J ean-Michel Saive (36 ans) habite à deux pas des terrains d'entraînement du Standard, sur les hauteurs du Sart Tilman. L'ex-numéro 1 mondial de tennis de table a toujours entretenu un lien très fort avec le foot en général, avec les Rouches en particulier. Ses visites à Sclessin sont plus ou moins fréquentes, en fonction de son agenda infernal. Meilleur joueur belge depuis 1985, il fait toujours partie des plus fines palettes mondiales 20 bonnes années plus tard. Son aura et son ambition sont à l'image de son accent du terroir : elles n'ont pas pris une ride !
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J ean-Michel Saive (36 ans) habite à deux pas des terrains d'entraînement du Standard, sur les hauteurs du Sart Tilman. L'ex-numéro 1 mondial de tennis de table a toujours entretenu un lien très fort avec le foot en général, avec les Rouches en particulier. Ses visites à Sclessin sont plus ou moins fréquentes, en fonction de son agenda infernal. Meilleur joueur belge depuis 1985, il fait toujours partie des plus fines palettes mondiales 20 bonnes années plus tard. Son aura et son ambition sont à l'image de son accent du terroir : elles n'ont pas pris une ride ! La brillante saison du Standard l'inspire. Jean-Mi (consultant lors des matches de Ligue des Champions sur Be. TV) se lâche, parle de ses amitiés à Sclessin, des mystères du foot qu'il ne parvient pas à expliquer, des Rouches qui l'impressionnent, du phénomène Sérgio Conceição, de l'euphorie qui s'est emparée de la région, des difficultés de gérer un groupe comprenant autant de fortes personnalités, des Standardmen sous-estimés chez les Diables Rouges, etc. Un autre regard sur le club de son c£ur... Jean-Michel Saive : " J'ai fait du foot avant de faire du tennis de table. Je me suis affilié dans le club de ma commune, à Ans. J'étais libero parce que j'avais une tête en plus que les autres et parce que j'étais efficace pour balancer de longs ballons vers l'avant. J'ai vite combiné les deux sports et j'ai rapidement dû faire un choix, quand je suis devenu champion de Belgique des Minimes en ping. Je jouais au foot le samedi matin, en interclubs de ping le samedi après-midi et en tournoi le dimanche. Le mercredi, j'enchaînais entraînements de foot et de ping. J'ai choisi le tennis de table pour deux raisons : parce que j'étais champion de Belgique... et parce que dans ce sport, je pouvais reprendre les coupes à la maison alors qu'en foot, les trophées vont dans une vitrine du club ". " A 7 ans, j'ai eu la clavicule cassée par un fils de la s£ur de Lucien et DominiqueD'Onofrio. En faisant des sprints à vélo sur le trottoir ! J'habitais dans la même rue que leur mère et leur s£ur. Leurs deux neveux étaient mes compagnons de jeu attitrés ". " Mon père est né à Sclessin et y a habité pendant toute sa jeunesse. C'était un grand amateur de foot et j'ai été bercé par une ambiance Standard. Je me souviens encore du premier match qu'il m'a emmené voir : c'était contre Anderlecht et j'étais perché sur ses épaules dans les gradins côté terril ". " On m'a demandé de donner le coup d'envoi de la finale de Coupe Standard-Charleroi en 1993 parce que j'avais été sacré vice-champion du monde quelques jours plus tôt. Je peux le dire aujourd'hui parce qu'il y a prescription : j'étais à fond pour les Rouches et j'ai fait la fête après la victoire. Mais à ce moment-là, je ne pouvais évidemment pas l'avouer puisque je jouais à La Villette Charleroi. Quand je suis arrivé au stade, beaucoup de gens m'ont interpellé : -Tu es pour qui ? Je répondais chaque fois : -J'espère voir un beau match. J'ai aussi un lien assez fort avec Charleroi, c'est normal. Jean Pol Spaute était venu me faire signer mon premier contrat à La Villette avec les dirigeants de ce club. Le Sporting et La Villette essayaient à l'époque de mettre une collaboration sur pied. Par la suite, je suis resté en contact régulier avec Spaute. Avec la nouvelle direction du Sporting, par contre, je n'ai jamais eu aucun lien. On ne m'a jamais invité à un match des Zèbres. Je suis fier d'avoir fait partie d'un peloton de sportifs liégeois qui ont offert de grandes satisfactions au public de Charleroi, avec mon frère Philippe, Robert Waseige et Giovanni Bozzi. Charleroi avait piqué à la Principauté ce qu'elle avait de meilleur (il se marre) ". " Le Standard, c'est le c£ur de la ville de Liège. On sent tout de suite que les gens ont un meilleur moral quand le club fait de bons résultats. C'est un public d'excès, dans les deux sens. J'ai assisté à Standard-Anderlecht en décembre dernier. Toutes les places avaient été vendues plusieurs semaines à l'avance. Au coup de sifflet final, on a eu droit à un beau feu d'artifice. Pour ceux qui vivent ça en direct, c'est super. J'étais moi-même pris dans l'ambiance. Puis, je suis revenu à moi et je me suis dit : -C'est quoi ici ? On a battu Anderlecht, on n'a même pas encore gagné le titre mais on fait déjà une fête pareille ? A tête reposée, j'ai une vision de sportif qui sait que rien n'est fait avant la fin du dernier match. Dans la défaite aussi, les Liégeois peuvent être excessifs. Après une défaite à domicile contre Bruges, j'ai vu qu'on devait escorter André Duchêne, qui risquait de se prendre un pavé sur la tête. Où va-t-on ? Comment peut-on chercher à agresser un type qui fait son hobby le mieux possible ? Je ne suis plus d'accord quand je vois ça, je ne peux pas cautionner des débordements pareils. Mais c'est clair que pour mettre de l'ambiance, ce public est fantastique. Chaque fois que j'entre dans le stade, j'en attrape des frissons ". " J'ai l'impression qu'une espèce de mystère plane sur le Standard. Ce club cherche à être champion depuis plus de 20 ans mais ça ne marche jamais. Beaucoup de dirigeants sont passés par ici, il y a eu plein d'entraîneurs prestigieux, énormément de très grands joueurs, mais ça bloque toujours. Pourquoi ? Il manque sans doute la stabilité, le calme et la lucidité qu'on trouve au Club Brugeois ". " Le Standard est à l'image de Lucien D'Onofrio, à l'image de ses qualités et de ses défauts. Ses qualités d'abord : s'il n'était pas venu, je ne sais pas où ce club serait aujourd'hui. Ses défauts ensuite : en chamboulant aussi souvent le noyau, il n'a pas fait que du bien au club. Je comprends qu'il y ait des impératifs financiers, mais bon "... " On va peut-être me dire que je n'ai pas à me mêler de ça vu que je ne vis pas la vie du club de l'intérieur, mais je ne comprends pas qu'on laisse sur le banc des joueurs comme Wamberto et Cédric Roussel, qui ont montré ce qu'ils valaient chaque fois qu'on leur en a donné l'occasion. Pourquoi transférer Marius Niculae quand on a un Roussel ? Je ne pige pas. Et pourquoi ne jouer que la carte des longs ballons vers l'avant, comme à Mouscron, quand on a deux techniciens du niveau de Wamberto et Almani Moreira dans l'entrejeu " ? " Je vois régulièrement le préparateur physique Guy Namurois, qui tient la salle de fitness que je fréquente. Il m'arrive aussi de jouer au golf avec Michel Preud'homme, mais c'est trop rare. Et le père de Frédéric Leidgens, le team manager, a été autrefois mon sponsor ainsi que celui de Preud'homme : nous faisions de la pub pour... Euro-Matelas ". " J'étais au fameux match européen contre Bilbao. Pour les dirigeants, cette grosse défaite a été une gifle terrible parce qu'ils pensaient profiter de ce match pour passer un palier. Je suis resté très tard au stade avec Michel Preud'homme et les autres : ils avaient vraiment besoin de réconfort. Ce que j'ai vu ce soir-là sur le terrain était poignant. Quand un boxeur est dans les cordes, son entraîneur demande à l'arbitre d'arrêter le combat. En foot, il faut tenir jusqu'à la dernière minute. Contre Bilbao, on avait l'impression que les joueurs du Standard imploraient le chronomètre pour qu'il tourne plus vite ". " Extraordinaire. C'est peut-être le seul joueur du championnat qui permet à toute son équipe de grimper d'un palier. Anderlecht n'a pas de gars de cette valeur. Il y a le Standard avec Conceição et le Standard sans Conceição. Tout le monde dit qu'il est chaud, qu'il ne se contrôle pas, mais je suis sûr que dans certains cas, ses excès sont très bien calculés. Contre Anderlecht, Dominique D'Onofrio le remplace à la 90e minute. Il fait d'abord semblant de ne pas voir le panneau du quatrième arbitre et part de l'autre côté du terrain. L'arbitre est obligé de courir derrière lui pour lui signaler qu'il doit sortir. Et quand il revient vers le banc, il fait tout un cirque, il râle et s'en prend à l'entraîneur. Je suis sûr que ça ne le dérangeait pas de sortir, mais ce petit cinéma lui a permis de gagner une trentaine de secondes ". " On met Eric Deflandre en question au back droit chez les Diables après ses trois titres à Lyon où il était titulaire plus souvent qu'à son tour : pour moi, c'est une énigme totale. Et avec qui a-t-il déjà été mis en balance ? Aujourd'hui Anthony Vanden Borre, qui n'a pas encore prouvé grand-chose et qui pleure de toute façon pour monter dans l'entrejeu. Hier, c'étaient Jacky Peeters et Stijn Vreven qu'on mettait dans les pattes de Deflandre. Oui, Peeters et Vreven ! Mais enfin, si ces deux-là avaient eu le calibre de Deflandre, ils auraient joué dans des grands clubs, non ? Sur un plan plus général, j'avais parfois du mal à comprendre les choix d' AiméAnthuenis. Roberto Bisconti à droite de l'entrejeu et Gaëtan Englebert sur le banc alors qu'il cartonnait à Bruges qui était en tête du championnat, ça m'échappait ". " Philippe Léonard a l'air tout gentil, mais à l'intérieur, ça bout. Je suis impressionné par son retour en Belgique. On avait tous l'image d'un joueur qui ne jouait plus, quand il était en France. Il a offert une magnifique réponse ". " J'ai toujours eu de l'admiration pour les entraîneurs qui parviennent à gérer un groupe de 25 ou 30 gars qui veulent tous jouer le week-end. Pour moi, c'est sans doute l'aspect le plus compliqué de ce métier. Faire cohabiter Vedran Runje, Sérgio Conceição et Philippe Léonard sans qu'il y ait de heurts, c'est un fameux tour de force. Et en début de saison, il y avait Ivica Dragutinovic en plus ! Si le coach ne parvient pas à ce que ceux-là s'entendent, ça explose à coup sûr ". " Marc Wilmots est un pote, un vrai. Nous avons appris à nous connaître pendant la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis, vu que nous étions dans le même hôtel (j'avais été invité par un sponsor) et nous nous sommes à nouveau côtoyés quand nous jouions tous les deux en Allemagne. J'ai parfois logé chez lui à Gelsenkirchen. Généralement, on s'appelait le samedi soir, quand nous étions tous les deux dans notre voiture après notre match. Il m'a beaucoup encouragé au moment où la presse belge m'a enfoncé, après les Jeux Olympiques 1996. Un an plus tôt, on avait commencé à dire que j'étais fini, et après l'échec olympique, on en a remis une couche. C'était il y a dix ans (il rigole) "... " Michel Preud'homme avance du côté de l'Union Belge : c'est bien. Grâce à lui, le Standard retrouve de la crédibilité à Bruxelles. C'est très intelligent de la part de Preud'homme d'avoir quitté son training de coach pour un costume de dirigeant. Il faisait un job dangereux et était soumis, comme tous ses confrères, à l'obligation des résultats. Il aurait tenu peut-être deux, voire trois ans. En tant que dirigeant, il fera beaucoup de bien au Standard à plus long terme que s'il avait persévéré comme entraîneur ". " Ce qui m'énerve le plus dans le football moderne, ce sont les stars sans palmarès, les gars qu'on met sur un piédestal alors qu'ils n'ont encore rien prouvé. Pour beaucoup de ces pseudo-vedettes, le palmarès se limite au nombre de clubs par lesquelles elles sont passées. Après trois bons matches, on parle de transfert dans un grand club étranger. Il y a quelques joueurs belges qu'on considère comme des superstars internationales. Qu'ont-ils gagné ? Citez-moi ceux qui sont capables de tirer toute leur équipe vers le haut. C'est comme à la Star Ac' : on se retrouve superstar du jour au lendemain alors qu'on n'a rien d'un Michel Sardou ou d'un Johnny Hallyday. Dans ces conditions-là, il ne faut pas s'étonner d'être oublié dès qu'on quitte le pays ou le continent. On fait tout un foin parce que Nenad Jestrovic et Emile Mpenza ont signé dans des clubs exotiques, mais je prends les paris : dans deux mois, on ne parle plus d'eux ". " Le Standard sera champion si le noyau arrive à gérer psychologiquement son statut de favori et son stress. Les qualités sont là, on l'a suffisamment vu dans les gros matches. Mais la nervosité pourrait être un adversaire mortel. Il faut arrêter de prendre autant de cartes et de croire que les arbitres sont presque systématiquement anti-Standard. Il faut sortir de ça ! Moi aussi, j'ai parfois eu l'impression que la terre entière était contre moi, mais si on s'obstine dans des convictions pareilles, on va droit dans le mur. On se met une pression infernale et ça explose. Il faut prendre du recul et faire ce pour quoi on est payé : jouer " ! " Anderlecht va avoir un avantage au deuxième tour, par rapport au premier : il n'y aura plus la surcharge psychologique et physique des matches de Ligue des Champions, mais surtout, plus ces critiques continuelles dans la presse suite aux défaites européennes. Cela pourrait faire beaucoup dans les têtes au Sporting. Quant à Bruges... je pense que la trêve est arrivée au meilleur moment... pour le Standard parce que le Club était occupé à revenir en boulet de canon ". PIERRE DANVOYE