Aéroport de Zaventem début juin. Le hall des arrivées est rempli de voyageurs au teint halé. C'est là que nous interceptons Aloys Nong, entre deux vols. La saison iranienne tout juste finie, l'attaquant camerounais ne chôme pas : son épouse va donner naissance sous peu à leur deuxième enfant et les préparatifs vont bon train.
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Aéroport de Zaventem début juin. Le hall des arrivées est rempli de voyageurs au teint halé. C'est là que nous interceptons Aloys Nong, entre deux vols. La saison iranienne tout juste finie, l'attaquant camerounais ne chôme pas : son épouse va donner naissance sous peu à leur deuxième enfant et les préparatifs vont bon train. Parti pour Levante durant le mercato d'été 2013, son rêve s'est rapidement mué en cauchemar. " Je n'étais pas prêt physiquement en arrivant là-bas ", justifie Nong. " Les négociations avaient trainé et je m'étais entraîné individuellement. J'ai débarqué à Levante juste avant le premier match de Liga à Barcelone. J'ai été soumis à une charge importante pour me remettre à niveau et je me suis directement blessé. A peine remis, j'ai à nouveau souffert d'autres petits bobos et je ne suis jamais parvenu à refaire mon retard sur mes concurrents. J'ai ensuite été prêté au Recreativo Huelva, en D2, pour me refaire une santé mais j'ai continué à accumuler les pépins physiques. Une véritable saison noire ." De retour à Levante, l'ex-Standardman réalise vite que la direction ne compte plus sur lui. " Le coach a dû insister pour que j'accompagne l'équipe en stage. Je me sentais bien mais les dirigeants avaient acheté un remplaçant et refusaient que je joue. Comme j'étais encore sous sontrat, on a dû trouver un arrangement financier et je me suis retrouvé libre ." A la recherche d'un nouveau défi, Nong prend alors la direction de Foolad Ahvaz en Iran. " Un Camerounais, Mathias Chago, jouait là-bas ", explique-t-il. " Il a glissé mon nom au coach qui recherchait un avant expérimenté et le club a donc contacté mon agent. J'avais d'autres propositions, notamment en Belgique, mais je voulais relever un nouveau challenge après mon séjour raté en Espagne ." Un défi qui fait figure de saut dans l'inconnu, à plus de 4000 kilomètres de la Belgique. " Comme tout le monde, je ne connaissais pas grand-chose de l'Iran ", reconnaît Aloys. " Je savais que c'était un pays islamique en conflit avec d'autres nations. J'avais une image plutôt négative. J'ai passé des coups de téléphone à quelques Camerounais qui étaient passés par l'Iran et tous m'ont rassuré. Et puis, le club était champion en titre et allait disputer la Ligue des Champions asiatique. J'ai donc débarqué à Ahvaz, la ville où joue Foolad, dans le Khuzestan, près de la frontière irakienne. C'est la région la plus riche du pays grâce au pétrole. J'ai été positivement surpris : les gens sont accueillants avec les étrangers. Je n'ai jamais eu le moindre problème de racisme ." Si l'accueil est au rendez-vous, les conditions climatiques, elles, ont de quoi surprendre le Camerounais. Ahvaz est, en effet considérée par l'OMS comme la ville la plus polluée au monde ! " Je ne le savais pas en arrivant. C'est à cause de l'industrie du pétrole. Le climat est aussi spécial : il fait très chaud et il arrive qu'il ne pleuve pas pendant six mois. Parfois, il y a des tempêtes de sable. On a dû s'entraîner avec des masques ." Seul, loin de chez lui, le Camerounais n'est pour autant pas dépaysé en Iran. " Le pays m'a rappelé l'Afrique au niveau de la mentalité des gens, de la façon de vivre. C'est assez chaotique. Ils roulent n'importe comment. Ils ne respectent pas les sens uniques ou les priorités. Mais on s'habitue vite et je n'ai jamais vu d'accident. La nourriture était bonne, très saine. Le seul problème c'est qu'ils mangent du riz 365 jours sur 365. A mon retour en Europe, j'ai dit à ma femme de mettre cet aliment de côté pour un bon bout de temps. Je ne voulais plus en entendre parler ." Autre challenge, s'adapter à la culture perse. Loi islamique, code vestimentaire sévère pour les hommes comme pour les femmes, l'Iran a mauvaise réputation mais Nong tient à nuancer cette image : " Les Iraniens sont bien plus tolérants qu'on ne l'imagine. Je suis très catholique, j'ai une croix tatouée sur le bras et ça n'a jamais posé problème. Je crois même savoir que l'église catholique est le seul lieu du pays où le vin est toléré parce que ça fait partie du rite religieux. Après, il y a la question de la condition de la femme. Si je devais relever quelque chose de négatif, ce serait ça. Mais c'est un sujet très sensible, politique. Moi je suis allé en Iran jouer au football, pas remettre en cause les lois qu'ils respectent depuis plusieurs années ." Petit à petit, le Camerounais se fait sa place en Persian Gulf League. S'il communique en espagnol avec le coach serbe, Dragan Skocic, il apprend également quelques mots de persan et ne tarde à trouver le chemin des filets dans une compétition dont le niveau est moins faible qu'on ne pourrait l'imaginer. " Il y a beaucoup d'excellents joueurs sur le plan technique mais ils ont souvent des lacunes tactiques ", analyse Aloys. " Les coaches européens qui officient en Iran tentent d'apporter cette touche. Si je devais le comparer avec la Belgique, je pense que les 4 ou 5 meilleures équipes iraniennes joueraient le top 10 en D1. Le reste est plutôt du niveau de la D2. Les supporters par contre sont impressionnants. Le derby de Téhéran entre Esteghlal et Persepolis, les deux clubs historiques, se joue devant 100.000 personnes. Foolad a aussi une bonne base de supporters. En Ligue des Champions, notre stade de 51.000 places était full. En championnat, une affiche attirait 40.000 supporters mais pour un plus petit match ça pouvait descendre à 5.000 ." Recruté dans l'optique de la Ligue des Champions asiatique, Nong n'aura goûté qu'à la phase de poule de cette compétition. Et en championnat, Foolad n'arrache qu'une décevante 5e place, insuffisante pour une nouvelle qualification continentale. " Si je dois faire un bilan personnel, c'est une réussite ", affirme pourtant l'attaquant de 31 ans. " J'ai marqué 9 buts en 14 rencontres de championnat. Les fans m'avaient surnommé 'Jaguar'. Je ne sais pas d'où ça vient mais je prends ça pour une marque de reconnaissance. En seulement 6 mois, j'ai réussi à me faire apprécier. Après, collectivement, c'est un échec. On avait pourtant une excellente équipe mais il faut savoir qu'en Iran, l'État peut décider à tout moment d'envoyer quelqu'un au service militaire qui dure deux ans. Ça a été le cas pour quatre de nos titulaires. On a aussi eu beaucoup de blessés et le noyau n'était pas étoffé. C'est ce qui explique nos résultats décevants ." Son contrat terminé, Nong est désormais de retour en Belgique et envisage le futur avec sérénité. " Pour le moment je me concentre sur ma famille et ma femme qui va accoucher mais je vais bientôt devoir faire un choix. Mon manager a reçu plusieurs propositions : de Belgique, de Pologne, d'Azerbaidjan, d'Arabie Saoudite, du Qatar. Je n'exclus pas non plus de retourner en Iran. Maintenant, je connais la compétition donc pourquoi pas ." PAR JULES MONNIER" Quatre de nos titulaires ont été envoyés à l'armée par l'État en cours de saison "