Saison 1986-1987 : le football de chez nous est en plein boum, régénéré et encensé pour la formidable campagne des Diables Rouges sur les terrains de la Coupe du Monde 86. Dante Brogno, lui, est poussé par la force de sa jeunesse, la fraîcheur de ses rêves, les valeurs de l'éducation familiale. Le football est le credo de son clan : à la maison, on ne parle que de ballon et, à 10 ans, ce gamin sait déjà que son avenir sera celui de footballeur professionnel. Il y pense au Pavillon Montagnard (1976-1981), dont les jeunes sont entraînés par son père, Mario, à Marchienne (1981-1986), à l'école, au garage où il travaille jusqu'en 1986 avant de passer en un saut de la P1 à la D1 !
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Saison 1986-1987 : le football de chez nous est en plein boum, régénéré et encensé pour la formidable campagne des Diables Rouges sur les terrains de la Coupe du Monde 86. Dante Brogno, lui, est poussé par la force de sa jeunesse, la fraîcheur de ses rêves, les valeurs de l'éducation familiale. Le football est le credo de son clan : à la maison, on ne parle que de ballon et, à 10 ans, ce gamin sait déjà que son avenir sera celui de footballeur professionnel. Il y pense au Pavillon Montagnard (1976-1981), dont les jeunes sont entraînés par son père, Mario, à Marchienne (1981-1986), à l'école, au garage où il travaille jusqu'en 1986 avant de passer en un saut de la P1 à la D1 ! C'est le grand écart, le grand défi, le grand moment, le grand rêve d'un des trois gamins (Dante, Toni, David) d'une famille venue de Calabre pour trouver dans le Pays Noir le soleil que les gens du Nord ont dans leur c£ur. Le football a toujours été le fil rouge des Brogno. Intelligent, Dante ne tarde pas à devenir une des icônes sportive de sa région. Cela déclenche de l'admiration mais aussi de la jalousie. Au sein de certains effectifs qu'il a connus, on le craint parfois, on le déteste même, car il a l'oreille des puissants du club, de la ville, de la région. Pas mal pour un gamin parti de son ground zero. Il hume bien le vent, sait que les grands décideurs ont besoin du sport, s'adapte à tout, élargit son réseau de relations, met les politiciens dans sa poche mais reste toujours fidèle à son club, à ses couleurs, le noir et le blanc. La famille, le nid où tout le monde aime se retrouver autour d'une bonne table comme le prouve cette photo d'autrefois : les fils, le père, la mamma, une bonne bouteille de vin qui rappelle les souvenirs d'autrefois, la Calabre. Là, comme le rappelle Alfonsina, la patronne de la maison, on ne mangeait rarement de la viande dans les années 50 : " Quand on tuait le cochon en décembre ". Dante aurait dû porter un autre nom de famille : Balbino. Son papa, Mario, fut en effet le fruit d'une liaison secrète et Francesco Brogno accepta d'épouser la belle Marietta Madorma qui était enceinte. Le scandale était évité de justesse à Torano. Plus tard, Dante Balbino regroupa tous les siens en Belgique mais Mario Brogno garda son premier nom de famille. On n'a rien sans rien. Le père de Dante a passé sa vie active dans des carrières. Alors, bosser, s'entraîner, on connaît chez les Brogno. Avant de signer à Charleroi en 1986, Dante avait eu des offres du Standard, de La Louvière et du RWDM. En 1981, le Pavillon Montagnard demanda 2.000 euros pour son transfert à Marchienne. Furieux suite à cette exigence, Mario Brogno mit 500 euros de sa poche afin que son fils puisse changer d'air. Un bon placement : il avait compris que son gamin avait du talent.Sur son flanc droit, Dante Brogno a posé d'énormes problèmes à tous les arrières du pays. Tout le monde redoutait ses trouvailles techniques. De ses débuts en D1, le 30 août 1986, à l'Antwerp jusqu'à sa dernière représentation, le 1er avril 2001 contre le Standard, Capitaine Crochet a changé le cours de pas mal de matches et déposé quantité d'arrières adverses le postérieur dans l'herbe, surtout au Mambourg. C'est André Colasse qui a lancé Dante parmi l'élite durant la saison 1986-1987. Mais il a connu ses plus belles saisons de joueur sous les ordres de Robert Waseige, surtout de 1992 à 1993, avec une finale de Coupe de Belgique perdue contre le Standard en 1993 (2-0), une qualification pour la Coupe de l'UEFA, de magnifiques succès face à Anderlecht. Il n'y avait alors que de la bonne crème fraîche sur son café liégeois. Quand Robert Waseige ne retient pas son frère Toni pour l'Euro 2000, ce fut plus corsé entre eux. Plus tard, en 2004, Dante fit un pas en arrière, céda son costume de T1 à Waseige. Dante fut son adjoint durant quelques mois. Dante et la politique : il connaît, il joue avec, il n'est dupe de rien, il a assumé des missions de représentation payées par la Ville avant que celle-ci ne soit emportée par les affaires. Il s'entendait (très) bien avec sa belle maire, Jean-Claude Van Cauwenbergh, ex-avant-centre politique en Wallonie. Le divin chauve de Charleroi était un grand pêcheur. Quand il lançait ses filets dans les mers adverses, ce n'était pour se contenter de trois crevettes grises. Il allait avec succès à la pêche au gros.En 2000, c'est dans la joie qu' Enzo Scifo fut accueilli comme joueur à Charleroi. Dante joua avec lui. Excellentes au départ, les relations entre les deux hommes se ternirent par la suite. S'il y a une injustice dans la carrière de Dante, c'est bien celle de ne jamais avoir été repris en équipe nationale. Avec un tel talent, et malgré la concurrence, c'est toujours incompréhensible. S'il avait porté un autre maillot que celui de Charleroi, son plaisir d'international ne se serait pas réduit à un stage en Zélande. Dante était prophète dans son Pays Noir, pas ailleurs.Le 1er avril 2001, tout le stade de Charleroi le remercie, lui fait la fête. Il sort du terrain à la 53e minute, c'est 1-0 contre le Standard (but de Dante). A la fin de la rencontre, le score indique 2-3. Au cours de sa carrière, Brogno a signé 10 buts contre le Standard dont les supporters le chambraient sans cesse.Voilà un T1 et un T2 qui font du bon travail. En 2003, Dante était trop inexpérimenté pour guider un groupe. Il est devenu un excellent adjoint aux côtés de Jacky Mathijssen qui quittera les Zèbres en fin de saison. Qui sera le prochain T1 du Roi des Zèbres ? Il n'y a qu'un cheveu sur la tête à Dante : de la saison 1986-1987 à celle-ci, le look a bien changé mais, l'âge et la sagesse venant, il est aussi radieux que naguère après avoir franchi ses 40 rugissants. par pierre bilic - photos: reporters