24 janvier 1959 : naissance de Michel Preud'homme. A Ougrée, à deux pas du stade de Sclessin. C'est écrit : il jouera au Standard.
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24 janvier 1959 : naissance de Michel Preud'homme. A Ougrée, à deux pas du stade de Sclessin. C'est écrit : il jouera au Standard. A 10 ans, il s'affilie chez les Rouches. A 20 ans, il y joue en équipe Première, fait ses débuts chez les Diables et son père décède. A 30 ans, il est champion avec Malines, Gardien de l'Année et Soulier d'Or pour la deuxième fois. A 40 ans, il joue les derniers matches de sa carrière, avec Benfica. A 50 ans, il entraîne La Gantoise. Pour son demi-siècle, il répond aux questions de 50 personnes qui ont compté ou comptent beaucoup pour lui. Michel Preud'homme : Evidemment que j'étais nerveux ! (Il rigole). J'avais été appelé subitement parce que Jean-Marie Pfaff et Theo Custers étaient indisponibles. En face, c'était la grande Autriche avec Herbert Prohaska et Hans Krankl. Le match se jouait dans un Prater surchauffé. Il y avait pas mal d'absents dans le noyau des Diables et c'est comme ça que Charly Jacobs a aussi été appelé. Sous le déluge et dans la boue, nous avons tenu le nul : 0-0. Pfaff et Custers sont vite revenus et le petit jeune est retourné dans l'ombre. J'ai dû attendre près de deux ans pour rejouer en équipe nationale. Il m'avait fallu des circonstances exceptionnelles pour faire mes débuts à 20 ans et ce sera toujours possible dans les moments où les valeurs sûres seront hors service. Dans ces cas-là, nécessité fait loi. Non. Quand je prends une décision, elle est toujours mûrement réfléchie et je l'assume. Au Standard, j'ai fait ce que j'avais promis à mon arrivée : ramener le club au top. En fin de saison passée, j'ai estimé mon travail terminé et que d'autres pouvaient reprendre le témoin. J'ai donné à ce club tout ce que je pouvais : comme entraîneur, comme directeur technique, comme délégué du Standard à la Fédération. En juin, il n'y avait plus de projet pour moi, donc je suis parti l'esprit tranquille. Je suis arrivé là-bas avec l'expérience de la Coupe du Monde 90 : c'était important. Je savais comment aborder et vivre un tournoi pareil, cela m'a énormément aidé. J'ai eu une satisfaction énorme aux Etats-Unis : j'ai été élu meilleur gardien du monde. Mais ce n'était finalement qu'une récompense individuelle. Et ce ne fut pas la plus grande période de ma carrière puisque nous n'avons pas gagné de trophée là-bas. Mes plus belles joies sont collectives : les titres de champion de Belgique, les Coupes de Belgique, la Coupe des Coupes, la Coupe du Portugal. Il n'y a pas de réponse fixe. Luciano D'Onofrio a eu besoin de 10 ans pour ramener le Standard au top et j'ai participé à son projet pendant huit ans. A Gand, les moyens financiers ne sont pas du tout comparables. On dit souvent que La Gantoise est le cinquième club belge, mais en termes de budget, c'est plutôt le septième ou le huitième. Nous avons un budget d'un peu plus de 10 millions ; Genk, le Standard et le Club Bruges tournent à près de 20 millions ; Anderlecht approche les 40 millions. On ne joue pas dans le même tableau. Ivan De Witte et Michel Louwagie ont commencé à faire de Gand un grand club en assainissant les finances, maintenant il faut trouver des solutions pour avoir encore plus de moyens. C'est vrai que je pourrais attendre quelques minutes. Mais juste avant, pendant et après les matches, ce sont les instants où j'ai le plus besoin de mon snus. Je sais que ce n'est pas très élégant, mais pour être honnête, je me moque de mon look quand je suis interviewé dans le feu de l'action. Dans ces moments-là, je fais mon boulot, pas un concours de beauté. C'est différent si je suis invité sur un plateau de télé : je m'habille automatiquement d'une autre façon pour être parfaitement présentable. Et quand j'étais à la Fédération, je portais toujours le costume et la cravate. C'est clair que le plaisir fut intense au Standard : après avoir mis les dernières couches, j'ai terminé avec un produit fini. La plus belle chose pour un entraîneur, c'est évidemment de gagner un maximum de matches. La satisfaction suprême, c'est un titre. Aujourd'hui à Gand, les objectifs sont plus modestes mais le chantier est très intéressant aussi et il me donne beaucoup de plaisir. Je ne me sens pas du tout émoussé. Quand je jouais, j'avais en permanence l'obsession de tout faire pour être au top. Je tenais compte des moindres détails car j'étais persuadé qu'ils pouvaient faire la différence au bout du compte. Maintenant, j'essaye en permanence d'inculquer cette mentalité à mes joueurs. Dès qu'il y a un peu de relâchement, même dans un petit match d'entraînement, je râle et je leur rappelle leurs obligations. (Il éclate de rire). Il oublie de me fournir deux éléments importants : quelle est la longueur du green et où est placé le drapeau ? Avec ce vent contraire, j'aurais tendance à prendre un fer 9. Ou peut-être un fer 8 si le drapeau est au fond du green. J'ai déjà failli me retrouver à d'autres postes importants à la Fédération... Coach national, je n'en sais rien. C'est difficile de faire un plan de carrière dans ce métier. On a cité mon nom il y a un an mais je n'ai eu aucun contact avec l'Union Belge. On a finalement laissé René Vandereycken en place et c'était la bonne décision. Cela dit, je comprends la question d'Eric Deflandre car j'ai le profil de l'emploi : j'ai joué en Wallonie et en Flandre, je parle les deux langues. Pour un coach, c'est aussi un truc super de pouvoir diriger un jour son équipe nationale. Etre le patron sportif des Diables Rouges après avoir été champion avec le Standard comme joueur puis comme entraîneur, ce serait joli. Je pourrais aussi entraîner un jour Malines et Benfica pour être complet. Mais je connais des clubs et des entraîneurs qui semblent faits l'un pour l'autre depuis une éternité et qui ne travaillent finalement jamais ensemble. Soit parce que l'homme n'est pas libre quand le club a besoin d'un nouveau coach, soit parce qu'il y a déjà quelqu'un en place quand ce coach est à la recherche d'un nouveau boulot. C'est impossible à planifier. Je définis des règles dès le premier jour, et si tout le monde les respecte, je suis proche de mes joueurs. Ils viennent souvent me trouver, même pour parler de petits problèmes personnels qui n'ont pas un lien direct avec le foot. Un entraîneur doit former un bloc avec ses hommes, comme un père avec ses enfants. Mais en foot comme dans une famille, il faut devenir sévère dès qu'il y a du laisser-aller. Je peux l'être. Il m'arrive aussi d'avoir des attitudes censées provoquer des réactions. Cela ne sert à rien de faire de grandes déclarations. J'ai déjà accumulé beaucoup de vécu au Standard ; il me sera fort utile. Avec d'autres personnes, j'ai réussi le pari de ramener ce club au premier plan. De là à faire la même chose avec La Gantoise... Le premier but est de placer puis de stabiliser l'équipe dans le Top 3 ou le Top 4. Une fois arrivé à ce stade, d'autres facteurs entrent en ligne de compte pour aller encore plus haut. Il faut par exemple une dose de chance quand on n'est pas favori. Et Gand ne sera jamais favori. Mais il est en tout cas trop tôt pour parler de titre. Si le club se stabilise au top, on verra les moyens financiers que ça générera pour faire encore mieux. Cela peut être une bonne chose parce que l'entraîneur a alors l'occasion de vraiment créer quelque chose. Mais il y a un paramètre indispensable : l'homme en question doit pouvoir signer un contrat à long terme. Il y a aussi un danger : s'il est à côté de la plaque ou s'en va au moindre coup dur, il faut tout reprendre à zéro. Il est donc impératif que la direction fasse le bon choix, qu'elle ne mette pas tous les pouvoirs entre les mains d'un gars qui se tromperait ou partirait du jour au lendemain. Car les conséquences pourraient alors être désastreuses pour le club. Je pense pouvoir le faire, en effet. La gestion mentale fait aujourd'hui partie intégrante du métier d'entraîneur, j'y suis confronté tous les jours. Ce n'était pas le cas avant l'arrêt Bosman car les footballeurs étaient liés à leur club, ils n'avaient rien à dire, l'entraîneur pouvait leur imposer ceci ou cela. Maintenant, les joueurs n'ont plus de lien avec leur club et la difficulté, pour un coach, consiste à les convaincre que ça peut être intéressant de s'impliquer et de faire un bon bout de chemin ensemble. Des espoirs de mon club de golf me demandent parfois des conseils sur le plan mental et je les aide en profitant de mon vécu de coach. Cela me plaît beaucoup. Je pourrais faire ce boulot dans plusieurs sports. J'ai joué contre Stephen Hendry ? Je ne le savais pas ! C'est vrai que du temps de Malines, nous étions assidus au snooker. J'ai abandonné quand je suis parti au Portugal puis j'ai repris à mon retour en Belgique. J'avais une table à la maison. Mais je viens de déménager, j'ai maintenant moins de place et je n'ai pas pu la reprendre. Il n'y a donc plus que le golf pour me vider vraiment la tête. Travailler à l'étranger, c'était une obsession quand j'étais gardien de but. Ce n'en est plus une comme entraîneur. On m'a cité dans d'autres pays en fin de saison passée, on m'a vu à Benfica. Mais j'ai choisi autre chose : c'est à Gand que j'ai eu le bon feeling. J'ai besoin d'avoir ce feeling quand je fais un choix. Je l'ai eu quand Luciano D'Onofrio m'a proposé de quitter le Portugal pour revenir au Standard, je l'ai de nouveau eu en discutant cet été avec Ivan De Witte et Michel Louwagie. Dans ces moments-là, je ne réfléchis pas à ce qui serait le mieux pour ma carrière, je cherche seulement à être heureux et en accord avec moi-même. J'irai un jour entraîner à l'étranger si un club me donne les bonnes sensations. A partir du moment où j'entre dans la préparation d'un match, je suis de plus en plus difficile à vivre. Et après une défaite, je peux être vraiment insupportable parce que je n'ai jamais supporté de perdre. Je reste assez cool avec mes adjoints car nous partageons les mêmes émotions. Par contre, je suis inabordable pour les gens extérieurs à mon cocon professionnel. Mais je suis clair avec tous mes proches : je leur demande de me foutre la paix ! Je ne sais pas ce que mes confrères font, mais j'essaye d'être attentif à tout. Dès que je sens qu'un petit grain de sable menace d'entrer dans mon groupe, je l'intercepte. Et j'essaye à tout moment d'avoir le maximum d'informations. Dans le monde des affaires, c'est en ayant les bonnes infos avant la concurrence qu'on a les meilleures chances de s'imposer. Moi, je veux par exemple fournir à mes joueurs plein de renseignements sur l'adversaire. Pas pour qu'ils s'adaptent mais pour qu'ils sachent. Je ne veux pas qu'ils arrivent dans l'inconnu car l'inconnu est la pire des choses dans ce métier. Quand on va affronter une équipe de D3 en préparation, je n'envoie pas un scout mais je prends quelques renseignements, sur son système de jeu par exemple. Je ne veux pas saouler mes joueurs mais ils doivent toujours savoir à quoi s'en tenir. A partir du moment où un club tombe d'accord avec une autre équipe pour le transfert d'un de ses joueurs, cela veut dire que l'entraîneur a été consulté et a marqué son accord pour un départ. Dans le cas de Cédric Roussel, il était clair que Dominique D'Onofrio ne comptait plus sur lui. Au moment des discussions, nous savions déjà que s'il refusait de partir en Angleterre, il ne jouerait plus beaucoup au Standard. Ce n'est donc pas à cause de son refus qu'il n'a plus été aligné : c'est différent ! J'en vois un : Cercle-Malines dans le championnat 1993-1994. Ce jour-là, j'avais tout arrêté, comme à Orlando. Mais j'avais aussi capté un penalty de Dorinel Munteanu, ce que je n'ai pas fait à la Coupe du Monde ! Presque tous les journaux m'avaient donné un 9 sur 10. Avec Malines, j'ai joué d'autres matches extraordinaires, aussi bons que ceux du Mondial 94. Evidemment, c'était 1.000 fois moins médiatisé. Entre un Cercle-Malines en championnat de Belgique et un Belgique - Pays-Bas à la Coupe du Monde, il n'y a pas photo sur le plan de la couverture. C'est vrai, Dragutinovic m'a dit que j'étais fou d'arrêter, que mon boulot était vraiment bien. Mais je ne supportais plus de travailler avec des joueurs qui avaient une mauvaise mentalité. En devenant entraîneur, je n'avais pas retrouvé l'état d'esprit que j'avais connu comme joueur, avec des gars qui s'identifiaient à leur club parce qu'ils y étaient liés par des contrats dont il était difficile de se défaire. Il aurait fallu que je me fasse trop violence pour continuer à bien fonctionner comme entraîneur et j'ai donc décidé d'abandonner. Je serais sans doute resté coach du Standard en 2002 si je n'avais eu dans mon groupe que des hommes comme Dragutinovic, Gonzague Vandooren ou Almani Moreira. En devenant directeur technique, j'ai pris du recul et le temps qu'il fallait pour commencer à accepter l'état d'esprit d'aujourd'hui. J'ai tout changé en 1994. Malines avait fini très tôt sa saison : en mars, nous n'avions déjà plus rien à gagner ou à perdre. J'ai demandé l'autorisation à Fi Vanhoof de me préparer à ma façon. J'ai fait mon programme moi-même. A 35 ans, je savais parfaitement de quoi j'avais besoin. Je me suis farci une nouvelle mini préparation comme avant une saison. Je gardais des joueurs avec moi sur la pelouse après les entraînements. Philippe Albert et Marc Wilmots me bombardaient de ballons impossibles. Parfois, je faisais deux heures de musculation l'après-midi alors que nous nous étions entraînés sérieusement le matin. C'est aussi la première fois que nous avons préparé un tournoi avec des cardiofréquencemètres. Pendant les entraînements physiques, je surveillais ma montre en permanence. Sur la piste d'athlétisme, Lorenzo Staelens et Franky Van der Elst n'arrêtaient pas de me prendre des tours. Je restais très calme, je ne voulais pas puiser dans mes réserves. L'autre différence entre l'Italie 90 et les Etats-Unis 94, c'est mon comportement sur place. En Italie, je ne me suis octroyé aucune plage de repos. Je ne voulais même pas m'asseoir cinq minutes au soleil car j'estimais que c'était néfaste. J'ai vécu dans un vase clos, complètement replié sur moi-même et je passais beaucoup de temps à analyser les adversaires. Aux Etats-Unis, je me suis retrouvé plusieurs fois à la piscine et je sortais de l'hôtel de temps en temps. Cela m'a permis d'être beaucoup plus détendu. Il y en a eu beaucoup ! Je garderai toujours l'image du Fellaini qui est à la récupération puis à la finalisation, ensuite encore dans son rectangle puis dans celui d'en face. Le nombre d'allers et retours par match était impressionnant. Je sortirais deux matches du lot. Celui de la saison passée à Westerlo. Le Standard est mené 1-0 après quelques minutes, Fellaini égalise après une heure, il est partout et nous gagnons 1-3. Et il y a ce match retour contre le Zenit Saint-Pétersbourg. On lui annule injustement le but du 2-0, nous nous retrouvons à 10 contre 11 et Fellaini joue pour plusieurs. Je ne crois pas. Le football flamand était à la recherche de nouvelles ressources et on a trouvé la parade en décidant une scission virtuelle. Seulement virtuelle. Il n'y a aucun mal à cela, il faut vivre avec son temps. Je ne pense pas qu'on ira plus loin dans l'éclatement du football belge. Le gouvernement flamand aurait voulu une scission complète, mais dans le monde du football, personne ne veut en arriver là. Jamais, je n'ai rencontré un dirigeant de club, un responsable de la Ligue Professionnelle ou un patron de l'Union Belge qui demandait cette scission totale. C'est possible mais difficile. Parce qu'on se côtoie quand on est très jeunes, puis on prend des trajectoires différentes : des clubs différents, des villes différentes, parfois des pays différents. Et après la carrière de joueur, chacun fait aussi son petit bonhomme de chemin, sans qu'on ait encore nécessairement l'occasion de se côtoyer. Tout cela ne permet pas de conserver beaucoup de contacts. Mais il y a encore d'anciens coéquipiers que je revois avec énormément de plaisir. Quand je croise des gars avec lesquels j'ai joué à Malines, on s'embrasse, c'est toujours chaleureux. Je citerais par exemple Geert Deferm et Piet den Boer. Et je suis sûr que dans dix ans, le courant passera toujours très bien avec les joueurs que j'ai dirigés la saison dernière au Standard. En tant que joueur, j'avais eu tout le temps de voir que le métier d'entraîneur n'était pas facile. Et c'est pour cela que j'avais pris une décision ferme : je ne me lancerais pas là-dedans. J'avais envie de rester dans le football, mais dans un autre rôle qui me laisserait plus de libertés. Seulement voilà : on m'a demandé d'entraîner le Standard, j'ai essayé et ça n'a pas trop mal marché. Je me suis laissé embarquer, je me suis vite piqué au jeu, et je me rends compte que quand on est dedans, c'est difficile d'en sortir. On est comme pris dans un engrenage. Et c'est clair qu'il y a une différence gigantesque entre le métier de joueur et le job d'entraîneur. J'ai toujours l'esprit occupé par un truc ou l'autre : mon back droit, mon extérieur gauche, l'état du terrain, un transfert,... C'est sans doute vrai. Je remarque qu'on est plus apprécié sur ses propres terres quand on travaille loin. C'est vrai aussi bien pour un footballeur que pour un entraîneur. Quand je jouais à Benfica, ma réputation en Belgique était meilleure que quand j'étais actif ici. Tu n'es plus quotidiennement dans l'actualité et on t'analyse différemment. L'éloignement augmente ton aura au pays. Je prends l'exemple d'Eric Gerets : il a une cote d'enfer en Belgique, c'est tout à fait mérité, mais s'il travaillait ici, on lui chercherait plus facilement des poux.Je me suis beaucoup investi à la Fédération : à la Ligue Professionnelle, au Comité exécutif, à la Commission technique. J'ai aussi été vice-président. La Fédération avait l'occasion de me prendre dans une fonction à temps plein mais ne l'a pas fait. Au même moment, le Standard m'a fait comprendre qu'il avait vraiment besoin de moi : j'ai donc choisi une nouvelle voie. Je n'exclus pas de retourner un jour à l'Union Belge. Tout dépendra de son évolution et de ce qu'on m'y proposerait. Je n'ai rien contre la Fédération. Bien sûr, il y a beaucoup de choses à améliorer là-bas, mais sa mauvaise image et les critiques me font mal. Dans tous les bénévoles, il y a des gens qui travaillent très bien. Le plus gros problème, c'est la lourdeur de son fonctionnement, à cause des règlements. Avec Roger Vanden Stock, je voulais rendre la fédé plus fonctionnelle, plus rapide dans la prise des décisions. On n'a pas voulu de nous. (Il rigole). Oguchi Onyewu ! Je l'avais repéré quand il jouait à La Louvière. J'ai dit à Luciano D'Onofrio : -Qu'est-ce que tu penses du grand, là ? Il m'a répondu : -Oui, il est bon. Nous nous sommes renseignés. Il appartenait toujours à Metz et tout s'est réglé en deux temps, trois mouvements. Quand il est venu négocier, je lui avais donné l'adresse du stade de Sclessin. Il était avec son manager anglais et m'a appelé : -Je suis devant un stade mais ça ne ressemble pas vraiment à celui du Standard. Il était à Seraing ! Quand on se lance dans ce métier, on sait qu'on s'expose à la critique. Dans n'importe quel club, l'entraîneur est le premier visé. Ohana en a fait l'expérience en Israël. Mais je sais prendre du recul parce que j'ai mes certitudes. Je suis sûr d'une chose : mon degré d'analyse est tellement pointu qu'il me permet de prendre les bonnes décisions. Que vaut le degré d'analyse d'un journaliste par rapport au mien ? Il est 1.000 fois moins élevé car celui qui écrit un article ne connaît pas du tout la réalité des choses. Moi, quand je décide quelque chose, je sais que j'ai raison parce que j'ai tout analysé en profondeur. J'ai deux regrets. Le plus grand est de ne pas avoir pu aller au bout en Coupe de Belgique, la saison passée. Le Standard avait une occasion unique de réussir le premier doublé de son histoire. En demi-finale aller contre La Gantoise, nous pouvons mener 4 ou 5-0 à la mi-temps, mais le match se termine sur un nul : 2-2. Rien n'était pourtant perdu. Malheureusement, il y a eu un tas de tuiles pour le retour. En une semaine, nous devions jouer à Lokeren, à Gand en Coupe puis contre Anderlecht. Pour aller à Gand, Mohamed Sarr était blessé, Milan Jovanovic était incapable de jouer trois matches en huit jours, Dieumerci Mbokani était suspendu. Il ne me restait qu'un attaquant : Igor de Camargo. Mais il est tombé malade la veille du match. Bref, je n'avais plus personne devant. J'ai alors pris la décision de laisser souffler quelques joueurs en fonction du championnat. Mais nous ne sommes pas partis battus d'avance. J'avais une stratégie : si nous avions tenu la première demi-heure, j'aurais quand même lancé Jovanovic et j'aurais posté Oguchi Onyewu à l'attaque. Je n'ai pas eu l'occasion de le faire. C'est malheureux car si nous nous étions qualifiés, nous étions champions trois jours plus tard et nous avions trois semaines pour retaper l'équipe en vue de la finale. Et là, dans notre état de grâce, tout était possible. L'autre regret est l'élimination par le Zenit Saint-Pétersbourg à cause d'un arbitrage affreux : on nous prive d'un penalty, on nous annule un but valable, on ne leur donne pas une carte rouge qu'ils méritaient. Tout cela contre le futur vainqueur de la Coupe de l'UEFA ! Absolument. Ce que j'appréciais le plus chez Arie Haan, c'était sa façon de parler aux jeunes. Il avait fait une carrière sensationnelle mais il ne prenait personne de haut. Il ne critiquait jamais, il parlait de façon constructive. Il restait parfois sur le terrain après l'entraînement pour améliorer les gamins du noyau. Il adorait shooter et nous avons fait beaucoup d'heures supplémentaires ensemble. J'en citerais deux : Marco van Basten et Paolo Rossi. Pour un gardien, c'étaient des attaquants cauchemardesques parce qu'ils étaient complètement imprévisibles. Erwin Vandenbergh avait aussi cette capacité, mais van Basten et Rossi étaient encore à un autre niveau. Ils avaient l'art d'approcher du but en menant le ballon d'un pied, de pivoter en un éclair et de tirer avec l'autre pied. Le gardien n'avait pas le temps de réagir. Van Basten savait aussi trouver le plus petit angle pour marquer. Même s'il m'a plutôt bien réussi dans nos affrontements en Coupe d'Europe. Rossi, lui, m'a tué quand je suis allé jouer à la Juventus avec le Standard : 2-0 et il a marqué les deux buts. Oui, mais il me faut une demi-heure ou trois quarts d'heure pour évacuer totalement les soucis de mon métier. A partir de ce moment-là, je sais faire le vide. Si j'ai un regret par rapport au golf, c'est celui de ne pas m'y être mis quand j'étais encore footballeur. Aujourd'hui, je suis complètement crevé physiquement après un parcours de quatre heures, parce que je n'ai plus la condition physique d'un sportif professionnel. Je ne m'en suis pas fixé. Et je continuerai à entraîner aussi longtemps que j'y prendrai du plaisir, aussi longtemps que je serai prêt à faire tous les sacrifices nécessaires. J'ai toujours fonctionné de cette façon : comme joueur, comme dirigeant, comme entraîneur. Quand je n'ai plus eu envie de faire tous les efforts comme gardien de but, j'ai dit stop. J'agirai de la même façon le jour où je ne me sentirai plus la force de tout faire pour être bon comme entraîneur. Signer un contrat de deux ou trois ans pour dérouler, très peu pour moi. Pas nécessairement. La Belgique a ouvert ses portes bien grandes à tous les étrangers pour conserver un certain niveau. Si on limite leur nombre, cela peut effectivement diminuer la valeur du championnat. Mais ce ne sera pas automatique car tous les pays seront confrontés aux mêmes limitations, et donc, beaucoup de joueurs belges valables qui évoluent actuellement à l'étranger seront obligés de revenir au pays. Et ils apporteront toutes leurs qualités à notre D1. Plus il y aura d'arbitres, moins il y aura d'erreurs. Et je reste persuadé qu'il faut mettre des moyens vidéo au service du quatrième officiel. Les trois arbitres actuels et le quatrième officiel communiquent facilement par micro et oreillette, ils pourraient donc prendre rapidement une bonne décision sur la base d'images quand il est question de hors-jeu, de penalty, de simulation. Je plaide depuis 10 ans pour l'utilisation de la vidéo. J'ai souvent demandé à la Fédération pourquoi on refusait systématiquement le recours aux images en Belgique. Personne n'a jamais su me donner une réponse cohérente. Absolument. A partir du moment où j'ai entièrement confiance en mes adjoints, il est logique que je les implique dans mes réflexions d'avant-match. Nous discutons beaucoup, nous parlons énormément de l'adversaire et nous imaginons ensemble la meilleure stratégie pour lui faire le plus mal possible. Je prends toujours la décision finale mais, avant cela, je m'enrichis toujours en demandant les avis de mon staff. Non, je n'ai pas abandonné un chantier en cours... On m'avait rappelé pour que j'aide à remettre ce club au plus haut niveau. Il y est : champion en titre, dans le groupe de tête du championnat, qualifié pour les 16es de finale de la Coupe de l'UEFA, toutes ses équipes de jeunes occupent la première ou la deuxième place. Avec mes adjoints et d'autres personnes, j'ai donc fait mon boulot. Pour ce qui est des entraîneurs à long terme, oui, je pense que c'est encore possible dans le football belge. Mais pour y arriver, il y a un ingrédient indispensable : une bonne prise de conscience des dirigeants. Se braquer sur quelques résultats récents pour faire rouler la tête de son coach, c'est une erreur. Luciano D'Onofrio m'a appris un truc : -Il ne faut pas spécialement attendre que ça aille mal dans les chiffres pour mettre son entraîneur dehors. Le plus important est de voir si l'équipe a du répondant, si elle respire encore, si elle vit, si elle réagit. Quand c'est le cas, il faut garder l'entraîneur, même après dix défaites consécutives. Par contre, si elle est amorphe, il faut prendre une décision radicale avec le coach. (Il éclate de rire). Oui, j'ai parfois la nostalgie de cette époque-là. J'ai passé des moments extraordinaires en dehors du terrain avec des coéquipiers. Des après-midis à jouer aux cartes ou au bingo dans des bistrots. Des vacances avec Marc Wilmots, avec Philippe Albert, avec Marinko Rupcic. Et évidemment la Grèce avec Delangre, Czernia et Thans. Etienne Delangre organisait tout. Il étudiait le programme proposé par l'hôtel, puis c'était parti : à 8 heures du matin, jogging ; à 9 heures, ping-pong ; à 10 heures, water-polo ; à 14 heures, tennis. Nous avons fait des parties interminables en double sous 40 degrés. Et nous nous défoncions comme si nous disputions une finale de Coupe d'Europe. Nous étions des compétiteurs, des malades. Il faut se remettre dans le contexte du moment. J'avais joué en alternance avec Gilbert Bodart au Standard, puis on lui avait offert une prolongation de contrat mais rien à moi. J'en ai conclu que le Standard croyait plus en lui qu'en moi, même si ça n'a jamais été officiel. Dès que j'ai signé à Malines, je me suis mis en tête de prouver aux dirigeants du Standard que j'étais le meilleur, qu'ils avaient eu tort de ne pas me faire confiance. C'est vrai que ma motivation était immense avant ces matches-là. Bien sûr. Christian Piot s'était blessé dès l'été en Coupe d'Europe. Pour une longue durée. Le Standard avait dû se trouver subitement un nouveau numéro 2 derrière Jean-Paul Crucifix. J'étais en concurrence avec Claudy Dardenne, qui faisait son service militaire. On a dit à l'époque que l'armée n'avait pas voulu le libérer, que ça l'avait privé de la place qui s'était libérée dans le noyau pro suite à la blessure de Piot. Je n'ai jamais su si c'était la vraie raison de ma promotion, si c'est grâce à cela que j'ai pris le pas sur lui. Et quand Crucifix s'est blessé à son tour dans un match contre Boom, je me suis retrouvé numéro 1 pour le fameux match à Anderlecht. J'aurais du mal à faire un choix entre le titre comme entraîneur avec le Standard et la victoire comme joueur en Coupe des Coupes. Ce sont mes deux plus grands souvenirs. Et en tant que joueur, le succès européen avec Malines était plus fort que le titre avec le Standard. La Coupe des Coupes n'avait rien à envier à la Coupe de l'UEFA, le niveau y était certainement aussi élevé. La gagner avec un club comme le Kavé, c'était vraiment extraordinaire. Sur le papier, ce fut la victoire la plus difficile de ma carrière. Après cela, nous avons écrasé le grand PSV en Supercoupe d'Europe : 3-0 chez nous, ils n'ont pas existé. Je retiens aussi ces soirées malinoises lors desquelles nous avons fait jeu égal avec l'AC Milan : à l'époque, c'était ce qui se faisait de mieux en Europe, voire dans le monde.lpar pierre - reporters