Il y a eu quelques tirs de missiles entre Bruges et le Standard durant les jours qui ont précédé le grand rendez-vous de la 16e journée du championnat. La direction liégeoise n'a pas apprécié les petites phrases de Jacky Mathijssen qui est souvent revenu sur le but annulé (faute sur Andres Espinoza) lors de la précédente confrontation au Jan Breydel Stadion. " Les provocations du coach de Bruges me rendent malade ", a déclaré Pierre François, directeur général des Rouches. " Les méthodes de travail de Matthijsen sont en dessous de tout. " Ambiance, tension et tout le cinéma...
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Il y a eu quelques tirs de missiles entre Bruges et le Standard durant les jours qui ont précédé le grand rendez-vous de la 16e journée du championnat. La direction liégeoise n'a pas apprécié les petites phrases de Jacky Mathijssen qui est souvent revenu sur le but annulé (faute sur Andres Espinoza) lors de la précédente confrontation au Jan Breydel Stadion. " Les provocations du coach de Bruges me rendent malade ", a déclaré Pierre François, directeur général des Rouches. " Les méthodes de travail de Matthijsen sont en dessous de tout. " Ambiance, tension et tout le cinéma... L'entraîneur des Brugeois a tout fait avec sa ruse habituelle pour alléger la pression sur les épaules de ses joueurs et stresser les Liégeois : " Il serait intéressant de repousser nos adversaires à six points au classement général. Cela représenterait un écart significatif mais je me dis surtout que le match de Coupe de l'UEFA contre Copenhague est plus important que la rencontre face au Standard. "Laszlo Bölöni y a aussi été de son couplet, un peu comme s'il voulait prouver à son adversaire et aux médias qu'il connaissait aussi bien les équipes belges que les gros cubes européens : " L'effectif s'est concentré sur cet objectif durant huit jours mais, moi, il y a deux mois que je prépare ce duel. Bruges est l'équipe la plus anglaise de D1. Enfin, je veux dire que c'est une équipe anglaise d'avant, sans la touche latine. C'est un choc européen avec, dans chaque camp, des internationaux et des gars expérimentés. Mes joueurs ne doivent pas être flamboyants : gagner suffira. " Toutes ces paroles, ces intentions et ces ambitions ont été mises à mal sous le regard des émissaires de 24 clubs étrangers intéressés par le revival de ces deux grands clubs belges et impressionnés par les talents présents sur la pelouse. Ils étaient là pour faire leur marché de Noël. Bruges et le Standard avaient d'autres ambitions : vrai ou faux ? Il n'y a pas eu photo entre le Standard et Bruges. Les Liégeois ont signé une démonstration face à des Brugeois dépassés dans tous les secteurs de jeu. A la pause, les champions en titre auraient pu ajouter deux buts de plus dans leur escarcelle. Jérôme Nzolo (dépassé par les événements en première mi-temps) a imaginé un hors-jeu sur un break de Milan Jovanovic et Bruges a échappé à un penalty en tout début de match suite à une faute à l'entrée du rectangle de Michael Klukowski sur Wilfried Dalmat. Ces faits ont provoqué la colère du coach liégeois, tout comme l'agression de Wesley Sonck sur Marcos expédié à l'hôpital. Le Brugeois méritait la carte rouge. Ce 1-4 s'inscrit dans la progression du Standard. Il y a deux ans, c'est à la force du poignet que les Liégeois étaient revenus à 4-4 lors d'une fin de match épique. La saison passée, le talent individuel des Liégeois fit la différence (1-2). Cette fois, c'est toute une équipe, dans ses diversités et ses richesses, qui a terrassé Bruges, incapable de trouver la parade face à une telle armada. Après un tel triomphe, le T1 du Standard s'est posé la bonne question : " Pourquoi le Standard n'est-il que deuxième en championnat alors qu'il a battu Anderlecht et le Club Bruges ?"Bölöni assume sa part de responsabilités dans ce constat. Il devra motiver différemment son groupe avant les petits duels. Ce triomphe en dit long sur les potentialités du Standard. Mais si une hirondelle ne fait pas le printemps, une promenade à Bruges n'est pas suffisante pour déjà songer à un nouveau titre. Malgré cette déconvenue (qui fait les affaires d'Anderlecht, grand vainqueur à distance de l'affiche), Bruges compte le même nombre de points que le Standard au classement général. L'humilité fut une des clefs gagnantes des Liégeois la saison passée. Le Standard a su retrouver cette valeur à Bruges. Il y aura d'autres batailles à gagner. C'est la première fois de la saison que le Standard joue à l'européenne en D1. C'était impressionnant mais la route est encore longue et tout indique que la lutte pour le titre se résumera en un long duel entre Rouches et Mauves. Le Club Bruges ne possède pas encore une équipe de ce niveau. Le Standard a tout simplement mis les carences brugeoises à nu. Pénible pour Mathijssen. C'est le 11 magique des Rouches qui s'est imposé à Bruges. Quand Bölöni est obligé d'y toucher, c'est plus délicat. N'est-ce pas pour cela que le T1 rouche aimerait que le Standard élargisse son effectif. On ne mesure peut-être pas assez tout ce que le grand Marouane Fellaini apportait au Standard. Il n'était pas le plus élégant mais il bossait pour deux dans la ligne médiane. Non content de balayer devant sa défense, de faire le ménage dans le trafic aérien, Fellaini était également capable de planter son but. Dans le jeu court, il avait réalisé de gros progrès. Ce guerrier était craint par tous. Pour trouver la parade, Bölöni a mis au point une formule intéressante (la plus complète en D1) avec le duo Steven Defour- Axel Witsel. C'est l'union de la force de travail de Defour et de la classe éclatante de Witsel. Ils sont différents, donc complémentaires. Defour est un roquet qui râle sur tout, sur lui, sur les arbitres, sur les équipiers, sur les adversaires. Ce n'est pas un véritable stratège mais bien un rectificateur de jeu, un mec qui crache comme personne dans ses pognes pour aider les backs, boucher un flanc, couvrir un arrière central si nécessaire. Personne ne mouille son maillot autant que lui. Certains voudraient qu'il joue plus haut. Si c'était sa tasse de thé, il l'aurait déjà fait. Defour a besoin de jouer bas, de toucher beaucoup de ballons tout en ayant le jeu devant lui. On l'attend plus à la percussion et le Wilfried Van Moer des années 2000 a prouvé à Bruges qu'il pouvait frapper de loin. Son but était magnifique. Le capitaine du Standard était venu pour créer du jeu mais ce rôle est finalement plus assumé par Witsel, le plus doué d'entre tous, qui dégouline de facilité et de classe. Le départ de Fellaini a libéré une place, sa vraie place : médian axial qui à l'occasion peut dépanner sur les flancs. Mais pour que cela fonctionne entre eux, le coach liégeois est obligé de faire descendre une tour dans le jeu : Igor de Camargo. C'est la DCA défensive de la ligne médiane. Il apporte sa sueur mais gaspille aussi de la fraîcheur. A force de reculer, il se retrouve parfois dans l'obligation de calibrer le jeu. Ce n'est pas son truc malgré toute sa bonne volonté. De Camargo détient le meilleur de tête de D1 (la preuve en fut donnée une fois de plus à Bruges) : c'est en pointe qu'il est le plus à l'aise. Mais en n'y campant pas éternellement, ses détentes y sont plus surprenantes. Fellaini n'a donc pas été remplacé à 100 % et deux chiffres sont intéressants : la saison passée, le Standard a encaissé 19 buts en 34 matches de championnat. C'était la meilleure défense du pays. Cette saison, le bastion arrière s'est déjà retourné à 16 reprises en...16 rencontres. Ce secteur n'est plus aussi hermétique que du temps où Fellaini la protégeait. A Bruges, l'attaque du Standard a frappé très fort. Les quatre buts liégeois valaient le déplacement car ils ont été façonnés avec de l'intelligence, de la force, de la finesse ou de la puissance. Il était temps que les finisseurs mettent le turbo en championnat car il y avait bien un constat étonnant dans leur production avant l'affiche de la 16e journée : alors que Dieumerci Mbokani surprend régulièrement les défenses adverses, l'attaque du Standard est globalement moins percutante que la saison passée (61 buts, deuxième attaque de la D1, derrière celle du Cercle Bruges, 62 buts) et cette baisse de régime (28 buts pour jusqu'à présent) a étonné. Est-ce dû aux fatigues européennes ? A la déconcentration ? Probablement. De plus, confirmer un titre n'est jamais facile. Mais il y a d'autres éléments de réflexion qui entrent en ligne de compte. La coupe d'Europe est, pour le moment, l'objectif le plus proche et le plus prestigieux aux yeux des Liégeois. Sur cette scène-là, quand c'est nécessaire, on peut laisser le jeu à des adversaires qui ne connaissent pas parfaitement le Standard. L'effet de surprise est un atout qui n'est pas de mise en championnat. Les coaches de D1 ont analysé depuis longtemps les cartes du Standard. Si le système prôné par Bölöni fait sensation sur la scène continentale, cela devrait-il être le cas en championnat ? Non, pas toujours. L'idée de déplacer Milan Jovanovic à gauche est intéressante contre les grosses pointures européennes ou belges mais est-ce le cas face aux sans grade en championnat ? Avec le recul sur l'échiquier de Jova et d'Igor, le Standard se retrouve souvent dans un 4-4-1-1 et finalement avec un seul attaquant de pointe, Mbokani. Il n'y a peut-être pas deux Standard mais bien le même : ça marche sur le plan international, moins en Belgique où il faut à la fois poser son jeu et être concret en pointe. Mbokani l'est mais n'est-il pas trop seul, ne doit-il pas attendre longtemps avant que Jovanovic n'arrive de la gauche et de Camargo du centre de la ligne médiane ? Avant le déplacement fructueux à Bruges, l'attaque du Standard avait une moyenne de 1,5 but par match. Si ce chiffre n'est pas amélioré, les Liégeois marqueront 51 buts cette saison, 10 de moins qu'en 2007-2008 (1,8 but par match). Cette différence est étonnante alors que Bölöni aligne les trois attaquants de la saison passée. Michel Preud'homme avait finalement accordé la priorité au duo Jovanovic-Mbokani avec de Camargo en réserve de la république. Ce duo a été séparé. Génial et exigeant, Bölöni apprécie la D1 belge mais il n'en connaît pas encore parfaitement tous les arcanes et les toutes les forces. Ce ne sera plus le cas lors du deuxième tour et, comme ses attaquants enfin efficaces, il a mis les choses au point à Bruges. Le coaching de Bölöni avait la dimension européenne, celui de Mathijssen non. On ne trouve pas toutes les années un Milan Jovanovic (impérial, calme, mûr, décisif à Bruges) sous le sabot d'un cheval. La saison passée, Manu Ferrera avait résumé son apport en une phrase : " Quand il joue, les arrières adverses font dans leur pantalon. " Après son opération, on a retrouvé un Jova différent, plus collectif, soudain distributeur d'assists et de passes tranchantes en zone de vérité. En coupe d'Europe, Jova a défendu, récupéré des ballons jusque devant sa défense. A ce rythme-là, il ne peut plus être aussi souvent présent dans le rectangle adverse même s'il a affolé Anderlecht et des grands d'Europe. Son aura dans le groupe est de plus en plus évidente. Quatre Standardmen devraient récolter pas mal de points lors de l'élection du prochain Soulier d'Or : Jovanovic, Mbokani, Witsel et.... Marouane Fellaini. Si la lutte devrait surtout concerner Jova et Dieumerci, sera-ce suffisant afin de vaincre les candidats des autres clubs ( Wesley Sonck et Stijn Stijnen ont cependant perdu des plumes face au Standard) ? Peut-être. Après le Nouvel An, Jovanovic souhaiterait tenter sa chance dans un grand club. Si le PSV n'a plus les moyens de s'offrir ses services, ce n'est pas le cas du Real Madrid. Marseille est aussi sur la balle. Eric Gerets en est fou et un beau contrat serait déjà prêt pour qu'il signe à l'OM après la Saint-Sylvestre. Jova est intéressé par l'OM mais pas en janvier. En été, ce serait très différent. Mais alors quand et où ira-t-il finalement ? Qui le sait ? Si c'est un départ qui rapportera gros, il coûtera cher aussi. Sans l'apport d'un joueur de la dimension de Jova, le Standard ne sera pas champion en fin de saison. S'il part en janvier, le titre 2008-2009 ne sera pas liégeois, c'est aussi simple que cela. Bölöni le sait certainement, Lucien D'Onofrio aussi. La pression, la nécessité de confirmer sans cesse, c'est dur à assumer mais Jova connaît tout cela à 28 ans. C'est aussi une immense richesse dans un effectif aussi jeune. La présence de ces armées d'agents de joueurs et de scouts partout où le Standard se produit doit être perturbante. Même si Lucien D'Onofrio connaît la musique, donne le ton, distribue les cartes et joue avec les managers, il y a de quoi avoir la tête qui tourne. C'est la valse des millions et c'est nouveau pour pas mal de joueurs. Il y a de quoi éloigner certains de leurs obligations collectives. C'est un des plus grands dangers qui pourraient miner cet effectif. Il y a trois décennies, des générations entières jouaient des années ensemble. L'argent a eu raison de cette habitude. C'est humain mais c'est dangereux pour l'équilibre d'un groupe. Plusieurs joueurs ne cachent pas qu'ils ont envie de tenter leur chance ailleurs. Même les jeunes expriment leurs ambitions. Witsel nous avait dit qu'il aimerait évoluer dans un autre championnat la saison prochaine et cela avait estomaqué la direction du Standard. Mbokani songe aussi à partir. Oguchi Onyewu est en fin de contrat. Il faudra bien tout le métier et l'expérience de Bölöni pour préserver et garder les atouts du Standard : son collectif et ses stars. par pierre bilic - photos : reporters