A Bout de Souffle ou Nouvelle Vague ? Avec un nom de famille comme le sien, même écrit différemment, le gardien du RWDM fait penser au grand cinéaste français, Jean-Luc Godard. Mais si ce dernier aime secouer, choquer et provoquer ses inconditionnels, il n'en va pas de même pour le portier du stade Machtens. Wilfried Godart est le dernier des Mohicans d'une très belle époque, celle qui vit les Coalisés en Coupe de l'UEFA au temps bénit de René Vandereycken et de Johan Vermeersch. Après, ce fut hélas Wounded Knee, la défaite, une fin aussi dramatique que celle de Big Foot, grand chef indien, la relégation, la traversée du désert.
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A Bout de Souffle ou Nouvelle Vague ? Avec un nom de famille comme le sien, même écrit différemment, le gardien du RWDM fait penser au grand cinéaste français, Jean-Luc Godard. Mais si ce dernier aime secouer, choquer et provoquer ses inconditionnels, il n'en va pas de même pour le portier du stade Machtens. Wilfried Godart est le dernier des Mohicans d'une très belle époque, celle qui vit les Coalisés en Coupe de l'UEFA au temps bénit de René Vandereycken et de Johan Vermeersch. Après, ce fut hélas Wounded Knee, la défaite, une fin aussi dramatique que celle de Big Foot, grand chef indien, la relégation, la traversée du désert. Le temps a passé, l'éternel réserviste porte désormais le brassard de capitaine, a pris son envol en D2, attend avec impatience de revivre au rythme de l'élite. Discret, Wilfried Godart tourne son film à lui. Originaire de Tollembeek, il y joua jusqu'à 14 ans avant d'être remarqué par les recruteurs du RWDM. Godart militait en sélection provinciale. Il n'a jamais changé, ne cherche pas la gloire, n'est pas très médiatisé, est resté aussi calme que lors de son arrivée sur les terres de Molenbeek. "C'est déjà loin tout cela", dit-il. Wilfried se souvient-il encore de cette époque où il jouait à la balle pelote à Kokejane, un bourg de Herne où le sport ballant parfume tous les étés? "A un moment, j'ai dû choisir entre le football et la balle pelote", lance-t-il. "Je pouvais devenir professionnel au RWDM: ma décision fut vite prise". Godart ignore peut-être que quelques grands gardiens du passé furent de bons joueurs de balle : Henri Meert, Daniel Mathy, Emile Rooms, André Vanderstappen, Florent Willem, etc. Excellent pour le coup d'oeil, les réflexes, le calcul des trajectoires, le sens du trafic aérien. Mais les noms de ces cracks des ballodromes n'inspirent plus les portiers de la génération actuelle. Les images du jour ont plus de punch pour lui : "Je garde des tas de souvenirs de l'élite même si je n'étais pas titulaire. Je me suis retrouvé dans le noyau A du temps où le club était entraîné par Ladislav Novak. Au départ, je n'étais que troisième gardien, derrière Peter Thijs et l'Américain Ian Feuer. Ce dernier étant souvent blessé, je suis vite devenu gardien réserviste. Novak n'acheva pas la saison et fut remplacé par Freddy Smets. Plus tard, ce fut au tour de Dirk Rosez de s'installer dans la cage et j'ai été sa doublure durant quelques années. Un gardien peut être plus patient qu'un joueur de champ. Je l'ai été et j'en récolte à présent les fruits. Rien ne fut inutile durant cette longue période car j'ai observé en D1 et en Coupe d'Europe, je me suis toujours bien préparé pour remplacer Dirk Rosez s'il le fallait. Je ne jouais pas mais je progressais. Quand le RWDM est descendu en D2, je suis normalement devenu titulaire. Cela m'a permis de prendre mes marques, de démarrer véritablement ma carrière et de me battre pour retrouver l'élite". Saison à haute tension.Après trois saisons en D2, le RWDM a eu la joie de remporter le tour final. Une promotion très sympathique mais inattendue si on se souvient de quelques moments de haute tension qui émaillèrent la vie du club: une trésorerie un peu incertaine, l'arrivée de nouveaux mécènes, le départ d' Ariel Jacobs, l'intronisation de Patrick Thairet, etc. "Il n'est pas facile de s'extraire de la D2", certifie Wilfried Godart. "Notre puissance a fait la différence lors du tour final. Le groupe était poussé par une immense envie de réussir. Je ne dis pas que c'était le moment ou jamais, mais une quatrième saison en D2 aurait été néfaste. Je crois que le RWDM serait alors devenu un club type de D2. C'est différent d'un club qui s'estime bon pour le service en D1 et se bat afin de le prouver. En trois ans en D2, c'était la première fois que le RWDM prenait part au tour final. Nous étions passés deux fois à côté de cette possibilité. C'était décevant au regard de nos ambitions. Le RWDM a sa place en D1, par son histoire, par son stade, par le fait qu'il fait partie d'une grande agglomération. Bruxelles peut compter deux clubs en D1. Nous n'avons pas les moyens d'Anderlecht mais cela ne doit pas nous empêcher de tenir la route. Le groupe a bien sûr été très secoué par le départ d'Ariel Jacobs et il ne m'appartient pas de juger la décision de la direction. Je suis un pro, je suis payé pour jouer, pas pour commenter les décisions des dirigeants. Ce fut un coup de fouet, mais Patrick Thairet n'a pas tout chamboulé: il a eu l'intelligence de ne pas modifier les bases, les repères mais a tenté de créer un nouvel élan. Il connaissait la maison et c'était un choix plus judicieux que de faire venir un coach de l'extérieur qui aurait d'abord dû décortiquer tout le groupe alors qu'il y avait urgence si le RWDM voulait prendre part au tour final. En fait, nous étions obligés de terminer le championnat en force pour mériter notre place dans le dernier carré. Chaque match était décisif et nous avons cultivé un véritable esprit de coupe. Le RWDM était sur une lancée, c'était un avantage par rapport à des équipes qui, à la limite, se sont même repréparées spécialement pour le tour final. Le RWDM n'a pas dû chercher ses sensations. Le moteur ne s'est jamais arrêté. Cela nous a aidé car il a fallu se battre jusqu'au bout. Le succès nous a souri, c'est bien, mais il y a des valeurs fortes dans ce groupe avec de très belles réussites".Eléments d'avenir.Wilfried Godart avance deux noms: Laurent Fassotte et Ibrahim Kargbo. Deux trajectoires finalemant un peu identiques. Au Standard, Christian Labarbe aurait mis sa main au feu pour Laurent Fassotte, solide arrière central qui a indiscutablement la science du beau football. Christian Labarbe était certain qu'il ferait son trou en D1. Laurent Fassotte joua quelques fois en D1 avec le Standard mais les Rouches étaient encore en phase de recherche tactique sous la houlette de Tomislav Ivic. Pas évident pour un jeune, mais Ariel Jacobs a eu la main heureuse en le faisant venir au RWDM. "Il sent bien le football et le RWDM a finalement été sa bouée de sauvetage", confie Wilfried Godart. "Laurent Fassotte était un des meilleurs arrières centraux de D2. Il s'adaptera très facilement à l'élite. Je crois que ce sera tout aussi vrai pour son compère au centre de la défense: Ibrahim Kargbo. Ce dernier est très rapide et s'appuye sur une bonne technique. Anderlecht s'est intéressé à lui mais n'a pu lui offrir beaucoup de garanties. A mon avis, il a bien fait de rester chez nous. A Molenbeek, qui l'a acheté définitivement à l'Ajax, il jouera et accumulera les matches. Pour lui, c'est important. Il est préférable de jouer au RWDM que de faire banquette à Anderlecht. J'apprécie la venue de Lambert Smits, de Beveren, car il a un gros vécu en tant que médian en D1. Smits peut devenir notre patron, un guide pour tous les jeunes. Tout le monde doit saisir sa chance, les jeunes, les nouveaux, moi... L'état d'esprit sera très important pour nous. Il ne suffit pas d'aligner des noms pour avoir la certitude de rester en D1. C'est d'abord le collectif qui réussira sa mission, pas l'un ou l'autre joueur pris séparément. Il y a une grosse envie de réussir et la pression ne sera pas du tout la même qu'un étage plus bas. En D2, il fallait être champion, gagner une tranche ou remporter le tour final. Maintenant, il sera question de rester en D1, de lutter pour sa survie et, quelque part, c'est un peu moins stressant. Il ne faudra pas nous comparer avec l'équipe qui a joué en Coupe d'Europe. Cet exploit était à mettre principalement à l'actif de René Vandereycken qui tira le maximum de ce groupe. Nous avons besoin de temps et le seul souci finalement est de s'installer en D1, rien de plus, rien de moins mais ce ne serait déjà pas mal. Le reste est du domaine du rêve". Wilfried Godart sait que ce sera aussi la saison de la vérité pour lui. Il a connu beaucoup de départs de joueurs qui ont réussi ailleurs. Lui est resté: "Quand un club se retrouve en D2, l'intérêt pour ses joueurs diminue. Pour moi, le chemin de la D1 passait par le RWDM. Ailleurs, cela aurait été plus difficile car je n'avais pas de passé. Ici, on me connaît et je me sens à l'aise. Mais je sais parfaitement ce qu'il y a en jeu pour moi. J'aurai l'occasion de voir si je suis taillé pour la D1 ou pas. Je crois que oui mais on verra à l'analyse". En D2, on affirmait que Wilfried Godart était le meilleur gardien de but de cette série, surtout dans le trafic aérien. Un beau compliment qui le fera sans doute rougir jusque dans son coin de Pajottenland natal. Il vit toujours à Kokejane dont il dit: "C'est le calme plat. Il ne se passe jamais rien là-bas. Cela en fait tout le charme" .isosport rasschaertPierre Bilic