"Il y a des bonnes équipes en Belgique, mais on donne les cartons trop facilement ici, c'est pour cela que moi, à chaque fois qu'on me siffle, j'essaie de parler, de me justifier, de supplier même parfois les arbitres. " Et de fait, Victorien Angban est du genre insistant. Demandez donc à Luc Wouters, Sébastien Delferière, Joeri Van deVelde, Wim Smet ou Laurent Colemonts ce qu'ils en pensent. Tous ont déjà brandi le bristol jaune au pare-chocs strudonnaire malgré l'insistance de ce dernier pour se voir épargner. Ce fils de gendarme sait pourtant depuis longtemps ce qu'un rappel à l'ordre veut dire. Petit dernier d'une lignée de sept frères et soeurs, dont trois autres gendarmes, Victorien Angban s'est longtemps fait discret avant de se manifester comme un authentique talent. De ceux qui échappent encore au circuit traditionnel de la formation ivoirienne et de l'ASEC Mimosas. Pourtant, aujourd'hui, et à 19 ans seulement, Victorien appartient bel et bien à Chelsea et s'est déjà imposé comme une valeur sûre de notre championnat.
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"Il y a des bonnes équipes en Belgique, mais on donne les cartons trop facilement ici, c'est pour cela que moi, à chaque fois qu'on me siffle, j'essaie de parler, de me justifier, de supplier même parfois les arbitres. " Et de fait, Victorien Angban est du genre insistant. Demandez donc à Luc Wouters, Sébastien Delferière, Joeri Van deVelde, Wim Smet ou Laurent Colemonts ce qu'ils en pensent. Tous ont déjà brandi le bristol jaune au pare-chocs strudonnaire malgré l'insistance de ce dernier pour se voir épargner. Ce fils de gendarme sait pourtant depuis longtemps ce qu'un rappel à l'ordre veut dire. Petit dernier d'une lignée de sept frères et soeurs, dont trois autres gendarmes, Victorien Angban s'est longtemps fait discret avant de se manifester comme un authentique talent. De ceux qui échappent encore au circuit traditionnel de la formation ivoirienne et de l'ASEC Mimosas. Pourtant, aujourd'hui, et à 19 ans seulement, Victorien appartient bel et bien à Chelsea et s'est déjà imposé comme une valeur sûre de notre championnat. Titulaire dans le milieu de terrain canari depuis l'entame de la saison, il est aussi le seul des trois jeunes joueurs prêtés par Chelsea, en plus de Cristian Cuevas (Chili, 20 ans) et Joao Rodriguez (Colombie, 19 ans) à avoir déjà eu droit aux honneurs d'un appel avec sa sélection internationale. C'était avec la Côte d'Ivoire le premier octobre dernier. Entre le coup de téléphone de Michel Dussuyer, l'entraîneur des Éléphants, et son départ d'Abidjan il y a quatre ans, Victorien Angban s'est lié d'amitié avec Samuel Eto'o, s'est pris des soufflantes de José Mourinho et a découvert le Stayen. Rien que ça. Mais à l'inverse de ses glorieux prédécesseurs, de Gervinho à Eboué en passant par Aruna Dindane, Victorien Angban n'est pas un produit de l'ASEC Mimosas, sorte de Clairefontaine ivoirien dans lequel la plupart des joueurs actuels de la sélection ivoirienne ont fait leur classe. " Là-bas, c'est un peu comme l'Europe. L'académie, les infrastructures, les terrains, tout est beau, mais moi je viens du Stade Abidjan et encore jusqu'à mes 11 ans, j'évoluais pour le compte du CFIF (centre de formation ivoirien de football). C'est à l'occasion du tournoi de Montaigu, en France, que j'ai été repéré par le Stade. " Le Stade, c'est le Stade Abidjan. L'autre club de la capitale économique de la Côte d'Ivoire. Moins connu, et moins glamour que l'ASEC, mais tellement déterminant dans la jeune carrière de Victorien. C'est là, à 12 ans, qu'il découvre petit à petit le quotidien d'un apprenti footballeur. Entraînements, matches et championnat. Pour la première fois, le gamin d'Adjamé fait partie intégrante d'une équipe pendant toute une saison. En cadet, il éclabousse de sa classe et se fait très vite, mais trop tard, remarquer par les recruteurs de l'ASEC Mimosas : " A ce moment-là, j'avais compris que je disputerais le Mondial U 17 au Mexique avec la sélection. Et, comme tout le monde dans ces compétitions, je me doutais bien que j'aurais une chance de m'y faire remarquer. " Bien vu. Au pays de la corruption et des cartels, le passing du plus jeune joueur de la sélection ivoirienne (15 ans seulement) apparaît d'une clarté presque divine. La Côte d'Ivoire est éliminée dès les huitièmes de finale par la France, mais repart avec le meilleur buteur du tournoi dans ses valises. Avec neuf buts en quatre matches, Souleymane Coulibaly (20 ans, Peterborough United) est la vraie révélation du tournoi. " Lui mettait les buts, moi je lui faisais les passes décisives ", soutient le longiligne milieu trudonnaire. L'intérêt immédiat de Chelsea l'atteste. " Ils ont débarqué après un match au Mondial et puis ils sont venus me chercher à Abidjan. Au début de je n'y croyais pas, mais très vite ils se sont montrés concret et en quelques jours je suis passé d'Abidjan à Londres. " À 15 ans, et trois ans seulement après son arrivée au Stade, Victorien passe donc de l'autre côté. Désormais, lui aussi, fréquente un centre de formation où tout est beau, tout est clinquant. " Quand je suis arrivé, j'ai eu du mal à réaliser ce qui se passait. Directement, je me suis entraîné avec les pros. Il faut savoir que moi, étant à Abidjan, John Terry et Didier Drogba je les regardais à la télé et tout d'un coup je me retrouvais sur la même pelouse qu'eux avec José Mourinho qui était toujours chaud, qui venait me dire ce qui n'allait pas, ce que je devais améliorer... " Son ami, Bertrand Traoré, et ses " grands frères ", Salomon Kalou, Samuel Eto'o et Didier Drogba faciliteront l'adaptation du nouveau venu, encore à la ramasse en anglais, en le conseillant et le guidant au quotidien. De cet écolage personnalisé, Victorien garde de beaux souvenirs et des étoiles dans les yeux. Pourtant, depuis cet été, il a dû, comme 33 autres mini-blues, partir s'émanciper sous d'autres latitudes dans l'espoir d'acquérir au minimum de la valeur, au mieux sa place dans le noyau rétréci de Chelsea. Il faut être naïf - ou totalement étranger au milieu du football - pour encore s'étonner de telles pratiques dans le chef d'un club qui s'était déjà manifesté chez nous en étant le premier à mettre le grappin sur un certain Romelu Lukaku. Depuis, ils sont des centaines à avoir, comme Big Rom, rapporté gros au club londonien sans jamais avoir réussi à s'imposer à Chelsea. Rien ne dit que Victorien Angban suivra la même trajectoire que ses aînés, même s'il reconnaît que c'est sous l'influence de Michael Emenalo, directeur technique du club londonien, qu'il a atterri du côté de Saint-Trond au début de l'été : " Je n'avais jamais entendu parler de ce club et j'étais un peu surpris de débarquer ici, mais pour faire une carrière à la Yaya Touré, je suis prêt à beaucoup de sacrifices. Je veux même bien passer quelque temps en Belgique (rire). " Bourvil disait qu'un gendarme devait avoir de très bons pieds et de la sagacité, Victorien Angban a un peu des deux, mais est footballeur. Et personne ne lui en voudra. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTO BELGAIMAGE