Ses origines

Fils d'une famille humble et de parents séparés très tôt, Triguinho (1,78 m pour 67 kg) est né le 25 février 1979 à Piquete, une petite ville (15.000 habitants, 175 km2) de l'Etat de São Paulo. Perchée à 645 m de haut et surnommée la ville paysage, elle se situe en zone protégée, à flanc de montagne, dans la vallée du Paraiba.
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Fils d'une famille humble et de parents séparés très tôt, Triguinho (1,78 m pour 67 kg) est né le 25 février 1979 à Piquete, une petite ville (15.000 habitants, 175 km2) de l'Etat de São Paulo. Perchée à 645 m de haut et surnommée la ville paysage, elle se situe en zone protégée, à flanc de montagne, dans la vallée du Paraiba. Contrairement à d'autres villes du pays, le football n'est pas éminemment populaire à Piquete, même si tous les habitants connaissent Triguinho, premier joueur de la ville à avoir disputé une finale du championnat paulista. En 2004, il fut même reçu en héros par l'Association Commerciale et Industrielle de la ville, qui lui fit traverser les rues sur un camion de pompiers. " Luciano était doué mais nous ne pensions pas qu'il arriverait un jour aussi haut ", déclarait, en 2004, sa maman, Odete (52 ans aujourd'hui), fière du fait que son fils ait pu lui acheter une maison. " Avant, je vivais avec ma s£ur. J'avais cinq enfants et elle, quatre ". Comme beaucoup de gamins brésiliens capables de faire de belles choses avec une balle de chiffons, Triguinho songeait à jouer au football mais on ne peut pas dire qu'il était un crack. Dès son plus jeune âge, il essuya d'ailleurs quelques échecs cuisants. " J'avais 20 ans et j'avais déjà été testé par huit ou neuf clubs dont Guarani et Fluminense mais sans succès ", expliquait-il récemment à l'Agencia Estado. " Les entraîneurs ne s'intéressaient pas à moi. J'avais même déjà fait une croix sur ma carrière et je m'étais fait engager dans un supermarché, comme agent de sécurité. Je ne jouais plus qu'à un niveau amateur, avec les copains du boulot ". Après trois mois, le gérant du supermarché, qui était son ami, le persuada alors de faire un dernier test à Guarantigueta. " Après un mois, l'entraîneur m'a demandé d'abandonner mon boulot pour signer un contrat ", dit-il. Coup de chance, ce club était contrôlé par CSR, l'agence de marketing de César Sampaio (ex-Deportivo La Corogne) et Rivaldo. Ces deux hommes sauvèrent sa carrière. " Ce sont mes anges gardiens ", déclarait-il à l'époque au journal local, le Val do Paraiba. En avril 2001, Rivaldo le présenta à Barcelone, où il passa six mois. Il ne joua pas en équipe Première et ne pouvait pas être aligné en équipe B non plus car les étrangers n'y étaient pas autorisés. " Mon contrat n'a pas été prolongé mais je suis fier d'être passé par le Barça et j'ai beaucoup appris au contact de stars comme Patrick Kluivert ou Emmanuel Petit ", avoue-t-il. " Rivaldo m'a toujours conseillé de penser à ma famille en m'entraînant. Parce que mes proches ont besoin de moi. Ma réussite pouvait conditionner leur vie ". De retour au Brésil après une petite opération au genou, il porta le maillot de Figueirense, avec qui il fut deux fois champion de l'Etat de Santa Catarina do Sul. En 2003, il passa à São Caetano (l'ex-club du Carolo Orlando), avec qui il conquit, en 2004, un titre de champion de l'Etat de São Paulo (pour les locaux, c'est plus important que le championnat du Brésil). Le club perdit alors de nombreux joueurs mais il lui resta fidèle. Il y a tout juste un an, il perdit sa place pendant quelques semaines au profit d'un certain Claudio mais il revint rapidement dans le parcours et disputa, cette année, une nouvelle finale du paulista, perdue face à Santos. " Nous avions un noyau de 30 ou 35 joueurs et je m'étais peut-être un peu installé ", confiait-il récemment à un journaliste brésilien. " Cette mise à l'écart m'a fait prendre conscience que je devais travailler davantage pour récupérer ma place ". Triguinho était devenu une valeur sûre. Non seulement de son équipe mais de tout le championnat paulista. Depuis le mois de décembre de l'année dernière, les propositions se mirent à affluer. Il y eut d'abord Corinthians, qui le voulait pour remplacer César. D'autant que l'entraîneur, l'ex-international Leão, le connaissait bien pour l'avoir eu sous ses ordres à São Caetano. " Mais ce club connaît des difficultés financières et ne fut pas en mesure de mettre la somme demandée sur la table ", dit José Savoia, reporter à TV Globo. Avant cela, l'Atletico Mineiro avait montré son intérêt mais Triguinho termina la saison à São Caetano. Vint ensuite Cruzeiro, dont le nouvel entraîneur, Dorival Junior, avait dirigé Triguinho à São Caetano. Mais c'est avec l'Internacional de Porto Alegre, champion du monde des clubs, que tout paraissait conclu le 27 avril dernier. Il était annoncé comme titulaire et le numéro 6 lui avait même déjà été attribué. Vingt jours plus tard, cependant, Anderlecht dribblait tout le monde, à la grande déception des supporters de l'Internacional, qui se manifestèrent sur le forum du club. Triguinho, qui n'a jamais porté le maillot d'aucune sélection, poursuivra-t-il son ascension jusqu'à devenir, un jour, international ? " On ne peut jamais jurer de rien ", dit André Cruz, qui disputa la Coupe du Monde 1998 dix ans après avoir été vice-champion olympique à Séoul. " Qui aurait dit qu' Afonso, de Heerenveen, serait un jour appelé par Dunga ? Mais c'est un attaquant et il évolue tout de même dans un championnat plus coté que la Belgique. Car les choses n'ont pas changé : on parle toujours très peu des Brésiliens de Belgique chez nous ". Triguinho est ce qu'on appelle au Brésil un lateral, c'est-à-dire un joueur de flanc. Mais plutôt médian ou plutôt défenseur ? Car lors de sa présentation, le joueur a surtout fait valoir une bonne pointe de vitesse et un bon pied gauche. Des atouts offensifs. Or, l'expérience d'un Michel Garbini, par exemple, très bien coté au Brésil avant et après son passage au Standard (il avait été international olympique et livre une bonne saison à l'Atletico Paranaense) a prouvé que les latéraux brésiliens s'adaptaient difficilement au style de jeu belge. " Parfois, ils refusent même carrément de défendre ", soupire Marcio Marcassa, un homme d'affaires brésilien ayant vécu 15 ans en Belgique et rentré voici peu dans son pays, où il est devenu vice-président d'un club de football à Rio Preto. Un club entraîné par Luciano Williames Dias, qui fit une éphémère apparition au Standard à l'époque d' Aad de Mos. André Cruz avait connu une plus belle réussite avant lui puisque le club liégeois lui avait servi de tremplin vers l'Italie puis le Portugal. Mais à ses débuts à Sclessin, il s'était également rendu compte de la différence de style de jeu entre les deux pays. Et aujourd'hui, après avoir ouvert une école de jeunes footballeurs, il note que les clubs européens se précipitent parfois sur le marché brésilien sans bien déterminer leur choix. " Il faut opter pour des éléments dont les caractéristiques se rapprochent des exigences européennes ", dit-il. " L'exemple de Garbini est édifiant à ce sujet : c'est un très bon joueur mais, selon moi, il n'est pas assez rapide pour être arrière gauche. Certainement pas en Europe, et encore moins en Belgique, où le jeu va beaucoup plus vite en profondeur. C'est davantage un défenseur central. Triguinho, lui, est plus rapide, c'est un avantage. Et c'est un arrière gauche. Un des meilleurs évoluant au Brésil, même. Je dis bien au Brésil car il est évident qu'il y a d'autres Brésiliens, plus forts que lui, en Europe ". Pour plusieurs journalistes qui suivent de près le championnat brésilien, les qualités majeures de Triguinho sont toutefois offensives. Carlos Alberto Ferrari, journaliste à Globoonline : " Triguinho est un bon joueur, sans plus. Ses meilleurs atouts sont offensifs car, sur l'homme, il n'est pas le meilleur. Il a longtemps cherché l'équilibre et il semble l'avoir trouvé à São Caetano, où il est tout de même resté quatre ans dans un club de pointe de l'Etat ". José Savoia ( TV Globo) : " On voit qu'il a occupé, par le passé, une position plus avancée sur le terrain. Il n'a pas le tir puissant de Roberto Carlos. Il est plus technique, moins violent défensivement. Je ne me souviens pas qu'il ait été exclu. Il me fait un peu penser à Serginho, qui évolue à Milan ". Les statistiques du joueur font état de 7 buts et 39 cartons jaunes en 118 rencontres. Autre facteur qui influence l'adaptation : l'âge. Triguinho a déjà 28 ans. Quand on sait qu'un Brésilien met, en moyenne, un an à s'habituer à sa nouvelle vie, n'est-il pas déjà trop tard ? D'autant que ses origines ne sont pas celles d'un pur-sang du football. " 28 ans, c'est aussi l'âge de la maturité ", affirme Cruz. " Triguinho a déjà quelques belles saisons derrière lui, même si celle-ci est, sans conteste, la meilleure. C'est un joueur très stable et je pense qu'il a le niveau pour s'imposer en Belgique. Il faut voir aussi ce qu'Anderlecht souhaitait. Le fait qu'il ne l'ait pas acheté à titre définitif tend à prouver que le club cherchait à réaliser un investissement sportif plutôt que financier, quelqu'un qui puisse donner assez vite satisfaction sur le terrain. Sans quoi, il aurait opté pour un plus jeune qu'il aurait pris le temps de former avant de le revendre ". De source brésilienne, Anderlecht aurait payé 684.000 Reals (250.000 euros) pour louer Triguinho pour une durée de six mois. Soit deux fois plus que ce que l'Internacional de Porto Alegre, champion du monde des clubs, était prêt à mettre sur la table. Un prix exagéré ? " Je ne pense pas ", dit André Cruz. " Cela me semble correspondre à la valeur du marché ". Marcio Marcassa est d'accord avec lui. " De plus en plus souvent, on loue les joueurs avant de les vendre. C'est un bon moyen de ne pas faire des investissements à fonds perdus comme on en a vu par le passé. Quand vous mettez deux millions d'euros sur la table pour un joueur qui ne dispute que quelques matches et perd sa valeur marchande, vous vous mordez les doigts. Mais le plus intéressant, c'est de s'arranger avec un agent pour obtenir 50 % des droits sur un jeune joueur que l'on peut alors revendre s'il éclate. Comme l'agent a également tout à y gagner, il ne vous fourgue pas n'importe qui ". par patrice sintzen