Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et la vie du grand gars de Waregem a visité des méandres. En 1999, après le tournoi de Birmingham, il décida de mettre fin à sa carrière. Puis, pendant dix-sept mois, il tenta de trouver une nouvelle voie qui le mena assez naturellement vers les écoles de tennis. Il n'y resta que le temps d'une saison d'hiver, au terme de laquelle il reprit, plus par jeu que par ambition, le chemin des tournois.
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Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts et la vie du grand gars de Waregem a visité des méandres. En 1999, après le tournoi de Birmingham, il décida de mettre fin à sa carrière. Puis, pendant dix-sept mois, il tenta de trouver une nouvelle voie qui le mena assez naturellement vers les écoles de tennis. Il n'y resta que le temps d'une saison d'hiver, au terme de laquelle il reprit, plus par jeu que par ambition, le chemin des tournois.C'est ainsi qu'il gagna deux tournois 10.000 dollars au printemps 2000 et qu'on le vit réapparaître dans les Challengers en juillet de la même année. Aujourd'hui, Dick Norman est classé 198e joueur mondial et caresse à nouveau l'espoir d'entrer, enfin, dans le Top 100.Quand vous avez arrêté votre carrière, qu'espériez-vous faire?Dick Norman : Je ne sais pas, je ne savais pas, je n'avais aucune idée de ce que je voulais entreprendre après avoir stoppé le tennis. Pourquoi avoir arrêté, alors?Depuis que j'étais adolescent, mon rêve était d'atteindre le Top 100 et, même, le Top 50. J'étais certain d'avoir le potentiel pour y arriver. Quand j'ai fini par ne plus y croire, j'ai décidé d'arrêter les frais.Vous en avez eu marre?Je n'avais plus envie de faire des efforts. Je n'avais plus suffisamment faim de tennis.Quand vous avez arrêté, vous n'aviez aucun projet. Qu'avez-vous fait concrètement?Je pensais prendre tout d'abord six mois de vacances mais, dès que j'ai stoppé, j'ai traversé une période très difficile. Je suis tombé dans un trou noir. Les six mois sont passés comme s'il s'était agi de deux semaines.C'est quoi, un trou noir?J'ai eu une petite dépression, c'était vraiment difficile. En fait, quand on veut arriver dans le Top 100, on se défonce totalement, on donne tout ce qu'on a. Et, du jour au lendemain, on n'a plus rien à faire. On passe d'un extrême à l'autre : d'un boulot hyper-prenant à plus rien. C'est cela qui n'était vraiment pas évident à vivre.Mais que faisiez-vous de vos journées pendant ces six mois de trou?Rien. Je restais chez moi, je ne sortais pas. J'habitais en plein milieu d'Anvers où cela bouge pas mal mais, moi, je laissais passer le temps. Cela bougeait autour de moi et je restais immobile. Je n'aimais vraiment plus la vie. Puis, petit à petit, j'ai commencé à me rendre compte que j'aimais être en Belgique et voir des amis toutes les semaines. J'ai donc remonté la pente petit à petit et, à partir de ce moment-là, j'ai pas mal guindaillé.Les guindailles, cela coûte cher. Comment vous en sortiez-vous financièrement?Après les six mois, j'ai encore pris six mois de vacances. Je dois dire que le compte bancaire, quand on ne fait rien, il descend vite. Et encore, l'expression est faible, c'est presque le krach. C'est à la fin de cette année de congé que je me suis rendu compte de la réelle valeur de l'argent et du prix des choses.Pourquoi cette compréhension tardive? Parce que vous aviez toujours vécu au jour le jour, sans vous soucier de l'argent?Oui, entre autres. Avant, toute ma vie était concentrée sur le fait que je voulais arriver dans le Top 50. Je ne m'intéressais pas du tout à l'argent. Je m'en foutais totalement.Mais vous aviez assez d'argent pour ne pas travailler pendant un an?Oui, certainement, mais cela descendait vraiment vite.Pourquoi avoir dès lors décidé de donner cours de tennis?Après ces douze mois, j'ai réfléchi à ce que j'allais faire de ma vie. Il m'a alors fallu cinq autres mois pour avoir une idée précise de ce que j'allais faire et pour trouver un job.Autrement dit, vous êtes resté dix-sept mois sans rien faire?Sans travailler, sans gagner un franc. Enfin, je jouais encore quelques matches par équipes et je gagnais un peu mais, en gros, on peut dire que je n'ai rien fait pendant cette période. Puis, j'ai donné cours dans plusieurs clubs à Bruxelles, à Waregem et à Gand. Ce n'était pas facile mais je voulais bien faire. Quand on voit tout ce qu'on doit faire pour gagner un peu d'argent en donnant des cours et les sommes que l'on peut empocher en disputant des tournois, il y a vraiment un monde de différence. En fait, ce n'est même pas comparable. Chaque année, je faisais au moins un bon résultat et je peux vous garantir qu'il faut donner un nombre inouï d'heures de cours pour gagner la même chose. Je trouvais cela incroyable.Pourtant, en tant qu'ancien huitième de finaliste de Wimbledon, vous travailliez tout de même à un salaire horaire plus intéressant que beaucoup d'autres profs?Cela ne me paraissait pas ridicule comme salaire comparé aux autres personnes qui commencent leur métier mais, à nouveau, à la fin du mois, ce n'était pas possible d'arriver à une somme qui me paraissait importante. Par ma vie sur le circuit, j'avais pris certaines habitudes onéreuses. Le problème c'est que quand on est sur le circuit, on vit tout de même sur un certain pied qu'il m'était impossible de reproduire en donnant cours.Combien de temps avez-vous travaillé comme entraîneur?A peine une saison d'hiver. Après, je me suis dit que j'allais disputer des tournois d'argent en France et en Belgique. Il s'agit de compétitions non professionnelles et ne donnant pas droit à des points ATP mais dont le prize-money est assez intéressant. En France, le vainqueur d'un tel tournoi peut empocher un chèque de 80.000 francs belges. Dès le début, j'ai gagné toutes les compétitions auxquelles je participais alors que je ne m'étais quasiment pas entraîné pendant dix-sept mois. J'ai donc gagné mes trois premiers tournois. Alors, juste pour me préparer pour les interclubs, j'ai décidé de prendre part à trois Futures, des tournois professionnels dotés de 10.000 dollars et comptant pour le classement.Et vous les avez gagnés tous les trois?J'en ai gagné deux et j'ai perdu en quarts au troisième mais uniquement parce que j'étais sorti en boîte alors que je devais jouer à dix heures.C'est alors que vous vous êtes dit que vous pourriez reprendre votre carrière?Sans vraiment le vouloir, j'avais engrangé 25 points ATP en trois semaines. J'étais de plus très content de mon niveau. Je me suis dit que si j'amassais aussi facilement des points ATP, cela serait stupide de ne pas recommencer. J'ai alors repris l'entraînement en France. J'ai rejoint le centre de Bob Brett dans la banlieue parisienne. Comme entraîneurs, il y a entre autres Frank Février et Thierry Champion. Je m'entraîne en compagnie de Hicham Arazi, Paul-Henry Mathieu et beaucoup de très bons jeunes.Vous avez un peu retrouvé à Montreuil l'ambiance du club de Waregem où vous vous entraîniez il y a dix ans avec certains de vos entraîneurs actuels?C'est exactement la même ambiance. Tout le monde est très motivé mais la grande différence est que le niveau est plus haut à Paris qu'il ne l'était à Waregem.Avec quelles ambitions êtes vous revenu sur le circuit?Pendant les six premiers mois, je ne jouais que pour mon plaisir, je n'avais aucun objectif si ce n'est la joie de jouer. En cinq mois, je me suis retrouvé à la 225e position mondiale et, il y a deux mois, je me suis à nouveau fixé des objectifs. Ce sont les mêmes qu'avant : Top 100 et puis Top 50.Le fait d'avoir fixé ces objectifs a généré une nouvelle pression?Je suis beaucoup plus relax que pendant ma première carrière. Maintenant, si je n'y arrive pas, je m'en fous.Vous avez retrouvé le circuit après deux petites années, l'avez-vous trouvé changé?Il y a beaucoup de nouveaux que je ne connais pas dans le Top 200. Je pensais que j'éprouverais beaucoup plus de difficultés pour revenir à un bon classement car le niveau augmente normalement chaque année et, au contraire, j'ai eu l'impression que c'était plus aisé. Peut-être que, sans jouer, je suis devenu meilleur. Ou alors, c'est sans doute parce que je ne m'énerve plus quand je perds. Avant, je devais gagner et quand j'étais mené 3-1 au premier set, je commençais à stresser à l'idée de ne pas être capable d'atteindre mes objectifs.Vous n'êtes plus tout jeune (30 ans). Vous pensez que le Top 100 est réellement possible?Si je continue à jouer au même niveau que lors des six premiers mois, je devrais être 100e à la fin de l'année.Votre huitième de finale de Wimbledon vous sert-il encore?Tout le monde me connaît comme ancien huitième de finaliste de Wimbledon. Chaque fois que je rencontre un joueur, il y fait référence.Et, pour vous, cette performance est encore utile?C'est difficile à dire. Disons que quand je regarde tous les joueurs qui ont été en huitièmes de finale d'un tournoi du Grand Chelem, je constate qu'ils sont tous mieux classés que moi alors que certains ne sont certainement pas aussi bons que moi.Votre plus belle performance n'est-elle pas votre troisième tour à Roland Garros en 97?Pour mon niveau de jeu, il s'agit sans aucun doute de ma plus belle satisfaction. A Wimbledon, cela passe ou cela casse tandis que sur terre, il a fallu que je joue un très bon tennis.Revenons à Wimbledon. Vous avez été conscient de votre exploit ou bien vous avez traversé ces deux semaines sans vous en rendre compte?Non, c'était vraiment les trois semaines... puisque j'étais sorti des qualifications, les plus belles de ma vie. Je ne crois pas pouvoir retrouver une émotion aussi grande. Si je réalise une performance de ce niveau, ce ne sera pas la même chose. Cela dit, si j'atteins les quarts ou une demi...Qu'est-ce qui vous a vraiment excité?Le fait de n'avoir battu que des joueurs que tout le monde connaissait. Tout le monde savait qui était Cash, Woodbridge et Edberg. On peut aussi jouer contre des joueurs très forts sur gazon mais que le public ne connaît pas alors que moi, je n'ai rencontré que des anciens vainqueurs du tournoi, que ce soit en simple ou en double.Vous avez chez vous un souvenir de Wimbledon?J'ai pris la pancarte en plastique qu'ils placent sur le tableau marquoir. Je l'ai prise après le match contre Becker.Vous êtes quatrième joueur belge, ce qui veut dire que vous pourriez revenir dans l'équipe de Coupe Davis.Je ne pense pas que je ferai encore partie de l'équipe belge. Il faudrait vraiment que je monte Top 100 mais, dans ce cas, les deux frères Rochus et Malisse seront certainement Top 50. Ou alors, il faudrait que la Belgique aille jouer sur herbe quelque part. Dans ce cas-là, je serais sans doute sélectionné. Je serais évidemment hyper content de retrouver l'équipe mais il ne s'agit plus d'un objectif même si j'ai de formidables souvenirs de la rencontre au Danemark.Par rapport aux joueurs belges, vous connaissez très bien Xavier Malisse, pensez-vous qu'il est reparti dans la bonne direction?Oui, je l'ai vu en Australie et je trouvais qu'il jouait très très bien. Je suis persuadé qu'il a compris ce qu'il fallait faire. Il s'amuse plus sur le terrain. Quand il perd, il est moins stressé. Un peu comme moi maintenant.Vous avez des regrets par rapport à votre carrière?Pas vraiment. Peut-être que je n'aurais jamais dû arrêter mais peut-être que si je n'avais pas arrêté, j'aurais été dégoûté du tennis.Bernard Ashed.