Lorsqu'il pénètre sur la pelouse du Nou Camp, 25 ans après son exploit, Erwin Vandenbergh ne laisse rien percevoir. Il regarde, se souvient mais ne tombe pas dans la nostalgie. " C'était il y a 25 ans. C'est du passé tout cela ", lâche-t-il finalement. A 48 ans, Vandenbergh a gardé la même silhouette et la même tête que celle des ses glorieuses années. Sa chevelure est maintenant grisonnante et quelques rides sont venues orner son front. Pour le reste, pas un kilo de trop. " Pourtant, je ne fais pas spécialement attention. Je ne fais plus beaucoup de sport. Je n'ai pas beaucoup le temps mais ça me manque parfois ". Mais Vandenbergh n'a jamais connu les excès : jamais une bière (" A Anderlecht, je buvais parfois une kriek. Il fallait bien faire honneur aux bières du président "), parfois un verre de vin blanc. C'est tout !
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Lorsqu'il pénètre sur la pelouse du Nou Camp, 25 ans après son exploit, Erwin Vandenbergh ne laisse rien percevoir. Il regarde, se souvient mais ne tombe pas dans la nostalgie. " C'était il y a 25 ans. C'est du passé tout cela ", lâche-t-il finalement. A 48 ans, Vandenbergh a gardé la même silhouette et la même tête que celle des ses glorieuses années. Sa chevelure est maintenant grisonnante et quelques rides sont venues orner son front. Pour le reste, pas un kilo de trop. " Pourtant, je ne fais pas spécialement attention. Je ne fais plus beaucoup de sport. Je n'ai pas beaucoup le temps mais ça me manque parfois ". Mais Vandenbergh n'a jamais connu les excès : jamais une bière (" A Anderlecht, je buvais parfois une kriek. Il fallait bien faire honneur aux bières du président "), parfois un verre de vin blanc. C'est tout ! Dans la rue, les gens ne s'y trompent pas. Les touristes flamands le reconnaissent rapidement. Lorsqu'il revient dans l'antre de ses exploits, un monsieur ose l'interpeller. Vandenbergh se laisse prendre en photo et retourne immédiatement dans ses rêveries. Celles qui le ramènent un quart de siècle en arrière. Lors de cette mémorable soirée de juin 1982. Tous les regards étaient alors braqués sur la plus célèbre enceinte du monde. La Coupe du Monde ouvrait ses portes et le match inaugural se déroulait au Nou Camp. Avec l'Argentine, championne du monde en titre, dans le costume du favori et avec la petite Belgique, dans celui de faire-valoir. " Nous n'avions rien à perdre. Dès le tirage au sort, on avait pointé cette rencontre comme un match de gala. Dans notre poule, il y avait également El Salvador et la Hongrie. Dans notre tête, tout devait se jouer contre ces deux formations. Le monde entier nous regardait mais on ne peut pas dire que cela nous ait mis une pression supplémentaire. Que du contraire : comme on partait battu d'avance, on ne pouvait que surprendre ", raconte l'ancien attaquant du Lierse, d'Anderlecht, de Lille, de La Gantoise et du RWDM. Le football belge n'avait pas encore la réputation qui allait asseoir sa suprématie dans les années 80 et 90. Pourtant, les Diables Rouges sortaient d'une finale européenne à Rome, en 1980, contre l'Allemagne. " Avec le recul, on se rend compte que l' Europeo 80 a constitué le premier pas de notre belle série. De plus, ce Championnat d'Europe servait aussi un départ pour moi. J'avais débuté en équipe nationale contre l'Ecosse (1-3) en qualifications et j'avais inscrit un des trois goals. Cela m'a lancé dans l'équipe ". Erwin Vandenbergh avait 20 ans et 11 mois. " A l'époque, personne ne nous pensait capables de nous qualifier. Nous avons atteint la finale. Là, certains croyaient que l'Allemagne allait nous manger tout crus. Les Allemands nous ont dominés une mi-temps mais nous avons réussi à équilibrer les échanges et ils ne nous ont pas battus facilement. Cette épopée en 80 aurait pu n'être qu'une parenthèse. Tout le monde attendait le Mundiespana pour connaître notre véritable niveau ". Arrive alors l'épopée espagnole. " Notre beau parcours s'explique par le fait que le groupe a grandi ensemble. A l'époque, dans la sélection, on voyait toujours les mêmes noms. Il y avait maximum 25 joueurs pour former le groupe élargi. Quand on regarde la politique actuelle, on est loin du compte. Je serais curieux de voir le nombre d'éléments déjà appelés pour cette campagne qualificative... ". A quelques exceptions près, on retrouvait le même groupe que deux ans plus tôt. Pourtant, le match d'ouverture contre l'Argentine posait quelques soucis à Guy Thys. Walter Meeuws, élément inamovible en défense centrale, était suspendu. Pour le remplacer, le coach comptait sur Maurice De Schrijver, 30 ans, qui fêtait son intronisation dans l'équipe. Pourtant, tout le monde se demandait comment le joueur de Lokeren, habitué à jouer comme libéro derrière sa défense, suppléerait Meeuws dans une défense en zone. A ces soucis, s'ajoutaient la blessure de René Vandereycken, les méformes de Michel Renquin (back gauche), qui n'avait pas terminé la saison dans la peau d'un titulaire à Anderlecht, et de Wilfried Van Moer, régulateur de l'entrejeu durant l'Europeo 80. Si Thys titularisa Marc Baeke à la place de Renquin et Guy Vandersmissen à celle de Van Moer, et plaça Ludo Coeck comme médian défensif. " On avait surtout peur de la suspension de Meeuws mais De Schrijver a évolué dans son style, comme libero, et il a fait une toute bonne rencontre. Tout le monde se demandait également comment on allait museler Diego Maradona. Finalement, Thys avait décidé de ne mettre personne en marquage. Tout le monde s'en chargeait et on n'a jamais vu le génie argentin. Quant à l'absence de Van Moer, si je me souviens bien, c'est Van Moer lui-même qui avait demandé à ne pas être titulaire. Il se sentait en méforme et ne voulait tromper personne. Quand il est revenu dans le onze de base, lors de la troisième rencontre, il fut l'homme du match. C'est l'apanage des grands. Ils savent quand ils sont en forme et quand ils le sont, ils sortent une toute grosse rencontre ". La Belgique allait livrer un match d'anthologie. " Au départ, le public était venu en curieux pour assister à une rencontre des champions du monde en titre. Cependant, les Espagnols n'étaient pas spécialement partisans de l'Argentine. Au fur et à mesure que le match avançait, nous avons senti que le public commençait à nous porter alors qu'au début, nous ne savions pas vraiment qui soutenait qui. On entendait surtout du brouhaha ". Les Belges se battaient pour chaque mètre. Avec Jean-Marie Pfaff dans les buts, Eric Gerets, Luc Millecamps (qui à l'instar de son frère Luc avait dû prendre un congé sans solde pour participer à l'événement), De Schrijver et Renquin en défense, Coeck, Vandersmissen, Frankie Vercauteren et Jan Ceulemans au milieu du jeu et Vandenbergh et Alexandre Czerniatynski en attaque. " Contre l'Argentine, les Diables Rouges ont disputé le meilleur match auquel j'ai eu la chance de participer. Tactiquement, tout était parfait. Thys avait choisi son schéma et pourtant, personne n'aurait pu parier sur sa réussite. Pourtant, il fut respecté à 100 % ". Contenir l'Argentine était une chose ; trouver la faille en était une autre. C'est pourtant ce qui arriva à la 62e minute. Un centre banane de Vercauteren aboutissait à Vandenbergh esseulé. " Je connaissais le style de centres de Vercauteren. J'ai effectué le bon mouvement au bon moment pour ne pas être hors-jeu. Toute la défense argentine s'est fait avoir, ce qui explique que je sois si seul, à la réception du centre. Tout le monde dit que la passe de Vercauteren est géniale. C'est vrai mais encore fallait-il être à la réception du centre. J'avais pris trois mètres à la défense ! Au moment de la passe, je regardais autant le ballon que le gardien. J'ai vu Ubaldo Fillol - NDLR : le gardien argentin ne portait pas le numéro 1, dévolu à Osvaldo Ardiles - sortir. Je pensais utiliser le lob mais au dernier moment, il s'est arrêté. Il a certainement cru qu'il était trop court. En une fraction de secondes, j'ai dû changer mon fusil d'épaule. J'ai pu contrôler le ballon de la poitrine, le laisser rebondir pour finalement fusiller le gardien. Par après, tout le monde m'a dit - Que ce fut long avant que tu te décides à tirer. Je peux vous dire que moi, cela ne m'a pas du tout paru long ". Ce but allait non seulement conduire la Belgique à une victoire historique mais asseoir la réputation de Vandenbergh. Lui qui a inscrit 256 buts en 432 matches a laissé l'image du héros du Nou Camp. " Plus le temps avance, plus on me parle de ce but. Il y a certainement un peu de nostalgie. On aime se remémorer les moments glorieux des Diables Rouges, surtout à l'heure actuelle où les résultats ne suivent pas ". Ce but lançait aussi les Diables dans une Coupe du Monde qui n'allait plus connaître de grands faits d'armes. " A l'époque, la victoire valait deux points. Nous avions donc un bonus de deux unités par rapport à notre tableau de marche. De Barcelone, j'ai le souvenir d'un stade garni à ras bord. Il y avait plus de 100.000 personnes. Plus jamais dans ma carrière, je n'ai connu une telle ambiance. Au deuxième tour, on est retourné au Nou Camp pour affronter la Pologne et l'URSS mais cela n'avait plus déplacé la grande foule ". Guy Thys avait réussi son pari. Pourtant, il lui fallait tempérer l'euphorie générale. " C'était la force de Thys. Il nous laissait beaucoup de liberté mais au moment où il fallait serrer la vis, il le faisait. Le groupe possédait tellement de qualités et était tellement fort que sa tâche était facile. Car sans qualités dans ton noyau, tu as beau être le meilleur entraîneur du monde, tu ne sais rien faire. Thys avait réussi sa bataille tactique contre l'Argentine. Comment ? En motivant ses troupes. C'était un fin psychologue. Il savait gérer son groupe ". Comme lorsqu'il avait menacé, avec son flegme tout britannique, Pfaff d'un retour sur le banc parce que le nouveau transfuge du Bayern Munich avait voulu sauter un repas pour se reposer dans la piscine. Trois minutes plus tard, Pfaff était présent à table... " Pour le reste, Thys ne devait même pas gérer l'ego des leaders. Tout le monde savait exactement ce qu'il devait faire. Et des gars comme Gerets et Coeck ne refusaient jamais leurs responsabilités. Cela nous a permis de former un bloc solide. On ne peut pas dire quel joueur fut le meilleur Diable durant cette Coupe du Monde. Un jour, c'était Vandersmissen, un autre Van Moer. Chacun avait apporté sa pierre et avait mérité sa sélection. Finalement, c'est la qualité de la performance d'équipe qu'il faut souligner " Quelques jours après son triomphe inaugural et l'emballement médiatique qui suivit, c'est El Salvador qui attendait les Diables : " Tout le monde s'attendait à ce que l'on plante plusieurs buts mais notre équipe aimait procéder par contres. On n'a jamais réussi de grandes performances lorsqu'il fallait prendre le jeu à notre compte. C'est d'ailleurs une des choses que je reproche à la génération actuelle. On a forgé nos résultats sur un jeu défensif et organisé. Il n'y avait pas de failles dans notre système et on laissait l'initiative à l'adversaire. Maintenant, on ne sait plus garder le zéro au marquoir et on voit la Belgique qui veut faire le jeu et des défenseurs passer un homme ou deux. Millecamps ne perdait jamais le ballon. Pourquoi ? Parce qu'il était sobre et efficace. Il n'essayait rien de difficile. Il récupérait et le donnait directement à Meeuws ou à Coeck. Il connaissait son rôle et s'y tenait ". Il faut finalement attendre un missile de Coeck, des 30 mètres, pour voir nos Diables s'imposer 1-0. Il ne restait plus que la Hongrie : " Pour atteindre le deuxième tour, il suffisait de ne pas perdre. Pourtant, on a été mené 1-0. A ce moment-là, grâce à une meilleure différence de buts, la Hongrie se qualifiait. Il y avait eu durant ce match le télescopage malheureux entre Gerets et Pfaff. L'arrière a dû sortir sur civière. Heureusement, Czerniatynski allait nous délivrer. Nous formions une ligne d'attaque complémentaire. Nous chassions le ballon chacun à notre tour même si notre style était différent. Alex courait partout, se défonçait et allait au contact. On ne savait jamais vraiment bien ce qu'il voulait faire mais il repartait toujours du duel avec le ballon. Moi, j'était un footballeur plus fin. On m'a collé une étiquette de joueur qui attendait dans le rectangle. Ce n'était pas vrai. Mais les clichés ont la peau dure et on ne voyait que le buteur. Pourtant, à Gand, j'ai évolué derrière les deux attaquants. Ma principale qualité résidait dans mon flair. Je sentais vraiment le jeu. J'essayais de me mettre où le défenseur adverse ne s'y attende pas. J'anticipais beaucoup les phases. Ce que peu de joueurs actuels font. Sauf peut-être Filippo Inzaghi ou Andriy Shevchenko. Même quand le centre n'est pas bon, ils sont à la réception du ballon. Contre le Portugal, j'ai vu un bon centre de Jan Verthongen mais aucun de nos avants n'a pensé couper la trajectoire au premier poteau. Chacun a tendance à conserver sa position. Avec Czernia, ce n'était pas le cas. Il y avait deux attaquants pour quatre défenseurs mais on n'arrêtait pas de bouger. Or, pour un avant, jouer contre une défense en ligne est ce qu'il y a de plus plaisant car si tu es intelligent, tu sais que tu es certain de te retrouver trois ou quatre fois seul devant le gardien. En gardant sa position, on ne peut faire la différence qu'en dribblant son opposant mais vous connaissez un attaquant capable de le faire ?" Le partage contre la Hongrie permettait aux Belges de retrouver le deuxième tour mais deux défaites (contre la Pologne et l'URSS) allaient mettre fin à l'aventure espagnole. " Contre la Pologne, il ne faut pas oublier que l'on était privé de Pfaff et Gerets. Mais l'objectif était quand même atteint. On ne se rendait pas compte de l'impact que nous avions eu en Belgique. Ce n'est qu'en rentrant au pays qu'on a pu le mesurer ". 25 ans plus tard, Vandenbergh est resté en contact avec le monde du football. Après une carrière garnie de 20 saisons (toutes en D1 !), il reste très proche d'un milieu qui le passionne et lui a tout donné. Le Solitaire, comme on le surnommait quand il était joueur, continue à tracer sa route. Aujourd'hui, il est coordinateur des équipes de jeunes de Westerlo où il lui reste encore un an de contrat. " Cela fait huit ans que j'y suis. Ce n'est pas si évident que cela. Surtout avec les parents qui interviennent tout le temps. Mais je le fais avec plaisir. Cependant, j'aspire à devenir entraîneur principal. En D1, si on me le propose mais l'horizon est bouché à ce niveau. Sinon, cela ne me déplairait pas de descendre dans les divisions inférieures. Mais on ne me propose rien. Pourtant, j'ai passé ma licence Pro. En même temps notamment que Jacky Mathijssen ". Vandenbergh a proposé aussi sa candidature à Jan Ceulemans pour devenir son adjoint. " Mais je pense que Danny Vlayen et Frank Dauwen vont rester ". Aujourd'hui, son principal défi est de faire face à la concurrence des autres clubs au niveau des jeunes. " La formation n'est pas assez bonne chez nous. Il y a un manque de moyens mais aussi parfois un manque de facilités. Le projet du Standard est bon mais pas à 100 %. Un jeune a par exemple quitté le club liégeois pour venir chez nous. Pourquoi ? Parce que pour rester dans le centre de formation du Standard, il devait aller à l'école là où tous les cours sont dispensés en français. Or, il vient de Tongres. Pourquoi ne pas avoir réfléchi à ce genre de problèmes ? Un club comme Westerlo doit aussi combattre les clubs néerlandais. Une nouvelle loi nous protège car les clubs doivent payer des années de formation. Comment font-ils alors ? Au lieu de transférer des éléments de 14 ou 15 ans, ils se penchent sur ceux de huit ou neuf ans. Ceux pour lesquels ils n'auront pratiquement aucune année de formation à payer. Le PSV vient ainsi faire son marché dans la région. Ils prennent trois jeunes au Lierse, trois à Malines et trois chez nous. Ils les font venir en bus à l'entraînement et les rapportent chez eux le soir. Cela ne coûte rien au club et si un seul réussit à percer, c'est le jackpot assuré ". C'était décidemment mieux avant... par stéphane vande velde - photos: reporters/ gouverneur