Non, nous ne soupçonnons pas l'entrepreneur Bart Verhaeghe de sympathies communistes. Mais dans les années '50, Mao était tout aussi pétri de bonnes intentions que l'homme fort du Club quand il a présenté ses projets comme le grand bond en avant. Il voulait faire passer la Chine de la culture agricole à une société industrielle. Il a échoué. Le grand bond en avant a été un gigantesque plongeon dans l'abîme, il a provoqué une famine et des millions de morts.
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Non, nous ne soupçonnons pas l'entrepreneur Bart Verhaeghe de sympathies communistes. Mais dans les années '50, Mao était tout aussi pétri de bonnes intentions que l'homme fort du Club quand il a présenté ses projets comme le grand bond en avant. Il voulait faire passer la Chine de la culture agricole à une société industrielle. Il a échoué. Le grand bond en avant a été un gigantesque plongeon dans l'abîme, il a provoqué une famine et des millions de morts. Le projet de stade brugeois n'en arrivera pas là. Verhaeghe a rappelé qu'il avait eu " assez de temps pour s'entraîner ", vendredi, en dévoilant l'accord trouvé avec la ville de Bruges. Environ treize ans. Construire un stade prend du temps en Belgique, comme La Gantoise l'a expérimenté. Daniel Termont, le bourgmestre de la ville, a annoncé en 2003 l'érection du nouveau stade des Buffalos, à l'embranchement de deux voies rapides. Le premier ballon n'y a roulé que plus de dix ans plus tard. Gand a tiré profit de son nouveau stade : peu après, le club a été sacré champion de Belgique et a rapidement intégré le G5. Il a enregistré une hausse moyenne de 50% de son assistance et ses rentrées ont suivi le même chemin. Le Club Bruges escompte un effet similaire. Dans une interview au quotidien De Tijd en 2017, Verhaeghe a avancé une augmentation du budget de vingt à 25 millions d'euros si le Club disposait d'une nouvelle arène. Depuis, le chiffre a dû augmenter. Ce stade sera encore relativement modeste, comparé à celui de ses concurrents. Il comprendra 40.000 places, dont 32.000 seront réservées aux abonnés. Il ne sera pas multifonctionnel, contrairement à la Ghelamco Arena de Gand. Ce n'est pas idéal pour des entreprises et d'après Verhaeghe, ceux qui ne le comprennent pas n'ont pas suivi les récentes évolutions des stades. Le club utilisera toutefois son stade pour des séminaires ou des réunions d'entreprises, comme l'Antwerp et Ostende le font régulièrement. Mais ne vous attendez pas à trouver un supermarché au rez-de-chaussée, comme près du Freethiel ou à Gand. En revanche, il y aura des parkings verts et des petits sentiers de jogging. C'est que Verhaeghe est aussi un sportif amateur. " Nous allons construire le stade nous-mêmes, en effet ", a déclaré le président du Club. Il a trouvé un accord avec les différents actionnaires depuis longtemps à ce propos. Coût estimé ? Environ cent millions, mais compte tenu du site retenu et des frais supplémentaires induits pour lutter contre le bruit, assurer la mobilité et installer l'éclairage, ce sera sans doute plus. On ne connaît pas encore l'impact de cet investissement sur le club, la structure financière de la construction n'ayant pas encore été dévoilée. Il est donc difficile de calculer l'ampleur du bond en avant qu'effectuera Bruges. Chaque stade, ou chaque club, a son propre mode de financement, comme nous l'apprend une recherche sur le net. La Ghelamco Arena de Gand a été bâtie grâce à des fonds privés et publics, la ville et la société des eaux étant co-actionnaires et investisseurs. Ça limite le risque pour le club mais aussi ses rentrées. Paul Gheysens a avancé les fonds requis pour la rénovation du Bosuil, mais le club lui verse un loyer élevé, environ 3,5 millions par an pendant quatorze ans encore. Il faut soustraire cette somme de l'augmentation du budget. Saint-Trond s'acquitte également d'un loyer pour le Stayen, environ 400.000 euros, tandis que le KV Ostende doit verser 1,2 million à Marc Coucke pour l'utilisation des infrastructures. À chaque club son prix ou son contrat, y compris à l'étranger. West Ham s'en tire très bien. À l'issue des Jeux Olympiques de Londres, la ville s'est retrouvée avec un stade vide. West Ham a proposé de le louer. Il a négocié un bail fantastique. Il paie un peu moins de trois millions d'euros par an pour un bail de 99 ans. Le propriétaire doit payer les adaptations requises pour d'autres événements et essuie de lourdes pertes chaque année. Il a déjà tenté à plusieurs reprises de forcer West Ham à payer plus, par voie juridique. L'équipe profite pleinement de l'abandon d'Upton Park : l'assistance moyenne a augmenté de 63%, passant de 35.000 à près de 57.000 spectateurs. La billetterie rapporte en outre environ 50% de plus, et les rentrées issues des activités commerciales dépassent les 50%. Tottenham et Arsenal ont consenti de gros investissements et ainsi augmenté leurs recettes. On ne connaît pas encore les chiffres de Tottenham, mais les pronostics sont excellents. Cependant, la dette du club a augmenté, ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur le plan sportif. Arsenal n'a pas été champion malgré son déménagement à l'Emirates, qui est quasi remboursé, et ce n'est pas un hasard si Tottenham a effectué moins de transferts et est à la traîne sportivement : c'est dû à la construction du nouveau White Hart Lane. Investir dans les briques et dans l'équipe relève parfois du grand écart, surtout quand l'argent ne vient pas des fonds publics. Par exemple, les autorités portugaises ont permis à Porto et Benfica d'obtenir de beaux stades en prévision de l'EURO 2004. À la fin du siècle dernier, ce fut aussi le cas de l'Ajax avec son Amsterdam Arena, rebaptisée Johan Cruijff Arena. Initialement, l'Ajax ne détenait que 13% des parts, mais la ville d'Amsterdam, propriétaire de 48%, a annoncé fin 2018 qu'elle voulait diminuer sa part au profit du club, qui pourrait reprendre 23% de plus. Et à terme, peut-être le quart restant. Rien de tels dans les projets du Club Bruges et l'accord de la ville, qui cède ses terrains sous forme de bail emphytéotique. Le Club paie la note et veut introduire une demande de permis environnemental dans les plus brefs délais. Éclairage, bruit et mobilité, ça fait beaucoup. La Région flamande dispose de 120 jours pour étudier la demande. Il est encore possible d'aller en appel. Le Club veut minimiser l'impact environnemental le plus possible en travaillant, comme pour l'EURO 2000, avec des parkings en bordure de la ville et des navettes, plus des parkings verts près du stade. Implanter un stade dans un quartier résidentiel coûte plus cher que dans un zoning industriel, le Club le sait. Mais rester sur le site du Jan Breydel constituait l'issue la plus rapide et la plus sûre pour un dossier qui pourrit depuis une décennie. Objectif, une fois le permis obtenu : 18 mois de travaux et une inauguration dès la saison 2022-2023. Juste à temps pour la révolution internationale de 2024, qui va bouleverser le football européen. Est-ce là un grand bond en avant pour le Club ? La recette des matches va augmenter d'environ 50%, la lutte pour les noms du stade et du maillot peut commencer. Mais ce n'est pas ainsi qu'il pourra combler le gouffre qui le sépare de l'élite. Il restera tout au plus dans le sillage des autres. Il faudra toujours un grand professionnalisme dans la gestion du noyau. West Ham n'a pas encore profité de son déménagement sur le plan sportif. Bâle ne s'est pas maintenu tout en haut non plus après le bond en avant effectué grâce à l'EURO 2008. Un budget plus important n'est pas une garantie de succès. Mais le Club renforce ses fondations. Et le jour des matches, il y aura certainement plus de bouchons à Bruges.