M ohamed Dahmane (26 ans) joue à Bruges depuis fin janvier mais il a toujours son appartement à Mons. Dans le même immeuble : un médecin. De l'autre côté du boulevard : le bâtiment du culte antoiniste. Qu'est-ce que c'est, l'antoinisme ? La diffusion d'un enseignement philosophique et moral qui se base sur l'amour, la conscience de l'humanité,... Un toubib et des prêtres dans le champ de vision de Dahmane : suffisant pour calmer le rebelle ?
...

M ohamed Dahmane (26 ans) joue à Bruges depuis fin janvier mais il a toujours son appartement à Mons. Dans le même immeuble : un médecin. De l'autre côté du boulevard : le bâtiment du culte antoiniste. Qu'est-ce que c'est, l'antoinisme ? La diffusion d'un enseignement philosophique et moral qui se base sur l'amour, la conscience de l'humanité,... Un toubib et des prêtres dans le champ de vision de Dahmane : suffisant pour calmer le rebelle ? Il nous fait entrer dans son flat et lâche : " Ne fais pas attention au brol, il y a des caisses partout. " Normal : Momo n'arrête pas de déménager. Un an et demi à Mons, six mois à Genk, retour d'une année à Mons, maintenant le Club Bruges. Qu'est-ce qu'il aime dans sa vie de footballeur ? Qu'est-ce qu'il déteste dans cette carrière ? " Le problème en Belgique, c'est qu'on condamne les gens qui disent les vérités. Cette réputation est née à Genk, où j'ai eu mon seul gros problème avec Hugo Broos. Je n'ai plus jamais su me défaire de cette étiquette, je la traîne comme un boulet. Aujourd'hui, un truc me fait un peu rire : je ne suis plus à Mons mais je vois qu'il y a toujours des problèmes. Ils sont même peut-être plus graves que quand j'y jouais. Ce qui s'est passé récemment avec le brassard de capitaine, ça illustre le malaise. Frédéric Herpoel n'en a plus voulu, Roberto Mirri l'a repris mais l'a vite abandonné après avoir été critiqué par Christophe Dessy pour un resto soi-disant arrosé. Mirri n'a pas assumé ses responsabilités, ce qu'il a fait n'est pas correct. Il a avivé encore un peu plus la polémique à un moment où le club n'avait vraiment pas besoin de ça. Dessy est aussi coupable : il devait régler le problème en interne au lieu d'en parler à la presse. Rien que pour ça, je suis content d'avoir quitté Mons. Si j'avais encore été là au moment où cette affaire est sortie, j'aurais encore pété un câble. C'est du foutage de gueule, ça ne doit jamais arriver en D1. Un homme paye encore pour un gros dérapage : Domenico Leone. Et ça me fait mal pour lui. Enfin bon, je vois que rien n'a changé malgré mon départ. Je n'étais pas un fouteur de m..., j'essayais seulement de tirer l'équipe vers le haut en mettant parfois le doigt là où ça faisait mal. Mais dès que je bougeais un orteil ou que je l'ouvrais, ça faisait des gros titres. Tant pis, je ne changerai pas. A Bruges, on ne me considère pas comme un parasite. Quand je suis arrivé, les dirigeants et l'entraîneur m'ont dit qu'ils se moquaient de ma réputation. Moi, je sais qu'au Club, je ne serai pas obligé de rentrer dedans comme je le faisais parce que je suis dans un vrai club pro, où il n'y a pas les mêmes problèmes. " " Ce club a sa place en D1. Plus que d'autres petites équipes wallonnes. Mais si tout le monde ne tire pas dans le même sens, c'est sans espoir. Parce qu'il y a trop de lacunes dans le noyau et pas de gars capables de renverser la situation sur un coup de génie. Dès le début de la saison, je me suis exprimé dans le vestiaire : j'ai dit que le recrutement avait été mal fait, qu'il y avait trop de joueurs n'ayant pas le niveau. Au moins cinq types. Je ne les cite pas, ils se reconnaîtront. Je leur ai fait remarquer qu'ils se débrouillaient ballon au pied mais qu'ils n'avaient pas grand-chose dans le cerveau. On leur a offert des gros contrats et ça m'a dégoûté. Certains profitent bien du système mais se grillent. Ils ne sont même pas assez intelligents pour comprendre qu'en plus de couler le club, ils sabordent leur propre carrière en ne faisant pas tous les efforts nécessaires. "" Quelle autorité ? Il n'en avait pas. Il n'était ni autoritaire, ni naturel : c'est encore plus grave. Il est arrivé à Mons comme T2 et il a noué des liens étroits avec les joueurs. Il était gentil, sympa. Il rigolait beaucoup avec nous et ça se passait bien. Mais dès qu'il est devenu T1, il a changé. Il s'est renfermé sur lui-même, il a laissé passer beaucoup de choses et a donné du crédit à des joueurs qui ne le lui rendaient pas. Puis, quand il a eu besoin de ces joueurs-là, ils ne l'ont pas du tout aidé. Thierry Pister s'est fait mal tout seul. Il l'a d'ailleurs reconnu dans la presse flamande : il a dit qu'il aurait dû rester naturel comme à Tournai. Nous ne nous entendions pas mais dès le départ, nous n'avions rien pour ! Quand il était entraîneur de Renaix, j'avais été appelé pour un test. Il ne m'avait même pas fait jouer, il m'avait expédié dans les roses. A Mons, il a vite décidé de me remettre à ma place. Après le match à Courtrai, il a fait mon procès devant le groupe. En rentrant au vestiaire, j'avais refusé de serrer la main aux autres joueurs parce que je râlais d'avoir perdu. Mais pour certains et pour Pister, il n'y avait rien de grave. Il était même à la limite content car il pensait avoir vu de bonnes choses. Je lui ai dit : -C'est n'importe quoi, on ne peut pas être satisfait quand on a perdu contre un concurrent direct. Il n'a pas apprécié ma remarque. Nous avons aussi eu un clash quand il m'a reproché de faire le ramadan alors qu'il avait donné son accord dans un premier temps. Dès ce jour-là, j'ai su que notre relation était rompue pour de bon. " " Mons a plus de supporters de la victoire que de supporters tout court. Et forcément, il n'y a pas foule quand l'équipe joue difficilement le maintien. Le club a une part de responsabilités : on ne demande pas des prix pareils dans une région sinistrée. Mais il y a d'autres explications. Tu sais que tu ne dois pas aller au Tondreau si tu as envie de voir un beau spectacle. Payer pour une équipe où il y a eu plein d'erreurs de casting, ce n'est pas excitant. Les gens savent aussi qu'ils vont voir des gars qui se disputent souvent dès qu'ils ne sont plus sur la pelouse. Finalement, ce n'est pas étonnant qu'il y ait aussi peu de monde. "" Qui aime ça, d'ailleurs ? La Belgique adopte une formule qui a débouché sur un flop dans d'autres pays : où est la logique ? Ce qui me dérange aussi, c'est qu'on va favoriser à fond les grands clubs parce qu'ils auront plus d'affiches et plus de droits TV. On va encore creuser un peu plus le fossé. Les petits vont payer la réforme au prix fort. Et jouer à Noël, c'est du grand n'importe quoi, non ? Quoi ? C'est une expression de Stéphane Pauwels, ça ? Bon, je le dis alors autrement : c'est un grand bazar qui ne ressemble à rien... " " Il y a des stars comme Wesley Sonck et Joseph Akpala : et alors ? Je vais m'entraîner et jouer avec des gars qui ont des qualités différentes des miennes, ils vont me faire grandir. Je n'avais pas cela à Mons. Pour la première fois de ma carrière, je me retrouve dans un grand club en concurrence avec de très bons joueurs. Ce n'était pas le cas à Genk, où Broos faisait de moi un concurrent des médians. " " J'admirais le Club quand j'étais gosse, je ne ratais rien de ses soirées européennes. J'adorais Jean-Pierre Papin mais surtout Daniel Amokachi... sans doute parce que j'ai toujours été attiré par le foot nigérian. J'ai plein de bons souvenirs. Bruges va redevenir Bruges. Je ne serais pas étonné que l'on vise le titre dès l'année prochaine. Et cette saison, la deuxième place est jouable, nous pouvons faire mieux qu'Anderlecht. Par contre, je doute que nous puissions rattraper et dépasser le Standard, qui a tout : la jeunesse, les qualités individuelles, la maturité. Il faut savoir être beau joueur et le reconnaître. " " Michel Preud'homme a essayé de m'attirer au Standard, puis à Gand. Mais ça ne s'est malheureusement pas fait. Il m'a toujours défendu. Quand je me suis fait tuer dans la presse, il a pris publiquement ma défense. Et chaque fois qu'on se croise, il m'encourage. Si je termine ma carrière sans avoir bossé avec lui, j'aurai l'impression d'être passé à côté de quelque chose. " " Que ce soit clair : pour moi, Axel Witsel mérite vraiment son Soulier d'Or. Mais tout le cirque qu'on fait autour me dérange. Les journaux le gonflent : il est jeune, il est belge, il joue dans l'équipe dont tout le monde parle, alors les commentaires les plus fous n'arrêtent pas. Il y a beaucoup de commercial là-dedans. Je suis persuadé que Witsel lui-même en a marre. Qu'on lui laisse le temps de grandir. C'est à peine si on ne le met pas sur le même pied que Lionel Messi ou Franck Ribéry : du calme ! " " Je respecte son talent et son envie de gagner. Mais bon, ça n'a pas toujours cliqué entre nous parce que nous avons des caractères très forts. Lui, comme moi, dit les choses en face même quand ça choque. Nous nous sommes plusieurs fois engueulés sérieusement mais c'est un gars qui ne me dérange pas. "" Il tente un vrai travail en profondeur, il explique, il prend le temps d'être psychologue. Mais le problème, c'est qu'il n'y a plus de temps parce que l'heure est grave. Dessy est l'homme idéal pour diriger un centre de formation. Malheureusement pour lui, on l'a mis devant une mission qui ne sera pas simple. Il a les compétences pour sauver Mons mais s'il n'est pas suivi par tout le groupe, c'est peine perdue. Le vestiaire est difficile, deux entraîneurs se sont déjà plantés cette saison : comme challenge, on a vu plus simple. "" Là-bas, Mons a démontré pendant une mi-temps qu'il fallait toujours y croire. Pendant trois quarts d'heure, l'équipe m'a donné raison : quand tout le monde tire sur la même corde, rien n'est impossible. J'avais enregistré le match, je l'ai regardé le lendemain : c'était magnifique. Mais tout s'est à nouveau écroulé en deuxième mi-temps : quelques erreurs qui ne doivent pas exister en D1, et une nouvelle défaite. C'est inconcevable de perdre à Anderlecht après avoir mené 0-2. "" D'abord parce que ce club m'a permis de redémarrer après ma mauvaise expérience à Genk. Et parce que mon bilan personnel avec Mons est bon : en un an, j'ai marqué 12 buts, j'ai donné pas mal d'assists, j'ai provoqué des penalties. On m'avait déclaré fini, mort. Un homme m'a relevé : Albert Cartier. " " Avant d'arriver à Bruges, je trouvais aussi qu'il exagérait dans ses comportements et ses déclarations. Aujourd'hui, je vois parfaitement où il veut en venir. Jacky Mathijssen est d'une grande finesse, il est sensible et protège son groupe à 1.000 %. Il me suit depuis longtemps, il avait déjà essayé de m'attirer à Charleroi quand je jouais aux Francs Borains. Mais j'avais choisi Mons parce qu'après la D3, je préférais faire un séjour en D2 avant de découvrir le plus haut niveau. " " Ma trajectoire sportive un peu chaotique est à l'image de ma vie. Je n'ai pas connu que des bons moments mais je me suis toujours battu pour me relever et pour arriver où je suis aujourd'hui. Je viens de la rue et je ne pouvais pas connaître le cycle classique d'un joueur de foot. On pourra toujours me reprocher de ne pas avoir réussi ici ou là : pas grave, je n'ai jamais rien lâché et ça suffit à apaiser ma conscience. "" J'en ai déjà été proche plus d'une fois. J'ai failli y partir en janvier. Mons et Eskisehirspor avaient trouvé un arrangement et j'étais aussi d'accord avec les conditions du contrat. Puis, ils ont subitement modifié quelques chiffres et j'ai refusé de signer. Mais ça me plairait d'aller un jour dans ce pays. La folie, le feu, les stades pleins, des supporters dingues : ça colle bien avec mon goût du risque. "" Il est capable d'y arriver. Il a l'art de transformer un joueur moyen en joueur fort. Il y a un de ses messages que j'adore : dans la vie, il faut se salir pour devenir quelqu'un de beau. Cartier a gagné mon respect pour la vie. "" J'étais admiratif de l'équipe belge au temps de Marc Wilmots. C'était une vraie équipe... belge. Entre-temps, elle a commencé à intégrer des autres nationalités, des autres nationalités, des autres cultures : j'adore. Quand tu te promènes en ville, tu ne croises pas que des Belges de souche. Cette diversité, on la retrouve maintenant chez les Diables et je suis sûr qu'elle va permettre de nouveau à la Belgique de grandir. "l par pierre danvoye - photos: reporters/ gouverneur