diadème routier de l'Ourthe. Il fait beau. Le Royal est un café très confortable tenu par le frère de Nicolas Dewalque. Nous avons rendez-vous avec l'ancien joueur du Standard et du FC Liégeois, qui se veut le meneur de jeu de l'intérêt libyen pour Charleroi.
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18 heures. Place des Nations-Unies à Liège, pas loin du magnifique Pont de Fragnée qui enjambe la Meuse, et du Pont de Fetinne, diadème routier de l'Ourthe. Il fait beau. Le Royal est un café très confortable tenu par le frère de Nicolas Dewalque. Nous avons rendez-vous avec l'ancien joueur du Standard et du FC Liégeois, qui se veut le meneur de jeu de l'intérêt libyen pour Charleroi. Comment s'y est-il pris pour être sur le point, dit-il, d'amener progressivement 7,5 millions d'euros dans la cagnotte des Zèbres ? Pour qui roule-t-il ? Dans ce match-là, qui se cache derrière la Lafico, ( Libyan Arab Foreign Investment Company), puissante banque qui gère, entre autres, les immenses capitaux que la famille Kadhafi investit dans les affaires et le football en Europe ? Comment et par quelle voie a-t-il pris contact avec ce pipeline ? " Grâce à un ami... ", dit-il. Pas un mot de plus même s'il a toujours eu la langue bien pendue. Cette fois, il cache ses cartes. Son contact est-il belge ou étranger ? " Un ami ", répète-t-il. Son portable sonne sans arrêt. On tend l'oreille. Qui est-ce ? " Des amis ". Bien sûr. Pas moyen de le piéger. Nico rit, son regard pétille de malice. Il a toujours été ainsi, voit la vie du bon côté et ne va pas changer à 57 ans. Elégant comme du temps où ce séducteur était un des meilleurs liberos d'Europe, sapé comme un milord. Pas celui d' Edith Piaf car Nico, lui, restera éternellement jeune avec son épouse de 26 ans, une Russe au sang coréen qui lui a offert deux enfants de cinq ans et de 18 mois. Nico Dewalque parle de Charleroi avec verve : " J'aime ce club, je sais que le football est important pour le Pays Noir ", avance-t-il. " Cette citadelle du football belge ne peut pas mourir. Je suis flamand mais j'ai envie d'aider un club du sud du pays. J'ai joué en Wallonie durant toute ma carrière et cela laisse des traces ". Sentimental, Nico ? Probablement même s'il nous dira à un moment : " Je suis un homme d'affaires ". Des clubs du nord s'accrochent à ses basques. Il préfère de loin Charleroi. Intermédiaire, il empochera normalement 8 % du capital qui pourrait être investi à Charleroi. " Comment savez-vous cela ?", demande-t-il. " Un ami ". A nous d'un peu sourire. Par petites touches, il parle de plus en plus de la Lafico. Le téléphone sonne sans cesse. Il fixe un rendez-vous en Italie le 14 juillet pour Charleroi. A Rome. Jean-Claude VanCauwenberghe devrait être du voyage. Saadi Kadhafi sera peut-être là, selon Nico Dewalque. Une remarque : Khalid et Aziz El Moutaani, deux hommes d'affaires bruxellois d'origine marocaine, ne sont plus à ses côtés. Or, ils sont connus en Libye. Nico s'en est éloigné car, dit-il, ils téléphonaient sans cesse à Van Cau qui a d'autres chats à fouetter. Y a-t-il une piste Dewalque à côté de celle des Moutaani ? Dewalque semble très à l'aise dans ce dossier et dispose, preuves à l'appui, d'introductions à la Lafico où les 7,5 millions d'euros dorment sur un compte de la Banque IMI San Paolo di Torino. Mais il le dit tout de suite : " Tout cela prendra encore du temps. Quand il y aura un accord, ces gens-là interviendront progressivement à Charleroi. Comme ils l'ont fait en Italie et dans d'autres pays. Le sport est un vecteur de communication important. La Libye entend se donner une autre image de marque, positive. Au-delà de cela, la Libye veut également gagner dans le monde des affaires ". Après notre réunion de rédaction de 14 heures, il est temps de plonger dans la documentation à propos du dossier consacré à Charleroi. La carte de visite sportive de Nicolas Dewalque vaut le coup d'£il : 13 ans à Sclessin, une saison à Rocourt, 33 sélections avec les Diables Rouges de 1967 à 1975, trois titres avec les Rouches (1969, 1970, 1971), deux Coupes de Belgique (1966, 1967), une demi-finale de la Coupe des Coupes en 1967, une phase finale de la Coupe du Monde en 1970, troisième place de l'EURO 72, etc. Après sa carrière, Nico-la-classe a travaillé dans la construction avec son père, réalisé beaucoup de travaux publics, avant de se tourner progressivement vers le privé et le clef sur porte. Il dirige désormais la société Maisons Dewalque, à Ans, près de Liège et fief de Michel Dardenne, un des hommes forts du PS. Nico est un vendeur, quelqu'un qui a un don naturel pour les relations publiques et qui jouit de connexions non négligeables dans tous les milieux (affaires, finances, politique). Sa popularité auprès de la presse n'a pas pris une ride. Nico n'est pas un inconnu au Sporting de Charleroi. Il s'y occupa naguère de catering avec la société La Bruxelloise qui appartenait au papa d'une ancienne compagne. Coup d'£il plus approfondi dans nos archives. En 1984, Nico est sur le point de reprendre le FC Seraing déclaré en faillite. Sa banque lui refusera une garantie de l'offre de 40.000.000 d'anciens francs belges. Seraing est finalement repris par Léon Van Rymenam. Dewalque affirme avoir travaillé pour lui. Il y a tout lieu de croire que Dewalque était surtout très proche de Guy Mathot, le maître de la cité du fer. Nico a ses amitiés à gauche : Dardenne, Mathot, José Happart, SteveStevaert (la star socialiste en Flandre), etc. Suite à des coups de téléphone avec le secrétariat d' Abbas Bayat à Chaudfontaine, on demande où en est notre demande d'interview avec le président des Zèbres. " Rappelez demain s'il vous plaît ", dit une secrétaire bien sympathique. Coup de fil à Gianluca Di Carlo, le porte-parole de Saadi Kadhafi en Europe. Saadi Kadhafi ne va pas tarder à venir en Europe. Gianluca Di Carlo estime qu'une rencontre est possible demain à Paris. Il nous demande de laisser notre GSM ouvert durant toute la journée. Contact avec les frères El Moutaani. Khalid nous rappelle un peu plus tard. Rendez-vous est pris : vendredi 10 heures à l'hôtel Métropole, Place De Brouckère à Bruxelles. J'aurai un Foot Mag sous le bras, ils me reconnaîtront bien. Mauvaise nouvelle d'Italie : c'est raté pour Paris et Saadi Kadhafi. Je peux le voir dimanche, 15 heures, à Pérouse, où sera organisée une conférence de presse en l'honneur de sa signature comme joueur pro dans ce club. Dans une nuée de journalistes italiens, il serait impossible de lui poser une question sur Charleroi. J'entends déjà : " Ma cosa dici ? Chi si parla di Calcio. " Ce n'est que partie remise, selon Gianluca Di Carlo. Le 6 juillet, Saadi Kadhafi sera retenu pour les besoins de son équipe nationale qui a peu de chances d'émerger du Groupe 9 en phase qualificative de la CAN 2004. La Lafico investit 7 milliards de dollars chaque année dans des entreprises de 45 pays. Saadi Kadhafi ne contrôle pas toute la Lafico mais y est très influent. Grâce à cette société, il possède notamment 5,3 % de la Juventus. Comme FIAT pique du nez pour le moment, est-ce que cela lui permettra d'étendre son influence financière auprès de la Vieille Dame avant de viser Liverpool ? Nicolas Dewalque a compris en tout cas que la Lafico occupe un rôle central : Saadi Kadhafi, s'il a entendu parler de Charleroi, doit d'abord s'entraîner, voyager et jouer avec l'équipe nationale libyenne, préparer sa saison avec Pérouse, etc. Recontactée, la secrétaire de Bayat nous demande la même chose que la veille : " Rappelez demain s'il vous plaît ". Cela bouge enfin à Charleroi. Mogi Bayat continue à travailler ses pistes françaises. Il avait déniché Laurent Macquet et Bertrand Laquait la saison passée. Après avoir vendu Eduardo à Toulouse, et probablement Kargbo à Metz, il recrute en France : Olufade (ex-Lokeren, attaquant togolais que Lille avait prêté à Nice la saison passée), Adelmajid Oulmers (flanc gauche d'Amiens), Sébastien Chabaud (médian de Nancy), etc. Tous les dossiers ne sont pas bouclés mais cela avance. Mais comment est-ce possible sans argent ? Allô, Mogi Bayat ? " Je n'ai jamais dit que nous n'avons pas de moyens ", avance-t-il. " J'ai vendu Eduardo et cela nous offre un espace de man£uvre. Notamment sur le plan du sponsoring et de la publicité où la popularité de Dante Brogno m'aide beaucoup. Cela marche bien. Nous sommes obligés de travailler ainsi car la cellule commerciale du club n'a rien déposé sur la table ". Allô Jean-Jacques Cloquet ? Est-ce qu'on ne marche pas sur ses plates-bandes ? Jean-Jacques Cloquet travaille avec Jean-Claude Van Cauwenberghe et ils ont réuni 12 investisseurs qui, via la société nouvellement créée Charleroi Sports Partners, vont injecter un million et demi d'euros chez les Zèbres. Van Cau avance, travaille les pistes carolos pour requinquer le club avant d'accueillir un investisseur étranger. Il sait que ce sera serré car un million et demi d'euros, c'est insuffisant. Les 7,5 millions d'euros libyens, Dewalquiens ou d'autre part, lui feraient du bien. Van Cau dévoilera sous peu le nom de ses 12 sauveurs. Cette fois, c'est clair. La toujours aussi sympathique secrétaire de Chaudfontaine nous fait part de la décision d'Abbas Bayat de ne pas vouloir parler à la presse pour le moment... Dix heures du matin, hôtel Métropole à Bruxelles. Je suis bien à l'heure. Tiens, deux gars attendent à une table. Vous n'avez pas rendez-vous avec Sport/Foot Magazine ? Non. Zut, ce ne sont pas eux. " Un café ", s'il vous plaît. Khalid El Moutaani au téléphone. Il est dans le hall de l'hôtel. Dix secondes plus tard, il est là. " Bonjour, Monsieur Dikli ", lance-t-il. J'hésite avant de préciser : " Pierre Bilic, voici ma carte ". Sympa, Khalid. Son frère, Aziz, arrive quelques minutes plus tard. Khalid me présente : " Monsieur Dikli de Foot Magazine ". Précision pour la dernière fois : " Bilic ". Les frères El Moutaani sont arrivés en Belgique après leur papa qui travailla aussi en Allemagne. Ils auraient fait un petit bout de chemin dans les syndicats chrétiens du temps du président de la CSC Robert D'hondt, s'y sont occupés de relations avec les pays africains, ont mis sur pied deux ASBL dont le but était d'aider les enfants de l'immigration arabe et de promouvoir la culture arabe. Puis, dans le cadre d'activités d'import-export, ils firent leur entrée en Libye. Pas donné à tout le monde. Ils ont des photos avec l'ambassadeur de Libye à Bruxelles mais ont oublié celles avec Mouammar Kadhafi. Dommage... Les Moutaani parlent beaucoup de la Coupe du Monde 2010. La Libye est candidate à l'organisation de cette phase finale. Un défi impossible même si Saad Kadhafi est un ami de Sepp Blatter, le président de la FIFA. Un tel événement est trop imposant pour un pays comme la Libye, aussi riche soit-il. " En Libye, on lit tout ce qui s'écrit à propos du pays ", disent les El Moutaani. " C'est important ". Ils ont des projets sportifs et industriels : la Libye pourrait, disent-ils, investir en Belgique. " En ce qui concerne Saad Kadhafi, rien ne se fera sans nous ", disent-ils. " Tout le monde doit bien se mettre cela en tête ". Ils ont été approchés par Paul Bistiaux, de l'Antwerp, disent-ils. On y parlerait d'un nouveau stade et les Anversois aimeraient piquer les Libyens aux Carolos après avoir traité en pure perte avec des Chinois. " Nous verrons aussi Michel Evrard de Liège " ajoutent-ils. " Relancer le FC Liégeois, ce ne serait pas mal. Si on ne veut pas de nous à Charleroi, les autres solutions sont nombreuses ". A propos, connaissent-ils Gianluca Di Carlo ? Non. Etonnant, pour ne pas dire plus, de ne jamais avoir entendu parler d'un collaborateur aussi proche de Saadi Kadhafi. Ils parlent de Fateh, un de ses secrétaires, selon eux. A Charleroi, Khalid et Aziz auraient des contacts avec Abbas Bayat. Pas avec Van Cau et ils attendent un dossier en anglais avant d'aller plus loin, affirment-ils. Mais pourquoi ont-ils rompu avec Dewalque ? L'entourage de ce dernier ne leur plaisait pas trop. Après-midi, petit coup de fil à Nicolas. " Vous avez vu les El Moutaani ? Je m'en fous. Ils parlent, je suis concret ", dit-il. Nico tient le bon bout. Une rumeur dit que le voyage du 14 juillet sera déplacé au 16 juillet. Ryanair a un vol Charleroi-Rome. A bord, y aura-t-il Claude Despiegeleer, l'Echevin des Sports, et Jean-Jacques Cloquet mais pas Jean-Claude Van Cauwenberghe ? L'homme fort carolo enverra-t-il ses éclaireurs afin de tout débroussailler avant qu'il n'intervienne dans la phase de finalisation ? Toutl'indique. " Un voyage est prévu pour le début de la deuxième quinzaine de juillet afin de rencontrer les pontes de la Lafico ", affirme Nicolas Dewalque. " C'est tout ce que je peux dire " Il a visiblement de plus belles cartes queles deux frères El Moutaani. J'appelle Gianluca Di Carlo, le porte-parole de Saadi Kadhafi. Charleroi et les frères El Moutaani, cela vous dit quelque chose ? " Je lis la presse, Saadi Kadhafi aussi ", affirme Gianluca Di Carlo. " Il n'y a pas de contacts mais, via les journaux, nous savons que Charleroi est intéressé par une collaboration avec la Libye. " Nuance importante : selon lui, c'est Charleroi qui s'intéresse à la Libye et pas le contraire, pour le moment. Est-ce pour cela que Nicolas évoque surtout la Lafico dans son discours ? A- t-il compris que tout passera par là avant d'obtenir l'assentiment (si nécessaire) de Saadi Kadhafi ? Après tout, la Lafico n'a pas que des investisseurs libyens ? Les El Moutaani ne parlent que de Saad Kadhafi. " Je ne connais pas les frères El Moutaani mais je sais que ce sont des hommes d'affaires introduits en Libye ", dit encore Gianluca Di Carlo. Dans son édition du samedi 27 juin, Philippe Dewitte, de La Gazette des Sports, pose une question importante : Jean-Claude Van Cauwenberghe, le Ministre-Président de la Région Wallonne, pourrait-il devenir président des Zèbres ? Tout le monde l'y pousse, c'est certain. L'attaché de presse de Van Cau, Hugues Bayet, a une réponse nuancée : " Ce n'est pas du tout à l'ordre du jour pour le moment. Il ne pourrait en être question que pour une courte période, par exemple pour une transition en cas de départ d'Abbas Bayat ". Nouvelle confirmation, Van Cau ne sera pas du voyage à Rome à la mi-juillet. Ce sera pour plus tard, après l'exploration de la solution de Nicolas Dewalque. Avant cela, VanCau doit parer au plus pressé. Charleroi a rendez-vous avec le Tribunal de Commerce le 15 juillet afin de prouver que le club respecte tous ses engagements. Pour le moment, son travail de recapitalisation régionale est vital. Pierre BilicNico Dewalque et une délégation de Charleroi devraient se rendre à Rome le 16 juillet