Salvador Dali en aurait été fier. Le design du stade est franchement futuriste, le décor idéal pour un film de Stanley Kubrick. Son implantation, au beau milieu de champs de riz et de lopins de terre, est hallucinante et son inaccessibilité achèverait de rendre le tout hilarant si ce projet n'avait coûté une véritable fortune (150.000.000 d'euros) aux pouvoirs locaux.
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Salvador Dali en aurait été fier. Le design du stade est franchement futuriste, le décor idéal pour un film de Stanley Kubrick. Son implantation, au beau milieu de champs de riz et de lopins de terre, est hallucinante et son inaccessibilité achèverait de rendre le tout hilarant si ce projet n'avait coûté une véritable fortune (150.000.000 d'euros) aux pouvoirs locaux. Donc, ce stade est à Oita (où Lorenzo Staelens a joué), une ville de province sise sur l'île le plus au sud du Japon Kyushu dont la superficie est à peu près le cinquième du territoire belge. Au total, 1.200.000 habitants. Heureusement pour les Diables qui y rencontreront la Tunisie, Oita n'est qu'à deux heures et demie de route, en car, du camp d'entraînement de Kumamoto. De Tokyo, on peut se rendre à Oita en avion (le vol dure 1h50 et coûte 450 euros) ou en train. Le voyage dure 24 heures, à moins que vous ne preniez le Shinkansen, le TGV japonais, dont le prix avoisine celui de l'avion. Ensuite, vous avez encore une heure de route et l'embarras du choix pour l'ultime moyen de transport. Je parle de TGV japonais mais en fait, le Shinkansen parcourt le Japon depuis le début des années 60 et est donc bien antérieur au TGV.Grosses pertes d'entretien!Le stade d'Oita, il faut le voir pour le croire. On l'a surnommé Big Eye, soit le grand oeil, à cause de sa forme. Les frais d'entretien génèrent un déficit annuel de 820.000 euros. Le terrain lui-même est le plus mauvais des dix stades qui accueillent la Coupe du Monde et on est en train de le remplacer alors qu'il a été inauguré en mars 2001. Comprendre pourquoi une ville de province comme Oita a voulu ériger un tel temple du football est significatif de la mentalité japonaise en matière de prestige. Et d'influence politique. Il était clair qu'après l'attribution partielle du Mondial au Japon, la répartition géographique serait un élément crucial du choix des implantations. Kyushu était assurée d'avoir un, voire deux stades. Jusque-là, rien de plus logique. Que le choix se soit porté sur Oita est une autre paire de manches.Comment y arriver?Oita est difficilement accessible et à un prix extrêmement élevé pour les supporters étrangers. Fukuoka semblait un choix plus approprié. Jusqu'il y a peu, elle avait une équipe en D1, elle a une liaison Shinkansen directe avec Tokyo et les vols sont réguliers.On est donc en droit de se demander quelle mouche a piqué les membres de la commission responsable de l'attribution des stades. Il est plus probable que la décision ait été prise à hauteur du portefeuille. Le Jawoc (Japan World Cup Organizing Committee) était très pressé d'empocher les cotisations des candidats pour remplir sa caisse. Récemment, d'ailleurs, il a étalé son manque d'argent en réclamant une cotisation supplémentaire de 827.000 euros aux dix sites. Ceci dit, Oita n'est pas seulement synonyme de tourments pour le supporter belge. La région est magnifique, ses habitants chaleureux, la nourriture excellente et un déplacement là-bas constituera une expérience unique pour ceux qui en ont les moyens.Robert Maes