Souvenez-vous, c'était il y a quelques semaines à peine. Le monde politique belge, et en particulier le ministre des Affaires Sociales, déclarait la guerre ouverte aux clubs belges pourvoyeurs de main-d'oeuvre et exploitants de jeunes et démunis footballeurs étrangers (africains ou brésiliens pour la plupart).
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Souvenez-vous, c'était il y a quelques semaines à peine. Le monde politique belge, et en particulier le ministre des Affaires Sociales, déclarait la guerre ouverte aux clubs belges pourvoyeurs de main-d'oeuvre et exploitants de jeunes et démunis footballeurs étrangers (africains ou brésiliens pour la plupart).Ce souci, louable, n'était-il que de pacotille? La question peut paraître paradoxale, mais elle doit pourtant être posée depuis l'entrée en vigueur, le 2 août dernier, d'un arrêté royal permettant aux clubs sportifs belges d'engager à temps partiel (80 heures par mois maximum) des joueurs âgés d'à peine 16 ans. Cette mesure a été accueillie avec une joie non dissimulée par Jean-Marie Philips, directeur général de la Ligue Pro, pour qui: "C'est une très bonne nouvelle qui constitue un gage de pouvoir payer ces jeunes joueurs en fonction de leurs qualités et de protéger nos clubs du pillage organisé de l'extérieur". ( La Meuse, édition du 3 août 2001). Autre son de cloche émis par le Professeur Blanpain, spécialiste du droit du travail, pour qui: "Après avoir scandaleusement abaissé à la moitié du salaire minimum garanti la rémunération minimale pour être considéré comme sportif rémunéré, on abaisse tout aussi scandaleusement l'âge minimum requis pour le devenir. Ce qui va désormais permettre de faire signer des contrats de 5 ans à des jeunes de 16 ans, dès qu'ils gagnent 292.868 francs bruts par an. C'est ainsi mettre ces jeunes à la merci des clubs professionnels, c'est les livrer au marchandage du milieu du football comme tout autre professionnel. Alors que jusqu'à présent, il restait au moins amateurs jusqu'à 18 ans, donc libres". ( La Meuse, édition du 3 août 2001). Sans polémiquer, faisons néanmoins confiance à l'analyse de l'un des éminents spécialistes des dérives du sport business moderne, dont le lobby a, semble-t-il, eu gain de cause des belles intentions de nos politiques.Quoi qu'il en soit, cette nouvelle donne augmente encore plus l'importance d'un environnement stable et de qualité, apte à conseiller et à raisonner des adolescents n'ayant ni la maturité ni l'expérience nécessaires pour pouvoir gérer les multiples paramètres d'un début de carrière de sportif professionnel.Il est aujourd'hui absolument nécessaire que le Gouvernement de la Région Wallonne suive l'exemple de son homologue flamand, qui a depuis quelques années strictement réglementé l'accès à la profession de manager ou agent de joueurs. Une nouvelle inertie gouvernementale serait tout aussi irresponsable que ne le fut l'adoption du récent arrêté royal. Autre conséquence de cet arrêté royal: dès 16 ans, les joueurs gravitant dans les noyaux des clubs professionnels belges exercent désormais une "activité économique" au sens du Traité de l'Union européenne et sont dès lors bénéficiaires des règles de libre circulation et de libre prestation des services prévues par le Traité. On se console comme on peut.Luc Misson