Mémé Tchité a donc été élu Footballeur Pro de l'Année devant Ahmed Hassan et François Sterchele par 405 votants, tous des collègues de la D1 ou des Belges jouant à l'étranger. Pourquoi termine-t-il si haut dans l'estime de ses pairs lors de ce referendum (créé en 1984 par notre magazine) dont les lauréats ont été fêtés dimanche dernier au Casino de Spa lors de notre gala annuel ?
...

Mémé Tchité a donc été élu Footballeur Pro de l'Année devant Ahmed Hassan et François Sterchele par 405 votants, tous des collègues de la D1 ou des Belges jouant à l'étranger. Pourquoi termine-t-il si haut dans l'estime de ses pairs lors de ce referendum (créé en 1984 par notre magazine) dont les lauréats ont été fêtés dimanche dernier au Casino de Spa lors de notre gala annuel ? D'abord pour ses qualités de buteur. Tchité a marqué 20 buts et termine donc juste derrière Sterchele, à égalité avec Patrick Ogunsoto. Mais ce dernier a joué 34 matches, Sterchele 32 et Tchité seulement 29. Il a inscrit ses 20 buts à raison d'un toutes les 109 minutes, ce qui est la marque des buteurs. Les statisticiens estiment, en effet, qu'un vrai spécialiste inscrit en moyenne au moins un but toutes les 100 minutes. En plus, il n'est pas égoïste et fait marquer les autres comme le prouvent ses dix assists. Mémé est également suffisamment versatile pour jouer dans l'axe ou sur le flanc. Frankie Vercauteren a donc pu l'utiliser en même temps que Nicolas Frutos (quand ils étaient tous les deux en forme) et ce fut une richesse énorme pour les champions. Ses 20 buts (dont deux misérables penalties seulement) ont été marqués 18 fois du pied droit et deux fois de la tête. Il n'a qu'un pied et n'a pas l'air trop habile de la tête ; sur papier, ce ne devrait pas être trop difficile de défendre sur lui ! Y a qu'à bloquer son bon pied ? Oui, mais Tchité vole sur un terrain. Sa vitesse est phénoménale. Il débuta en D1 avec le Standard il y a quatre ans, un 26 avril, en montant au jeu à la place de MikaGoossens à Westerlo. Mais c'est lors d'une de ses deux seules apparitions de la saison suivante que nous l'avions vu pour la première fois " en vrai ". Alerté par une longue passe en profondeur venue de la gauche, il cavala en oblique depuis le flanc droit et se jeta en glissant sur un ballon qu'il reprit instantanément dans le cadre. Il n'avait pas marqué mais c'était énorme comme action. On aurait cru voir un fauve dans un sprint fatal pour sa proie. Tchité a toujours été comme ça. Gamin, quand il jouait à Bujumbura, au Burundi, où il est né le 25 janvier 1984 d'une mère congolaise et d'un père rwandais, il était toujours torse nu. Car ses adversaires n'avait trouvé qu'un moyen de l'arrêter : le retenir par un maillot qui finissait toujours en lambeaux. C'était l'époque où son père était retourné vivre à Kigali et sa mère à Kinshasa. Il était élevé par sa grand-mère et c'est pour ça qu'on l'a appelé Mémé. Mais comme il faisait toujours la différence sur un terrain, ses amis le surnommaient " leader charismatique ". Il y a quatre ans, il quittait tout ça : essayé à Charleroi, au Standard et à Anderlecht, il signa à Sclessin. Il en est parti l'été passé pour 1,5 million d'euros chez les Mauves où il est devenu champion de Belgique. L'homme aux trois nationalités (congolaise, rwandaise et burundaise) en a ajouté une quatrième à son palmarès : la belge. Et il pourrait devenir Diable Rouge dans les mois qui viennent. Ça ne dérangerait personne ici. Non seulement, Tchité possède des qualités peu communes, mais en plus il est éminemment sympathique. En décembre dernier, après le 4-1 contre Mons à Anderlecht, il quitta la pelouse avec un masque de lion. Le roi des animaux est son animal préféré : " Parce qu'il n'a jamais peur et qu'il est toujours courageux ". Lui-même n'a pas eu une jeunesse facile mais est toujours resté un boute-en-train. Ne dit-on pas que l'Africain rit tout le temps pour ne pas montrer ses problèmes ? Lorsque les Mauves sont devenus champions contre le Brussels, Mémé s'est beaucoup amusé sur le terrain à renverser les bonshommes déguisés en canettes géantes du sponsor de la D1. Ce gamin hyper joyeux prenait-il une revanche inconsciente sur les quelques bières prises de trop en début d'année, lors de son anniversaire, et qui lui valurent une amende de la police ? Allez Mémé, tchin tchin ! PAR JOHN BAETE